XIX* SIÈCLE. — LES CONTEBIPOR AINS
des hommes et des choses qui est au fond de toute la poésie de Victor Hugo. Rien ne trouble la sérénité majestueuse de son rythme; il a l'éclat, la solidité, la blancheur du marbre ; il en a la rigidité. M. SuUy-Prudhonmie, au contraire, philosophe ému, psychologue déhcat, s'intéresse à tous les problèmes d'où le sort de l'humanité dépend; il semble vouloir ramener la poésie aux temps où eUe instruisait les honunes sur leur nature, leurs devoirs et leur destinée. M, François Coppée excelle à dégager des êtres les plus humbles et des choses les plus vulgaires ce qu'elles recèlent de poésie, et ce qu'elles peuvent donner d'émotion. Son œuvre étendue et variée renferme bien d'autres tableaux; elle a ses pages épiques, ses confidences élégiaques; mais ailleurs, M. Coppée imite ou rappelle quelqu'un, Hugo, Chénier; dans cette appropriation très habile et neuve de la poésie au réalisme, il est tout à fait lui-même et sans rival.
Le théâtre.
fis. La décadence du romantisme au théâtre sembla d'abord profiter à une résurrection de la tragédie classique ou se croyant telle. Lucrèce^ de Ponsard, fut bruyamment applaudie (1843); en même temps qu'une actrice incomparable, Rachel, ramenait la foule enthousiaste aux représentations, depuis longtemps désertées, de Corneille et de Racine. Mais Ponsard lui-même sentit bientôt l'impossibilité de faire revivre artificieUement un genre littéraire hors du milieu qui l'avait produit. Tout son théâtre depuis Lucrèce fut un ingénieux essai de compromis entre la tradition classique elles aspirations modernes; il s'efforça d'emprunter aux maîtres anciens leur style; aux romantiques, le mouvement scénique, l'intérêt poignant; à ses contemporains l'exacte expression de la vérité humaine. 11 reprenait ainsi avec plus de vigueur, et peut-être moins