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résolu de feindre que toutes les choses qui lui « étaient jamais entrées dans l'esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de ses songes ». Dans la seconde, phase, après s’être défait de toutes ses croyances comme d’autant d'illusions, le philosophe s'aperçoit qu’il ne peut pas douter de sa propre existence, sa pensée lui en est une preuve indubitable. « Je pense, donc je suis », s’écrie-t-il. «Je pense, donc je suis, (cette vérité) était si ferme et si assuré que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais », «
210. Le doute cartésien est un doute réel. — Le doute est réel quand on juge que ce dont on doute est douteux. Le doute est méthodique lorsqu'on « se comporte à l’égard d’une proposition donnée comme si elle était douteuse ». Le doute méthodique ou fictif « est placé sous la dépendance de la volonté » ; le doute réel, «tout au moins au moment où on le considère formellement comme doute réel, n’est pas sous la dépendance de la volonté, mais au contraire, s'impose à elle et la domine ». & Il n’est pas besoin de dire que le doute méthodique ou fictif est légitime. C’est un procédé scientifique souvent employé.
Descartes a-t-il douté Méthodiquement ou réellement ?
€ Il est essentiel, écrit Mgr Mercier, # au doute méthodique de supposer un assentiment habituel, implicite aux propositions sur lesquelles la réflexion porte un doute actuel, explicite : dès lors,
(1) Cité par Mercier, Critériologie, p. 66.
(2) Mercier, ibid., p. 67.
(3) Ibid., p. 68.
(4) Ibid., pp. 71-72-78.
un doute qui ne laisse subsister aucune certitude ne peut être méthodique. Or Descartes veut étendre le doute à toutes les connaissances humaines, aucune excéptée ; il croit pouvoir l’étendre à la faculté intellectuelle elle-même et, par conséquent, à tous les actes qui en dérivent ou peuvent en dériver... Un pareil doute ne peut être méthodique...
« Aussi bien, Descartes n’a-t-il pas lui-même reconnu implicitement le caractère réel qu’il attachait à son doute, lorsqu'il a pris la précaution de soustraire à l’action dissolvante de sa critique ses croyances morales et religieuses ? Quel mal pouvait-il voir à contrôler méthodiquement la validité de ses convictions morales et de sa foi religieuse ? N’avons-nous pas entendu saint Thomas d'Aquin mettre en que ion, par méthode, l'existence de Dieu et la survivance de l’âme dans une vie future ? Descartes en juge autrement. C’est donc que, dans sa pensée, le doute n’est pas une simple fiction sans conséquences, mais une menace pour la possession réelle de la certitude et de la paix de l’âme...
« Eh bien, non, Descartes ne feint pas de douter. En réalité, il veut douter et se donne à lui-même des motifs de douter de tout ce qu'il avait jusqu’à présent, à tort ou à raison, tenu pour certain : il se persuade qu’il doute parce qu'il ignore si les opinions qu'il a dans l'esprit sont vraies ou fausses : dans cet état d’âme, il doit, comme les sceptiques, suspendre son assentiment, ne juger ni vraies ni fausses ses opinions ».
Nous conclurons done avec l’éminent philosophe que le doute cartésien n’est pas méthodique mais bien réel et universel.
211. Critique du doute cartésien. — " Par sa méthode, Descartes ferme la voie à toute vérité. Les chemins qui nous conduisent à la vérité sont nos facultés cognitives, sensibles et intellectuelles, ainsi que l’enseignement ou le témoignage des autres. Or, dans la première partie de son Discours sur la méthode, le philosophe français récuse la valeur de ces mêmes facultés et du témoignage. Il empêche donc tout esprit d’arrivér à la certitude. — *” Descartes commet un illogisme. Dans la première partie de son discours, Descartes doute de sa conscience, de ses facultés cognitives, «avec dessein et de propos délibéré » ; et, dans la
seconde partie, pour établir son principe je pense donc je suis, il fait appel à la conscience, à l'intelligence et aux sens. ( Pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, écrit-il, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ».
212. Le scepticisme absolu et le scepticisme hypothétique. — Le scepticisme absolu nie à l’intelligence la possibilité d’arriver à la certitude. C’est le scepticisme pur et simple dont il a été question plus haut. Le scepticisme hypothétique est le scepticisme de Descartes. On l’appelle hypothétique, parce que le philosophe français — apparemment du moins — se conduit comme si tout était douteux. Descartes ne nie pas à l’intelligence la possibilité d’atteindre la certitude, mais pour y arriver, elle doit commencer par
douter de tout, afin d’asseoir sur ces bases plus solides l'édifice de la science. Tout de même, avec des intentions dogmatiques, Descartes est arrivé aux mêmes résultats que le scepticisme absolu.