BUFFON
BufTon.
tes. Dans le même temps, un autre savant conquit la gloire littéraire tout en vouant sa vie à la science ; c*est Buffon *. Après vingt années d'études approfondies, servies par de longs voyages et de vastes recherches, il avait publié, en 1749, les trois premiers volumes de V Histoire naturelle, dont Texécution devait remplir sa longue vie et demeurer inachevée '.L'applaudissement fut universel. On discuta, Ton discute encorela valeur scientifique de l'œuvre. La plupart des savants en ont au moins loué la puissante ordonnance, les vues ingénieuses, les initiatives hardies. Mais tout le monde convint de la beauté du style ; et ceux mêmes qui préfèrent qu'on parle de la nature d une façon plus simple, avouent que cette pompe, cette noblesse, cette dignité continue, qu'affecte Buiîon, n'est pas chez lui un vêtement tout artificiel et emprunté, mais répond à un sentiment sincère d'admiration respectueuse pour cet univers qu'il décrit. Avouons cependant que Buffon n'avait pas seulement la religion de la nature, il avait encore celle du style; il l'a prouvé dans son Discours de réception à V Académie française, en présentant le style conmie seul propre à l'individu, les idées comme universelles et communes à tous ; théorie dangereuse qui conduirait aisément à mépriser le fond par un culte idolâtre de la forme, et à professer que ce qu'on pense importe peu, pourvu qu'il soit bien dit.
1. Jean-Louis Leclerc, comte de Buffon, né à Montbard (1707), mort à Paris (1788). De l'Académie des sciences (1739). Intendant du Jardin du Roi (1739). Histoire naturelle (1749-1804). Discours de réception à V Académie française sur le style (25 août 1753).
2. On vit paraître successivement la Théorie de la terre et le Sys. lème de la formation des planètes. L* Histoire générale des animaux. VHisioire naturelle de l'homme. VHtstoire naturelle des animaux (il étudia et décrivit plus de quatre cents espèces). Les Époques de la nature (1778).
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(( Les ouvrages bien écrits, disait Buiîon, seront les seuls qui passeront à la postérité. » Tout sévère qu'il puisse paraître, un tel arrêt nous semble inattaquable. Mais il ajoutait : a La quantité des connaissances, la singularité des faits, la nouveauté même des découvertes ne sont pas de sûrs garants de Timmortalité : si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets, s*ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie, ils périront, parce que les connaissances, les faits et les découvertes s'enlèvent aisément, se transportent, et gagnent même à être mises en œuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de Thomme, le style est l'homme même. » Une affirmation si hardie est-elle entièrement vraie ? et l'admiration qu'il ressent pour son sujet n'at-elle pas entraîné ici l'auteur du Discours sur le style au delà de sa pensée ? Existe-t-il un grand écrivain dont les pensées ne soient pas du tout à lui ? Fut-il jamais un homme qui eût des pensées grandes, neuves et personnelles, et qui ne sût pas se créer un style à lui pour les exprimer?
Mais notre temps n'a pas à redouter de tomber désormais dans l'idolâtrie de la forme : le danger est ailleurs. Apprenons plutôt le respect du style à l'école d'un écrivain qui daignait dire encore, âgé de soixante et dix ans : « J'apprends tous les jours à écrire* ».
Duclos.
iOS. VEsprit des Lois, VHistoire naturelle^ plusieurs écrits de Rousseau, voilà les œuvres originales, mêlées, sans doute, de bon et de mauvais, mais vraiment neuves.
i. Dans la vaste entreprise à laquelle Buffon s'était consacré, il eut des collaborateurs discrets mais précieux dont le nom doit se joindre au sien : Daubenton, l'abbé Bexon, Guéneau de Montbeillard (et non Montbéliard) ; ils eurent une part considérable dans la préparation et même dans la rédaction de \ Histoire naturelle.