POSTFACE
Les questions de indcanique. 2)hijsique, qui ont fait l'objet de la deuxième et de la troisième partie de ces leçons, sont subordonnées, d'une part, à deux hypothèses physiques très générales : le principe de l'inertie et l'existence d'une fonction des forces moléculaires et, d'autre part, à certaines autres hypothèses physiques plus spéciales.
Nous avons vu que l'École nouvelle ne veut admettre aucune des deux premières hypothèses dans la mécanique rationnelle proprement dite.
Il n'est pas superflu d'insister encore sur les raisons de celte exclusion.
Les lois générales du mouvement sont résumées dans le principe de la moindre contrainte dû à Gauss; or nous savons que ce principe a une signification indépendante des repères géométriques du mouvement, et dans une certaine mesure, de l'horloge, tandis qu'au contraire le prin-
cipe de l'inertie est subordonné à un syslcmc absolu de repères comme à une horloge absolue.
D'autre part, les équations différentielles du mouvement ne peuvent être intégrées que si l'on se donne ce que nous avons appelé le cours naturel des choses.
Ce cours nahtrel, en astronomie, s'est montré conforme au principe de l'inertie; il n'est pas permis, au point de vue physique, d'affirmer rien de plus.
Certes on peut passer outre, mais cela est absolument indifférent à la mécanique rationnelle- Ces commentaires suscitent une question sur laquelle il me reste à dire quelques mots.
Quel rtile peut-on attendre de la mécanique rationnelle dans les théories des phénomènes physiques?
A mon. avis, les notions de la mécanique rationnelle sont, pour le physicien, «ne espèce de monnaie que l'esprit humain a adoptée pour apprécier les échanges entre certaines catégories d'activités naturelles; mais, de même que l'économiste se garde bien do confondre la monnaie avec la richesse, de même le physicien se défendra de voir dans une mécanique rationnelle trop étroite le code immuable et suffisant des lois physiques.
Plus la mécanique rationnelle sera large, j'allais dire
tolérante, plus elle pourra prétendre à éclairer utilement
les pliénomèues physiques par des notions mathématiques
simples et efficaces.
Dirai-je toute ma pensée, et après avoir montré l'inutilité
3!il
(lu principe de FinerLie pour la mccaiiif|OC rationnelle, oserai-je affirmer que ce principe ne paraît pas se prêter à la variété des phénomènes physiques?
En effet, l'un des caractères de ce principe est d'exiger, pour la philosophie naturelle, un système unique de coordonnées; ce déterminisme unitaire tout hypothétique plaît à beaucoup d'esprits, mais ne paraît pas toujours conforme ans faits.
Un exemple éclaircira ma pensée ; la théorie dos phénomènes électriques emprunte, comme on sait, beaucoup d'images à la mécanique, et un pur mathématicien prenant ces images pour dos réalités immédiates, pourrait, s'il appartient à l'école classique de la mécanique rationnelle, raisonner comme il suit :
« Considérons, dirait-il, un courant électrique dans un « conducteur, c'est le mouvement d'un fluide; que la masse « de ce fluide soit soustraite à la pesanteur, la chose est « concevable, mais que cette masse ne puisse manifester son Inertie d'aucune manière, c'est ce que je n'admets w point, et je vais imaginer des expériences où le conduc- « teur sera animé d'un mouvement rapide ; le fluide clrcu- « lant dans le conducteur lui-même, le mouvement sera « bien obligé de manifester son inertie de quelque manière. » Il parait que des expériences ont été essayées par Hertz dans cet ordre d'idées et qu'elles ont été négatives.
Ainsi, les phénomènes électriques comparés entre eux, gardent bien l'allure mécanique, mais entre leur méca-