SEPTIÈME LEÇON
Du Mariage. ' ^
On peut réduire les questions médico-judiciaires relatives au mariage aux deux suivantes ; i” quels
sont les motifs d’opposition au mariage? 2° quels sont les cas de nullité du mariage? Examinons chacune de ces questions.
Motifs d’opposition au Mariage.
L’article 174 du liTre I"du Code civil est ainsi conçu :
» A défaut d’aucun ascendant , le frère ou la sœur, l’oncle ou la tante , le cousin ou la cousine germaine , majeurs, ne peuvent former aucune opposition au mariage que dans les deux cas suivans : 1“ lorsque le consentement du conseil de famille, requis par l’article 160, n’a pas été obtenu; 2“ lorsque l’opposition est fondée sur l’état de démence du futur époux : cette opposition , dont le tribunal pourra prononcer main-levée pure et simple, ne sera jamais reçue qu’à la charge par l’opposant de provoquer l’interdiction , et d’y faire statuer dans le délai qui sera 6xé par le jugement. » Il est évident d’après cet article que l’état de démence est la seule maladie pouvant former opposition au mariage, et que le médecinrequis dans un cas de ce genre doit se borner à statuer sur l’existence de cette aliénation mentale, qui peut être simulée. {^Voyez Folie.)
Mais si la législation actuelle ne reconnaît parpii les maladies pouvant s’opposer au mariage que la démence, n’est-il pas du devoir du médecin consulté par les parens ou par les conseils de famille, de les avertir des dangers auxquels ils exposent les futurs époux s’ils sont atteints de certains vices de conformation ou de quelques maladies graves ? F audra-t-il , parce que la loi ne s’oppose point à la célébration du mariage, cacher aux contractans les malheurs qui peuvent le suivre, I- 9
et, si la démence forme une opposition légale, les maladies et les vices de conformation dont nous parlons ne doivent-ils pas être regardés comme de véritables oppositions? Nous le pensons, et c’est ce qui nous engage à en faire l’énumération.
1° La difformité du bassin peut être telle que l’accouchement naturel soit impossible 5 alors les femmes périssent ou sont’ obligées de subir l’opération césq.ri«nne, ou leurs enfans sont dépecés et retirés par parties: toutefois nous ne partageons pas l’avis de M. Fodéré, qui veut que l’on interdise de rigueur le ipariage aux filles dont le diamètre sacro-pubien du détroit supérieur du bassin n’offre pas quatre pouces, ‘ car on sait que l’accouchement naturel n’est pas impossible, mais seulement plus long et plus douloureux, lorsqu’au lieu de quatre pouces, ce diamètre présente quelques lignes de moins; on a même vu l’accouchement se terminer naturellement, ce diamètre n’étant que de trois pouces moins un quart; à la vérité, dans ce cas, la tête de l’enfant était plus petite et beaucoup plus molle qu’elle ne l’est ordinairement. Baudelocqué ne regarde l’accouchement comme étant constamment impossible sans les secours extrêmes de l’art, qu’autant que les degrés de resserrement ne laissent pas deux pouces et demi de diamètre. Nous pensons, d’après cela, que l’on doit interdire le mariage dans un cas d’étroitesse du diamètre sacro-pubien du détroit supérieur, si ce diamètre n’offre pas trois pouces.
Nous ne parlerons pas des autres vices de conformation du bassin, tels que l’étroitesse du détroit inférieur, la trop grande capacité du bassin, les exostoses qui s’é-
lèvent quelquefois à la surface interne de cette boîte osseuse, etc., parce ^’ils sont en général moins redoutables que le précédent , et que le médecin jugera facilement du degré d’importance qu’il doit accorder à ces obstacles.
2° ïlépilepsie. Il est malheureusement trop certain queTépilepsie résiste presque toujours aux moyens curatifs les mieux combinés. Quelle que soit la cause qui la produite, elle est aggravée par les plaisirs de l’amour; les enfans nés de parens épileptiques peuvent être atteints de cette maladie , qui se manifeste même quelquefois chez Vautre «poux. Nous avons été témoin du fait suivant : une demoiselle de dix-neuf ans, trèsbien portante et éperdument amoureuse, est saisie de terreur en voyant son “amant foudroyé par une attaque d’épilepsie; le lendemain elle éprouve un accès de cette maladie : cet accès se renouvelle tous les jours pendant dix-huit mois, et finit par céder à des saignées souvent réitérées ; au bout de six mois la maladie recommence. Nous ignorons ce qui est arrivé depuis.
3° La phthisie pulmonaire. Cette affection est évidemment exaspérée par le mariage; et lors même qu’il serait démontré quelle n’est point contagieuse pour l’autre époux, on sait que la plupart des enfans des phthisiques naissent avec de grandes dispositions à la contracter.
4° La carie àes vertèbres, des os du bassin, etc., suite d’une affection scrofuleuse invétérée, est assez grave pour faire supposer que les enfans qui naîtraient de ce mariage seraient chétifs , mal conformés et peu propres à parcourir une longue carrière.
5" U anévrisme du cœur et des gj'os 'vaisseaux. Lorsque cette maladie est assez avancée pour qu’il n’y ait aucun doute sur son existence, elle doit être regardée comme un motif d’opposition au mariage, parce qu’elle est incurable et susceptible d’être aggravée par lè coït.
6“ La sfphilis invétérée.^ et résistant à toute sorte de traitement. Ici le danger de la contagion est tellement évident qu’il est inutile de nous en occuper : que si la maladie cédait aux moyens convenables, lors même qu’elle se manifesterait pour la vingtième fois, on devrait bien se garder de la considérer comme un motif d’opposition au mariage.
La lèpre, qui à la vérité ne se communique pas toujours par le contact immédiat, mais qui se développe tôt ou tard chez les enfans des lépreux.
Plusieurs auteurs , et notamment M. Fodéré, ont encore rangé parmi les maladies que l’on doit considérer comme des motifs d’opposition au mariage , les affections suivantes : l’asthme sec et humide, l’hypocondrie, l’hystérie , la pierre et la colique néphrétique , la goutte, les rhumatismes chroniques, violens et continuels, et les dartres d’une espèce maligne. Nous sommes loin de partager cette opinion , non-seulement parce que plusieurs de ces maladies peuvent être guéries, et quelles ne s’exaspèrent pas sensiblement par le coït, mais encore parce que les enfans des parens qui en sont affectés n’en sont pas toujours atteints.
Cas de nullité du mariage.
parmi les articles du Code civil relatifs aux demandes
en nullité de mariage , le suivant est le sèul qui intéresse le médecin :
« Le mariage qui a été contracté sans le consentement libre des deux époux , ou de l’un d’eux , ne peut être attaqué que par l’époux, ou par celui des deux dont le consentement n’a pas été libre. Lorsqu’il y a eu erreur dans la personne, le mariage ne peut être attaqué que par celui des deux époux qui a été induit en erreur. » (Livre !«*■, art. 180.)
Ainsi l’homme de l’art peut être appelé pour décider, 1° si le consentement donné par les contractans est valable , vu qu’ils pouvaient se trouver dans un état de démence ( V oyez Maladies simulées ) ; 2° s’il y a erreur dans la personne, c’est-à-dire si l’un des époux est impuissant ou s’il appartient à un sexe contraire à celui dont il avait cru faire partie; d’où l’on voit que nous sommes naturellement conduits à faire l’histoire de \ impuissance et de certains ooices de coîiformation des organes génitaux qui donnent a un individu l’apparence d’un sexe dont il ne fait point partie. Toutefois avant d’entamer ce sujet , faisons remarquer que si le Gode civil n’autorise pas expressément les demandes en nullité de mariage pour cause d’impuissance, les jurisconsultes les plus célèbres pensent avec raison que le mariage doit être annulé de plein droit dès qu’une cause physique s’oppose à la propagation de l’espèce ; or les principales de ces causes sont l’impuissance et certains vices de conformation des parties sexuelles. Le fait suivant vient à l’appui de ce que nous avançons.
Une femme est accusée d’impuissance, quoique ayant
cohabité pendant neuf mois avec son mari ; le tribunal de première instance déclare le demandeur non-rècevable par divers motifs. La cour d’appel séant à Trêves est saisie de l’affaire , et rend l’arrêt suivant : Attendu , 1“ que lès causes physiques et le défaut de conformation qui s’opposent au but naturel et légal du mariage sont des empêchemèns qui l’annulent de^ plein droit; a** que les nullités dont il est mention dans le Code Napoléon n’ont évidemment rapport qu’aux cas prévus parle mêrne Code, et qu’ainsi la fin dé non recevoir opposée par l’intimée, n’est dans l’espèce, d’aucune considération : par ces motifs le procureur-général impérial entendu : la cour, sans s’arrêter à la fin de non recevoir opposée par l’intimée, et avant faire droit au principal, tous moyens des parties demeurant saufs et réservés, ordonne que, par des gens de l’art, dont les parties conviendront dans le délai de trois jours, ou qui faute de ce, seront nommés d’ôfïice, l’intimée sera vue et visitée, à d’effet de constater si son état physique et sa conformation s’opposent au but naturel et légal du mariage; et dans le cas où il existerait un obstacle à r;et effet, s’il existait déjà avant le mariage ou s’il est survenu depuis, et s’il est possible d’y retnédier, pour ce fait, etc. ; du 27 janvier 1808. (Recueil général des lois et des arrêts, par J.-B. Nirey, Iqm. 8, pag. 216. )
De V impuissance.
La fe'condation iie saurait avoir lieu sans coït : celuici peut être fécond ou stérile; donc la stérilité peut, atteindre des personnes eh état d’exercer cet acte. Or, comme nous croyons devoir définir Ximpuissancè, Yinipossibilité physique d’exercer le coït, il est évident que l’impuissance diffère de la stérilité. Ainsi nous rejette-
rons toute idée d’impuissance dès que îë coït pourra s’exercer, et nous rapporterons à la stérilité les autres causes qui s’opposent à la fécondation.
Les causes de Wmpuissaace Ont été distinguées ên physiques et morales.'Leî premières sont, poUn ce qui concerne l’homme, apparentes et non apparentes^ tàfidis quelles sont toujours apparentes chèz la femme. Nous allons les examiner tour à tour dans les deux sexes.
Des causes physiques apparentes d’impuissance chez le sexe masculin.
Ges causes entraînent nécessairement l’impuissance : elles consistent dans l’absence de la verge ou des testicules , et dans . l’imperfection du membre viril avèô exstrophie de là veSsie : lès auteurs en ont indiqué d’autres , que nous ferons connaître plus bas ; mais nous verrons qu’elles ne déterminent le plus souvent qu’une impuissance reZanVe ou momentanée.
Absence de la 'vei'gc. L’absence de la vergé entraîne nécessairement l’impuissance ; toutefois , comme la fécondation peut avoir lieu dès que le sperme est déposé à l’entrée des parties sexuelles féminines , et que le membre viril est assez long pour exciter chez la femme le degré d’érétbisme ponvènable, on aurait tort d’accuser d’impuissance un individu bien conformé d’ailleurs, dont la verge consisterait en une saillie des corps caverneux, perforée, et pouvant être introduite dans les parties génitales les plus extérieures. Les auteurs s’accordent à dire que l’impuissance virile ne pourrait être admise, dans des cas de cè genre, que lorsqu’il y aurait
une imputation de viol : l’erreur est manifeste ; car l’individu que l’on accuse de défloration violente peut bien être incapable de la produire, sans qu’il doive être déclaré impuissant. ( Voyez Viol.) •
Absence des testicules. Les testicules étant les organes secréteurs du sperme , et le coït ne pouvant s’exercer complètement sans cette liqueur, il est évident que l’absence des testicules entraîne nécessairement l’impuissance, quoique dans certains cas la verge soit susceptible d’érection, et qu’il puisse y avoir un simulacre de coït. Mais il ne suffit pas, pour déclarer l’absence des testicules , de ne point les trouver dans le scrotum , car on sait que chez les crypsorchides ils restent cachés pendant toute la vie derrière l’anneau inguinal, et que chez d’autres individus ils n’arrivent dans le scrotum qu’a un certain âge. Le défaut de testicules , loin d’être congénital, peut être encore le résultat de leur ablation, et il importe, pour la médecine légale , de savoir à quelle époque cette extirpation a eu lieu. Ces considérations nous engagent à faire l’exposition des caractères pouvant servir à reconnaître, i° s’il y a absence , absolue et congénitale des testicules; 2“ si ces organes ’ sont restés derrière l’anneau inguinaj; 3° s’ils ont été extirpés,
A. Caractères d^ un individu chez lequel il y a atrophie ou absence absolue et congénitale des testicules. En général les organes génitaux sont peu développés ; le pubis est tapissé par une grande quantité de graisse; les individus sont faibles de corps et d’esprit, et n’éprouvent jamais de désirs vénériens; la peau est beaucoup plus molle et plus fine qu’elle n’est ordinairement chez les
autres hommes ; les formes féminines prédominent ; il n’y a point de barbe, la voix est grêle, les mamelles volumineuses, les mains courtes et potelées, les cuisses et les jambes semblables à celles des femmes ; on ne remarque aucune trace de cicatrice au scrotum; quelquefois même cette enveloppe est lisse, sans raphé ni rainure dans la partie moyenne.
B. Caractères des crjpsorchides (i) , c’ est-à-dire des individus dont les testicules n’ont point franchi Vanneau inguinal. Le développement des organes génitaux est au moins aussi parfait que chez les individus dont les testicules sont dans le scrotum; les formes de la virilité sont en général très-prononcées : nous disons en général , car on a vu chez un petit nombre dci^ypsorchides quelques-uns des caractères appartenant au sexe féminin ; toutefois l’ensemble de ces^caractères n’a jamais été aussi complet et aussi tranché que chez les personnes privées de testicules. Le scrotum ne présente aucune trace de cicatrice ni de mutilation.
G. Caractères d’un individu dont les testicules ont été extirpés. Que la perte des testicules soit le résultat de la vengeance, de la jalousie, du fanatisme, de l’ignorance, de la cupidité, ou de quelque maladie, elle détermine des changemens considérables si l’individu n’est pas encore pubère. Le scrotum se contracte et se réduit à un petit volume ; la verge conserve à peu près
(i) Crypsorchide dérive de -/puTTTw , je cache , et de oy/K > testicule.
les dimensions qu’elle avait à l’époque de la mutilation. Les castrats sont improptes à la fécondation, mais ils peuvent exercer un simulacre de coït et excréter une certaine quantité de l’humeur de la prostate.- Le squelette est totalemCrit altéré dans sa configuration, et sé rapproche de celui de la feihme, ainsi que toute la conformation extérieufé du corps; la peau est lisse et douce ; lé volume du Ventre et des jambes èst beaucoup plus Considérable que chez les autres hommes ; les ganglions et les vaisseaux lymphatiques tendent à s’engorger; les capsules des articulations s’abreuvent aisément de Synovie; le menton ne se couvre point de barbe; le volume du larynx est diminué; la glotte n’a qu’une très-petite circonférence; les cartilages laryngiens ont peu de développement; la voix conser-# le même timbre aigu que dans l’adolescence; elle acquiert seulement un peu plüs de force à mesürè que la poitrine s’agrandit. Les facultés intellectuelles sont peu développées; doués à peine d’intelligence, lés castrats sont en général apathiques, moroses, insensibles, pusillanimés et incapables, à peu d’exceptions près, de grandes actions. En examinant attentivement le scrotum , on découvre des tracés dé cicatrice. Si l’ablation des testicules n’a eu lieu que dans Xâ^e 'viril, la verge peut encore entrer en érection , et lé coït est possible : ' Thabitude virile ne subit aucun changement,' en exceptant toutefois ce qui est du ressort des fonctions sexuelles; aussi la barbe se conserve-t-elle, Tnais elle devient moins longue et moins épaisse. Le caractère moral change, et il n’est pas ràre de voir les etfes ainsi mutilés tomber dans une noire mélancolie, et finir par
se suicider. On déeouTre aisément des traces de cicatrice au scrotûm.
Un individu châtré après l’époque de la puberté estil encore capable d’engendrer quelques jours après l’opération ? Cette question agitée il y a quelques années en Allemagne, a été qualifiée à tort d’oiseuse dans un ouvrage anonyme; nous croyons quelle peut se reproduire et qu elle mérite de fixer notre attention. M. Mare pensé que l’individu doit être considéré comme impuissant. « Le temps qu’exige la guérison d’une blessure aussi grave semble être plus que suffisant pour reporter dans le torrent de la circulation la liqüeur prolifique, qui alors ne peut plus être remplacée; et en supposant même qüe l’individu fût capable d’engendrer quelque temps après l’accident, cette faculté devrait après deux ou trois émissions séminales, nécessairement se perdre pour toujours ; elle ne pourrait donc être considérée juridiquement que comme temporaire. (^Articles Castration ol Impuissance àxiliicûonnaire des Sciences médicales, ) Il faut l’avouer , nous manquons des faits nécessaires pour établir à cet égard quelque chose de positif; toutefois nous né voyons aucun inconvénient à admettre \di puissance temporaire dans le petit nombre de cas seulement OU les testicules extirpés étaient sains ; car il est évident que si l’ablation a été nécessitée par un état tuberculeux ou squirrheux de ces orgabes, comnié il arrive le plus souvent, la sécrétion du sperme était viciée ou ne se faisait plus depuis long-temps ; celte distinction nous paraît essentielle.
Imperfection de la verge avec exstropbie OU extrover-
sîon delcL'ûessie, Ce vice de conformation consiste en une tumeur rouge, molle, située à la région pubienne, d’un volume variable, ordinairement de la grosseur d’une mûre ou d’une cerise à la naissance, offrant sous la forme de deux petites ouvertures les extrémités des uretères, par où l’urine suinte continuellement : cette tumeur est inégale, bosselée , et semblable à une framboise, lorsqu’elle est petite ; elle est lisse et comme bilobée si son volume est plus considérable ; elle diminue par une douce compression , semble rentrer dans l’abdomen et disparaître, au point de ne laisser au dehors qu’une ouverture arrondie, dont les bords sont formés par la peau qui est adhérente, et qui est placée au bas de l’abdomen entre les muscles droits (sterno-pubiens) ; elle reparaît aussitôt que la compi’ession cesse , et son volume augmente dans tous les cas de contraction forte du diaphragme, comme dans la toux, l’éternument, les cris, etc. Un examen plus approfondi fait voir que la vessie est à nu , que sa partie antérieure est ouverte fX. détruite, tandis que la postérieure est renversée au point de présenter au dehors sa face interne reèouverte par la membrane muqueuse : il résulte de ce renversement que les intestins peuvent s’engager dans la poche formée par la partie postérieure de la vessie : cette sorte de sac herniaire s’échappe de l’abdomen à travers un écartement accidentel des muscles droits (sterno-pubiens). L’orifice urétral delavessie est oblitéré, les pubis sont disjoints et plus ou moins écartés l’un de l’autre, l’ombilic est placé assez, bas pour que dans certaines circonstances il soit caché par la tumeur, ce qui a pu donner lieu à une erreur grave : savoir, que
les enfans ainsi conformés étaient nés sans cordon ombilical. Presque toujours l’extroversion de la vessie est accompagnée d’une disposition vicieuse des organes génitaux ; ce qui rend difficile la détermination du sexe. La déformation dont il s’agit est surtout remarquable dans les mâles, comme l’a observé M. Cbaussier. Le pénis^ dit ce professeur, est court , sans urètre; quelquefois il est élargi et creusé en gouttière à sa face supérieure ; le scrotum est souvent rapetissé, vide; les testicules restent dans l’abdomen ; les vésicules spermatiques manquent quelquefois. Diverses observations recueillies par Bonn, Mowat, Goupil , Tenon , J. Cloquet,etc., sur des enfans et sur des adultes, confirment le fait important que dans l’extroversion de la vessie, le pénis est imperfoi'é^ et que dans le cas ou l’urètre était ouvert, il n’aboutissait à aucune cavité. Isenflamm a vu un bomme de quarante- cinq ans affecté d’exstropbie de là vessie, et qui était né sans pénis. (Recherches anatomiques. Erlangen, 1822.) M. Ristelhueber a décrit un cas de ce genre , qui avait pour objet un homme de quarante ans chez lequel on ne trouvait , au lieu d’une verge, qu’une protubérance sans ouverture^ ayant la forme du gland. ( Bibliothèque médicale. Décembre
Les autres causes physiques apparentes d’impuissance chez le sexe masculin, rapportées par les auteurs, sont : X imperforation de 'C extrémité du gland , la bifurcation , les vices de dimension et la direction vicieuse de la verge, le rétrécissement du canal de Vurètre, le phpnosis , le paraphymosis, les hernies scrotales , le sarcocèle et Ykj drocèle. Ces causes , comme nous ravous déjà dit , n’en-
traînent pas nécessairement l’impuissance; quelquesunes ne donnent lieu qu’à une impuissànce momentanée, puisqu’on peut les faire cesser ; il en est enfin qui ne déterminent jamais qu’une impuissance relative.
Vimperforation de l’extrémité du glayid que l’on remarque chez \es hjpospades et les épispadesetiQÿi pas, disons-nous , une cause nécessaire d’iriipuissance ; en effet on désigne sous le nom à'hjpospadias une affection dans laquelle l’urètre s’ouvre , soit à la base du gland , soit à la partie de la verge qui fait angle avec le scrotum , ou dans quelque point intermédiaire , mais toujours au-dessous de cet organe; on nomme au contraire ce vice de conformation des parties
génitales dans lequel l’urètre s’ouvre à la partie supérieure du pénis , plus ou moins près de l’arcade du pubis. Or il est évident que les individus atteints de ces vices de conformation ne pourront être déclarés impuissans qu’autant que l’ouverture de l’urètre sera assez près du pubis pour que le' sperme ne puisse pas arriver dans le vagin : hors ce cas, ils doivent être reconnus capables d’exercer un coït fécond, à moins qu’il n’y ait absence des autres signes de la virilité. Hunter allait encore plus loin; il disait avoir rendu fécond un hypospadiaque dont le sperme sortait par le périnée, en faisant recueillir ce fluide dans une seringue au moment de l’éjaculation , et en Tinjectant dans le vagin pendant l’éréthisme vénérien de la femme. Cette assertion ne nous paraît pas admissible.
ba restriction que nous venons de mettre à la puissance des hypospades pourrait toutefois ne pas être
adoptée par les médecins qui embrasseraient l’opinion de quelques autorités célèbres ; en effet, Eschenbacb, Teicbmeyer, Faselius, Hebenstreit, Haller, Mahon, etc., refusent aux hypospades et aux épispades la faculté d’exercer un coït fécond. Zacchias partage cet avis, excepté dans le cas où l’orifice de l’urètre serait peu éloigné du gland. Mais qu’il nous soit permis de remarquer que dans les observations rapportées postérieurement par Kopp , Friebe et Siméons , la faculté de procréer des hypospades est mise hors de doute; d’ailleurs] le raisonnement seul devrait nous conduire à l’admettre dans tous les cas où le sperme peut être déposé dans le vagin, dès qu'il est prouvé que des femmes ont conçu quoique ce conduit fut presque fermé , et que d’autres conservaient encore la membrane hymen au moment de l’enfantement, membrane qu’il a fallu inciser pour permettre à la tête de l’enfant de sortir.
La bifurcation ou la duplicité de la verge ne peut être considérée comme cause d’impuissance, que lorsqu’elle ne permet à aucune des extrémités du membre de s’introduire dans le vagin; encore faudra-t-il rechercher , avant de porter un jugement, si le pénis bifurqué qui ne peut être introduit dans un vagin étroit, ne pourl’ait pas se loger dans un vagin plus ample, ou s’il ne serait pas possible, par un simple changement de position des époux, de le faire arriver dans la même cavité qui naguère lui reftisait l’entrée; il est évident que dans le premier cas l’impuissance ne serait que relative.
Vices de dimension de la 'verge. Ce que nous avons dit à la page i35 , à l’occasion de l’absence de la verge, prouve qu’il est impossible de regarder la petitesse
du membre viril comme une cause d’impuissance. Sa longueur démesurée^ quoique pouvant occasioner la contusion du col de l’utérus et d’autres accidens, ne doit cependant pas être considérée comme un motif d’impuissance, puisqu’il suffit de certaines précautions pour que le coït ne soit pas douloureux ; d’ailleurs la longueur des vagins n’est pas la même, et si le col de l’utérus d’une femme est atteint par un long pénis, celui de plusieurs autres pourra ne pas l’être. \ai grosseur excessive de la verge donne quelquefois lieu à des douleurs vives pendant le coït ; mais comme le vagin est susceptible de se dilater beaucoup, soit par l’acte vénérien, soit par des efforts lents et gradués, et que d’une autre part la largeur des vagins est loin d’être la même chez toutes les femmes , nous ne regarderons point la grosseur du membre viril comme une cause d’impuissance, malgré l’opinion contraire de M. Fodéré. . ’
La direction 'vicieuse de la 'verge , consistant en ce qu’elle est courbée en haut, en bas, à droite ou à gauche, n’est pas un motif d’impuissance 's’il est possible de faire parvenir le sperme dans le vagin; d’ailleurs ce vice de conformation n’est pas toujours congénital ; il peut être la suite d’un état variqueux , d’un engorgement ou d’une induration des corps caverneux , etc., comme l’a très-bien observé Delà Peyronnie ; or il est quelquefois permis d’y remédier.
Le rétrécissement du canal de V urètre. S’il est vrai qu’à la suite desblennorrhagies le canal del’urètre peut être tellement rétréci qu’il refuse de livrer passage au sperme, et que celui-ci ne sort qu’en bavant et par gouttes lors-
que déjà le membre viril est hors du vagin, il est également certain que l’art possède des moyens de guérir la maladie , ou du moins de rétablir assez bien le cours du sperme pour qu’il ne soit point permis d’admettre l’impuissance.
Le phynwsis et le paraphymosis sont deux affections congénitales ou acquises, auxquelles on peut facilement remédier, et qu’il serait par conséquent absurde de ranger parmi les causes apparentes d’impuissance.
Les hernies scrotales peuvent être tellement volumineuses que la verge soit presque effacée et le coït impossible; néanmoins on aurait tort de les regarder en général comme un motif d’impuissance, non-seulement parce qu’il est des cas où le coït peut s’exercer dans certaines positions du corps de 1 homme et de la femme, mais surtout parce qu’il n’est presque point de hernie qui, ne puisse être réduite en totalité ou en partie au bout d’un certain temps, à la faveur du repos, de la diète, et de l’amaigrissement, qui en est la suite (i). La verge peut également être effacée par une hydrocele volumineuse; mais comme cette affection est susceptible de guérir radicalement , et qu’il est du moins permis de vider la tumeur, on ne saurait la considérer comme un motif d’impuissance.
Le sarcocele.^x les deux testicules sont squirrheux,
(i) Les hernies qui ne sont susceptibles d’aucun genre de réduction sont fort rares ; on ne les observe que lorsque les parties déplacées adhèrent intimement au collet du sac herniaire, et que celui-ci est lui-même très- adhérent à l’ouverture aponévrotique à laquelle il correspond.
la sécrétion du sperme ne se fait plus, et ily âhécessai^ rement impuissance. Il n’en est pas de même si la maladie n’a atteint qu’un seul testicule , car alors l’autre peut fournir assez de liqueur séminale pour rendre le coït fécond. Dans les cas excessivement rares où le sarcocèle consiste dans une induration et un épaississement de la tunique vaginale et de la membrane fibreuse qui la recouvre, l’individu jouit de la faculté de procréer , mais il est impossible de reconnaître du vivant de l’individu cette variété du sarCôcèle. Quoi qu’il en soit, avant de prononcer sur ürfe question d’impuissance qui reconnaîtrait pour cause un sarcocèle , il faut éviter de confondre avec lui l’induration et le gonflement du scrotum , et cette affection du testicule dans laquelle on remarqué plusieurs petites tumeurs qui suppurent, et que l’on guérit facilement en ouvrant les abcès.
Causes physiques cachées d’impuissance chez le sexe masculin.
Ces causes sont de deux ordres; tantôt il existe certains vices organiques des parties génitales qu’il est impossible d’apprécier pendant ia vie; tels sont l’endurcissement du 'verumontanum ^ l’engorgement dé la prostate , etc. ; tantôt il y a absence d’énergie nerveuse,^ soit générale, soit locale. Ces causes d’impuissance, pour ne pas pouvoir être appréciées parle médecin , n’en sont pas moins réelles, et il importe qu’il en ait connaissance parce que s’il ne parvient pas à établir la réalité de l’ira-; puissance d’après des faits apparens , du moins prouvera-t-il que l’impuissance n’est pas impossible, ce qui
n’est pas indifférent pour les magistrats chargés de prononcer le jugement.
Vices organiques. Dans un mémoire sur quelques obstacles qui s’opposent à l’éjaculation naturelle de la semence, De la Peyronnie parle d’un homme qui avait déjà eu trois enfans, et quij à la suite d’une gonOrrhée dont il négligea le traitement, faisait de vains efforts pour éjaculer le sperme, qui ne sortait qu’en bavant, peu de temps après le coït; l’urine cependant était ren^ due sans difficulté, ce qui ne permettait pas de supposer un rétrécissement ou tout autre obstacle dans l’urètre. A l’ouverture du cadavre, on trouva une cicatrice sur l’éminence de la portion du 'verumontanum qui regarde la vessie : les brides de -cette cicatrice avaient changé la direction des vaisseaux éjaculatoires , de manière que leurs ouvertures, au lieu d’être dirigées comme elles le sont naturellement vers le bout de la verge, l’étaient dans le sens contraire, c’est-à-dire vers le col de la vessie ; aussi le sperme , ne pouvant plus se diriger vers le bout^u gland, était-il réfléchi vers le côté droit du col de la vessie. ( Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. P’’.) Plusieurs auteurs rapportent également des exemples dans lesquels les vaisseaux éjaculatoires étaient remplis d’une matière comme pétrifiée j ou dont l’extrémité urétrale était bouchée et endurcie par une substance analogue.
.Absence d’éher 'giô nerveuse. Quelque complète et parfaite que soit en apparence l’organisation des parties gé^ liitales, l’homme peut cependant être impuissant par cela seul qu’il est épuisé.-Cet épuisement est général ou borné aux organes de la génération ; il dépend de l’âge ,
dés excès de tout genre , de certaines maladies débilitantes, d’une trop forte contention d’esprit, etc. Mais s’ilest incontestable que l’âge doive être regardé comme une cause d’épuisement, faudra-t-il refuser, avec quelques auteurs de médecine légale, la puissance générative à tout individu qui aura atteint la soixante- dixième année? L’observation nous apprend tous les jours le contraire, en nous montrant des hommes plus âgés qui jouissent encore de la faculté de procréer , tandis que des libertins de trente et de quarante ans sont énervés et hors d’état de propager l’espèce. On ne peut donc pas établir d’une manière précise l’époque à laquelle cesse la faculté d’engendrer. Quant à l’épuisement déterminé par les autres causes dont nous avons parlé, il importe de distinguer s’il est général ou partiel : ne voit-on pas en effet des individus épuisés par de vastes foyers purulens qui ont leur siège dans les poumons ou dans d’autres organes, satisfaire leurs désirs vénériens avec la plus grande énergie, et exercer un coït fécond? Les phthisiques sont particulièreiynt dans ce cas. Dans d’autres circonstances au contraire tout semble annoncer une constitution assez vigoureuse, tandis que les organes génitaux, et particulièrement les muscles érecteurs, sont frappés d’une faiblesse que l’homme de l’art n’auroit pas osé soupçonner avant que la partie intéressée en eût fait l’aveu. Ces détails, sur lesquels il serait inutile d’insister, prouvent combien il doit être difficile d’assigner l’absence d’énergie nerveuse comme cause d’impuissance, et par conséquent combien i] y aurait de témérité de la part du médecin qui ne se bornerait pas à émettre des doutes.