CHAPITRE VI La solution dogmatique
213. Le dogmatisme. — Le dogmatisme est la doctrine qui défend l’existence de la certitude. Cette expression dogmatisme est parfois interprétée en un sens défavorable. Ainsi on dira de quelqu’un qu'il est dogmatiste, c’est-à-dire qu’il admet d’emblée toute proposition qui lui paraît vraie, qu’il ne souffre aucune discussion à ce sujet... Par contre, le partisan du dogmatisme ainsi compris rejette à priori toute thèse, toute opinion qui ne cadre pas avec ses idées. C'est là, pour le moins, du dogmatisme naïf, exagéré. Il va sans dire que ce n’est pas ce dogmatisme dont il est question dans le présent article.
C'est du dogmatisme modéré, raisonnable, que nous parlerons. Et sont partisans de ce dogmatisme ceux qui contre les sceptiques admettent l’existence de la certitude comme un fait incontestable, en considérant tout de même qu’il y a des propositions pouvant être soumises à une plus sérieuse étude, et, au sujet desquelles, il est louable, recommandable même, de suspendre son assentiment.
214. Les preuves du dogmatisme. — On peut prouver la vérité du dogmatisme, de deux manières : Indirectement et directement. — Indirectement. — Que la certitude existe, la réf ation de l’agnosticisme et du scepticisme le prouve à sa manière. Directement. — a) La nature de l’homme prouve l’existence de la certitude. Au dire d’Aristote, tout homme désire connaître. Et cette tendance à adhérer à certaines vérités d’une façon ferme, sans crainte d’errer, est uni-
formément la même chez tous les hommes. Si la certitude n'existe pas, comment expliquer cette tendance qui est un fait indéniable et universel ? b) La nature même de la certitude prouve aussi son existence. La certitude est l’adhésion de l'intelligence à une vérité, adhésion qui exclut toute crainte de se tromper. C'est l'attitude la plus parfaite de l'esprit humain vis-à-vis de la vérité. L'existence de cette attitude est évidente, elle s'impose. Voudrait-on en effet la nier? Par le fait même on adhère fermement à cette assertion : La certitude n'existe pas. Voudrait-on la révoquer en doute ? On adhère à cette autre assertion : L'existence de la certitude est douteuse. Et donc, dans les deux
<as, il est admis que l’esprit adhère fermement à quelque’
chose, et sans crainte de se tromper. Cette adhésion ferme, c’est la ce-:itude.
215. Les vérités qui s'imposent. — Il est évident que tout ne peut pas se démontrer, directement, du moins. Il faut admettre certains points fixes, indubitables, bases de nos opérations intellectuelles. C’est <e qu’on appelle les vérités qui s'imposent. Ces vérités, on peut les ramener à quatre : 1) l'existence d’un sujet qui peut connaître ; 2) l’existence d’un objet qui peut être connu ; 3) l’existence de la relation entre le sujet et l’objet ; 4) l'existence d’un criterium, d’un moyen qui permet de distinguer la connaissance certaine de la connaissance fausse.
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