LE THÉÂTRE ROMANTIQUE
Le premier, dès 1859 (quatre mois avant Hernani) faisait jouer avec un grand succès Othello traduit de Shakespeare. Du même auteur, Chatterton^ drame en prose (joué en 1855) est, parmi les pièces romantiques Tune de celles qui ont le moins vieilli ; elle est vraiment pathétique, sobre de style et de moyens dramatiques; bien faite et bien conduite. Faut-il ajouter que les unités tant maudites s'y trouvent, par hasard, scrupuleusement observées?
Alexandre Dumas était vraiment né dramaturge ; et son plus grand défaut, c'gst d'avoir abusé de son génie même et gaspillé sa verve au théâtre comme dans le roman. Henri III et sa Cour avait été joué un an juste avant Hernani (1829); mais Hernani fit tout oublier, par la magie du style. Depuis Henri III Alexandre Dumas mit cent pièces à la scène; drames et coiftédies, en prose ou en vers; puisant dans rantiquité,dans le moyen âge, dans les temps modernes ; et jusque dans l'histoire de la veille ou du jour; en France, à l'étranger, dans le monde entier; offrant partout avec une complète variété de mise en scène et de décor, d'événements et d'épisodes, les mêmes ressources d'imagination, de vivacité, de mouvement, d'Intérêt superficiel et banal, mais attachant et même amusant.
S'il a laissé peu de choses durables, l'influence d'une partie au moins de son théâtre a été plus féconde que celle de Victor Hugo lui-même. Le drame intime et contemporain, cette « tragédie bourgeoise » à peine entrevue au siècle dernier par La Chaussée, Diderot et Sedaine, où les misères et les douleurs de la famille et du fover sont étalées violemment aux yeux du spectateur, ce genre, aujourd'hui le plus fécond, le plus florissant sur notre scène, relève d'Alexandre Dumas qui en a donné le premier type éclatant dans Antony (1835). Le style emphatique de l'œuvre apparaît bien suranné aujourd'hui ; mais la
conception dramatique est au fqod la même que dans vingt pièces applaudies de nos jours.
zoit. En revanche, le drame historique, tel que les romantiques l'avaient rêvé, a décidément échoué ; le genre même a péri pour avoir menti à son titre et à ses promesses; pour avoir faussé Thistoire plus grièvement que n'avait fait la tragédie elle-même. Le défaut commun de tous ces drames soi-disant historiques, c'est que leurs auteurs, sous des noms et dans des cadres divers, semblent parler seuls et se peindre toujours eux-mêmes, exprimer leurs propres sentiments, leurs joies, leurs douleurs, leurs regrets, leurs espérances, leurs amours et leurs haines. Même ce qu'ils expriment est plutôt l'état de leur imagination que l'état vrai de leur âme; de sorte que l'homme romantique manque doublement de vérité; en portant un nom historique, il ne ressemble pas du tout au personnage réel qui porta ce nom dans les siècles passés ; il ne ressemble pas davantage à l'homme réel des temps modernes. Mais il incarne Thomme imaginaire, tel que tous les poètes se le figuraient alors, tel que Chateaubriand l'avait peint de traits immortels dans son René; l'homme ardent et las, ambitieux et désenchanté, inassouvi et plein de dégoût; fuyant les hommes dans la solitude, et malheureux de s'y retrouver lui-même : enfin ce grand mélancolique, héros favori de la première moitié de ce siècle.
«09. En somme, les chefs-d'œuvre du xvii® siècle n'ont pas été surpassés dans leur genre ; mais dans les genres où le XVII® siècle n'avait pas excellé, l'école romantique a fait plus d'une conquête nouvelle. La langue poétique fut en progrès ; on rima plus richement, ce qui est une beauté à condition que la rime ne coûte rien à la pensée. L'harmonie fut plus rare, plus souple et plus variée ; on brisa