‹ Leçons de médecine légaleChapitre 14 sur 35 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

Vices d’organisation chez la femme.

E. Il existe des femmes dont les organes génitaux sont parfaitement conformés, si ce n'est que le présente des dimensions excessives qui lui . donnent l’apparence d’un membre viril imperforé ; du reste les formes du corps appartiennent d’une manière si prononcée au. sexe féminin , qu’il est impossible qu’on soit induit en erreur.

F. Dans d’autres circonstances , la longueur du clitoris n’est pas la seule bizarrerie des parties sexuelles , et l’on découvre en -outre quelques-unes des formes qui . caractérisent le corps de l’homme. Le fait suivant , observé par Béclard , est trop remarquable pour ne pas être consigné ici par extrait : Marie- Madeleine Lefort, âgée de seize ans, paraît appartenir au sexe masculin , si l’on n’a égard qu’à la proportion du tronc , des membres, des épaules et du bassin , à la conformation et aux dimensions de cette dernière cavité , au volume du larynx , au ton de la voix , au

développement des poils, et à la forme delurètre,' qui se prolonge au delà de la symphyse des pubis ; elle fait pourtant partie du sexe féminin , comme on peut s’en convaincre en examinant attentivement les organes génitaux. Le pénil est arrondi et couvert de poils nombreux. Au-dessous de la symphyse des pubis , on aperçoit un clitoris péniforme , long de vingt - sept millimètres dans letat de flaccidité , susceptible de s’allonger un peu dans l’érection , muni d’un gland imperforé, creusé inférieurement d’un canal déprimé, à la partie inférieure duquel on voit cinq petits trous placés régulièrement sur la ligne médiane. Au-dessous, et en arrière de ce clitoris, on remarque une vulve à deux lèvres étroites , courtes , minces et garnies de poils, ne contenant point de testicules ,. et s’étendant jusqu'à dix lignes au-devant de l’anus. Dans l’intervalle des lèvres est une fente très-superficielle , sous laquelle la pression fait sentir vaguement un vide audevant de l’anus. A la racine du clitoris , on voit une ouverture arrondie ; une sonde , introduite par cette ouverture, ne peut être portée dans la vessie; on la dirige facilement du côté de l’anus , parallèlement au périnée, et alors on peut soulever ou tendre le fond de la vulve , et reconnaître que la membrane qui en réunit les deux lèvres est épaisse à peu près deux fois comme la peau , et dense comme elle. La sonde étant portée un peu en arrière et dirigée én haut à la profondeur de huit à dix centimètres , on rencontre un obstacle sensible a son contact : cette sonde n’amène point d’urine; elle ne paraît pas être, dans l’urètre, mais bien plutôt dans le vagin ; on la sent à traYèïS

line eloi-oh tout-à-fait semblable à lâclôison recto-var ginale. A l’endroit où elle s’arrête, on reconnaît avec le doigt , à travers les parois du rectum , un corps qui paraît être le mrps de V utérus. Nulle part on ne découvre de testicules. Marie est réglée depuis l’âge de buit ans ; le sang sort à demi coagulé par l’ouverture que nous avons dit exister à la racine du clitoris ; si l’on sonde à cette époque, oir retire l'instrument rempli de sang. Persuadée quelle est femme , dit Béclard , cette fille éprouve du penchant pour le sexe masculin ^ et ne paraît pas éloignée de se soumettre à une légère opération^ nécessaire pour ouvrir le vagin. Il paraît, en effet, que ce canal existe , et qu’il suffirait^ pour le rendre accessible, de pratiquer une incision entre les lèvres de la vulve , depuis l’ouverture placée à la base du clitoris., jusqu’à la commissure postérieure. L’urètre se prolonge sous le clitoris , disposition qui le rapproche du pénis , et qui est fort rare. Il paraît que parmi les ouvertures dont l’urètre est criblé, il y en a une, ou plusieurs situées plus profondément que la vulve ; et que, par cette disposition, une partie de l’urine est versée à l’entrée du vagin, et sort ensuite par l’ouverture de la membrane qui le ferme. Il paraît aussi que le sang menstruel vient parle vagin : peut-être, à son passage sous le clitoris , une partie de ce liquide entret-elle dans l’urètre, par des ouvertures postérieures et cachées du canal , pour ressortir par ses ouvertures apparentes..(Builetin de la Société de la Faculté de médecine de Paris, année i8i5.)

G. Dans certains cas d’extroversion de la vessie, l’u^ térus est déplacé , son col sort par l’orifice du vagin, et

fait à l’extérieur une saillie plus ou moins considérable qui pourrait faire naître des doutes sur le véritable sexe de la personne. Ce déplacement de l’utérus peut arriver surtout à la suite d’un effort , chez les filles d’un âge adulte, comme l’a remarqué M. Chaussier. Lobenwein rapporte que dans un cas d’extroversion de la vessie , une portion d’intestin grêle , longue de deux pouces environ , sortait de la cavité pelvienne par dessus le pubis^ et simulait le pénis. (Mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg , année i8i8. De monstrosâ genitalium deformitate ^ pag. 342*) Ce vice de conformation , que l’on peut observer aussi bien chez l’homme que, chez la femme, est également propre à induire en erreur sur la véritable nature du sexe.

H, Le prolapsus de l’utérus , congénial ou acquis ,

donne quelquefois aux organes génitaux de la femme l’apparence des parties génitales de* l’homme. Qui ne connaît pas I histoire de Marguerite Malaure , consignée dans l’Encyclopédie méthodique.** Cette femme, que l’on croyait réunir les deux sexes ^ avait une descente de matrice dont elle fut parfaitement guérie par Saviard , qui en opéra la réduction. On lit encore dans le Mémoire déjà cité de Home , qu’une femme atteinte de la même maladie offrait , à la sortie de l’orifice vaginal externe , un corps long de plusieurs pouces, qui n’était autre chose que le col de l’utérus très-étroit , et dont la surface , par suite dél’action de l’air, avait perdu sa couleur naturelle , et avait contracté celle des tégumens du pénis. ,

I. Vices de conformation dans lesquels les individus réunissent plusieurs des organes génitaux appartenant

aux deux sexes. Il n’a été question jusqu’à présent que des individus chez lesquels un examen superficiel pourrait bien faire croire à l’existence de quelques-uns des organes génitaux de la femme chez l’homme , et vice versa, mais qui, dans la réalité, neprésententpointune pareille réunion. Il n’en est pas de même ici ; on voit effectivement chez les monstres dont nous allons, parler quelques-unes desparties génitales appartenant aux deux sexes; mais aucun d’eux, jusqu’à ce jour, n’a offert l’exemple d’une double organisation parfaite pour

qu’illuijut permis de féconder et dé être fécondé. Les deux observations suivantes , qui sont les plus célèbres de ce genre , mettront cette vérité hors de doute. /

Hubert- Jean-Pieire, âgé de dix-sept ans, mourut le 23 octobre 1767. Il y avait à la symphyse du pubis un corps oblong. d’environ quatre pouces, composé de deux. corps caverneux, se terminant par un gland /w perforé que recouvrait un prépuce ; l’urètre était remplacé par une espèce de ligament qui s’étendait jusqu’au méat urinaire. Au-dessous se trouvait une grande fente formée par deux replis dè la peau, représentant assez bien les grandes lèvres de la vulve ; la gauche de ces lèvres renfermait un véritable auquel s’étendait

le cordon des vaisseaux spermatiques , et d’où partait un canal déférent qui, passant par l’anneau, allait gagner une vésicule séminale : celle-ci était remplie' de sperme, que l’on faisait sortir aisément par le conduit qui s’ouvrait par le verumontanum. La lèvre droite de cette espèce de vulve contenait en partie une poche renfermantune verrée d’un liquide assez limpide , et un corps ayant la figure et la couleur d’un marron tin peu ar-

( ïSg )

rondi ^ qui était une matrice imparfaite, n’ayant aucune communication avec les parties extérieures : le grand diamètre de cette matrice était d’environ un pouce et demi, et son petit d’un pouce; on voyait à sa partie supérieure, du côté droit , une véritable trompe de Fallope^ qui, par son pavillon et par son morceau frangé, embrassait un ovaire bien conformé. En écartant les deux lèvres dont nous avons parlé., on remarquait deux petites crêtes spongieuses, rouges et saillantes, que l’on aurait pu prendre pour les nymphes , mais qui parurent être les débris à^wa. urètre duvert dans toute sa longueur. Entre ses crêtes , et à leur partie supérieure, s’ouvrait Yurètre comme dans les femmes, et il y avait au-dessous une ouverture très-étroite , rétrécie encore davantage par une membrane semi-lunaire semblable à Yhymen.Fine petite excroissance, placée latéralement et supérieurement , et qui avait la figure d’une caroncule myrtiforme , contribuait encore à donner à celte ouverture l’apparence de l’ouverture d’un 'vagin : en incisant cette membrane on voyait que ce prétendu vagin était un canal borgne , une sorte de sac membraneux à surface ayant plus d’un pouce de profondeur sur un demi- pouce de diamètre, et placé entre le rectum et la vessie. à qui nous devons une belle description

de cet individu , termine ainsi ses observations : « Une semence prolifique se préparait en vain dans un testicule, puisque l’imperforation de la verge, et l’endroit d’où cette bqueur pouvait s’échapper, s’opposaient sensiblementà ce quelle pût jamais être d’aucun usage pour perpétuer l’espèce humaine. Une trompe embrassait en vain un ovaire bien conformé , puisque la matrice à

laquelle cette trompe aboutissait était borgne et n avait aucune communication extérieure. En un mot, Jean- Pierre, qui était femme delà ceinture en haut, homme de la ceinture en bas, et qui , dans le point central , était femme à droite et homme à gauche , n était cependant, dans le fait, ni l’un ni l’autre j et son état, qui augmente le nombre de cette espèce de monstres, rend l’existence des hermaphrodites parfaits bien peu vraisemblable. » ( Mémoires de l’Académie de Dijon , tome ïl.)

% Un individu, âgé de vingt-huit ans, d’une taille svelte , dont les traits étaient mâles et le teint brun , le larynx, la voix et les manières semblables à ceuxti’une femme, et qui avait un peu de barbe, présentait au rapport du docteur Handy , l’ensemble le plus parfait qui ait été observé jusqu’ici, des organes génitaux des deux sexes. Examiné à Lisbonne en avril 1807 , on put se convaincre que le pubis, les testicules et le scrotum offraient la situation , le volume et la forme qu’ils présentent chez l’homme adulte ; il avait un pénis érectile, dont le gland était recouvert en. entier d’un prépuce également érectile, et percé d’un canal jusqu’au tiers de sa lanceur. Les organes du sexe féminin étaient semblables à ceux d’une femme bien conformée, excepté que les grandes lèvres étaient plus petites et plus rapprochées de l’urètre; le poil qui les revêtait était peu abondant; les cuisses étaient moins grosses que chez les autres femmes, les os iliaques très-petits et peu éloignés l’un de l’autre ; la menstruation avait lieu tous les mois. Pendant le coït le pénis entrait en érection. La grossesse a eu lieu deux fois , et s’est terminée pré-

maturément au troisième et au cinquième mois. {Médical reposüory, n® 45-) H est évident que cet individu appartient au sexe féminin puisqu’il en a toutes les parties sexuelles, qû’il est réglé, qu’il a été fécondé, et que d’ailleurs la verge, dont le canal de l’urètre est imparfait, ne peut remplir aucune fonction.

Après avoir fait connaître les diverses dispositions anatomiques que peuvent affecter les organes génitaux, nous devons nous occuper de la solution des questions que le magistrat peut adresser au médecin.

1° Comment lorsqu’il s’agit de constater fl état civil d’une personne , parviendra-t-on a connaître le sexe auquel elle appartient? 11 est difficile d’admettre que les vices de conformation rangés sous les titres A , B , C, D, E, F, G et H ( voyez pages i6o et suivantes) puissent donner lieu à de grandes difficultés , lorsqu’on les examiné attentivement; il n’en est pas de même de ceux dont nous avons parlé en dernier lieu (I).' Yoiei quelques considérations judicieuses qui nous paraissent devoir servir de guide au médecin que des problèmes de cette nature mettraient dans l’embarras; nous les avons puisées dans l’article Hermaphrodisme du Dictionnaire des sciences médicales, si bien traité par notre savant confrère M. Mare, i" L’examen extérieur des parties de la génération ne saurait être entrepris avec trop de soin et d’exactitude; on devra autant que possible, et sans blesser ni sans exciter une vive douleur, sonder les ouvertures qui s’y présentent,^afîn de connaître leur étendue et leur direction. 2® L’inspection de toute la surface du corps n’est pas moins essentielle , afin de pouvoir déterminer la prédominance des caractères

constitutionnels de l'un et de l’autre sexe. 3" A cet effet, on devra également observer long-temps , et à plusieurs reprises, les goûts, les propensions des individus dont il s’agira de constater le sexe : dans l’application des résultats qui découleront de cette observation, on devra surtout s’attacher à ne pas confondre les habitudes résultantes de la position sociale des individus avec les propensions innées, ou qui dépendent de la constitution organique. 4° Une circonstance bien importante dans les cas équivoques, c’est de s’assurer s’il s’établit, par une ouverture quelconque des parties sexuelle^ , une excrétion sanguine périodique, attendu qu^elle seule est déjà presque suffisante pour prouver qu’il y a prédominance du sexe féminin. 5® Rien ne conduit plus aisément à des erreurs que de prétendre dans tous les cas déterminer, de temps après la naissance , le sexe d’enfans dont les parties génitales ne sont pas régulières. Lorsque la conformation de l’individu laisse le moindre doute sur le véritable sexe , il est convenable d’en avertir l’autorité, et d’employer s’il le faut des années à observer le développement progressif du physique comme du moral, plutôt que de hasarder sur le sexe un jugement que des phénomènes subséquens pourraient tôt ou tard renverser. 6° On ne. devra. tirer parti qu’avec une certaine réserve des déclarations de l’individu, ou des personnes qui ont des liaisons directes avec lui; on examinera surtout si ces déclarations sont de nature à être fondées sur un motif d’intérêt.

Qu’il nous soit permis , en terminant ces considérations, de faire sentir encore combien il importe d’y

avoir égard. La détermination du sexe a été quelquefois tellement difficile, que des médecins également habiles ont émis des opinions contraires, en déclarant, les uns que l’individu soumis à leur examen appartenait au sexe masculin , tandis que les autres le regardaient comme faisant partie du sexe féminin. L’exemple suivant en est une preuve certaine : Marie Derrière âgée de vingt-trois ans, offre une sorte de pénis imperforé, près de la racine duquel se trouve un frein qui se termine, eh descendant de chaque côté et jusqu’au périnée, en deux replis de la peau flasques et ridés. On ne voit ni nymphes, ni traces de vagin , ni testicules, ni barbe , ni gorge ; l’urine sort par une ouverture particulière; la voix est faible et efféminée, la structure' petite et débile. Hufeland et Mursinna déclarent quelle est fille ; Stark et Blartens , au contraire , la rangent parmi les garçons. Metzger, à qui nous avons emprunté ce fait, dit que Derrier n’est ni homme ni femme. {Gerichtl Med.^ abh. i , page 177.) Nous pensons que cet individu doit être assimilé % ceux dont nous avons parlé à la page i63 , D.

2° Les individus atteints de ces 'vices de conformatiori doivent-ils être déclarés impuissans? En faisant consister l’impuissance dans l’impossibilité physique d'exercer le coïtj il est évident que quelques-uns de ces monstres sont impuissans : tels sont 1° ceux dont nous avons déjà fait mention à l’article Impuissance^ auquel nous renvoyons {p)oyez page 142. Imperfection de la verge , hypospades et épispades)'^ 2° ceux qui , réunissant plusieurs des organes génitaux des deux sexes, ne présentent pourtant pas l’ensemble parfait des parties

sexuelles de l’homme ou de la femme. Jean- Pierre Hubert^ si bien décrit par Maret, était dans cé cas. {F 9fe^ page i68.) Tous ceux dont lès organes génitaux sont conformés de manière à ce que le coït puisse s’exercer doivent être déclarés puissàns : peu importe , en effet , qu’un individu doué de toutes les parties nécessaires pour que la copulation ait lieu, offre en outre quelques-uns des organes génitaux de l’autre sexe, ou des parties qui les simulent : aussi nous nous garderions bien d’accuser d’impuissance la femme dont nous devons la description au docteur Handy, chez laquelle * les organes du sexe féminin étaient parfaitement bien confotmés. page 170.)

Il est inutile de faire sentir que là possibilité d’exercer le coït, que nous accordons à quelques-uns de ces individus monstrueux, n’entraîne pas nécessairement la faculté de féconder ou d’être fécondé.' Ici , comrne pour les personnes les mieux conformées, plusieurs causés physiques, inaccessibles à nos sens, peuvent s’opposer à ce que le coït soit fécond. Nous ne reviendrons pas non plus sur ce qui a été dit au sujet de l’impuissance relative , qui s’applique aussi bien à ces personnes qu’aux autres.

Des maladies que Ven a considérées h tort comme des motifs de nullité de mariage.

En parlant de \ erreur sur là personne^ nous n’avons fait mention que de l’impuissance et des vices de conformation des organes génitaux qui donnent à un individu l'apparence d’un sexe dont il ne fait point partie.

M. Fodéré pensé « qu’il faut y joindre le cas d’un individu portant le germe de maladies hideuses propres à faire passer une vie pleine de calamités , au lieu de ce surcroît de bonheur que l’on croyait trouver.» (Méd. légale, tome I, page 354-) maladies qu’il in¬

dique comme pouvant entraîner la nullité du mariage : l’épilepsie, la manie, l’ozène et autres puanteurs, la syphilis, les indurations, le cancer et les ulcères de rntéms, les perles utérines considérables, en rouge ou en blanc, les polypes de la matrice et du vagin. (Art. Mariage du Dictionnaire des sciences médicales.) Le même professeur ajoute ailleurs : « L’intérêt des époux, comme celui des mœurs, exigent qu’on demande la nullité du mariage aussitôt qu’on a reconnu V erreur, quel que soit le temps écoulé depuis sa célébration, puisqu’en parlant des six mois la loi ne dit pas depuis lé mariage , mais depuis que V époux a reconnu V erreur. » (Méd. légale, tome I, page 355.)

Cette opinion est inadmissible ; en l’adoptant on serait conduit à ce résultat véritablement fâcheux , qu’un mari pourrait demander la nullité d’un maiiage contracté depuis dix, quinze ou vingt ans, parce que la femme présenterait alors des symptômes d’une de ces maladies, le cancer de la matrice, par exemple, dont elle portait le germe depuis long-temps. Nous pensons même que M. Fodéré modifiera sa manière de voir à cet égard, car nous trouvons déjà à la page 388 du même volume une assertion contraire à celle qu’il a émise un peu avant. « Il est vraisemblable , dit ce professeur, qu’une femme attaquée de ces maladies (le cancer et les ulcérations de la matrice et du vagin) ne

recherche pas le mariage; que si elles survenaient après qu'il aurait eu lieu, elles ne pourraient plus être admises comme fins de nullité!!! » '

Les maladies dont il s’agit ne constituent point ce que les jurisconsultes appellent erreur sur la personne; la législation actuelle ne les considère point comme des motifs d’opposition au mariage; aucune de ses dispositions ne permet de les regarder comme pouvant entraîner sa nullité; et il suffit de réfléchir un instant pour adopter cette manière de voir : plusieurs de ces affections sont guérissables, d’autres sont le plus souvent au-dessus des ressources de l’art, mais ne s’opposent point à la procréation ; tel est le cancer de l’utérus; enfin, il en est qui rentrent plutôt dans la classe des incommodités que dans celle des maladies, comme certaines puanteurs. ,

Cas de séparation de corps.

La législation actuelle n’autorise plus le divorce. Les deux premiers articles de la loi rendue le 8 mai 1816 s’expriment ainsi : 1“ Le divorce est aboli ; 2° toutes demandes et instances en divorce , pour causes déterminées, sont converties en demandes et instances en séparation de corps. » Le médecin qui voudra connaître les cas de séparation de corps où son avis pourra être requis, devra donc consulter ceux des articles de la loi sur le divorce qüi le concernent. Voici ces articles.

« 1“ Le mari pourra demander le divorce pour cause d'adultèrë de sa femme; 2° la femme pourra demander le divorce pour cause d’adultère de son mari, lorsqu’il aura

tenu sa concubine dans la maison commune; 5° les époux pourront réciproquement demander le divorce pour excès, sévices ou injures graves de l’un d’eux envers l’autre. »

( Art. 229, 23o et 258 du Code civil, chapitre I", Des causes du divorce. )

Ainsi l’homme de l’art sera quelquefois tenu de décider, dans une accusation adultère , si l’enfant qui vient de naître est à terme : c’est, par exemple, lorsque le père prouve avoir été absent pendant les quatre ou cinq mois qui ont suivi l’époque présumée de la conception; car alors l’adultère est incontestable. ( Voyez page aSy.) Dans une autre circonstance il faudra constater une maladie vénérienne, non pas qu’à l’imitation de certains auteurs nous regardions l’existence de cette affection chez une femme dont le mari est sain comme une preuve irrécusable d’adultère (i), mais parce quelle a été considérée comme un sévice ou injure grave par quelques tribunaux, quoique d’autres aient émis une opinion contraire. Nous franchirions les limites que nous nous sommes tracées, en examinant si la maladie vénérienne doit être regardée comme un sévice : c’est

(1) En effet, la syphilis peut se propager d’un nourrisson à la mère pendant l’allaitement; un verre dans lequel aura bu une personne atteinte de la syphilis pourra communiquer la maladie à un individu qui s’en servira immédiatement après , et avant que le verre ait été posé sur une table; il en est de même d’une cuiller qui aura été portée d’une bouche à l’autre sans avoir été essuyée , et peu de temps après que la personne infectée en aura fait usage, etc. ; d’ailleurs la syphilis peut être héréditaire.

aux jurisconsultes à résoudre la question ; il nous suffit de savoir que l’opiniori des tribunaux pouvant variér à cet égard, il se présentera peut-être un cas où nous serons requis de donner notre avis. Attachons-nous alors à démontrer que la maladie est réellement vénérienne , et, pour y parvenir, ne négligeons aucune recherche, car le problème est souvent d’une solution difficile, et l’on prévoit l’atteinte que nous porterions à l'honneur si, d’après un examen superficiel , nous commettions une méprise : distinguons bien , à l’aide des moyens ^ que tous les médecins doivent connaître , et qu’il serait trop long d’exposer ici , si les écoulemens et les autres affections des parties génitales , de l’œil , de l’àrrièrebouche, des os, etc,, sont de nature syphilitique : cherchons ensuite à décider quelle a été l’origine de l’infection, si la maladie a commencé par le mari ou par la femme , et n’oublions pas quelle peut être héréditaire, et que son existence ne suppose pas toujours que l’époux ait contracté une union criminelle , comme nous l’avons dit à la page précédente.

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