LE THÉÂTRE
de facilité, la tentative essayée par Casimir Delavigne durant Tère précédente. Comme Casimir Delavigne, il obtint de brillants succès que ne suivra pas sans doute une renommée durable. A tort ou à raison la postérité n*aime pas les œuvres composites*.
sie. Autant qu'il est permis d'assigner des rangs à ses contemporains, ceux qui resteront conmie les maîtres de la scène durant cette seconde moitié du siècle, ceux dont Tœuvre dramatique représentera le plus vivement l'état de notre théâtre, entre 1850 et l'époque où nous sommes parvenus, ce sont Emile Augier et M. Dumas fils. Tous deux sont nettement réalistes; le premier l'est devenu, avec son temps, après un peu d'hésitation, et quelques concessions au romantisme expirant ; le second le fut toujours, et dès la première heure. Tous deux cherchent à obtenir la vérité par la vigueur dans l'analyse des faits et des causes, parla précision pittoresque des détails dont ils encadrent l'action. Tous deux, ayant renoncé au drame historique, définitivement épuisé, suspect de ne comporter qu'une vérité conventionnelle et transitoire, peignent exclusivement les mœurs contemporaines ; de préférence dans ce qu'elles ont de violent et de déréglé ; mais sans négliger de mettre en scène le ridicule à côté du vice, et les simples travers du cœur à côté de ses pires noirceurs. Tous deux ont fait rire et ont fait pleurer, souvent dans la même pièce et quelquefois dans la même scène; mais ils ont pratiqué ce mélange du comique et du pathétique avec plus d'adresse que n'avaient fait les romantiques. Le premier, Augier S a eu le rare hon-
1. François Ponsard, né à Vienne (Isère) en 1814, mort en 1867. Lucrèce (1843). Charlotte Corday (1850). L Honneur et V Argent 1853). Le Lion amoureux (1866).
2. Emile Augier, né à Valence (Drôme) en 1820 ; mort en 1889. L Aventurière (1848). Gabrielle (1849). LeGendre de M. Poirier (1856);
tlQ XIX® SIÈCLE. — LES CONTEMPORAINS.
neur de créer quelques figures qui resteront, qui vivent, même en dehors des comédies où il les avait incarnées; il excelle surtout à peindre les désordres et les ridicules qui naissent dans la société moderne, de Fimportance excessive que Targent y a usurpée. Sa langue dramatique est éclatante et solide: manquant un peu, quelquefois, de souplesse dans la prose, et de poésie dans les vers, mais excellente au théâtre, où le style n'exige pas une perfection aussi délicate que celle qui convient au livre. De tous nos contemporains qui ont écrit pour la scène, Augier est assurément celui qui, par la force et la franchise de la forme et du fond, s*est le plus rapproché des maîtres classiques, et méritera le mieux d'être nommé avec eux, sinon parmi eux.
tiv. M. Alexandre Dumas ^ est arrivé aune renommée presque égale par des moyens assez différents. Les situations fausses ou cruelles, tragiques ou ridicules qui naissent du dérèglement des mœurs, les conséquences douloureuses ou honteuses qu'entraînent les violations faites à la loi morale et sociale dans la famille et dans la cité, tels sont les graves sujets qu'il a constamment portés sur la scène, et traités avec une hardiesse étonnante, un talent hors de pair, et un bonheur qui s'est rarement démenti. Il sait donner à des personnages parfois très peu réels, une allure de vie très intense, et un relief de formes très frappant. Il a, au plus haut point, l'instinct de la scène, le don du mouvement, l'art d'intéresser, de captiver même, Est-ce à dire que son théâtre soit aussi vrai et aussi moral qu'il l'a cru, et voulu faire ? D'une part l'observation
Le Fils de Giboyer (1862). Maître Guérin (1864). Les Fourchamhault (1878).
1. Fils d'Alexandre Dumas, l'auteur d'^ln/ony ; né à Paris en 1824. Vingt pièces de théâtre toutes en prose.