DIXIÈME LEÇON
De la grossesse.
La grossesse est l’état d’une femme qui a conçu, linailé par l’instant de la conception, qui le commence, efrpar celui de^ l’accouchement , qui le termine.
Plusieurs articles des Codes civil et pénal sont rédigés de telle sorte , que les femmes trouvent leur intérêt à simuler la grossesse dans certains cas, et à la dissimuler dans d’autres. On voit dès lors combien les avis
de l’homme de l’art doivent être indispensables pour éclairer le magistrat.
Les dispositions législatives qui peuvent porter les femmes à simuler la grossesse, sont les suivantes : i" «L’homme avant dix-huit ans révolus , la femme avant quinze ans révolus, ne peuvent contracter mariage. » ( Code civil, art. i44' Du mariage), a” « Néanmoins , il est loisible . au roi d’accorder des dispenses d’âgé pour des motifs graves. i) (Code civil, art. i45.) H est évident que pour obtenir une dispense d’âge , une fille qui n’a pas encore quinze ans pourra se dire enceinte. 3“ « Pour succéder, il faut nécessairement exister à l’instant de l’ouverture de la succession, c’est-à-dire lors delà mort de l’époux. »(Code civil, art. yaS, liv. ni. ) 4° ® Pour être capable de recevoir entre vifs, il suffit d’être conçu an moment de la donation. Pour être, capable de recevoir par testament, il suffit d’être conçu à l’époque du décès du testateur. « (Code civil, art. 906.) : ainsi il faut être conçu pour succéder : une femme qui • vient de perdre son mari ne peut-elle donc pas simuler sa grossesse, pour garder les biens qu’il a laissés , et qui devraient retourner de droit à la famille du défunt? 5® « Le mariage contracté par des époux qui n’avaient point encore l’âge requis , ou dont l’un des deux n’avaif point atteint cet âge, ne peut plus être attaqué, 1° lorsqu’il s’est écoulé six mois depuis que cet époux, ou lés époux, ont atteint l’âge compétent; 2“ lorsque la femme qui ‘n’avait point cet âge a conçu avant l’échéance de six mois.» (Code civil, art. i85.) Ici la femme qui désire rester mariée pourra se déclarer enceinte. 6° «Les époux contractent ensemble , par le fait seul du mariage , l’obligation de nourrir, entretenir et élever leurs enfans. » (Code civil, art. 2o5.) 7" «La loi n’accorde que des alimens aux enfans adul-
lérins et incestueux. » (Code civil , art. 762. ) II est donc évident que pour gagner ces alimens, une femme peut simuler la grossesse. 8“ « Dans le cas où le ravisseur aurait épousé la fille qu’il a enlevée , il ne pourra être poursuivi que sur la plainte des personnes qui, d’après le Code civil, ont le droit de demander la nullité du mariage, ni condamné qu* après que la nullité aura été prononcée. » (-Code pénal, art. 557.) Or comme, d’après l’article 1 85 du Code civil, déjà cité, le mariage ne peut plus être attaqué lorsqu’une fille mineure a conçu avant l’échéance de six mois , il est certain que cette fille pourra avoir le plus grand intérêt à se dire enceinte. 9® « La recherche dé la paternité est interdite. Dans le cas d’enlèvement , lorsque l’époque de cet enlèvement se rapportera à celle dé la conception , le ravisseur pourra être, sur la demande des parties intéressées , déclaré père de l’enfant. »( Code civil, art. 54o.)Une fille peut donc simuler la grossesse , dans le dessein de faire déclarer un individu père de l’enfant. 10“ « L’action en divorce sera éteinte par la réconciliation des époux, survenue, soit depuis les faits qui auraient pu autoriser cette action , soit depuis la demande en divorce. » (Code civil, art. 272.) 1 1* O Si le demandeur en divorce nie qu’il y ait eu réconciliation , le défendeur en fera preuve, soit par écrit, soitpar témoins, dans la forme prescrite en la première section du présent chapitre. » (Code civil, art. 274.) Quoique le divorce ait été aboli par la loi du 8 mai 1816, on sait que les dispositions des deuxarticles qui précèdent sont applicables à la séparation de corps, qui est toujours autorisée. Or, la meilleure preuve que l’on puisse donner de la réconciliation, est la grossesse, et dès lors on conçoit que la femme est intéressée à la simuler. 12° « Si une femme condamnée à mort se déclare, et s’il est vérifié qu’elle est enceinte, elle ne subira la peine qu’après sa délivrance. » (Code pé-
nal, art. 27. ) Ici le motif de simulation est trop manifeste pour que nous ayons besoin de le développer.
Nous nous bornerons à rappeler une disposition importante de la loi du 23 germinal an in, abrogée , à la vérité, par la législation actuelle, mais qui nous semblerait devoir être rétablie. « A l’avenir, aucune femme prévenue d’un crime emportant peine de mort ne pourra être mise en jugement 3 qu’il, n’ait été vérifié de la manière ordinaire, qu’elle n’est pas enceinte. » L’intérêt de la société réclame que l’on diffère des débats , et surtout une condamnation à la peine capitale, lorsqu’il s’agit d’une femme enceinte , chez laquelle des émotions fortes peuvent déterminer l’avortement et d’autres effets fâcheux.
Voici maintenant les dispositions législatives qui peuvent engager la femme à dissimuler la grossesse. 1“ Les art. 27a et 279 du Code civil déjà cités; en effet, il y est dit que l’action en divorce (séparation de corps d’après la loi actuelle) sera éteinte s’il y a eu réconciliation; or la grossesse est la meilleure preuve de la réconciliation ; donc la femme ^qui désire se séparer a de l’intérêt à dissimuler qu’elle est enceinte. 2° « Le mari pourra demander le divorce (séparation de corps aujourd’hui) pour cause d’adultère de sa femme. » ( Code civil, art. 229. ) Il est donc à présumer qu’une femme soupçonnée d’adultère dissimulera sa grossesse, lorsque son mari, , absent depuis longtemps, ne pourra pas être considéré comme le père de l’enfant. Un autre motif sur lequel, il est vrai, le Code garde un silence absolu, peut déterminer la célation de la grossesse; c’est lorsqu’une fille a été abusée , et qu’elle ne veut pas compromettre sa réputation ; elle conserve alors l’espoir d’accoucher clandestinement, et de sauver les jours de son enfant ; ou bien elle prémédite le crime 4e l’infanticide. Dans aucun de ces deux cas ^ le magistrat ne peut or-
donner la visite de la fetfliae, si elle refuse son consentement; mais il doit engager à se laisser visiter par l’homme de l’art, s’il la présume enceinte, et si elle est déjà soupçonnée d’avoir voulu détruire un autre de ses enfans à une époque antérieure.
Ce n’est pas seulement lorsqu’il s’agit de constater si la grossesse est simule'e ou disssimulée, que le médecin est requis de donner son avis ; il peut avoir encore à résoudre les questions suivantes : Une femme est elU d’âge h woir pu concevoir? Une femme peut-elle ignorer constamment sa grossesse? Une femme enceinte a-t-elle des penchans tellement irrésistibles^ qu’elle soit portée a commettre des actes contraires a Tordre social? La solution de ces diverses questions doit nous occuper maintenant.
PREMIÈRE — La femmi est-elle
enceinte?
Cette question, en apparence fort simple, est souvent hérissée de difficultés; en effet, le produit dç la conception peut se développer dans l’utérus seul ou avec un autre corps ; cette circonstance fait déjà varier les signes.de la grossesse : en supposant même que l’utérus ne contienne que le produit de la conception, il est des époques de la gestation où il est extrêm'emenLdîfficile, pour ne pas dire impossible, de prononcer sur l’existence de ce produit : chez' certaines femmes, le développement de l’embryon se fait ailleurs que dans la cavité dé ruïerus , et alors les caractères de la grossesse présentent des modifications qu’il faut connaître : il
existe enfin des maladies de l’utérus , de ses annexes et de quelques-uns des organes qui les avoisinent, dont les symptômes simulent jusqu’à un certain point les signes de la grossesse, et qu’il faut bien se garder de confondre avec ce dernier état. Il résulte de ces considérations que , pour décider si une femme est enceinte, il faut avoir présent à l’esprit tout ce qui a rapport à la grossesse utérine ^ à la grossesse extra-utérine et aux maladies qui peuvent siniuler ces états. Examinons chacun de ces points.
§ I. De la grossesse utérine.
La -grossesse utérine, celle dans laquelle le produit de la conception se développe dans l’utérus, simple lorsqu’il n’y à qu’un embryon ou un fœtus , composée quand il y en a un plus grand d^bmbre , et compliquée lorsqu avec un ou plusieurs embryons, il y a dans là cavité de la matrice un polype , des débris d’un autre œuf, etc.
\ De la gj'ossesse utérine simple. \
Les signes de la grossesse utérine simple ont été distingués par les auteurs en rationnels et sensibles; les premiers sont pour la plupart infidèles et devraient être nommés équivoques : il eu est parmi les autres que l’on peut regarder comme indiquant positivement la' grossesse. Nous croyons devoir faire précéder leiir expcrsitioa de quelques connaissances anatomiques sans lesquelles il serait difficile de les bien saisiçé
Des ehangemens que V utérus et les parties environnantes éprouvent pendant la grossesse.
Utérus. L’utérus éprouve des ehangemens dans sa situation, sa forme, son volume, sa texture et ses propriétés.
Situation forme et volume. Pendant les deux premiers mois , le volume de l’utérus augmente graduellement, son corps s’arrondit et se jette en arrière, tandis que le col s’avance vers la vulve et est plus accessible au toucher : toutefois le développement dont nous parlons ne peut être constaté qu’en introduisant le doigt dans le vagin, parce qu’il n’est pas assez considérable pour que l’utérus sorte de l’excavation pelvienne (^i). Ajouterons-nous qu’après l’acte fécondant, l’orifice de l’utérus se contracte et se ferme (Hippocrate); que les bords de cet orifice sont plus rénitens, et offrent uné chaleur plus grande (Levret); que dans les premiers temps de la grossesse les deux lèvres de l’ôrifice utérin forment ■un plan égal, tandis qu’avant la gestation la lèvre antérieure était plus prolongée en bas; que la fente de cet orifice, qui était triangulaire, devient circulaire (Stein) ? Lors même que ces ehangemens seraient constans, et qu’ils ne se rencontreraient pas dans d’autres circon-
(i) Ce que nous allons dire de la situation de l’utérus s’applique à une prmiêre grossesse, on suppose également que le fœtus est bien placé; en effet, le fond de la matrice s’élève beaucoup moins dans les grossesses subséquentes, surtout lorsque l’enfant est situé en travers.
stances, ils seraient trop difficiles à apprécier pour que nous dussions en tenir compte.
Du deuxième au troisième mois l’utérus continue à augmenter de volume, s’élève et se porte sur la partie antérieure du bassin, en sorte que le col est déjà plus en arrière. L’axe de la matrice fait alors avec la perpendiculaire un angle d’environ 45°. A la fin dii troisième mois , le fond de l’utérus dépasse un peu le bord du détroit abdominal. Pendant le quatrième mois , le fond de l’utérus , arrive jusqu’à deux pouces au-dessus des pubis ; son col continue à s’élever ; il est incliné obliquement en arrière. Du cinquième au sixième mois , le fond de cet organe s’approche de la région ombilicale, et le col, qui a continué à s’élever et à se porter en arrière, commence à d^enir plus gros et plus mou, surtout vers sa base, c’est-à-dire vers la portion qui tient au corps de l’utérus : on dirait qu’il affecte là forme d’un entonnoir dont la base- est en arrière et le bec en avant : l’orifice ne s’entrouvre que quand le développement est parfait (i). A six mois , le fond de l’ùtérus correspond à peu près à l’ombilic; la mollesse et l’évasement de la partie utérine du col sont plus marqués. A mois, le fond de l’utérus se trouve élevé d’environ deux pouces au-dessus dé l’ombilic; le col est encore plus mou; il est aussi moins long et assez élevé pour que le vagin soit allongé et tiré. en haut. A
(i) On a remarqué que l’orifice derutérus s’ouvre beaucoup plus tôt dans les grossesses subséquentes, et que le museau de tanche reste plus .gros dans les derniers mois.
huit mois^ le fond de la matrice n’est guère éloigné de la région épigastrique; le col n’est jamais pltis élevé qu’à cette époque, mais il s’aplanit et tend à s’effacer. A neuf .mois le fond de l’utérus , loin de se placer dans l’épigastre, semble s’abaisser; d’où il suit que le col doit être plus près de la vulve; alors il est mou et tellement mince qu’il n’offre quelquefois qu’une ligne d’épaisseur. Il est évident , d’après ce qui vient d’être dit, que l’utérus est dirigé de manière à porter sur l’ombilic; indépendamment de cette obliquité, il en offre encore une autre à gauche ou à . droite , mais surtout de ce dernier côté; en^ sorte qu’il est comme tordu sur lui - même , le côté droit étant incliné en devant.
La forme de la matrice , | la fin du neuvième mois , est à peu près ovoïde; sa grande circonférence est en haut ; elle est d’environ vingt-six pouces , prise à la hauteur des trompes; la petite circonférence répond au détroit abdominal du bassin , et offre treize pouces à la hauteur de la portion utérine du col; le diamètre longitudinal est ordinairement de douze pouces; le transversal en a neuf, et l’antéro-postérieur huit et demi. Son poids varie d’une livre et demie à deux livres, tandis qu’il est d’environ quatorze gros chez les vierges, et de dix-huit chez les femmes qui sont accouchées plusieurs fois.
Texture. Le tissu de l’utérus devient plus mou, plus spongieux, et l’on voit qu’il est formé d’un grand nombre de fibres blanchâtres, cotonneuses, réunies par du tissu cellulaire, tandis qu’avant la grossesse il était inextricable. Les artères ne sont plus flexuêuses; leur
calibre, ainsi que celui des veines , des vaisseaux lymphatiques et des nerfs, est beaucoup plus grand , surtout là où s’insère le placenta : c’est dans cet endroit que l’on remarque des . ouvertures nombreuses, connues sous le nom de sinus, qui sont le résultat de la communication des artères avec les veines. L’épaisseur des parois de la matrice est plus considérable sur le point où le placenta est implanté; elle varie aussi aux différentes époques de la gestation : on a pu se convaincre que chez plusieurs femmes '^elle était de cinq lignes dans les trois premiers mois de la grossesse, de trois lignes dans les trois derniers ihois, et de cinq à l’endroit où s’insérait le placenta ; la portion voisine de l’orifice n’avait guère qu’une ligne, tandis que dans l’état de vacuité chez une fille adulte , l’épaisseur est d’environ quatre lignes. Au reste on remarque de nombreuses variétés à cet égard, et l’on sait queHunter a vu la moitié postérieure de l’utérus d’une femme morte à une époque assez avancée de la gestation, être extrêmement mince, tandis que la paroi extérieure était fort épaisse. ^
Propriétés de Vutérus. Cet organe acquiert la propriété de se contracter comme la fibre musculaire, et cette faculté finit par être assez développée pour que l’utérus puisse être regardé comme la principale puissance qui détermine l’accouchement. Mais ce qu’il nous intéressede constater, c’est que dès les premiers instans qui suivent la conception, les follicules muqueux qui garnissent l’orifice de l’ütérus secrétent abondamment un mucus blanc, consistant, d’une odeur particulière, qm s épaissit, devient plus tenace à mesure que la
grossesse avance , et bouche l’orifice de Tutérus : la consistance de ce fluide peut être telle , qu’il forme une sorte de meinbrane qui se détache en lambeaux ou en flocons , ou qui reste jusqu’à l’époque de l’accouchement, et alors on est obligé de la déprimer ou de la rompre pour livrer passage à la tête de l’enfant. Nous indiquerons à la page 191 le parti que l’on a cru pouvoir tirer de l’existence de ce mucus pour reconnaître si la femme avait conçu.
Les annexes de Vutérus et les parties qui V environnent éprouvent également des changemens importans. Les ovaires deviennent plus volumineux et s’approchent du corps de la matrice dans une direction presque verticale; on remarque souvent sur celui qui a été fécondé une petite fongosité molle, jaune ou rougeâtre, qui fiinit par s’affaisser et laisser une petite cicatrice. Les trompes de Fallope ne conservent plus les rapports quelles avaient avec l’utérus ; elles correspondent , vers la fin de la gestation, au point dJunion du tiers supérieur de la matrice aveçde tiers moyen; leur direction est presque verticale,^ elles se sont évidemment rapprochées de l’utérus. Le ligament rond ( cordon suspubien) est devenu fibreux comme la matrice; celui du côté droit est en général plus gros, plus court et plus fort que l’autre. Les replis du péritoine, qui forment les ligamens larges , s’effacent progressivement à mesure que l’utérus se dilate. Les 'vaisseaux du vagin, des trompes, des ovaires, de la vulvé, etc., sont beaucoup plus volumineux, et deviennent quelquefois variqueux.
Les muscles droits de V abdomen ( sterno-pubiens) , ainsi que la ligne blanche sont distendus, élargis et
amincis par suite de la pression que l’utérus exerce sur eux en se portant en avant; et comme cette compression a lieu pendant plus long-temps sur la région ombilicale que sur les autres, c’est là que l’on en observe plus particubèrement les résultats : dans cet endroit la ligne blanche présente, vers la fin de la gestation , un élargissement ovale ou rhomboïde de deux à trois pouces de large, et les parois du ventre qui y correspondent ont à peine trois lignes d’épaisseur. Les 'viscères de Vabdomén éprouvent aussi quelques changemens dans leur situation : comme dans le plus grand nombre de cas l’utérus est déjeté à droite , les intestins grêles sont refoulés à gauche; l’épiploon se place le plus ordinairement derrière la matrice ; le foie , la rate, l’estomac et le, diaphragme sont poussés vers le haut , ce qui, dans certaines circonstances, détermine un léger déplacement des organes contenus dans le thorax, et même un changement de direction du contour cartilagineux des côtes.
JjQS symphyses du bassin sovA évidemment relâchées et légèrement mobiles vers la fin de la grossesse : le relâchement est plus grand à la symphyse des pubis qu’aux symphyses sacro-iliaques , et il est souvent plus apparent à la symphyse sacro-iliaque du côté gauche qu’à celle du côté droit. M. Chaussier, à qui nous devons ces observations, a vu chez des femmes dont l’accouchement avait été prompt et facile , la symphyse du pubis écartée depuis deux jusqu à douze lignes, et même plus. /
Des signes' de la grossesse utérine simple.
Cet article ayant pour objet de mettre le médecin à même de décider si une femme est enceinte, quelle que soit l’époque de la grossesse, et les moyens propres à résoudre cette question n’étant pas les mêmes pour toutes lés époques, il convient d’établir différentes, périodes. Cette marche nous paraît plus, conforme au but que nous nous proposons, que celle qui a été suivie par les auteurs qui ont examiné séparément les signes équivoques et les signes sensibles.
Depuis le moment de la conception jusqu’à la fin du deuxième mois. Parmi les caractères établis par les médecins, pour résoudre la question pendant l’époque dont il s’agit, il en est une foule dont la simple énumération fera sentir la nullité. La plupart des femmes éprouvent des sensations extraordinaires au moment de la conception pu survient un ébranlement un frémissemeiit involontaire et universel mêlé de volupté^ auquel succède un état de langueur du corps et de V esprit. (Hippocrate.) — Il y a un mouvement de resserrement au moment de la conception. (Galien.) — La femme a conçu'^ si elle ne sent rien couler par le 'vagin et si le membre 'Viril sort plus sec que de coutume. (Aristote.) — Peu de jours après V imprégnation on sent un mouvement le long des trompes utérines , et de légères coliques vers la région hypogastrique. — Le col se gonfle. fDémocxite.y . — Le pouls est plus fort, plus 'vif, plus développé. (Galien et Savonarola.) — Il y a des palpitations, des
syncopes, des hémorrhagies du nez et de la bouche , de la toux , des hoquets , des bâülemens , de V oppression, des changemens dans la voix, de la soif, de la diarrhée, de la constipation,, La peau change de couleur; le visage se couvre de taches de rousseur.' Les papilles et V auréole des seins brunissent. — U urine, claire, citrine, blanchâtre, présente un nuage et un énéorème, — Les yeux sont caves, languissans , ternes , et bordés d’un cercle bleuâtre. — Le caractère de la femme change; ses facultés intellectuelles ont moins d’activité, on observe parfois des névroses des organes des sens. Il y a des crampes, de l’engourdissement dans les membres, etc. üf
Quel parti pourra-t-on tirer du caractère donné par M. Chambon, et qui consiste à constater, à l’aide d’un instrument en forme de cure-oreille , si les follicules muqueux de l’orifice de l’utérus ont sécrété le mucus épais dont nous avons parlé à la page 188 ? Tî’est-il pas évident que çe moyen est insuffisant, et qu’il peut être souvent dangereux d’y avoir recours ?
Les signes équivoques propres à faire présumer la grossesse pendant la période dont il s’agit sont: la suppression de la menstruation. Chez la plupart des femmes réglées et bien portantes , l’écoulement menstruel est supprimé dès qu’il y a eu conception : ce phénomène est tellement général , que dans les circonstances ordinaires de la vie, les femmes mariées sé croient enceintes aussitôt qu’il s’est manifesté, et vicïï versâ. Mais il est aisé de prouver qu’il ne suffit pas en médecine légale : d’une part, il existe des femmes qui conçoivent avant d’être réglées; il en est chez lesquelles cet écoulement a lieu malgré la grossesse ; on
en a même va qui n’avaient leurs règles que lorsqu’elles étaient enceintes ; d’une autre part les menstrues peuvent être supprimées par une foule de causes sans qu’il y ait grossesse, et cette suppression détermine souvent les autres signes équivoques de la grossesse dont il nous reste à parler. On a cru pouvoir distinguer si la cessation des menstrues dépendait de là conception ou d’une autre cause, en ce que, dans le premier cas, la femme se trouvait d’autant mieux quelle s’éloignait davantage de l’époque où l’écoulement avait cessé, tandis que les accidens allaient toujours en augmentant lorsque la suppression était la suite d’une autre cause. Nul doute que les choses ne se passent ainsi dans beaucoup de circonstances j mais il n’est pas rare de voir des femmes grosses beaucoup plus incommodées que d’autres qui ne sont pas dans cet état, et chez lesquelles il y a suppression de la menstruation. U® Le développement des mamelles^ V augmentation de leur sensibilité^ le gonflement de leurs veines. Ces phénomènes s’observent souvent; mais comme ils peuvent manquer, surtout chez les femmes faibles et chez celles qui continuent d’être réglées pendant la grossesse , et que d’une autre part ils existent souvent lorsque la menstruation est supprimée par toute autre cause que parla conception , ils sont loin de pouvoir être regardés comme ayant une grande valeur. On doit encore attacher beaucoup moins d’importance à la présence d’une humeur laiteuse qui s’échapperait par le mamelon ; car non- seulement ce phénomène se manifeste rarement pendant la période dont nous parlons, mais il peut exister chez les femmes atteintes de certaines maladies
de matrice, chez celles dont le mamelon est souvent chatouillé, et même chez certains hommes. 3° Les nausées ^ \e.s vomissemens y \ anorexie, les appétits dépravés et insatiables, la salivation , \dL céphalalgie et les maux de dents. Sans doute que beaucoup de femmes grosses éprouvent quelques-uns de ces accidens’ dans la première période de la gestation ; mais ils peuvent tenir à d'autres causes , ou ne pas se manifester du tout. Nous en dirons autant de la décomposition des traits de la face. ' "
Pendant le troisième mois. Admettrons -nous avec, Stein , qu’au troisième mois de la grossesse la paroi antérieure du segment inférieur de la matrice forme une tumeur molle, hémisphérique, qüe l’on peut reconnaître en introduisant le doigt jusqu’au fond du vagin, et qui est un indice certain' de la grossesse ? Ce caractère est loin d’être constant , et lorsqu’il existe il n’est souvent pas facile à apprécier par les hommes qui ne sont pas très-exercés au toucher; d’ailleurs U peut tenir à une autre cause que la grossesse. Nous n’accorderons pas non plus une grande valeur au signe suivant, indiqué par quelques auteurs : « la femme étant couchée sur le dos, les muscles abdominaux dans le relâchement, une main portée sur cette région , et le doigtinÿcateur de l’autre main dirigé dans le vagin, on s’assure que le corps arrondi qui s’offré sous la main de l’accoucheur est la matrice. Supposons, en effet,, que l’on parvienne par ce moyen à saisir la matrice, on pourra conclure que son volume est augmenté , mais on ne prouvera point que le développement qu’il présente ne tient pas à un état morbide; il est évident d’après cela que l’on I. i3
aurait tort d’attacher une grande importance à la saillie que fait la région hypogastrique à la fin du troisième mois de la gestation, et qui dépend de ce que l’utérus remplissant l’excavation pelvienne, les instestins se trouvent refoulés vers l’abdomen. Chez certainés personnes nerveuses, on observe dès la fim de cè mois des mouvemens actifs, semblables à ceux que le fœtus exécute ordinairement plus tard.
Pendant le quatrième rnoïs. La situation de la matrice est telle à cette époque {^Vojez pag. 1 85), que si les parois de l’abdomen ne sont pas trop épaisses ou trop tendues , on peut reconnaître sa forme et son volume en appliquant la main sur l’abdomen. L’expansion du ventre est encore trop peu marquée pour qu’on puisse en tenir compte; la valeur de ce signe sera exa^ minée plus loin. Chez la plupart des femmes le fœtus exerce des mouvemens que l’on a appelés actifs : c’est particulièrement Ters la fin du quatrième mois, lorsque les organes de la locomotion jouissent déjà d'une certaine énergie, que ces mouvemens sont sensibles; ils deviennent quelquefois si forts par la suite' qu’on les aperçoit même à travers les vêtemens, et que la femme en est réveillée pendant la nuit : l’homme de fart parvient souvent à les provoquer en appliquant sur les parois du ventre la main préalablement trempée dans l’eau froide, Ce signe qui paraîtrait au premier abord devoir permettre d’affirmer que la femme est ou n est pas enceinte, présente pourtant beauçoup d’incertitude; non-seulement il y a des femmes qui n’ont senti de pareils mouvemens à aucune époque de la grossesse, mais il en est beaucoup d’autres chez lesquelles d^
contractions spasmodiques de. l’utérus et des intestins simulaient tellement les mouvemens du fœtus quelles se disaient enceintes. M. Dubois, que l’on n’accusera certainement pas d’observer légèrement, rapporte qu’ayant appliqué la main sur l’abdomen d’une femme qui se croyait au cinquième mois de sa grossesse, il sentit ces mouvemens spasmodiques , qu’il prit pour ceux de l’enfant.
S’il est vrai que pendant cette époque la cessation des règles Continue le plus souvent, il n’est pas rare de ne plus observer les nausées^ les vomissemens ^ les appétits dépravés^ etc. Quant au gonflement des mamelles il est plus considérable, et la sécrétion laiteuse plus abondante que dans les deux premiers jnois. Il est inutile de faire mention du ballottement^ parce qu’on ne l’aperçoit guère avant le cinquième mois.
Pendant le cinquième mois. L’éipansion de l’abdomen est un peu plus marquée , parce que le fond de l’utérus approche déjà de la région ombilicale; l’élévation du ventre vers le nombril contraste alors avec une sorte de vide qui a lieu du côté des lombes. Mais à aucune époque ce signe ne peut être donné comme ayant une certaine valeur; en effet l’imperforation de l’hymen, la suppression de la menstruation, l’hydropisie, la tympanite, l’hystérie, certaines affections spasmodiques, etc., peuvent distendre l’abdomen autant qu’il l’est dans la grossesse; ne voit-on pas d’ailleurs des femmes dont le ventre se tuméfie considérablement à l’époque critique par cela seul qu’elles cessent tout à coup d’être uéglées, et qui éproUvent en même
temps des nausées, des vomissemens, etc.? D’une autre part combien n’est-il pas^acile aux femmes de dissimuler le développement de l’abdomen à l’aide d’une compression soutenue, d’une disposition- particulière des vêtemens ou d’une démarche étudiée.
Indépendamment des mouvemens actifs du fœtus, qui sont encore plus prononcés qu’au quatrième mois, on peut déterminer à cette époque des mouvemens passifs ou de ballottement ^ c’est à euf qu’il faut rapporter la sensation qu’éprouve la mère en se remuant, d’un corps étranger qui tombe sur la partie la plus dér clive de l’utérus. La femme étant debout , et la main gauche de l’accoucheur appliquée immédiatement sur les parois de l’abdomen afin dé saisir la matrice, si l’on introduit le doigt indicateur de l’autre main jusqu’au fond du vagin, et qu’on cherche à^soülever l’utérus, en frappant sur l’extrémité vaginale du col de ce viscère, il est évident que le fœtus qui nage librement dans l’eau de l’amnios sera soulevé, montera jusqu’à la partie Supérieure de la matrice , puis tombera à raison de son poids, et viendra frapper le doigt indicateur toujours placé à l’extrémité du col de la matrice, comme le ferait une substance solide quelconque contenue dans une cavité remplie de liquide ÿ il faut bien prendre gardé de ne point confondre avec le ballottement le mouvement de totahté dp l’utérus. Le mouvement passif dont il s’agit peut ne pas être sensible au cinquième mois, tandis qu’il le sera plus tard ; dans d’autres circonstances le médecin est ^ dans l’impossibilité de le constater à aucune époque de la grossesse, ce qui peut tenir à ce qu’il n’est pas gxercé au toucher, à
la faiblesse ou à une maladie du fœtus, ou à d’autres causes.
Comme pendant l’époque précédente , la femme continue en général à ne pas être réglée et à ne plus avoir autant de disposition aux nausées , aux' vomissemens, etc. Le gonflement des seins et la sécrétion du lait sont plus marqués. -
Pendant le sixième mois. De quel secours peuvent être les signes suivans , donnés par quelques auteurs : le pouls est petit, faible et tardif , il est souvent gastrique; le sang est plus couenneux; l’urine est pîus rouge que pendant les six premiers mois , et sa couleur tend à devenir de plus en plus foncée ?
C’est ici le moment de rapporter lesul^ervations curieuses faites par le docteur Kergaradec sur les battemens du cœur du fœtus , et sur d’autres pulsations qu’il a appelées placentaires. Lorsqu’on applique l’oreille sur l’abdomen d’une femme enceinte de six mois, revêtue de ses vêtemens , ou lorsqu’on explore ce,tte partie du corps à l’aide du stéthoscope, on entend dans l’espace situé entre l’ombilic et l’arcade crurale , un bruit semblable à celui que produirait une montre placée trèsprès de l’oreille; c’est /e plus sowent àu côté opposé à celui vers lequel les extrémités inférieures du fœtus se dirigent plus spécialement que ce bruit se fait entendre ; il est le résultat des contractions du cœur du fœtus, dont les pulsations doubles au nombre de cent vin^ à cent soixante environ par minute, reviennent à des temps réguliers , et ne sont point isochrones au pouls de la mère. La fréquence de ces battemens ne permet point de les confondre avec ceux que l’on sent
quelquefois à la partie inférieure droité ou gauche de l’abdomen des femmes grosses.
Sur une autre partie de l’abdomèn que nous ne désignerons point, pàreè quelle peut , varier beaucoup, on entend des pulsations régulières ^ parfaite¬
ment isoebrones au pouls de la mère , et dont le bruit est analogue au soufp.e que l’on observe dans certaines maladies du .cœ.ur ou des gros vaisseaux. Ces pulsations, que l’on sent déjà au-dessus des pubis, à
la firi du troisième mois de la gros'sê'sse ont été nommées placentaires ^ parce qu’elles, paraissent avoir du rapport, avec le point d’insertion du placenta dans la matrice 5 elles semblent être le résultat du batteinent des artères dont le calibre est augmenté» i
Il est souvent difficile de discerner les battemens dont nous parlons au moment où l’exploration corn-mence ; les borborygmes produits par là circulation des gaz dans les intestins masquent tous les autres bruits f il est donc important de laisser séjourner l’oreille pendant quelque temps sur les points où il est ordinaire d’entendre ces battemens. On conçoit également qu’il ne serait pas aisé de sentir les pulsations placentaires , si le placenta était inséré à la paroi postérieure de la matrice, et que le fœtus eut le dos immédiatement, en contact avec lui.
Voici les conséquences que l’on peut déduire dé l’application de l’auscultation , relativement à la question qui nous occupe. 1° La femme est enceinte si l’on est parvenu à entendre les doubles battemens du cœur du fœtus; 2“ à plus forte raison on affirmera que la grossesse existe, si indépendamment de ces battémenSj
on a senti ceux que nous avons appelés placentaires ; 3° Fabsence des pulsations doubles du coeur du foetus ne suffit point pour conclure que la femme n’est pas enceinte j en effet le fcetu||pourrait être mort pu très-? faible, ou tellement situé qu’il fût impossible de saisir ces batterâens; 4° suspension des doubles pulsations du cœur après qu’on les avait entendues , est un phénomène assez commun; il faut alors explorer la femme à plusieurs reprises ; 5“ les battemens placentaires avec souffle^ considérés isolément, peuvent toujt au plus faire présumer la grossesse; en effet rien ne prouve qu’on ne puisse entendre de pareils battemens chez une femme qui n’est pas enceinte, et dont la matrice contiendrait une production accidentelle avec un déve • loppement considérable des vaisseaux utérins.
On lit dans le cahier de mai i824) Journal général de Médecine , l’histoire d’une femme âgée de trente-six ans, que les plus habiles médecins de Paris avaient cru, à tort, atteinte d’un squirrhe de l’ovaire droit, et chez laquelle M. Lenormand reconnut, à l’aide du stéthoscope , une grossesse de sept mois ; en effet , il lui fut permis d’entendre les battèmens du cœur du fœtus , et les battemens placentaires avec souffle ; raccouchement eut lieu dans le courant du neuvième mois.
La tuméfaction des mamelles et du ventre est plus marquée au sixième mois ; en général la femme continue à ne plus être réglée; elle a moins de dispositions aux nausées et aux vomissemens. Quant à la saillie que peut faire alors le nombril , elle reconnaît quelquefois toute autre cause que la grossesse.
Pendant les trois derniers mois. Au septième mois^ si
l’on introduit le doigt dans le vagin , on peut distinguer la tête du fœtus au détroit supérieur , à travers l’épaisseur des parois de la matrice. . Les mouvemens actifs du fœtus sont quelquefois tellement forts à cette époque, que l’on avait cru pendant long-temps que l’enfant faisait la culbute. La démarche est gênée, les envies d’uriner fréquentes, et chez certaines femmes les mérahres abdominaux sont déjà œdématiés. Au huitième mois , la tête de l’enfant est plus grosse , plus solide, et paraît plus basse; le doigt introduit dans le vagin sent manifestement les membranes, si Torifice de Tutérus est ouvert ; l’estomac et le diaphragme sont refoulés en haut par suite de la plus grande élévation du fond de l’utérus aussi la respiration est plus difficile , et assez souvent la femme éprouve dé nouveau des dégoûts , des nausées , d^s vomissemens. Au neuvièmemois^ la partie inférieure de l’utérus , entraînée par le fœtus ; plonge dans l’excavation du petit bassin. Il n’est pas rare , à cette époque, de voir l’orifice de la matrice assez ouvert pour que le doigt introduit dans le vagin puisse attèindre- les membranes qui enveloppent le fœtus. La compression exercée par l’utérus sur la ^ssie,, le rectum, les nerfs saca-és, etc., rend raison des envies fréquentes d’uriner, des ténesmes, des hémorrhoïdes , des varices, des douleurs dans les jambes, et de l’engourdissement que la femme éprouve* - Nous ne rappellerons pas les changemens considérables et importans qui surviennent pendant ees trois mois dans la situation de la .matrice , et dans la structure du co\.\Voy. page i85.) Dans le plus grand nombre des cas , Iji femme continue à ne pas être f é-
glée ; il arrive cependant , lorsque le placenta est in. séré sur l’orifice de l’utérus (ce qui est fort rare), que vers la fin du sixième mois, ou au commencement du •septième, époque à laquelle la portion utérine de cet orifice s’élargit, il y a un écoulement sanguin, même chez les personnes dont la menstruation avait été supprimée jusqu’alors. Ijè, gonflement des mamelles et l’expansion du ventre sont en général plus considérables pendant cette époque qu’à aucune autre; toutefois l’abdomen change de forme au; commencement du neuvième mois , lorsque l’utérus pa:raît s’abaisser.
T)e la grossesse utérine, eojnposéé.
L’objet de cet article n’est point de rechercher combien il y a de fœtus dans l’utérus ; la solution de cette question n’intéresse en aucune manière la médecine légale ; ce qu’il importe d’établir, c’est qûe dans le cas de grossesse composée , plusieurs des caractères indiqués dans l’histoire de la grossesse utérine simple subissent des modifications qui seraient propres à jeter de l’incertitude , si elles n’étaient pas prévues. Ainsi le ballottement est plus difficile à déterminer dans les derniers mois que lorsque la grossesse est simple, parce qu’il y a moins de liquide dans l’utérus , et que le fœtus que l’on a déplacé par le choc ne s’agite point facilement à cause de l’obstacle que lui présente l’autre fœtus. En appliquant la main sur le. ventre de la femme , on peut distinguer deux fœtus dans le cas de grossesse double , si Vutéms oflfre des parois souples et peu tendues , tout comme on reconnaît les pieds , les genoux
et les coudes du fœtus dans la grossesse simple, les parois de la matrice n’ont pas beaucoup d’épaisseur. A l’aide du stéthoscope on peut sentir quelquefois les doubles pulsations du cœur dans plusieurs points de* l’abdomen à la fois ; la naissance des jumeaux a déjà été prédite par ce moyen.
Indépendamment de ces modifications , il en est d’autres qui , pour être nibins importantes , n’en doivent pas moins être mentionnées , parce qu’on peut les observer quelquefois : i° les mouvemens du fœtus se font sentir en même temps dans plusieurs régions de l’abdomen ; 2" dès les premiers mois de la grossesse, la matrice offre un volume considérable j 3“ au lieu d’être élevé en pointe, l’abdomen est aplati et divisé longitudinalement en deux tumeurs séparées par un sillon quelquefois oblique ; 4” gonflement et Irndématie des membres abdominaux ont déjà lieu vers le troisième ou le quatrième mois. *
Be la grossesse utérine compliquée.
Indépendamment d’un ou dè plusieurs fœtus, l’utértts peut contenir des gaz, des bydatides , des polypes sarcomateux, etc. Des faits nombreux viennent à l’appui de cette proposition ; nous nous bornerons à citer le suivant. Un chirurgien appelé chez une femme qui est sur le point d’accoucher, croit que le placenta est décollé et qu’il franchit le vagin; il fait rentrer ce prétendu placenta ; M. Dubois ne tarde pas à recon-* naître uu énorme polype qui sortit pendant l’accou^ chement , et se plaça à la partie antérieure de la vulve 5
(sô3)
le travail fùl terminé heureusement, et rextifpation du polype fut faite aussitôt après le rétablissement de^ la femme, (heçons pralés du professeur Dubois.)
Dans le plus grand nombre des dirconstanGes il est impossible d’apprécier, pendant la grossesse , les coftipUeations dont nous parlons : aussi nous abstiendrons^ nous de rapporter les caractères vagues et incertains donnés par les auteurs qui ont traité eetle matière j nous nous bornerons à dire que le médedin chargé par le magistrat de prononcer sur l’exislende de la grossèsse, dans un cas, de ce genre, doit se conduire comme si la grossesse utérine était simplei {Voyez pagéiSpv)
De la grossesse extrà-utérine,
Ii’erabryon peut se développer hors de la cavité de l’utérus; son accroissement se fait alors tantôt dans les trompes de Fallope, plus rarement sur un point de l’abdomen, et plus rarement encore dans royaire(i). On a également plusieurs exemples de fœtus développés dans le tissu propre de la matrice ; ils ont été décrits par Scfimidt dans les Mémoires de l’Académie imp^iale
(i) La grossesse abdominale, admise par
tous les auteurs, ne semble pas parfaitement établie â M. Dubois : « Le désordre et les altérations de l’abdomen sont telles, dît ce professéur, que rouverturê des cadavres n’aiamaîs prouvé que lé fœtus se fût développé plutôt dans l’abdomen que dans la trompe ou dans l’ovaire. »
Joséphine de Vienne; par Hederich, dans le Muséum de Dresde; par Albers de Brême; et plus récemment par par MM. Bellemain , Dance , Moulin , Ménière et Breschet. Ce dernier chirurgien a trouvé un fœtus d’environ trois mois dans la portion du tiSsu de Tutérus qui avoisine la trompe gauche; celle-ci était oblitérée dans toute son étendue, et le foetus n’avait aucune communication avec elle^ ni avec la cavité de la matrice.
Nous ne rechercherons point si la grossesse extrautérine reconnaît pour cause un vice de conformation ou un état morbide des ovaires ou des trompes, une trop grande densité des membranes des ovaires , un défaut de rapport entre la trompe et l’ovaire, l’adhérence de ces organes, l’oblitération des trompes , etc.; nous passerons également sous silence tout ce qui concerne les annexes du fœtus extra-utérin , c’est-à-dire le cordon ombilical, le placenta, l’eau dans laquelle il nage, le sac membraneux qui le contient, et le kyste qui constitue sa dernière enveloppe et qui fait office de matrice : nous nous attacherons spécialement à faire connaître les signes de cette grossesse, parce qu’ils diffèrent sous plusieurs rapports de ceux qui ont été décrits à l’occasion de la grossesse utérine.
La difficulté du diagnostic est tellement grande ici, qu’il ne faut pas s’étonner que les auteurs aient donné comme signes de la grossesse extra-utérine une foule de caractères erronés ou insignifians, que nous nous contenterons d’énumérer : la femme continue fêtre réglée pendant la grossesse extra-utérine^ elle ne vomit pas dans les premiers mois^; il ré y a ni gonflement des mamelles ^ ni secrétion de lait ^ V abdomen ne se développe
que d'un seul cote; les mouvemens du fœtus sont plus forts que dans la grossesse utérine, et ils se font sentir sur d’ autres parties du 'ventre.
L’utérus, a-t-on dit, n’éprouvé d’autre changement, que soit l’époque de la grossesse extra-utérine , qu’une légère augmentation d’épaisseur dans son col. Ce caractère , s’il était vrai , serait précieux , puisqu’il suffirait de le constater pour affirmer, lorsqu’il y a grossesse, qu^elle est extra-utérine; mais il n’est pas exact. Déjà^lBertrandi, Sanctorius, Weincknecht, Foart Simmons, Hartmann , etc., avaient annoncé que dans la grôssesse des trompes la matrice avait un volume triple de celui qu’elle offre chez une femme qui n’est pas enceinte, lorsque M. Chaussier publia une observation de grossesse / tubaire , dans laquelle l’utérus, trois fois plus volumineux que dans l’état de vacuité , était un peu abaissé et porté à droite; son col était souple, allongé et tellement ouvert que l’on pouvait facilement y introduire le doigt et parcourir toute la cavité de la matrice, qui était tapissée d’une tunique semblable à la membrane caduque qui se forme pendant la grossesse utérine. (Bulletin de la Faculté de médecine, n" 6, année 1 8 14<)
'Voici ce que l’on peut établir de plus précis sur les signes des diverses espèces dè grossesse extra-utérine. Lorsque l’embryon se développe dans la trompe, la femme éprouve dans la partie profonde du bassin , et dès les premiers temps de la grossesse , un sentiment de gêne, de pesanteur toujours fixe dans le même endroit, qui parfois s’étend au rein du même côté. Dans la suite on observe une tumeur mobile, arrondie, qui.
du fond du bassin , et toujours du même côté , selèvè progressivement dans l’abdomen, et est accompagnée d’un sentiment de tension, de douleur plus bu moins vive. Par le toucher on trouve l’utérus déprinié, déjeté du côté opposé^ la tumeur, à laquelle il adhère cependant. A travers les parois du vagin et dé l’intestin rectum on peut reconnaître la saillie formée par la trompe plus ou moins distendùe. A unecertaine époquéj on sent dans cette tumeur, d’une maniéré positive, les 'mouveméns de l’énfant. (Châussier, Bulletin déjà cité.) L’aùséultation ne peut fournir aucun caractère certain^ parce quHl est rare que le fœtus qiii se développe dans la trompe vive plüs de trois mois, et que Jusqu’alors les battemèns- du cœur sont impercepliblés.
Il est probable que tout ce que nous venons de dire s’applique également au cas où l’embryon prend son âccroissement daiis IWÆÙ'e.
Si le fœtus sé développe dans Tabdomen , là tuinénï est, dit-on , située plus haut que dans les deux espèces précédentes, les douleurs a'bdominalés sont plus vives, la pesanteur plus incommode, les mouvemens du fœtus plus sensibles pour la mère; ces caractères sont trop vagues pour servir à établir le diagnostic. Lé seul fait important à noter est que, le fœtus pouvant s^ecroître etvivre pendant plus de neuf mois dans l’abdoinen ,. il est possible que fon entende, à l’aide d.ü stéthoscopeV les doubles pulsations dû cœur dans lin point du ventre où il n’est pas ordinaire de les remarquer.
Mais il s’ên faut de beaucoup que Ion parvienne à décider aisément à l’àide de ces différons signes, si l’àecroissèment de l’embryon sé fait dans la trompe ;
dans les ovaires ou dans l’abdomen, puisque dans le plus grand nombre des^cas on éprouve les plus grandes difificultés à constater seulement que la grossesse est extra-utérine ; et si nous âvons parlé de chacune de ces trois espèces j c’était dans l’intention de mieux faire connaître les phénomènes que présente la femme chez laquelle le fœtus se développe hors de l’utérus. Le médecin chargé de faire un rapport sur une grossesse de ce genre, en supposant même qu’il parvienne à soupçonner qu’elle est extra-utérine , n’attachèra aucune importance' à décider le siège qu’occupe le fœtus; il cherchera, seulement à établir par les moyens indiqués à l’occasion de la grossesse utérine , que la femme est ou n’est pas enceinte. La plus grande circonspection doit présider au jugement qu’il portera, la question étant souvent fort épineuse, : c’est ici, plus que dans aucune autre circonstance , qu’il devra attendre que le temps lui permette d’obtenir de nouvelles lumières (i).
(i) Il serait possible qu’en ouvrant le cadavre d'nne fille pubère et non déflorée, on découvrît un fœtus ou des par-^ lies d’un enfant qui se seraient développés sur un des points de la cavité abdominale. Dès que la pèrsonne n’a pas été , déflorée , il est évident qu’il y a monstruosité, c’est-à-dire que deux embryons ayant été conçus j l’un d’eux a été comme enféhné dans la substancede l’autrè. ( Fojèz monstruosités. ) Combien l’homme de l’art ne serait-il pas répréhensible si dans son rapport il faisait naître des soupçons sur la moralité de cetté personne ; en confondant la monstruosité dont nous parlons avec la grossesse extrautérine ! Le diagnostic en pareil cas repose sur l’état