‹ Leçons de médecine légale (volume 2)Chapitre 12 sur 54 · VIEILLESSE · texte numérisé non relu

VIEILLESSE

La vieillesse commence à soixante ans, et finit entre la quatre-vingt-quatrième et la quatre-vingt-cinquième année; depuis cettç dernière époque jusqu’à la mort , on la désigne plus particulièrement sous le nom de décrépitude. La difficulté. de préciser les âges pendant la vieillesse , n est pas moindre que dans la période précédente. La blancheur des cheveux, delà barbe et des poils, les rides du visage, la couleur cendrée de la peau , l’obscurcissement .de la vue , la dxireté de l’ouïe , 1 affaiblissement des facultés intellectuelles, l’état d’imbécillité dans lequel on finit par tomber , la diminution des forces, la courbure de l’épine, le changement de forme de la mâchoire infériedire qui s’allonge, s’applatit et s’avance, l’usure, la chute des dents, la raideur des arîicixlations , l’agrandissement de la cavité des os longs, et 1 amincissement de leurs parois, le

refroidissement des extrémités, l’inertie de l’appareil générateur , la constipation , les excrétions alvines involontaires, la lenteur et l’intermittence du pouls; tels sont les principaux caractères propres à faire juger l’âge d,un -vieillard : or, ces caractères sont loin de se manifester aux mêmes époques chez tous les individus.

En terminant ce travail, nous croyons devoir faire connaître une série d’observations intéressantes, faites par M. Sue, dans le dessein de déterminer la grandeur commune de l’homme dans ses différens âges, et les proportions du tronc et des extrémités. La longueur totale des sujets a été prise depuis le vertex jusqu’à la plante des pieds; on a ensuite mesuré èn particulier le tronc, depuis le vertex jusqu’à la symphyse du pubis. La longueur des extrémités supérieures a été prise depuis le bord de Facromion jusqu’à l’extrémité des doigts ; et celle des membres abdominaux, depuis la symphyse du pubis jusqu’aux plantes des pieds.

Enfant d un an, dont la grandeur était d’un pied dix pouces et demi. Longueur du tronc , treize pouces 51X lignes; des extrémités supérieures, neuf pouces; des extrémités inférieures , neuf pouces. Enfant de trois ans, dont la grandeur était de deux pieds neuf pouces et quelques lignes. Longueur du tronc, dix-neuf pouces environ ; extrémités supérieures, quatorze pouces ; membres abdominaux^ quatorze pouces et quelques Enfant à-tt dix ans, dont la grandeur était de trois pieds huit pouces six lignes. Longueur du tronc, deux pieds; extrémités supérieures , un pied sept pouces; membres abdominaux, un pied huit pouces six lignes. de quatorze ans, de quatre pieds sept

i)ouces. Longueur du tronc, deux pieds quatre poucesextiémités supérieures, deux pieds six lignes, membres abdominaux, deux pieds trois pouces. Sujets de vingt à vingt-cinq ans, de cinq pieds quatre pouces. Longueur du tronc , deux pieds huit pouces 5 extrémités supérieures , deux pieds six pouces ; extrémités inférieures, deux pieds huit pouces.

Vers l’âge de vingtà vingt-cinq ans, le bord supérieur de la symphyse des os pubis fait précisément le point du milieu entre le sommet de la tête et la plante des pieds ; avant cet âge , ce centre varie continuellement. Les sujets de trente et quarante ans, ceux de cinquante et soixante , ne présentent aucun changement dans la grandeur des proportions, si ce, n’est dans certains os particuliers, en sorte que le rapport se conserve tel qu’il était à vingt ou à vingt-cinq ans, à moins que l’épine du dos ne se courbe comme on le voit dans la vieillesse. (^Sue, sur les Proportions du squelette de l’homme, dans les Mémoires présentés à l’Académie royale des sciences, tome II, lySS.). Ces observations ont été variées et faites sur des sujets bien conformés , dont la taille n’était ni trop grande ni trop petite, relativement à l’âge où on les examinait; il serait à désirer qu’elles fussent continuées sur un assez grand nombre d’individus pour fournir des proportions moyennes, dont on ne manquerait pas de tirer, beaucoup de parti dans la détermination des âges.

Des questions d'identité.

Les jurisconsultes sont quelquefois appelés à décider si une personne est réellement la même que

celle qui a été perdue ou qu.e Fou cherche» Nous ne croyons pas devoir mentionner les diverses circonstances où une semblable question peut être agitée j l’exaraen des faits propres à réclairèr, et qui sont du res-. sort de la médecine, doit seul nous ocçtiper ici. Voici quel est l’état de la législation actuelle sur cê point.

«La filiation des enfans légitimes se prouve par les actes de naissance inscrits sur le registre dé l’état civil. » (Code civil, art. Sïg. )

« A défaut de ce titre, la possession constante de l’état de l’enfant légitime suffit. » {Ibid., Bao. ) . -

« La possession d’état s’établit par une réunion suffisante de faits', qui indiquent le rapport.de filiation et de parenté entre un individu et la famille à laquelle il prétend appartenir. Les principaux de ces faits sont : que l’individu a toujçurs porté le nom du père auquël il prétend appartenir; que le père l’a traité comme son enfant, et a pourvu en cette qualité à son éducation, à son entretien et à son établissement ; qu’il a été reconnu constamment pour tel la société;

qu’il a été reconnu pour tel dans la famille. » {Ibid. ,avt.

« A défaut de titre et dé possession constante , où si l’enfant a été inscrit, soit sous de faux noms , soit comme né de pèrç et mère inconnus , la preuve de filiation peut se faire par témoins.

« Néanmoins cette preuve ne peutêtre admise que lorsqu’il y U commencement de preuve par écrit, ou lorsque les présomptions ou indices résultans des faits dès lors constans , sont assez graves pour déterminer l’admission.» {Ibid., art. 3a3.J

Or 1 appréciation des dont il est fait , mention

dans 1 article 3a3, exige quelquefois l’avis des gens de i art. Rien ne nous paraît plus propre à prouver cette assertion que la consultation de Louis, relative à Ba-^ ronei, dont nous allons donner un extrait :

llemi Baronet ^ né le:^.i 8, mai son pays

natal à l age de vingt-cinq ans-, et ne fut de retour que vingt-deu^ ans après. La veuve Lamort, sa sœur , qui avait reeueilli sa portion d’hoirie , ne voulut point le reconnaître , quoique plusieurs personnes affirmassent positivement que c’était lui. Elle imagina, de concert avec le curé de la. paroisse , de le faire passer, pour le fils de François , qui était absent depuis plu¬

sieurs années. Bahilot hésite d’abord; mais bientôt après if cède, aux insinuations de l’intrigue, et l’on publie partout qu’il est le ^ève àe Baronet ^ çelui-çi est flétri, et= condamné aux galères perpétuelles par le bailîage de Reims, comme faussaire et spoliateur de successions sous un nom supposé. Baronet avait déjà subi deux années de la peine ^ lorsqu’on demande que le procès soit révisé au parlement de Paris , parce qu’on a lieu de soupçonner la fourberie de la veuve Lamort et de ses' conseils. C’est alors que Louis est requis de donner son avis sur les chefs suivans.

1° En 1777 , Baronet avait soixante ans, tandis que Babiiot C[ai étant né en lySi n’en avait que quarantesix. Est-il possible de prendre un homme de soixante ans pour un homme de quarante-six ans? Ici , Louis déclara que le condamné paraissait avoir réellement soixante ans.

2 Babiîot fils avait à la cuisse une tache de vinaigre de la largeur d’un écu de 6 francs , tandis que Baronet ne l’avait pas. Ôn demanda si ces taches ( envies^ pouvaient établir unê distinction. De pareilles marques sont indélébiles, répondit Louis , et l’on ne peut les faire disparaître qu’à l’aide de caustiques

qui làissêht après feuk iJès cicatrices , ou en peignant la couleur de la peau : j6r rien' né prouve qüè de pareils inoyens' aiènt etè' iiiisr èil' usa%è" cÉez "Èaronet.

3® BaBttài hê'bGiràit pâ's; 'il était ï>el Homme, bien fait, quoique 'sès' épaules fussent hautes. Baronet était Voûté, d’ünô ‘taiîié aU-dè'ss6ûs de'cinq pièas ;' il ayait 'ùriè Jambe' plus courte qüé l’autre , et lés malléoles très-grosses." On voulut savoir s il était possible de ee tromper aux traits de ressemblance répandus sur le corps de ces individus. L’élévation des épaules dé ^<2répondit Louis, né saurait êtré confondue avec les viéés de conformation dont i5z?z’ozze? est atteint ; cHeV; ceiui-ci, en effet, la colonne d,e l’épine est contournée, ce qui tient peut-être à l’Habitude quiL a contractée de marcher incliné de côté pour corriger en partie les iiiéônvéniens dé la claudication. Quant aux traits du visage, ils ont pu être altérés par l’âge au point de faire naître chez les personnes qui sont restées plusieurs années sans Voir cës individus, des idées extrêmémént confuses. On assure, il est vrai, que Baronet avait éu une épaule luxée et un bras fractürq par une chute, et pourtant l’individu soumis à l’examen ne présente aucune trace jie semblables lésions; mais il est possible, dit Louis, que Baronet iâl cru avoir le bras fracturé parce qu’on le lui aura dit.

4 L’un et l’autre avaient des cicatrices à la joue et à la gorge, mais Baronet en avait une au sourcil, suite d un coup de pierre attesté par celui qui l’avait lancée. Suivant touà les récits, répondit Louis, B abiloi doit avoir à la partie droite du visage, près du cou, une cicatrice provenant d’humeurs froides guéries ; cette ci-

catrice succédant à l’ouvertnre spontanée des glandes dii cou, dont rengorgement scrofuleux s’est terminé par suppuration , doit être ronde et se trouver à la région çorrespondante à ces glandes. L’individu soumis à l’examen présente^ au contraire, une cicatrice loogdo , s’étendant le long de la lèvre externe du bord delà mâchoire inférieure depuis l’angle, jusqu’auprès du menton; sa largeur et la manière dont la consolidation s’est opérée arunoncent qu’elle a été faite par un corps contondantj^tel qu’un coup de pied de cheval , et l’on sait que Baronet avait reçu un pareil coup. Én outre, Babilot a'voiT une cicatrice à la joue, que l’on ne

voyait point sur le condamné.

Gette consultation donna lieu à un arrêt du 26 août I y y 8, par lequel Baronet iot déchargé de toute accusation , et reconnu pour tel qu’il se disait. (Causes célèbres , vol. XXVI , cause 256.)

Vptci les objets qui doiyent fixçr l’attention des gens de 1 art , dans la solution de semblables questions: I® 1 âge de l’individu, quoiqu’il ne puisse souvent être apprécié que d une manière approximative ; 2® la stature ; 3® la têtè, et notamment son volume et la configuration de ses os ; les cheveux sont-ils rares et déjà blanchis par râge; le front est-il saillant ou comprimé, les sourcils écartés ou se touchant par leurs extrémités internes; les yeux grands, petits, saillans ou enfoncés; le nez, court, épaté, déprimé, large dans sa partie inférieure qui peut être rélevée en haut, ou long, aquilin , étroit dans sa ;partie inférieure, qui se termine en pointe; les lèvres grosses ou petites , avec ou sans traces de cicatrice ; les dents peu nombreuses , mal. rangées

petites ou offrant dès caractères opposés ; la Eoucüe large ou étroite ; le menton uni ou à fossette , rond ou pointu; la barbe rare ou touffue; le visage large/ ou allongé; 4^^ le ooü gros et courte ou étroit et d’une longueur remarquable; o® lé' tborax est-ü conforme, ou bien la çOlonnè épinière est-elie déie tée-; les épaules sont-elles hautes ; apérceitron enfin des tracer de gibbosité antérieure,p6stérieure ou latérale; le sternum est-ii aplati j enfonoé , pu fait-il saillie en avant ; l’appendice sous-sternal ( cartilage xyphôïdé ) présentèt-il üne forme xjui s’éloigne de celle que l’on observé le plus- communément; la distance qui sépare lès deux bases de l’omoplate est-elle grande oti; pètite; 6° le bassin est-il large ou étroit; y® les membres et les mains sont-ils gros ou petits, rudes ou souples; les doigts sont-ils courts ou longs en les comparant à la main, et entre eux : les genoux sbnt-ils en dedans;-lés màllébles sont-elles plus saillantes qu’â rordinaire; les jambes, et les pieds présentent-ils la même longueur d’un côté que de l’autre, offrent-ils quelque difformité; 8® les organes génitaux ou quelques autres parties du corps , sont-ils le siège de quelque vice de conformation ; . 9® existè-t-il des tachés de naissancè â la péau : ces taches sont indélébiles, tandis que lesverrues ou autres lümeurs analogues peuvent être détruités par les caustiques ; I O® les cicatrices succédant à dés bnilures , à. dès plaies , à l’ouverture spontanée de certaines-' tumeurs : ces marques ne s’effacent jamais et peuvent quelquefois, par leur siège, par leüf forme , par leur ■ direction, par leur étendue, etc., fournir des indices précieux; ii® les traces de fractures et de luxations.

L’ensemble de ces caràctèi’és peut servir quelquefois à résoudre la question qui nous occupé, tandis qu’il serait impossible d’y parvenir à l’aide dune foule de. signes mentionnés par certains; tuteurs , tels que la beauté ou là laideur, la maigreur ou l’embonpoint de" linditridü, lé changement de couleur dés yeux et déi> cheveux, efci , - on sàit en effet «que' l’age, les passions , les maladies , le^çUmat quie l’on habité, et le genre de nourriture que Von prend modifient singulièrement' ces caractères^ Que penser aussi des inductions tiréejs de la physionomie, du témoignage des hommes, deila reconnaisààncê des parens, des nourrices, des amis | et même des' titres , que l’on peut avoir falsifiés ! ! ! '

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