‹ Leçons de médecine légale (volume 2)Chapitre 21 sur 54 · RAPPORTS SUR LA GROSSESSE · texte numérisé non relu

RAPPORTS SUR LA GROSSESSE

Premier rapport. Nous soussigné, docteur en mé'^ decine de la Faculté de Strasbourg, sur la réquisition de M. le procureur du roi à nous signifiée par le sieur D . . . huissier, nous sommes transporté aujourd’hui 12 juin, à midi , accompagné de M. V. . . , commissaire de police, à la prison où était enfermée madame***, âgée de vingt-cinq ans, à l’effet de déterminer si elle était enceinte. Arrivé dans la chambre n® 2 , nous avons trouvé ladite dame qui nous a déclaré être grosse de six mois, ce qu’elle avait reconnu aux dégoûts et aux vomissemens qu’elle éprouvait depuis ce temps , à la suppression de la menstruation , à la tuméfaction successive du ventre, et surtout aux mouvemens quelle ressentait depuis deux mois dans l’abdomen.

Madame*** étant debout, nous avons introduit le doigt indicateur de la main droite dans le vagin , tandis que la main gauche restait appliquée sur l’abdomen y ce qui nous a permis de constater que le col de l’utérus était tiré en haut et en arrière, que lé fond de cet organe , parfaitement développé , répondait à l’ombilic, et que l’on pouvàit déterminer des

rnoayeniens de ballottement. A l’aide du stéthoscope,, placé dans l’espace qui sépare l’ombilic de l’arcade «.^rurale , nous avons entendu au moins cent trente pulsations doubles par minutes, et sur un autre point de l'abdomen on pouvait recconnaître avec le même instrument, des.pulsations simples isochrones au pouls de la mère.

Ges faits nous permettent dé conclure que madame*** est enceinte. d’environ six mois. En foi de quoi , etc, Paris, ce ï O juin 1820.

Deuæieme rapport, soussigné, etc. ( Voyez le

rapport précédent, pour le préambule:. ) Arrivé dans la maison , nous avons trouvé la fiilfe N âgée de dixneuf ans , que l’on croyait enceinte de huit mois; elle nous a dit n’avoir éprquvé ni dégoûts, ni vomissemens, ni vertiges, ni douleurs de tête, ni maux de dents depuis quelle était grosse j que les règles avaient coulé régulièrement tous les mois, quoique beaucoup moins abondamment qu’avant d’être enceinte, que le ventre et les mamelles s’étalent développés graduellement, sans quelle eut éprouvé la moindre incommodité; quelle n’avait jamais senti remuer l’enfant.

Le toucher nous a fait voir que le volume du ventre ptau dû au développement de la matrice, dont le fond était près de la région épigastrique, et dont le col fort élevé s’aplanissait et tendait à s’effacer , que l’on pouvait déterminer facilement les mouvemens de ballottement, et que l’on sentait, dans la cavité du bassin , un corps tres-sohde et assez volumineux , qui paraissait être la tête d’un foetus. Le stéthoscope , appliqué sur diverses parties. de l’abdomen , n’a permis d’apercevoir.

aucun des battemens dont ii a été fait mention dans le rapport précédent.

Nous croyons pouvoir conclure de ces faits , que la demoiselle*'*'* est enceinte d’environ huit mois. En foi de quoi, etc. Fait à Paris , le , etc.

Troisième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la chambre, nous avons trouvé la fille***, âgée de vingt-deux ans, qui se disait enceinte de six mois, parce que depuis cette époque elle n’était pas réglée , qu’elle avait éprouvé, à différentes réprises, des maux de tête, des envies de vomir , des vomissemens, que les seins et le ventre s’étaient, gonflés considérablement, et qu’il s’écoulait des mamelles une humeur laiteuse : elle n’avait pas senti remuer.

On a vu par le toucher, que le volume du ventre était dû au développement de i’utérus, dont le fond répondait à l’ombilic , et dont le col était tiré en haut et en arrière; on ne- pouvait déterminer ni le mouvement de ballottement ni les mouvemens actifs du fœtus, lors même qu’on appliquait sur l’abdomen une main trempée dans l’eau froide; le stéthoscope ne faisait reconnaître aucune sorte de pulsation ni de battement: du reste, la fille*** n’éprouvait aucun accident qui pût faire croire qu’elle était malade.

Il resuite de ces faits qu il est impossible d’affirmer que mademoiselle*** est ou n’est pas enceinte, et qu’il est prudent de la faire visiter de nouveau, plus tard, et meme d attendre jusqu’à la fin du neuvième mois , si les nouvelles visites ne fournissent point des résultats plus positifs.

Quatrième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé

dans la chambre , nous avons trouvé madame***, âgée de seize ans , mariée depuis trois mois , qui se croyait enceinte de deux mois. Elle nous à dit avoir été bien réglée depuis l’âge dé ^atorze ans jusqu’à l’époque de son mariage , qu’il y avait deux mois qu’elle n’avait pas ses règles, que depuis lors elle avait des~ maux de tête , des envies fréquentes de vomir , et que les seins s’étaient gonflés.

Nous avons procédé à la visite : le volume du ventre paraissait dans l’état naturel, et il était impossible de distinguer aucune espèce de tumeur au-dessus des pubis ; en introduisant le doigt indicateur dans le vagin , nous avons cru apercevoir que le corps de l’utérus était un peu plus voiuminëux , et que le col était lin peu plus haut que lorsque là matrice est vidé : du reste il n’y avait point de mouvemens , et le stéthoscope ne décelait point de pulsations.

D’où il résulte que l’on ne peut tout , au plus que soupçonner la grossesse; qu-on est cependant loin de pouvoir nier quelle existe, et qu’il importe d’autant plus de toucher de nouveau madame*** dans quelque temps, que, connaissant l’état actuel des organes de la génération, on pourra mieux apprécier lesohangemens que la grossesse fera naître dans ces parties, si elle est réellement enceinte. En foi de quoi, etc.

Cinquième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans \ la chambre où était madame **^ , âgée de trente-six ans, déjà mère de deux enfans’, qui se disait enceinte de huit mois, on nous a rapporté que depuis cette époque la menstruation était supprimée, et que le ventre et les mamelles avaient augmenté -graduelle-

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ment de volume; que la respiration était'gênée parfois, et que , les membres abdominaux , surtout les pieds et les jambes, étaient tuméfiés depuis ti’ois mois; du reste, la femme disait n’avoir ressenti aucune douleur; elle avait éprouvé par momens une soif ardente, et, elle urinait beaucoup moins depuis quelque temps.

Nous avons procédé à la visite : l’abdomen, trèsvolumineux, était uniformément distendu; il ne s’élevait pas en s’arrondissant du côté du nombril, et ne laissait pas une sorte de vide du côté des reins; on a reconnu ptœ le toucher que le col et le corps de l’utérus offraient le volume , la situation et la forme qu’ils présentent dans l’état de vacuité, si ce n’est qu’il y avait une échancrure au côté gauche du col; on ne déterminait point de ballottement en soulevant cet organe avec le doigt; le stéthoscope, appliqué; à- plusieurs reprises sur différons points de l’abdomen , ne Élisait entendre ni battemens ni pulsations plaçentmres. La femme ayant été couchée sur le dos, la tête élevée et les cuisses fléchies, on a senti, en appliquant une main sur un des côtés de l’abdomen, et en frappant avec l’autre sur le côté opposé, une fluctuation manifeste : du reste, madame*** n’éprouvait aucune douleur, mais elle était tourmentée par une soif ardente ; l’urine était rare et fortement colorée; les membres, abdominaux et les parties génitales étaient le siège d’une infiltration séreuse très-marquée.

Ces faits nous permettent d’établir que madame ?^** îi’est pas enceinte de huit mois; que les effets qu’elle rapporte à une grossesse aussi avancée dépendent au contraire d’une hydropisie ascite ; que cependant il

est ini|}ossiîîle^ d’affirmer qu’elle n’est pas enceinte depuis quinze , trente,- ou quarante jours. En foi de q.uoL,--ete.;: > .' ■ -vr ,o.’. - .

Sijcieme rrapport,-^'OVi& soussigné"', etc. Arrivé dans la chambre, nous^ avons tr-ouvé 'madame N alitée, "se disant enceinte de six mois j on nous a déclaré que les règles avaient cessA de couler depuis cette époque, et qu’elle avait presque' toujours éprouvé, un sentiment de gêne et de pesanteur dans le .bassin; que le ventre n avait grossi que d’un côté, et que son élévation avait souvent donné lieu à des douleurs vives^ qu’elle avait senti remuer l’enfant vers la fin du quatrième mois:, et que depuis lors elle n’avait aperçu aucune espèce- de mouvement, i

Nous avons procédé à la visite, et nous avons reconnu, vers la fosse iliaque droite, une tumeur mobile, arrondie ; la région correspondante de l’autre côté dé 1 abdomen était beaucoup moins tuméfiée ; ruterits était déj été à gauche ; il offrait à peu près un volum e doublé de celui qu il présente chez les femmes qui ne sont pas enceintes ;■ son orifiee , souple et allongé , étant ouvert ^ on ^introduit la mâin*dans là cavité- de la matrice , dafiSlaquélle il-n y avait point de fœtus ; en poussant tour a tour de bas en haut lès parois du vagin et de rintestiri rectum; on déterminait dés^mouvémens de ballottement non-équi-voques. Le «téthoscope , appliqué sur plusieurs parties de 1 abdomen, ne permettait pas de distinguer dés battémeUs ni des pulsations : dû reste , la 'femme éprouvait des douleurs vives dans toute la partie inférieure du 1 abdoiHen et ühe soif èxeeSsive; la chaleur de la peau , -était âcre , la : fièvre considerablé ;

il y avait insomnie, perte de l’appétit, et par fois diari-hée.

Ces faits nous permettent de conclure que la femme est enceinte, et que la grossesse est extra-utérine.

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