LE THÉÂTRE ROMANTIQUE
le moule uniforme où s'emprisonnait Talexandrin classique ; on ne lui imposa plus la suspension du sens après riiémisliche, prescrite par Boileau. Certaines conventions arbitraires cessèrent de passer pour des lois : le préjugé du mot noble disparut ; la périphrase ennuyeuse et glacée passa de mode.
Ces réels services rendus par les romantiques ne purent prolonger au delà d'un quart de siècle Texistence de cette brillante école. Après une révolution qui échoue ou bien ne réussit qu'à moilié, laissant derrière elle plus d'illusions déçues que d'espérances satisfaites, la réaction se fait d'elle-même. Le romantisme avait fait dévier le théâtre dans des excès dont les Burgraves, ce drame de Victor Hugo, où il y a des choses si étranges mêlées à de réelles beautés, marquèrent l'extrême limite, au delà de laquelle brusquement le public sembla refuser de suivre le novateur. Un jeune poète inconnu jusqu'alors, PonsardS saisit avec beaucoup d'à-propos l'heure de la réaction et parut original en faisant jouer une tragédie classique dont le succès fut immense : Lucrèce (1843). La période éclatante du romantisme était achevée. Depuis plusieurs années déjà les grands succès de théâtre appartenaient à un homme qui, sans se piquer de théories littéraires se contenta d'amuser le public par la fécondité de son imagination aidée d'une merveilleuse habileté de combinaisons scéniques. Scribe*, auteur toujours heureux, toujours applaudi de près de quatre cents pièces de tout genre où il n'y a pas beaucoup de style, et encore moins d'observation des mœurs ; mais un savoir-faire qui permet de se passer provisoirement de l'un et de l'autre.
1. Ponsard (1814-1867). Lucrèce (1843). Agnès de Méranie (1840). Charlotte Corday (1850). VHonneur et V Argent (1853), comédie. La Bourse (1856). Le Lion amoureux (1866). Galilée (1867).