‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 85 sur 106 · VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO

prêtât une voix, trouvaient aussi leur expression dans cette œuvre large et généreuse; le culte de la famille et du foyer domestique, l'amour des enfants. Telle est l'inspiration multiple et variée qui a dicté les Feuilles d'automne (1831), les Chants du cre'pusctde (1835) les Rayons et les Ombres (1840). Une vive intelligence de l'histoire, un instinct créateur qui la devine et la ressuscite successivement dans toutes ses époques et sous toutes ses faces, ont aussi inspiré le ■ poète. A la vérité, si l'étude et l'amour du moyen âge lui ont dicté les Ballades (1826), la science est encore insuffisante, et l'inspiration artificielle dans cette œuvre de jeunesse. Mais plus tard, dans la Légende des siècles (1859) l'auteur saura mieux comprendre et mieux exprimer la poésie des temps passés. Il y a au moins deux Victor Hugo, et, par une exception singulière aux lois ordinaires de l'art, le plus grand des deux est peut-être celui qui a chanté après la jeunesse écoulée, dans la maturité de l'âge. Dans les Orientales (1828), qui marquent l'apogée de la première manière du poète, avec ses qualités et ses défauts également saillants, la science du rythme, la richesse des rimes, l'entrelacement varié des strophes, ne dissimulent pas toujours une certaine insuffisance de la pensée et du sentiment. Dans la seconde manière la forme sera plus simple, la langue plus sobre et le vers plus souple, en même temps que la pensée acquerra plus de profondeur et plus de variété. Moins exclusivement lyrique et subjectif, le poète saura mieux se détacher de lui-même et faire parler tour à tour toutes les voix de l'humanité.

De toutes les gloires auxquelles a pu prétendre durant sa longue carrière cet écrivain universel, celle de grand poète dramatique à laquelle il a semblé un moment s'attacher plus passionnément qu'à toute autre, est peutêtre celle que la postérité lui contestera le plus. Nous

dirons tout à Theure comment Victor Hugo reste, malgré tout, l'honneur du théâtre romantique ; mais Téchec définitif d'une tentative servie par un tel génie montre assez la faiblesse ou plutôt la fausseté du genre tel que l'école l'avait conçu.

Non plus que Lamartine. Victor Hugo ne survivra pas tout entier; mais ce que la postérité relira dans cet œuvre immense, elle le placera très haut dans son admiration. Notre poésie moderne n'a pas d'autre poète épique que l'auteur de la Légende des siècles, ni de plus grand poète lyrique; enfin l'écrivain en vers, chez Victor Hugo, est absolument merveilleux.

198. Autour de Lamartine et de Victor Hugo d'autres poètes florissaient, que les contemporains crurent quelquefois égaux à ces deux grands maîtres, mais que la postérité laissera sans doute à un rang beaucoup moins élevé.

Les uns inclinaient à conserver les anciens procédés poétiques. C'était surtout Casimir Delavigne*, dont la versification correcte et suffisamment poétique charmait les libéraux sous la Restauration, en exprimant dans ses Mésséniennes leurs regrets de la puissance évanouie, leurs rancunes contre le parti vainqueur, leurs craintes pour la liberté menacée. Le succès des Mésséniennes suivit le poète au théâtre, où, purement disciple de Racine à ses débuts, il se pHa peu à peu avec une rare habileté, à faire une part d'abord restreinte, et plus tard assez large aux innovations de l'école romantique. Casimir Delavigne n'est

1. Casimir Delavigne (1793-1845). Mésséniennes (1818). Les Vêpres siciliennes (1819) et le Paria (1821), tragédies. L École des vieillards (1825), comédie. La Princesse Aurélie (1828). Marina Faliei^o (1829). Louis XI (1852). Les Enfants d'Edouard (1N55). Don Juan d'Autriche (1835).

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