Définition de l'induction. — L'induction est
un raisonnement qui conclut du particulier au général.
Ex. : Les animaux vertébrés et invertébrés ont la faculté de se nourrir, Or les vertébrés et les invertébrés forment tout le genre animal, Donc tout le genre animal a la faculté de se nourrir.
192. Induction complète. — L'induction complète est celle qui conclut à la généralité des cas en partant de l’énumération complète de ces mêms cas. Ex. :
Chaque élève de la’ classe de philosophie est intelligent,
Donc toute la classe de philosophie est intelligente.
193. Induction incomplète. — L'’induction incomplète est celle qui conclut à la généralité des cas en partant de l’énumération incomplète de ces mêmes cas.
Ex. : Charles, Henri, Jean sont des êtres doués de raison, Donc tous les hommes sont des êtres doués de raison.
194. Induction scientifique. — L'induction scientifique est une induction incomplète qui conclut au général en partant des particuliers considérés dans leur essence ou leurs propriétés essentielles. Ex. :
La table, le livre, l'encrier sont pesants, Or la table, le livre et l'encrier sont des corps, Donc tous les corps sont pesants. — La pesanteur est une propricté essentielle des corps.
195. Induction vulgaire. — L'induction vulgaire est une induction incomplète qui conclut au général en partant des particuliers considérés dans leurs qualités accidentelles. Ex. :
Cette table, ce livre, cet encrier, sont noirs, Or cette table, ce livre, cet encrier sont des corps, Donc tous les corps sont noîrs.
196. Les phases de l'induction scientifique. — Il y a trois phases dans l'induction scientifique : L'expérience, la vérification et l’enférence.
» Expérience. — Elle consiste à considérer les faits’ Cette considération des faits comporte deux opérations : l'observation et l’expérimentation. Observer un fait, c’est en être témoin, c'est explorer un phénomène qui s’est produit indépendemment de la volonté de celui qui l’observe. L'observation existe dans les sciences astronomiques et météréologiques. On observe une éclipse de soleil, on constate qu’il pleut. Ezxpérimenter un fait, c’est le produire à volonté, c’est provoquer son apparition autant de fois que l’on veut. L’expérimentation a surtout sa place dans les sciences expérimentales, physiques et chimiques. On expérimente qu’une molécule d'eau est composée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d'oxygène. Supposons le phénomène suivant : Un fer rougi au feu se dilate. On observe ce fait, on l’erpérimente, en faisant rougir le fer autant de fois que l’on veut.
® Vérification. Après avoir observé et expérimenté le phénomène, il s’agit d’en faire la vérification. On constate que le fer rougi se dilate. Tout naturellement on se demande quelle est la cause de cette dilatation. : En répétant l'expérience, on. constate à nou-
veau que chaque fois que le fer rougit, il se dilate. Alors par l'emploi de certaines méthodes, on se rend leñ compte, on vérifie que le fer se dilate, parce La e feu l'a rougi.
» Inférence. — Cette troisième phase est l'induction proprement dite. Elle est l’œuvre exclusive de la raison, tandis que les deux premières sont l’œuvre des facultés sensibles (expérience), des fa: ultés sensibles et de la raison (vérification). En effet après avoir expérimenté et vérifié que le fer rougi au ‘’u se dilate, on infère cette loi générale : La dilatation du fer rougi au feu est due à la chaleur.
197. Lois de l’induction shañiqu, — 5 L'observation et l’expérimentation des faits doivent être complètes. Si quelques ‘faits étaient laissés de côté, on s’exposerait à attribuer à un phénomène une cause qui
n’est certainement pas la sienne. — * Les hypothèses doivent être possibles et ne contredire aucune loi déjà prouvée certaine. Une hypothèse non fondée, loin de conduire à la certitude, empêche au contraire d'y arriver.
198. Fondement de l'induction scientifique. — Le fondement de l'induction scientifique est ce sur quoi s'appuie l’intelligence pour passer du particulier à l'universel. Qu'est-ce qui lui permet de conclure, par exemple, à la pesanteur de tous les corps, après avoir constaté cette propriété dans quelques corps seulement ? C’est parce que la pesanteur tient à la nature même des corps, c’est une propriété qui découle nécessairement de leur essence. Or, nous savons que la nature ou l'essence des êtres est immuable. C’est pourquoi, uñie qualité propre qui découle nécessairement de l’essence, existant chez un être, doit se trouvér chez fous
les êtres qui ont même essence. C'est cette invariabilité des essences, c'est leur immutabilité, qui sert de point d'appui à l'intelligence lorsque de certains cas particuliers elle passe à la généralité. L'invariabilité des essences ou des natures est donc le fondement de l'induction scientifique.
199. Induction et déduction. — » L'induction est employée dans les sciences positives, d'observation, expérimentales. La déduction, on s'en sert dans les sciences rationnelles, Ainsi la physique et là chimie sont des sciences inductives ; lParithmétique et la géométrie sont des sciencés déductives. — Pour être différentes, l'induction et la déduction ne s’excluent pas ; loin de là, elles se complètent, elles se rendent de mu: tuels services. L'une ne va pas sans l’autre, L'induction fournit les principes à la déduction. Ainsi, le principe général Tout homme est mortel est le résultat du procédé inductif qui permet de constater la mort dans chaque homme. D'autre part, la déduction joue le même rôle vis-à-vis de l'induction. C’est par la déduction que les hypothèses sont vérifiées, c’est par elle que l’on applique les lois générales aux cas particuliers. Par exeimple, Pierre est mortel (cas particulier) parce que tout ce qui est humain doit mourir (loi générale). — s Certaines sciences sont surtout déductives, d’autres sont surtout inductives. Cependant, il y en a qui emploient indifféremment les deux procédés, telles les sciences. politiques, économiques et morales, On peut démontrer les avantages de telle forme de gouvernemetit (seience politique) aussi bien par des faits (induction) que par des principes généraux (déduction)... : :
Article V
LE SYLLOGISME DEMONSTRATIF
200. Le syllogisme au point de vue de sa matière. — Jusqu'ici, en parlant du syllogisme, nous ne nous sommes occupés que de sa forme, c'est-à-dire de l’arrangement des propositions et des termes de façon à conclure. Mais nous pouvons nous demander ce que sont ces propositions, ce que sont ces termes. Bref, nous pouvons envisager le syllogisme au point de vue de sa matière. Ces propositions qui constituent le syllogisme peuvent être vraies, probables ou fausses. Si elles sont vraies, le syllogisme est démonstratif ; si elles sont probables ou fausses, le syllogisme sera probable ou sophistique.
201. La démonstration. — La démonstration est un syllogisme qui de prémisses vraies et connues déduit une conclusion vraie causée par ces mêmes prémisses. Ex. :
Il n'y a pas d'effet sans cause, Or le monde est un effet, Donc le monde a une cause.
La conclusion : Le monde a une cause, procède logiquement et véritablement des prémisses, elle est causée par elles...
202. Démonstration parfaite. — La démonstration parfaite est celle dont les prémisses vraies el connues, sont la cause nécessaire, intrinsèque, ‘prochaine, adéquate, propre, de la conclusion. Elle répond à la question : Quelle est la nature d'une chose ? Ex. : La démonstratidn de l’immortalité de l'âme par sa spiritualité est une démonstration parfaite.
203. Démonstration imparfaite. — La démonstretion imparfaite est celle dont les prémisses vraies et connues sont la cause contingente, éloignée, extrinsèque, de la conclusion. Elle répond à la question : La chose existe-t-elle ? Ex. : La démonstration de l'existence de Dieu par l'existence du monde, est une démonstration imparfaite.
204. Démonstration a priori, — La démonstration a priori est celle dont les prémisses vraies et connues sont, dans l’ordre réel ou ontologique, la cause de la conclusion. Ex. : Prouver l'immortalité de l'âme humaine par la spiritualité, c'est faire une démonstration a priori, puisque, réellement, la spiritualité est la cause de l'immortalité.
205. Démonstration a porteriori. -- La démons tration a posteriori est celle dont les prémisses vraies et
connues sont, dans l'ordre logique ou de la connaissance, la cause de la conclusion. Ex. : Démontrer l'existence de Dieu par l'existence du monde, c’est une démonstralion. a posteriori, puisque le monde nous est un moyen de connaître et de prouver l'existence de Dieu.
206. Démonstration directe. — La démonstration directe est celle dont les Prémisses vraies et connues sont la cause Positive, directe, de la conclusion. Ex. : Prouver que l’homme est libre parce qu’il est intelligent. La liberté découle directement de l'intelligence.
207. Démonstration indirecte. — Ja démonstration indirecte ou par l'absurde est celle dont les prémisses vraies et connues sont la cause indirecte, négative, de la conclusion. Ex. : Prouver l’immortalité de l'âme par la négation de l’injustice en Dieu. Il est absurde de dire que Dieu est injuste. C'est ce que, cependant, il faudrait admettre, si l’âme humaine était mortelle.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART Po. 2)
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