VINGT ET UNIÈME LEÇON
SECONDE QUESTION. — U avortement a-t-il été naturel oit provoqué.
L’homme de l’art ne parvient à fournir au magistrat quelques données satisfaisantes pour résoudre ce problème, qu'en examinant attentivement Fépoque à laquelle l’avortement a eu lieu, les causes à T’influence desquelles Ta femme a 'été soumise , et les marques de sévTce qürpèuvent se trouver sur le corps du foetus et de la mèrë.
Epoque a làquéUè V avôrtemént a lieu. Les femmes peuvent avorter naturellement à toutes les époques de la grossesse • cependan t l’avortement naturel est beaucoup plus' fréquent pendant les deux premiers mois ; tandis que celui qui est provoqué ne s’observe guère que plus, tard , cojhme nous l’avons déjà dit.
Causes déterminaiites de V avortement. On doit les éa. prédisposantes et occasioneîles. Les unes et lé^ autres, prisés séparément, peuvent produire l’avortémentÇ quoique souvent celui-ci soit l’effet de leur action simultanée. Les causes prédisposantes les plus remarquables sont : la trop grande rigidité des fibres du cor^s deTutérus, l’excessive sensibilité et la trop grande contractilité de cet organe , le relâchement du col utérin , la métrite chronique , le squirre , le carcinome, les corps fibreux, les polypes et l’hydropisie de cet organe, la présence de plusieurs fœtus, un état particuliL^r de 1 atmosphère pendant lequel Tes avortemens sont épidémiques , la pléthore , le tempéra-
ment sanguin de lai femme, une menstruation aboirdante irrégulière, une faiblesse générale produite par le défaut de nourriture ou par toute autre causfé^ ùn état cachectique; plusieurs maladies, comme le'scprbut , la syphilis, l’hystérie, les douleurs néphrétique^ etc. , des vices de conformation du rachis et du ha;^ sin, une disposition héréditaire, l’habitude d’avorter les veilles , la compression de l’abdomen par des vêtemens étroits. A ces causes il faut joindre celles qui se rapportent au produit de la conception; ainsi la faiblesse du fœtus, ses maladies , les monstruosités; l’implantation du placenta sur le col de l’utérus, son peu d’adhérence à la surface de cet organe , son état squirréux , hydatique , anévrismatique , variqueux , sa petitesse par rapport au fœtus , son atrophie ; la brièveté ou la trop grande longueur du cordon ombilical, son entortillement autour du cou ou d’un membre, ses adhérences; les tumeurs hydatiques et autres dont il peut être le siège; la ténuité de l’amnios et du ché-? rion , l’accumulation d’un fluide séreux entre ces deux membranes; la trop petite ou la trop grande quantité d’eau de l’amnios.
Les capses occasionelles sont : plusieurs, maladies aiguës, et surtout l’inflammation de l’utérus et des intestins , la strangurie et les convulsions ; les passions vives, l’impression des odeurs, l’asphyxie, le coït immodéré, les efforts, les secousses et les mouvemens violens :ainsi la danse, l’exercice à cheval ou eir voiture, lesris, les cris , la toux, lé vomissement, etc. ; les chutes ÿ les coups sur les lombes ou sur l’abdomen, les mouvemens convulsifs du fœtus,, la rupture du cordon ombi-
iical ou des membranes de l’œuf^ enfin les moyens dits abortifs , que l’on peut réduire aux suivans : la saignée, surtout celle du pied, les pédiluves, les vomitifs, les purgatifs drastiques , les èmménagogues actifs , et certaines manœuvres ayant pour objet de rompre les membranes qui enveloppent te fœtus. Ces moyens, qu’il serait mutile et dangereux d’exposer en détail, parce qu’il n’est aucun médecin qui ne les connaisse , et que la malveillance pourrait s’en emparer pour commettre de nouveaux crimes, sont loin de produire constamment l’effet qu’on en attend ; ainsi , pour ce qui concerne la saignée, on sait que des femmes sont accouchées, à terme, d’enfans bien^portans , quoiqu’elles eussent été saignées du bras quarante huit ou quatrevingt-dix fois pendant la grossesse ( Mauriceau ) ; chez d’autres en âempêehé l’avortement, qui était imminent, à l’aide de la même saignée : une femme enceinte înt saignée dix fois du pied, sans avorter, dit Mauriceau ( Observ. 644); il en fut de même d’une autre qui était tombée en apoplexie, et qui non - seulemeiit avait été saipée plusieurs fois du bras et du pied, mais qui avait pris plusieurs vomitifs (Observ. a 58.) Toutefois il faut avouer que la saignée du pied et l’apphcation des sangsues à la vulve et aux extrémités inférieures provoquent quelquefois l’avortement , surput lorsqu’on en fait usage à contre-temps, et que la femmeœst déjà affaiblie : l’observation rapportée par Baudelocq«e, ala page 55 1 du tome II , vient à l’appui do cette assertion : des alimens de facile digestion, admm^trés avec prudence, dit cet auteur, calmèrent, au septième mois de la grossesse, un travail que l’on ne
pa|; vapporteri ^li’à . la privaûon absoliie de^toutfe èsç
pèce de pouFi-iture pendant plusieurs J purs de suites. hes pédilwes sont encore moins actifs que les saignées du pied, et la science fourraiile de faits qui attestent leur insuffisance pour déterminer l’avortement dans un très-grand nombre de cas. On a vu l’emploi dest-o% mitifs et des purgatifs \es plus âci'es, déterminer cheat des femmes enceintes , des superpurgations , des entér rites, des péritonites , des convulsions et même la mortsans qu’il y eût avortement : un administre , tous; Les jours J pendant la grossesse , des médicamens émétiques, et purgatifs, parce qu’Us sont indiqués, et l’on observe rarement l’accident que nous redoutons; cependant il ne faut pas se dissimuler que l’usage intempestif . do ces moyens énergiques ait été, suivi de f’ayprtenienj.:^ chez des femmes soumises déjà à l’influence de.quelr ques-upes des causes prédisposantes il estmêineiar-T rivé que des fausses couches ont eu lieu après l’admLnistration d’un laxatif, tel , que la manne. Tout Ge qui vient d’être dit à l’occasion des vomitifs et des: pOï'gs^" tifs peut s’appliquer aux emménagogues y diurér^
tiques y aux «^5, er autres médicamens tans:\enx danger est évident dans certains cas ; leur innocuité est prouvée par une foule d’exempleS j^parnd lesquels nous rapporterons les suiyaps.jr? Une, femm^^ que l’on ne croyait pas enc.einte., est saignée à plusieurs reprises , et fait usage des purgatifs ^ des :diurétiques/e| des sudorifiques les, plus actifsj dans l’espoir tle faire cesser une douleur sciatique, des plus aiguës,;.; olle.iaç-? eouche d’un enfant robuste et à, terme^i ( Zacchicm^ Qusestionura medico-legalium consiliumxxvr, pag. 4<^4
2® L’huile ^ distillée -de^'^eniêvre, administrée pehdant vingt jours , à .ià dose de cent- ^puÉtes, ne détermina point- d’hémorragié; et n’empêchâ- pas4a' <femmè qui en-avait fait usage d’accoucher à terme. 3?-Une fille grosse de sept mois, avala une- pleine éenélld de vin dans laquelle -il y avait une forte dose de sabîne en poudre : Otlo- éprouva- des vomis^emens et fut très-incommodée pendant plus, 4e quinze jW’s ; l’accouchement n’eut iieü que deux- riiok après. Méd. legale , -t. f Y;-. page^43o. ) manœuvres employées
pour rompre des? memhrânes du^poür agir directement surfe'^màt'ricé-, telles que l’emploi de stylets ou d’autres instrumens aigus et de pessaires enduits d’onguens imtans,-ne sont pas- toujours faciîes-à -pratiquer à -l’époque de la grossesse'Oùf’on cherche-à4étruife le fœtus;, elles ne déterminent pas toujours -l’avortement , et -occasionent soûvènir les accidens les plus graves ,
tels que des râétrites-aiguës ou chroniques , des métfor-
rhagies graves^dès carcinomes de Futérus , etc.
- Marques de sévices qüï peuvent se trouver sur le corps de V avorton ed: sur les -organes -génitaux de la mère. Lorsque Favorteinent a été la suite de Fintroducîion dans Futérus d’un instrument qui a blessé le produit de la conception , on peut retronver des traces de son action meurtrière sur le fœtus, sur les membranes et sur les organes-do la génération de la femme. Les .lésions que présentera l’avorton , dans le cas dont nous parlons, ayant-été décrites à l’occasion de l’infanticide, nous renyoyons.à- la-page 309. -Si- la femme a succombé, l’état de la matrice indiquera probablement qu’il y a eu expulsion d’un -fœtus -le feôLot l’orifice iç
cet organe pourront être le.siége de blessures qui an- ^lO’nÇCKont l’emploi d’un instrum plus ou moins
Application de V ensemble des Jaits et des principes precedent f a .1(1 sojütion de la^ deuQcieme question,. On iferasur l’avorton les mêmes recherches que àans le cas d infanticide : ainsi qn déterminera quel est son âge, s il a vécu après fa naissance , s’il est mort-dans l’utérus 9^ > à quelle époque il a été expulsé , depuis
.Î9^”d il est mort , s il présente des traces nour équivoques de blessures capables d'expliquer la mort, ou si serait pas l’effet" de son immaturité ou de quelques-unes des maladies qui attaquent souvent le qouveau-né. ( infanticiue. ) Ici , on se gardera
Bien dé confondre la rougeur de la peau des avortons de quatrè mois et demi à sept mois pa^é'4yj,
avec celle qui.est le résultat dii^séjour plus bu moins prolongé d’un fœtus mort dans 1 utérus : dans lé premier cas, la coulëur pdurpie ne s observé que dàhscertaines parties du corps, et elle n’est accompagnée d aucune des lésions que l’on remarqué chez Tes foetus avons parlé en dernier
. . à la femme, on tiendra compte de l’e-
poque à laquelle l’avortement a eu lieu, des chutes , des efforts qu’elle a pu faire , et des autres causes à l’in- Y^esquelles elle dit avoir été soumise; dé son teppérarhent, des médicaméns qui ont pu ldi être administrés pour Rétablir le cours des menstrues, du dans un autre but qn’on ne saurait blâmer ; on établira que l’avortement n’a pas été crimineL Si elle dit avoir reçu des coups sur l’abdo-
nleHj surles lomLés,'il faudra constater s’il y a des ecchym^ises , si les aciés de Violence" ont été bientôt suivis d’héinorrhagie utérine, ou bien &i les causes dont nous parlons ont été assez légères pour ne pas tidubl€r^ cours de la grossesse j on recliercbera si l’avortement Saurait pas pu être prévenu malgré l’action de ces causes ,, au moyen des saignées, du repos, etc. Nous lisons dans BelTôc, quune femme après avoir éprouvé une rmjndsion qui l’avait jetée à terre en pleine rue, avorta d un fœtus mort , qui pouvait avoir environ quatre mois J maiff on a pprit qu’au lieu de s’être mise au lit immédiatement après l’accident, ou au moins d’être restée tranquillé"; elle avait fait une' course de près d’une lîeue pour aller clierclier du bois d’un poids très-pesant' qiCëHe: avait porté cliez elle; que'Ie ïénmalgré quelques'douleurs graves qu’elle disait éprouver aux reins, 'elle était encbrè allée â un grand . deliéue de çüe* elle pour moissonner , et qu’à sÔn „^f?'lTeë elIe avait, été forcée de se mettre au lit, ou elle , 3ue les douleurs dé l’accoucbement s’étaient
aëclarées franchésÿers le milieu de la nuit précédente, |l est très-probabié , ajoute Belloc, que si cette femme sepours et s’était tenue tranquille , elle
aurâft 'pu 'éviter cèt avbrteniènt, (page 82. T
Si tout porte à croire que l’avortement n’est la suite causes indiquées dans le paragraphe précédent, on examinera si la femme n’a point caché sa grossesse; si elle nè s’est pas informée auprès de ses amis , ou déi'géns de l’art, de l’efficacité de Certains moyens propres à provoquer des pertes ou à se faire avorter ; si elle né s est point livrée sans nécessité à «les
exercices vioîens et dangereux à son état ; si elle et^t malade, faible, ou d’une constitution robuste ; si eü^ a açheté des drogues ou si elle le? a fait acbetej par des confidens ; quelle en était la dose; si elle a pi^éj^^ré à l’insu de tout le monde des médicamens composés plus OU mdiné actifs ; si elle a fait ujsâgé dé 'pareils hfé mèés sans riéôessité ét sans avoir cbnsuïte le mé'deèm f si ellé à cacbé aux^pérsônnes qdi l’éiitotif aient lës déuleurs quelle aurait pu éprouver par rùsagë de cés moyens énergiques, ou bien si ’éllé s’est"' plainte ; si lorsque fién ri’ahnqriçaît^ qti’ell'é dût" être malade , %llé a fait 3è^ 'préparatifs- qui poirrràïfeiit fàîre crbîre iqù-éile s’attendait à rêtré‘; aï ëllê s’ést fait sa%nër Sécrètémént et' à pldsiéufs rêprisés paé^^dîfféi’ëhs^ ébittif gîënS'',^ sans dire qu’elle l’avait déjà été bëàiïcbüp dé fois sidès sai«gnées étaient indiquées , nécèssaires : si eire niait avoir été saignée, bn cbérchèf ait sür le trajet dës'veinés', sur la vulve et sur les cuisses , s’il n’y à point'dé tracés rë*' centés de l’action de la lancette bii des ■ sangsüéS ^ bii s’àttâcberait aussi à reconnaître si , pour faire' pféîîdïë, le cïiange , elle n’a pas câcHé rKémGrrHa^ié‘^qûi -suit l’avbrtément , et voulu rapporter les lÿmptÔUiês qu’elle éprouvé à toute autre cause. Il existe ericoré rinè foUlè de considérations qui n’écbâppéront pàs- à4à' sàgâéité' du magistrat , et qui permettent quelquefois db de-î couvrir sil’âYbrtement a étépf bvoquëi'Hbus He Saüiubns trop recommân dét en terminant cét àrtieîê ÿ combiên il importe d’examiner atteritîvémènt si les médieatnénsL que rbn regarde comUie abortifs ont été conseilléenit émployéàdâhs iinéintèntibn criminelle; ' • ■ ï “ ; ^ ^
TR ÔIsiÈM E Qü E S T I ON. — , L’^avortement peut-il 'être simulé bu prétexté de la part de Idfemtne y darùs V intention de nuire à autrui, et surtout d’obtenir dès dommages et intérêts ? ' ^ ' - v . ;
: Plusieurs fois .déjà les tribuuaujx: ont été, appelés à ju^er des causes de.,ce genre. Nous indiqiierons , en parlant les généraux qui
doivent g;uider le^ médecin chargé de prononcer surla, réalité d’une, affection que l’on peut feindre : il nous suffira d’établfe ici qu’il faut s’attachef à prouver que % .eu liep^ peut dépendre des
n^ses allégu^^s^ia partie plaignante; ^ : l -
est des autedtaqtü:j'pQux çoimpléter rhistoire médiço-idgaie daJ’aypi^tementj.ont cru devoir exaininêr enf ^^^ i^élp fcpips'étaitmiŸant ^ on a agi sur
las. abortifs , disent-ils , n’avaient été mis en qtrelques jours; avant l’avortement 3 et si la Wère soutenaitqu avant leur emploi elle ne sentait déjà A dttnianité et la prudence nous dilateraient de ne pencher que pour l’opinion la plus di^Çcnsée. » Nous né saurions adopter cette manière de voirt en effet , il ne suffit pas , pour établir la mortdu: foetus dans.rutérüs, que la femme avoue né n^pir senti renmer l’enfant depuis plusieurs joursr dpP-j ?ipPfe,î’pn&rqu il -n’existe aucun signe- qui puisse Çppppnaître porzrfeezzzeznf si avant rexpulsion du j®?ÎU® jf iétaitvrd non ' dans i’utérus; mais lors
?dC*Pé iqp if, serait prouvé que rayorton était mort au moment où on a agi sur lui , l’attentat n’en existerait pas moins , surtout si les moyens abortifs avaient été con*
seillës par ïin ho,mine de l’art ou par tpote ^«tre. péiiîw-;; sonne, et qu’ils fussent dena^ture à exp^oserdes iours^^d©la mère. Quelle que soit l’indulgence dont nous croÿoriST devoir user envors les femmes qui ne nous paraissenth pas évidemment coupables , nous nous ferons tonjoursî! un devoir d’attaquer le crime ot; d’om|>èçber qu’il, ne / reste impuni- , . ‘ ■ rsaec . - r.: -r.
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