‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 87 sur 106 · Auguste Barbier (180&-1882). ïambes · texte numérisé non relu

Auguste Barbier (180&-1882). ïambes

2. Auguste Brizeux (1806-1858). MaHe (1832). Les Hrelons (1846).

LE THÉÂTRE ROBIANTIQUE. 249

Laprade* a exprimé dans une langue riche, harmonieuse et grave, un profond amour des beautés de la nature, un sentiment très vif de la poésie des forêts toufTues et des hautes montagnes; il a rendu dans une forme égale à hi majesté du sujet les plus nobles idées religieuses et philosophiques. Un des plus brillants élèves de Victor Hugo, Théophile Gautier*, s'était approprié la manière éclatante du maître, telle qu'elle reluit dans les Ballades et surtout dans les Orientales. Mais sa poésie, toute de relief et de couleur, ne vient guère que des sensations et s'adresse à la sensation : l'âme y fait un peu défaut, elle éblouit les yeux, caresse l'oreille et berce mollement l'imagination; mais dans les sujets les plus émouvants, elle n'émeut pas jusqu'au fond.

soo. Toute réforme littéraire peut se commencer par les livres ; elle s'achève et se consacre par le théâtre. La nouvelle école poétique voulut triompher sur la scène, d'où les exaltés du parti classique prétendaient la bannir. Le 27 février 1830, Victor Hugo fit jouer Hernani, Trois ans auparavant il avait écrit Cromwelly drame shakespearien, conçu dans des proportions qui le rendent impossible au théâtre. Mais la Préface de Cromwell (1827) fut un grand événement, et devint la poétique du théâtre romantique. Le drame, forme littéraire propre par excellence aux temps modernes, devait s'inspirer de la vérité pure; la vérité consistait à prendre l'homme complet, c'est-à-dire le beau et le laid, le sublime et le grotesque et à les exprimer dans une œuvre unique. La règle des unités est arbitraire et fausse; la seule unité vraie et néces-

1. Victor de Laprade (1812-1884). Psyché (1840). Odes et Poèmes (1844). Poèmes évangé ligues (1852). Idylles héroigues (1858).

2. Théopliile Gautier (1811-1872). Poésies, romans, critique théâtrale, etc.

saire est l'unilé d'ensemble ou d'impression. Mais l'auteur ne dit pas que le mélange indiscret du tragique et du comique peut troubler cette unité d'impression.

Faut-il juger Hei^ani comme drame ou simplement comme poème? Comme poème il étincelle de sublimes beautés; les beaux vers, les belles pages, les beaux sentiments, les beaux mouvements oratoires, les traits hardis, touchants, les choses « qui font frissonner » comme disait Mme de Sévigné en parlant de Corneille, abondent dans Hemani, Comme drame l'œuvre est mal composée; les personnages ne se tiennent pas ; ils ne ressemblent à rien qu'on ait vu vivre et agir en aucun temps; l'action est mal conçue, mal liée, mal conduite; les événements sont décousus, le dénouement odieux et très peu sensé'. 11 est également impossible de rêver un plus grand poète que Victor Hugo, et un homme moins doué du vrai génie dramatique que l'auteur de Hemani,

Malheureusement les autres drame du même auteur*, sauf peut-être Ruy-Blas, sont inférieurs au premier; ils accusent plus vivement les défauts de Hemani ; et s'éloignent de plus en plus de cette « vérité humaine » si hautement revendiquée dans la préface de CromwelL

toi. L'entreprise romantique devait échouer définitivement au théâtre, malgré le génie incomparable de son chef, et le merveilleux talent de plusieurs de ses compagnons d'armes. Quelques-uns môme, inférieurs comme poètes, comme écrivains à Victor Hugo, étaient toutefois mieux doués que lui des qualités propres qui font le véritable auteur dramatique. Alfred de Vigny et Alexandre Dumas vivront à la scène plus longtemps que Victor Hugo.

1. Hemani (1830). Marion Delorme (1831). Le Roi s'amuse (1832). Lucrèce Borgia^ en prose (1833). Marie Tudor, en prose (1855). Angclo, en prose (1835). Ruy Ulas (1838). Les Burgraves (1843).

Page 1