ALFRED DE VIGNY
pas un grand poète, mais c'est un versificateur très habile et une belle intelligtnice servie par un talent facile et ingénieux, auquel il n*a guère manqué qu'une originalité plus tranchée.
Au même parti libéral, ennemi des anciennes doctrines en politique, et des nouvelles en littérature, appartenait à la même époque le chansonnier Déranger S oublié aujourd'hui, mais à qui les circonstances firent pendant longtemps une popularité bien supérieure à. son talent poétique; sa prose vaut mieux que ses vers. Il a laissé de jolies lettres.
te». Parmi les poètes de la nouvelle école, était Alfred de Vigny', l'un des ouvriers de la première heure; ses premisrs poèmes avaient paru dès 1822. Dans la préface des Poèmes antiques et modernes, il a pu dire à bon droit : « Le seul mérite qu'on n'ait jamais disputé à ces compositions, c'est d'avoir devancé, en France, toutes celles de ce genre dans lesquelles une pensée philosophique est mise en scène sous une forme épique ou dramatique. » Il excellait par la pureté du style, la grâce des sentiments et roriginalité de l'inspiration ; mais se souciant peu de parler à la foule, il n'en fut guère entendu ; Alfred de Vigny, au rebours de plusieurs autres écrivains, n'a pas toute la réputation qu'il mérite.
Alfred de Musset*, beaucoup plus jeune, arrivait, presque en même temps, du premier bond, à la renommée. Il
i. Pierre-Jean Déranger, né et mort à Paris (1780-1858), Plusieurs Recueils de Chansons publiés en 1815, 1821, 1825, 1828, 1833.
2. Alfred de Vigny (1797-1865). Poèmes (1822-1826). Cinq-Mars (1826), roman historique. Othello (1829), drame. Siello (1832), étude morale. Chatterton (1835), drame. Souvenirs de servitude et de grandeur militaires (183&).
3. Alfred de Musset (1810-1857). Poésies (1830-1840). NouvelUs Comédies et Proverbes, etc.
publiait ses premiers vers à vingt ans, en 1850, et d'abord étonnait le public par la hardiesse cavalière de ses idées, et les bizarreries affectées de sa versification. Ce n'étaient là que jeux d'esprit; au fond Musset reste \e plus classique entre les grands poètes de son temps; on l'en a même loué en disant que « sa poésie ne fait pas d'efforts pour s'éloigner de la prose » . Chez lui en effet la poésie est moins dans la facture isolée du vers que dans l'ensemblo harmonieux de la période. Éloquent, ému, sincère, il a une grande variété devions et de sujets; dans les genres légers, nul n'a plus d'espH^, plus de piquant, plis de grâce ; soit en vers, soit en prose, où dans la nouvelle et au théâtre, il rappelle Marivaux sans chercher à l'imiter. Partout son trait est net et bien gravé; sa langue est pure et parfaitement correcte : nul remplissage, nulle cheville. Boileau, dont il s'est moqué, le lui aurait pardonné, sans doute, et eût fini par l'aimer; ne peut-on dire de tous les deux :
Que leur vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose.
Des poètes moins illustres eurent aussi leurs jours d'heureuse inspiration.. On relira sans fin les ïambes d'Auguste Barbier S cette virulente satire des bassesses qui déshonorent le lendemain des révolutions ; le mouvement, la coupe et le rythme étaient imités des ïambes d'knicè Chénier; mais l'inspiration était originale et vraiment échauffée des passions du jour et de l'heure présente. On n'oubliera pas non plus, tant qu'il restera des âmes délicates, et d'une sensibilité discrète et chaste, ces simples élégies de Brizeux' où la poésie des champs a trouvé des accents si pleins de fraîcheur et de vivacité. Victor de