‹ Leçons de médecine légaleChapitre 11 sur 35 · RAPPORTS SUR LA DEFLORATION ET LE VIOL · texte numérisé non relu

RAPPORTS SUR LA DEFLORATION ET LE VIOL

Premier rapport. Nous soussigné, docteur en médecine de la Faculté de Paris , sur la réquisition de M. le

procureur du roi, à nous signifiée par le sieur X . ,

huissier, nous sommes transporté aujourd’hui, 20 mai , à dix heures du matin, accompagné de M. R...... commissaire de police, dans la maison de madame sise rue de Clichy, n°. ..,au troisième étage, pour y visiter la fille de madame âgée de treize ans, qu’on nous a dit avoir été déflorée et violée la veille à huit heures du soir. Arrivé dans la chambre nous avons trouvé ladite fille assise sur une chaise, se plaignant de douleurs vives aux parties génitales et aux cuisses; on nous a rapporté qu’elle n’avait jamais été réglée , et

qu’elle jouissait habituellement d’une bonne santé ; que la veille au soir elle avait été violemment saisie par M. N..., âgé d’environ vingt -cinq ans, qui en avait abusé après l’avoir maltraitée.

Après avoir constaté que mademoiselle n’était atteinte d’aucune affection catarrhale, et quelle exécutait parfaitement toutes ses fonctions , nous l’avons fait coucher sur le bord du lit pour examiner les organes de la génération; les grandes lèvres légèrement écartées, étaient tuméfiées et rouges à leur face externe; les petites lèvres évidemment gonflées, offraient çà et là des traces de déchirure recouvertes d’une sorte de mucus; l'hymen était déchiré, et ses lambeaux sanglans ; il s’écoulait par le vagin un liquide d’un blanc jaunâtre ayant la consistance d’un mucus épais; on voyait au-dessus de la symphyse des pubis , à la partie interne et supérieure des cuisses, et aux fesses, des ecr chymoses dont la couleur, uniformément rouge foncé, annonçait des traces de contusion récente.

Ces faits nous permettent de conclure qu’il y a eu introduction, ou du moins tentative d’introduction d’un corps assez volumineux dans le vagin de mademoiselle que l’entrée de ce corps n’a pu avoir lieu sans effort, et qu’à moins qu’il ne soit prouvé que les ecchymoses que l’on remarque sur diverses parties du corps sont indépendantes de l’acte par lequel le corps étranger a été introduit, il paraîtrait que l'introduction a eu lieu malgré la résistance opposée par raademoi-

En foi de quoi nous avons dressé le présent rapport; etc.,... Fait à Paris, le 20 mai 1822.

Deuxième rapport. Nous soussigné, etc....; i^Voyez le premier rapport pour le préambule.) Arrivé dans la chambre, nous avons trouvé la fille N..., âgée de seize ans, réglée depuis dix mois, robuste, bien constituée et jouissant de la meilleure santé; elle se plaignait d’avoir été violée deux jours auparavant par M. S. . . , âgé de trente ans , et èlle disait ne plus éprouver autant de douleur que peu de temps après avoir été violentée.

Nous avons procédé à la visite des organes de la génération, et nous avons vu que les grandes^ lèvres étaient écartées et d’un rouge vermeil à leur face interne; les petites lèvres et les caroncules myrtiformes étaient un peu tuméfiées, d’un rouge vif; la membrane de l’hymen n’existait plus.; le clitoris, le canal de l’urètre, et la fourchette paraissaient dans l’état naturel ; il n’y avait aucune trace d’écoulement par le vagin, ni de meurtrissure aux pubis, aux cuisses, etc.

Ces observations nous portent à croire que des tentatives ont pu être faites pour introduire forcément dans le vagin de mademoiselle N».... un corps plus oü moins volumineux, ce qu’il aurait peut-être été permis d’affirmer si la visité eût été faite trente oü trente-six heures plus tôt; mais que lors même qu’il serait prouvé qu’il y a eu défloration récente, on ne pourrait pas établir quelle ait été produite par le membre viril, et encore moins quelle a eu lieu contre la volonté de mademoiselle N . En foi de quoi, etc.

Troisième rapport. Nous soussigné, etc... Arrivé dans la chambre, nous avons trouvé madame âgée de trente ans, veuve depuis quatre ans, et mère de deux

eiifans, <jui se plaignait d’avoir été violée la veille par M. X..., âgé de quarante ans.

Les organes de la génération, ayant été visités, n’ont rien présenté de remarquable ; ils étaient tels qu’on les trouve chez les femmes du même âge qui sont accouchées deux ou trois fois ; les environs de la vulve , les cuisses, et les fesses étaient le siège d’ecchymoses faites depuis peu.

Il résulte de ce qui précède, que rien ne démontre qu’il y ait eu introduction récente d’un corps quelconque dans les organes génitaux de madame et qu’il serait par conséquent impossible d’affirmer quelle a été violée la veille; qu’il serait également impossible de nier qu’elle ne l’a pas été, les organes sexuels n’éprouvant en général aucun changement sensible par le coït , chez une femme déjà mère ; mais qu’il est pourtant permis de soupçonner quelle a été l’objet d’une violence quelconque, à en jugep par les traces dé contusion observées sur différentes parties du corps. En foi de quoi , etc.

Quatrième rapport. Nous soussigné, etc,.... Arrivé dans la chambre, nous avons trouvé une petite fille, âgée de six ans, alitée, et que l’on nous a dit avoir été violée la veille.

Nous avons procédé à la visite des organes de la génération, et nous les avons trouvés rouges, tuméfiés et douloureux; il s’écoulait, par la vulve, un liquide d’un blanc jaunâtre comme grumelé, d’une odeur désagréable, tachant le linge ; on voyait çà et là, à la face interne des grandes lèvres , de petits ulcères assez profonds, dont les bords étaient rouges, tuméfiés, irré-

guliers , et dont le fond était recouvert d’un liquide séreux, opaque, assez consistant, mêlé de sang, et qui formait des croûtes en se desséchant : un de ces ulcères, long d’environ quatre lignes sur trois de large, occupait la grande lèvre gauche. La membrane hymen était intacte. Les cuisses et les parties qui avoisinent les organes de la génération n’étaient le siège d’aucune écchymose. L’enfant était d’ailleurs atteint d’une affection catarrhale caractérisée par les symptômes suivans : larmoiement, enchifréhement, enrouement, rougeur et gonflement de la face, douleur et pesanteur de tête, toux revenant par quintes, douleur de poitrine, difficulté de respirer, envies de vomir, peau chaude et halitueuse, membres brisés , pouls fort et fréquent.

Ces faits nous permettent d’établir que la fille dont il s’agit est atteinte d’une affection catarrhale semblable à celle qui règne épidémiquement, et qui est probablement le résrdtat de Faction du froid et de l’humidité sur le corps; que la lésion des organes génitaux paraît être de la même nature que celle des poumons, ou, en d’autres termes, quelle constitue une leucorrhée aiguë, et qu’il est par conséquent inutile, pour se rendre raison , de l’état dans lequel se trouve cette jeune fille, d’admettre qu’ellé a été déflorée. En foi de quoi , etc.

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