‹ Leçons de logique [microforme]Chapitre 28 sur 49 · Critique du scepticisme. — » 11 est opposé · texte numérisé non relu

Critique du scepticisme. — » 11 est opposé

(1) Mercier, Critériologie, p. 56.

aux tendances de la nature hum.ine. Tout homme désire connaître, dit Aristote. En énonçant ce jugemeut, le Stagyrite proclame une grosse vérité. Nous voulons savoir, et ce, non pas d'une manière juelconque, mais d'une façon certaine et sérieusement motivée, C’est l'aspiration de toute nature raisonnable ; voilà le fait incontestée et incontestable, Or, de leur côté, les sceptiques prétendent que rien n'est réellement certain, qu'il faut douter de tout, que la raison est radicalement incapable d'atteindre la vérité. N'est-ce pas aller contre la tendu + naturelle de tout être raisonnable ?

® Les sceptiques se contredisent. Selon eux, nos facultés, sens et raison, ne peuvent pas arriver à la certitude philosophique ou scientifique. Cette impuissance de nos facultés pour la conquêt de la certitude, ce n’est pas une vérité indémontral, -, c’est-à-dire, immédiate. Et pour oser avancer semblable proposition, les sceptiques doivent donc avoir des motifs des arguments valables. En d’autres termes, les scc ques, avant de l’affirmer, ont dû se démontrer l'in : acité radicale de l'intelligence humaine. Or, toute démonstration suppose que la raison humaine est capable de posséder parfaitement la vérité, ou, d’avoir la certitude. D'une pärt donc, ies sceptiques rejettent la raison humaine, de l’autre, ils l’admettent. N'est-ce pas se contredire ?

208. Quelques objections. — » Nos facultés cognitives se trompent souvent, disent les sceptiques. Il faut donc se défier d'elles et n’accepter aucune de leurs informations. — Réponse : Il est vrai que nos facultés cognitives se trompent souvent : mais s’en-

suit-il nécessairement, logiquement que l’on ne doive

gra UE

jamais accepter aucune de leurs informations ? Pas le moins du monde. Ues erreurs, elles sont contrôlables, nous sommes en possession de critères, d’ « instruments judicatoires », selon l'expression de Montaigne, pour discerner le vrai du faux. Et, d’ailleurs, comme nous le disons plus loin, la raison humaine est faillible, non pas de sa nature, parce qu’elle est faite pour la vérité, mais par accident, c’est-à-dire pour des causes d'ordre extrinsèque, comme les passions, les préjugés, etc. — ” Pour admettre l'existence de la certitude, il faudrait démontrer que l'esprit humain est apte à connaître d’une façon certaine. Et, précisément, cette démonstration suppose ce qui est en cause, c’est-à-dire, l'aptitude de l'esprit à connaître d’une manière certaine. Cet argument nommé dillèle (l’un par l’autre) est un cercle vicieux. — Réponse : Cette objection aurait de la valeur si toute vérité était démontrable, ou bien, si la démonstration était l'unique moyen d’arriver à la certitude, ou encore, si tout ce qui n’est pas démontré était incertain. Il y a beaucoup de vérités tellement évidentes qu’elles s'imposent d’elles-mêmes à l'esprit. Or l'aptitude de la raison humaine à arriver au vrai est une de ces vérités. On peut ajouter que cette aptitude se démontre d’une façon indirecte. Les sceptiques eux-mêmes, en réalité, admettent cette aptitude.

209. Le doute cartésien. — Dans l’histoire de la philosophie, le doute cartésien se présente comme une méthode employée par le grand philosophe français « pour bien conduire la raison » et arriver sûrement à la vérité : d’où le nom de doute méthodique. On peut dire que la méthode de Descartes comprend deux phases successives dont l’une est destructive et l’autre constructive. La première phase nous montre Descartes

Page 1