CHAPITRE IV
La solution agnostique
202. L'Agnosticisme. — L’agnosticisme est un système de philosophie qui limite la certitude à tel ou tel objet. Il n’est donc pas absolument la négation mais
la limitation de la certitude. Pour les uns la connaissance certaine se borne à nos états de conscience, c’està-dire à ce qui se passe en nous seulement ; pour les autres, la certitude s'arrête aux vérités d'ordre sensible.
Au delà de nos états de conscience y a-t-il quelque chose de réel? Non, répond catégoriquement Taine (philosophe français, 1828-1893), nous ne saurions le dire reprend Stuart Mill (philosophe anglais, 1806- 1873). Au delà de ces états de conscience enseigne Herbert Spencer (philosophe anglais, 1820-1903) existe le Réel, l’ Absolu appelé l’Inconnaissuble que nous ne pouvons pas connaître mais auquel nous devons croire. Ceux qui limitent la certitude aux faits sensibles seulement, on les nomme positivistes. Selon ces philosophes, seul le fait brut est connaïssable et certain. Le pourquoi, le comment de ce fait, l’âme, Dieu, tout cela peut être objet « d’hypothèses, de croyances, d’espérances, mais non de certitudes scientifiques ». Les
agnostiques se vantent d’avoir trouvé les bornes exacte qui limitent le royaume de la connaissance certaine.
203. Agnosticisme et certitude. — Pour les agnostiques, le champ de la certitude est donc très borné. Aux questions si souvent posées : sommes-nous Certains de telle ou telle chose, par de-là ce monde sensible qui nous entoure, y a-t-il quelqu'entité réelle, ils répondent : nous ne savors pas, nous ignorons. La certitude, celle surtout dont l’objet est le suprasensible, le métaphysique, à été si souvent contredite, à son sujet se sont soulevées tant de :liscussions, qu'il est très prudent de s’absteni. de toutes recherches. Le mieux est de reconnaître franchement l'énigme et de ne pas s’épuiser en vains efforts pour le résoudre. Et donc, limiter la certitude, la confiner dans un domsine fort restreint, pour ne pas dire plus, voilà le but de l’agnosticisme.
204. Critique de l’agnosticisme. — ” Cette limitation de la certitude prônée rar les agnostiques n’en est que la négation déguisée. En effet, renoncer à la recherche des causes, reléguer dans le domaine de l’inconnu ou de i’inconnaissable, ce que Auguste Comte (philosophe français, 1798-1857) a appelé « entités cachés », « qualités occultes », n'est-ce pas à peu près dire : il n’existe aucune certitude, au moins scientifique ? La science est la connaissance des choses par leurs causes, et savoir les causes, c’est avoir la certitude. L’agnosticisme, qui renonce à la recherche des causes, est donc la négation de la certitude. — ” Au reste, le motif invoqué par les agnostiques, est sans valeur. Selon eux, les discussions auxquelles donne lieu la métaphysique (science qui recherche les causes), les divers systèmes qu’elle abrite, légitiment cette abstention à
l'égard de la cértitude. Nous pouvons répondre en affirmant que cet état de choses n’est pas le fait de l’impuissance radicalé de la raison humaine à atteindre la certitude scientifique — comme ils se plaisent à le proclamer — mais plutôt, il doit être attribué aux difficultés que fonr naître le: problèmes discutés, au défaut de méthode, et, souvent aussi, aux préjugés. — ® Ajoutons que les agnostiques font preuve d'une prétention arbitraire en disant à la raison humaine : ici s'arrête ta puissance, tu n’iras pas plus loin.