Gabriel Bonnot de Mably
2. Etienne Bonnot de Condillac (1715-1780). Essai sur Vorigine des connaissances humaines (1746). Traité des systèmes (1749). Traité des sensations (1754). Cours d^ études pour l'inetruction du prince de Parme, élève de Condillac (1769-1773).
dans ses Entretiens de Phocion sur les rapports de la morale et de la politique, le fécond publicisle, enthousiaste des sociétés antiques jusqu'à Fidolâtrie, et ennemi déclaré de la constitution traditionnelle des États modernes, a émis confusément, mais avec un appareil logique et sur un ton très tranchant, une foule de vues, les unes justes, les autres fausses (plusieurs absurdes) sur le gouvernement des peuples. Mais Mably, doublement oublieux du précepte de Boileau (Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire), ne sut ni se borner ni écrire : ses ouvrages autrefois si prônés ne sont plus aujourd'hui ni lisibles ni lus ; ils avaient exercé longtemps une immense et très active influence, et, si Ton excepte Rousseau, nul homme n'a plus contribué que Mably à préparer la Révolution française en façonnant l'opinion publique aux idées qui triomphèrent dans la Convention. Un autre ouvrage fameux du temps, VHistoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes {inS), par l'abbé RaynaP, est une compilation déclamatoire, qui est tombée dans l'oubli depuis longtemps. Mais, grâce aux circonstances, elle avait obtenu d'abord un prodigieux succès, que le Parlement de Paris porta au comble en faisant brûler le livre en 1781. A partir des dernières années du règne de Louis XV, la Révolution, déjà commencée dans les faits, semble presque achevée dans les esprits; il y a comme un éclatant divorce entre l'opinion publique et le pouvoir ; tout ce que celuici combat et punit, celle-là le favorise; et, pour ajouter au désordre général, ceux qui gouvernent encouragent sous main les hardiesses qu'ils affectent de condamner en public.