‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 84 sur 106 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

défauts que les plus admirateurs durent blâmer plus tard dans Tœuvre du même poète, la diffusion, la précipitation, la négligence; marques d'un génie trop confiant, un peu gâté par le succès. La grande originalité des premières Méditations est dans leur absolue sincérité ; il n*est pas une seule pièce du recueil qui ne soit Técho d une impression véritablement ressentie par l'auteur ; ces chants d'amour, ces émotions religieuses, ces doutes, ces troubles, ces cris d'espérance et ces actes de foi ; c'était toute la jeunesse du poète sincèrement et simplement racontée dans une langue pleine d'harmonie et d'une douceur attendrissante. Rien ne pouvait sembler plus nouveau après la versification mécanique et glacée des héritiers du xvin® siècle. Comme il arrive aux virtuoses dont l'exécution gagne toujours par l'exercice, Lamartine parvini ensuite à une sorte de perfection, d'éblouissante facilité dans le mécanisme de son instrument poétique ; mais il ne fut plus si naïvement inspiré. Les premières Méditations traduisaient dans une forme idéale des sentiments personnels et très sincères. Au contraire T'auteur des secondes Méditations a dit lui-même : « La poésie n'était plus pour moi qu'un délassement littéraire; ce n'était plus le déchirement sonore de mon cœur.... J'étais devenu plus habile artiste, je jouais avec mon instrument. »

Les Nouvelles Méditations parurent en 1823; les Harmonies poétiques et religieuses en 1829; Jocelyn, sorte de roman en vers, en 1836. Mais quand la poésie eut fait Lamartine célèbre, la politique et la prose le ravirent à la poésie. En 1835 il avait publié son Voyage en Orient, si inférieur à Vltinéraire de Chateaubriand, au point de vue de la sincérité de l'observation et de la vérité des peintures. En 1847, il mit au jour V Histoire des Girondins, son meilleur ouvrage en prose ; l'histoire s'y revêtait de toute la poésie d'une épopée, de tout l'intérêt d'un roman.

244 ^l\ SIKCLE. SECONDE PERIODE.

Le reste des écrits de Lamartine n'est guère qu'une improvisation continuelle, à laquelle il fut condamné jusqu'à la fin* de sa vie par des difficultés financières. De belles pages s'y trouvent noyées dans une facilité difiuse et vide ; mais ces qualités suprêmes de l'auteur, le mouvement et l'harmonie ne l'abandonnent jamais.

leif. Cette heureuse époque où iparureniles Méditations vit surgir un autre poète d'un génie tout différent, peutêtre moins aisé, moins naturel; peut-être supérieur; au moins plus éclatant. Après ses premières Odes (1822), œuvre encore timide d'un très jeune homme, Victor Hugo* marque sa manière propre par une sorte d'exubérance pleine de chaleur, éblouissante de lumière; ses qualités et ses défauts ont alors un relief, une vivacité frappante. D'année en année, l'inspiration primitive du poète s'étend et s'enhardit; son âme,

^ Mise au centre de tout comme un écho sonore,

embrasse et exprime toutes les aspirations, toutes les ardeurs de l'époque, et même ces sentiments contradictoires qui se conciliaient toutefois chez beaucoup d'esprits de ce temps-là : l'amour de la liberté, l'admiration de Napoléon, l'orgueil des anciennes victoires, la pitié profonde pour toutes les infortunes, pour toutes les misères royales ou populaires. Des sentiments plus discrets, plus intimes, mais non moins dignes que la poésie leur

i. Victor Hugo, né à Besançon (1802). Ode* et Ballades (1822, 1824, 1820). Cromwell (1827). Orientales (1829). Hemani (1830). Feuilles d'Automne (1831). Marion Delorme (1831) Noire-Darne de Paris (1831). Le Boi s* amuse (1832). Chants du crépuscule (1855). Voix intérieures (1837). Buy Blas (1838). Les Bayons et les Ombre» (1840). Les Burgraves (1843). Les Châtiments (1855). Les Contemplations (1850). La Légende des siècles (1859). I^s Misérables (1802). L Année terrible (187i), etc., etc. Mort à Paris le 22 mai 1885.

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