Charles Pinot Duclos, né à Dinan (1704), mort en
que Duclos avait pu consulter en manuscrit et largement mettre à profit, a enlevé presque tout intérêt à cet ouvrage
Gilbert.
iS4. La période que nous étudions est assurément la plus stérile en beaux vers et en grands poètes que puisse offrir notre histoire littéraire : alors les poètes parlent en prose, et s*appellent Jean-Jacques Rousseau et Buffon. Celui-ci professait contre les vers une aversion singulière ; il niait qu'il pût exister quatre vers français de suite où la langue et la pensée ne fussent également choquées. 11 affectait de louer une belle page en disant « qu*elle était belle comme de la belle prose » .
Dans cette ère prosaïque, la versification ne fut qu'un artifice de langage, un cadre enjolivé offert à la pensée. Un seul homme alors écrivit quelques vers que le cœur avait dictés. C'est Gilbert*, mort trop tôt et bien avant d'avoir donné la vraie mesure de son talent. Gilbert eut une carrière courte et malheureuse ; il n'a laissé qu'un petit nombre de pièces, mais dont plusieurs vivront. Génie lyrique et satirique à la fois, il a écrit Le Dixhuitième siècle (1775), un tableau amer et chargé en couleurs, des vices de son siècle ; mais dans cette page, écrite en style de Juvénal, il y a vraiment beaucoup de verve et de passion ; s'il s'y trouve un peu d'emphase, tout n'y est pas déclamatoire. Il a écrit, quelques jours avant de mourir, YOde imitée de plusieurs psaumes (connue sous un autre nom : les Adieux à la vie), et dans cette pièce de trente-six vers il a mis plus de poésie, plus de sincérité lyrique et plus d'émotion vraie que tout son siècle, avant lui, n'en avait dépensé dans vingt recueils
1. Nicolas- Joseph-Laurent Gilbert, né en 1751 en Lorraine, mort à Paris en 1780.