Né en 1754 dans le Périgord, mort à Paris en
pas dangereux; il y aura toujours beaucoup d'écrivains pour négliger leur style, peu pour le travailler trop.
i9«. Et c'est justement le style qui fait défaut à tous les poètes qui, en trop nombreuse pléiade, ont fleuri, ou cru fleurir au temps du Consulat et de l'Empire. On peut les juger d'un mot, qui malheureusement les condamne : plusieurs eurent du talent; aucun ne fut original. Dédaigneux d'écrivains qui ne dépassaient pas la prose, ces contemporains de Chateaubriand, de Mme de Staél et de Joseph de Maistre ne se doutèrent même pas que le Génie du Christianisme et le livre De V Allemagne, malgré tous leurs défauts, avaient apporté le germe fécond d'une complète révolution littéraire. On mit vingt ans à le comprendre. En apparence, la révolution politique avait tout renversé en France, hormis la tradition classique en littérature et les trois unités. C'est que la tradition classique et le culte de l'antiquité passaient pour étroitement unis ; or, la Révolution se croyait à tort solidaire de la Grèce et de Rome ; elle professait la haine du moyen âge, auquel devait inévitablement se rattacher, par une réaction naturelle', toute entreprise de rénovation littéraire. Chateaubriand lui-même n'exerça d'abord aucune influence sur la poésie de son temps. Sous l'Empire, la mode poétique ' restait aux tragédies froidement classiques S dont le génie
1. La tragédie est représentée sous l'Empire par Baour-Lormian, de Jouy, Népomucéne Lemercier, Raynouard. — Baour-Lormian (1770- 1854), traducteur du Tasse, d'Ossian, du livre de Job ; tragédies : Omasis ou Joseph en Egypte (1806). Mahomet II (1811). — Etienne dit de Jouy (1764-1846). Tragédies: Tippo-Saïb (1815). Délisaire (1818). Sylla (1821). Ullermite de la Chaussée-d'Antin (1812-1814), ouvrage moral et satirique. — Népomucéne Lemercier (1771-1840) ; nombreuses tragédies ; la meilleure est Agamemnon (1797) ; esprit original et plein de verve, il dépassa dans plusieurs de ses ouvrages, comme la Panhypocrisiade^ épopée satirique (1819) les hardiesses
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de Talma* dissimulait le \ide, aux petits vers galants et badins de Parny*, aux vers descriptifs ou didactiques, enjoués ou graves, d*Andrieux ou de Delille, aux élégies ossianiques de Baour-Lormian, aux comédies agréables, mais superficielles de CoUin d*Harleville et de Picard, d'Alexandre Duval et d*Étienne.
tes. CoUin d'Harleville est un bon écrivain en vers; mais César, qui trouvait que la « force comique » manquait à Térence eût pensé probablement qu elle manquait encore plus à Fauteur du Vieux Célibataire^. Picard* a beaucoup plus de naturel et de gaieté; mais il manque de style, et dans ses meilleurs ouvrages (comme la Petite ville 9 représentée en 1801) il peint plutôt les ridicules extérieurs et les travers saillants de ses personnages qu'il ne fait connaître leurs caractères; d'ailleurs il est amu-
futures des romantiques ; mais il fut audacieux par singularité plutôt que par système ou par inspiration. Sa comédie de Pinto (1797) a fondé un genre dramatique bâtard, assez médiocre, mais qui compte d'heureux succès, la comédie historique. — Raynouard (1761- 1836), les Templiers^ tragédie (1805), eurent un succès prodigieux ; mais la gloire que Raynouard s'acquit plus tard dans les études philologiques était plus solide et plus durable ; le premier il a déb^ouillé les origines de la langue d'oïl et de la langue d'oc ou provençal.
1. Talma (1763-1826). Les principaux rôles de ce célèbre tragédien fm^nt Auguste [Cinna] ; Oreste, Néron, Achille, Joad {Andromaque, BritannicuSy Iphigénie, Athalie) ; Manlius (Manlius^ de La Fosse) ; Œdipe (Œdipe, de Voltaire) ; Hamlet (Hamlet, de Ducis) ; Egisthe {Agamemnony de Lemercier) ; Marigny {les Templiers, de Raynouard ;) Leicester (Marie Stuart, de Lebrun) ; Sylla (Sylla, de Jouy) ; Oreste [Clytemnestre, de Soumet), etc.
2. Pamy (1753-1814), poète élégiaque et galant, longtemps trop admiré, même des novateurs comme Chateaubriand et Lamartine, qui avouent l'avoir fort goûté dans leur jeunesse.
3. Collin d'Harleville (1753-1800). L'Inconstant (1786). VOptimiste (1788). Les Châteaux en Espagne (1789). Le Vieux célibataire (1792).
4. Picard (1769-1828). Médiocre et rampant (1797). La Petite ville (1801). Les Marionnettes (1806). Les Ricochets (1807). La Vieille Tante yi811).
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sant, qualité qui n'est nullement à mépriser chez un auteur comique. Elle est si rare.
Andrieux * , à force d'esprit, réussit à passer pour un poète comique ; ainsi que, dans sa chaire du Collège de France, malgré la faiblesse de sa voix, il réussit « à se faire entendre à force de se faire écouter » (pour répéter une fois de plus un mot célèbre de Villemain). Sa meilleure comédie, les Étourdisy avait été représentée avant la Révolution (en 1787). On goûta aussi beaucoup ses Contes; sa finesse naturelle et sa bonhomie étudiée l'ont bien servi dans ce genre léger; et l'on se souvient encore du Procès du Sénat de Capoue, de la Promenade de Fénelon, et surtout du Meunier Sans Souci,
Alexandre DuvaP, successivement marin, ingénieur, architecte, peintre, acteur, soldat, bibliothécaire et, par surcroît, auteur dramatique, ayant donné au théâtre cinquante pièces de tout genre, est entièrement oublié aujourd'hui; juste châtiment de son mépris du style, qu'il traitait hautement comme une qualité très inutile ou même nuisible à l'écrivain dramatique.
Etienne^ après divers essais de peu d'importance, obtint un très grand succès avec sa comédie des Deux Gendres, en cinq actes et en vers donnée le 11 août 1810. Elle lui ouvrit l'Académie française. Il n'avait que trente-trois ans. Son bonheur lui fit des envieux : on déterra une pièce oubliée d'un jésuite du xvii® siècle, Conaxa ou les Gendres dupésj et l'on prouva sans peine que le sujet de cet exercice scolaire était le même que celui des Deux Gendres. Etienne aurait dû répondre que certains sujets sont à tous; un fabliau du xiii® siècle nous montre déjà un vieillard maltraité par ses enfants auxquels il a partagé