QUINZIÈME LEÇON
Des moyens proposés par le D' Bernt pour déterminer si un foetus a vécu après V accouchement.
Avant de décrire le procédé qu’il croit supérieur aux autres , le Bernt établit l’insiiffisance de l’épreuve hydrostatique, en tant qu’elle a seulement pour objet de décider si le poumon est plus léger ou plus pesant que l’eau. Ne sait-on pas que les poumons d enfans qui ont respiré^ dit-il, vont au fond de Leau lorsque la respiration a été imparfaite , lorsque le poids spécifique de l’organe a été augmenté par une collection de mucus ,, de pus, par des tubercules squirrheux, et par l’inflammation ? D’une autre part 7^5 poumons d enfans qui n'ont pas vécu après l accouchement ne peuvent-ils pas nager sur l’eau si l’enfant a fait quelques inspirations au passage , si on a insufflé de l’air , ou s’il s’est développé quelques gaz à la surface ou dans le parenchyme du poumon , par suite d’une maladie ou de la putréfaction ? n rapporte ensuite trois observations de foetus , l’un
de six mois qui vécut deux heures ; l’autre de huit ou neuf mois qui ne périt qu’au bout de neuf heures ; et le troisième de six mois qui mourut peu de temps après la naissance. Les poumons de ces fœtus, mis dans l’eau, gagnaient le fond du vase, lors même qu’ils étaient coupés par fragmens, ils n’étaient point crépitans, mais en revanche ils avaient quitté la partie postérieure du thorax , au point queleurs bords antérieurs recouvraient le péricarde dans une grande étendue, et avaient refoulé en bas la convexité du diaphragme jusqu’à la quatrième ou la cinquième côte. Ils pesaient chez le premier enfant une once trois quarts , chez le second une once et demie, et chez le troisième uné once et un quart (i).
De ces faits l’auteur conclut, non-seulement que l’on se serait trompé en affirmant d’après la submersion des poumons dans l’eau que les fœtus n’avaient pas respiré, mais encore que l’établissement de la circulation pulmonaire peut déterniiner , lors même que la respiration est imparfaite, une augmentation dans le volume et dans le poids du poumon (2). Ces données le conduisent à la recherche des moyens propres à faire connaître
(1) Les poumons d’un enfant à terme qui n’a pas respiré ne pèsent en général qu’une once , d’après Bernt.
(a) En effet, pour ce qui concerne le poids, puisque les poumons ne pèsent qu’une once chez les enfans à terme qui n’ont pas respiré , il est évident que dans les trois observations dont il s’agit, et qui ont pour oh]eX des fœtus beaucoup plus jeunes, le poids aurait du être au-dessous d’une once, si par suite de la respiration, une plus grande quantité de sang ne fût arrivée au poumon.
s’il y a eu ou non augmentation dans le volume et dans le poids absolu des poumons. Voici la description de l instrument qu’il conseille d’employer pour apprécier le volume : On prend un vase de verre épais , cylindrique, de trois pouces de diamètre , ayant onze pouces un quart de hauteur , dont le piédestal a trois pieds , est garni d’une vis , à l’aide de laquelle on peut élever ou baisser le vase et le mettre de niveau {Voy. fîg. i^®). On introduit dans ce vase deux livres d’eau distillée; la hauteur de ce liquide est parfaitement tracée tout autour du vase , à l’aide d’une marque solidement empreinte. Comme les poumons plongés dans ce liquide en feront varier la hauteur suivant qu’ils appartiendront : à
des fœtus de sept , huit ou]neuf mois ; 2® à des garçons ou à des filles ; 3° à des enfans enfin qui n’ont pas encore respiré, qui n’ont respiré qu imparfaitement , ou dont la respiration a été parfaite; on tracera sur la ligne circulaire, qui indique la hauteur de l’eau, quatre lignes verticales pour former trois colonnes, portlintpour rubrique les chiffres romains VII , VIII et IX , destinés à indiquer l’âge des fœtus. Au - dessous de chacun de ces chiffres , chaque colonne sera divisée en deux parties,^ et 77^, que l’on marquera toujours de gauche à droite , pour désigner les sexes féminin et masculin. Le vase étant ainsi disposé , on plongera dans l’eau successivement les poumons et le cœur de six fœtus , trois de chaque sexe^ âgés de sept, de huit et de neuf mois, que l’on saura positivement ne pas avoir respiré ; on marquera chaque fois la hauteur de l’eau, dans les trois colonnes verticales, au moyen de traits tirés en travers et à gauche de l’échelle ; on tracera la lettre JM au-dessus
de la surface de l’eau, pour indiquer que cette hauteur dans chaque colonne est destinée aux poumons d’enfans qui nont pas respiré. Il est inutile de dire qu’on devra lier chaque fois les vaisseaux des poumons.
On plongera ensuite dans le vase les poumons de six fcétus, dont trois mâles et trois femelles , âgés de sept , huit et neuf mois , qui auront vécu pendant quelque temps, et chez lésquels la respiration aura été imparfaite. Ces poumons seront unis au cœur, et les vaisseaux auront été préalablement liés. On marquera par des lignes transversales, dans les trois colonnes, la hauteur du liquidé qli*iîs ont déplacé, ét à côté de cés lignes on mettra la lettre I pour indiquer que la respiration a été imparfaite. Enfin on agira de mêmè pour les poumons dé six-fœtué , dont trois mâles et trois femelles , âgés de sept , huit et neuf mois révolus , ayant respiré complètement. Ici les lignes transversales, qui indiqueront la hauteur de l’eau , seront accompagnées d’un P pour exprimer que la respiration a été parfaite.
H n’est pas indifférent pour le succès de l’expérience de plonger: dans l’eau les poumons seuls ou avec le cœur; en effet, si on séparait ce dernier organe, les poumons déplaceraient un volume de liquide beaucoup moindre, etl’ascension de l’eau serait moins sensible qu’avec le cœur; d’ailleurs, et ce point est de la plus grande importance , la séparation du cœur entraînerait une diminution dans le poids absolu des poumons , toutes les fois qu’une portion de sang aurait déjà pu parvenir des veines pulmonaires dans le ventricule gauche du cœur : or , il est aisé de sentir que s’il en était ainsi , on n’apprécierait pas exactement l’augmentation du
poids du poumon produite par l’établissement de la circulation pulmonaire.
On remarque encore sur le vase, que nous venons de décrire , une échelle de deux pouces subdivisés en lignes , qui part de bas en haut , du niveau de la nappe d’eau et qui sert probablement à indiquer géométriquement les changemens. qu’éprouve la hauteur du liquide.
ü n vase de cette nature , s’il est parfaitement calibré , pourra servir dî étalon ; il faudra seulement prendre la précaution indispensable, soit en le construisant, soit en l’employant aux expériences auxquelles il est destiné, de remplacer l’eau qui a été évaporée ou perdpe entre deux expériences ; on conçoit en effet que ce liquide doit atteindre, au comrnencement de chaque expérience, la ligne circulaire inférieure dont nous avons parlé.
Conclusions a tirer des résultats obtenus a laide de cet instrument. Lorsqu’on plonge dans l’eaû de ce vase les poumons et le cœur de fœtus de tout âge et de tout sexe qui n’ont pas respiré , et dont par conséquent le poumon n’a pas encore subi d’augmentation de poids ni de volume, soit que pes oi’ganes se précipitent lentement ou rapidement au fond du vase , soit qu'ils restent à la surface, parce que les poumons ont été in- . sufflés, pouris, etc. ils déplaceront la plus petite quantité d’eau possible , et feront, remonter le liquide , suivant l’âge elle sexe, dans un des trois .intervalles, marqué par les premières lignes transversales , c dans un des intervalles les plus inférieurs.
Si les poumons et le cœur appartiennent à des enfans
de tout âge et de tout se^e^ayant respiré imparfaitement et dont le poids et le volume sont augmentés d’une manière sensible , soit que ces organes se précipitent au fond de l’eau par suite d’une collection d’humeurs , de pus , de tubercules graisseux , dans les poumons , soit qu’ils surnagent tant à raison de l’air inspiré que de celui qui a pu être insufflé, ou qui s’est développé par la putréfaction, ils déplaceront une plus grande quantité d’eau que dans le cas précédent, et feront monter le liquide dans un des intervalles formés par les deuxiemes lignes transversales. Enfin dans le cas où la respiration aura été parfaite^ comme le volume etc le poids des poumons ont subi la plus grande augmentation possible, il y aura beaucoup plus d’eau de déplacée, et ce liquide montera dans les colonnes verticales jusque dans un des trois intervalles les plus élevés.
Objection. On objectera peut - être , dit le D*" Bernt , qui indépendamment des différences de volume et de poids des poumons.^ tirées de l’âge et du sexe des fœtus, il en est d’autres dorit nous ne tenons aucun compte , et qu’ ainsi il peut se faire que lespoumons les plus volumineux et les plus pesans d un fœtus mort- né offrent un , 'volume et un poids plus considérables que ceux des poumons les moins 'volumineux et les moins pesans des fœtus du même âge qui ont xécu après la naissance. Cette objection est plutôt relative au poids et au volume du poumon comparé au poids- du corps , qu’au poids et au volume absolu des poumons ; en effet on observe trèsrarement des différences de cette nature entre les poumons des en fan s/tan dis qu’on en remarque fréquemment entre ces mêmes organes et le poids du corps qui peut
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être considérablement augmenté par la graisse, par la pléthore j ou diminué par le marasme, une hémorrhagie , etc. Que si d’ailleurs il était reconnu plus tard que, par suite d’une hémorrhagie ou de tout autre cause , le volume et le poids absolu des poumons présentaient des diffé:terices notables , oni.en tiendrait compte comme pour l’âge et le sexe , en accordant à ces causes une place dans l’échelle de l’instrument déjà décrit.
Ainsi, dit le Bernt en se résumant, si outre l’expérience que nous, venons d’indiquer , on a égard au poids du corps , des pouvions et du foie , appréciés à l’aide d’une balance, à l’étendue du thorax, à la hauteur du diaphragme , à l’état- du trou interoriculaire et du canal artériel oy. pag. 3,87) , au volume, à la couleur , à la densité, à la crépitation et au poids spécifique des poumons qui resteront à la surface, ou iront au fond de l’eau (sans attacher pourtant à la surnatatiôn et à la submersion plus de prix qu à l’auginentatioti de volume et de poids absolu) , on pourra affirmer si un enfant a vécu ou non après la naissance^ excepté 1° dans les cas où l’enfant, quoiqu’ayant exécuté des mouvemens volontaires après la naissance, n’a pas respiré objection quatrième pag. 38o); 2° lorsqu’il n’a fait que quelques inspirations dans l’utérus ou au passage, et qu’il est mort avant de naître objection 2® pag. 365.)
Le fait suivant , tiré de la dissertation inaugurale de Ivl. Eisenstein , soutenue en 1824, sous la présidence du Bernt, nous paraît propre à donner une idée exacte de la manière dont ce dernier auteur veut que l’on rédige les observations de ce genre : nous l’avons “ choisi comme exemple parmi vingt-cinq autres pour
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avoir l’occasion de faire en quelque sorte une' application à la pratique des préceptes qui viennent d’être exposés.
Observation. Un enfant^ à teime^ du sexe masculin mourut dix jours après la naissance. A l’éxamen du cadavre on nota les objets suivans :
État du corps. Le corps était bien conformé, rriaigre; les testiculesétaientdansle scrotum , l’ombilic était cicatrisé.Le poids de cet enfant était decinqlivres demi-once; sa longueur prise du vertex était de dix-neuf poucess
État du thorax. Largeur des épaules quatre pouces et demi. Dianûtre du thorax d’un hypochQndre à l’autre trois pouces six lignes ; du sternum à la colonne vertébrale deux pouces douze lignes. La voûte du diaphragme était déprimée jusqu’à la septième 'côte. Il y avait dans le thorax une très-petite quantité de sérum.
Etat des poumons. La couleur prédominante des poumons était d’un rouge clair semblable à du minium ; la face postérieure était d’un rouge plus foncé. On voyait à l’œil nu, àla surface de ces organes, des cellules réunies et distendues par de l’air : leur substance spongieuse criait sousle scalpel: leurs particules, pressées sous l’eau, donnaient lieu à un dégagement d’écume. Poids a:bsolu.luQS poumons unis au cœur pesaient trois onces deux gros et vingt-septgrainsjseulsilspesaientdeux onces, deux gros et quatre grains , et en les privant à l’aide d’une forte pression du sang qu’ils contenaient, leur poids était d’une once cinq gros et quarante-trois grains, en sorte qu’ils renfermaient quatre gros vingt-neuf grains de sang. Volume. Il était. tellement considérable que leurs bords couvraient en grande partie la surface antérieure
du péricarde et les lobes inférieurs , la convexité du diaphragme; l’extrémité du lobe supérieur du poumon gauche et celle du lobe moyen droit formaient une frange large et obtuse. Plongés dans l’eau avec le cœur , ils déplaçaient dans le vase hydrostatique, décrit à la p. 336 , six pouces cubes d’eau (la température de l’air étant à 14“ J et celle de l’eau à 12°). Seuls ils ne déplaçaient que quatre pouces du même liquide. Poids spécifique et respectij. Les poumons unis au cœur, séparés de lui, coupés par fragmens extrêmement petits, nageaient sur l’eau. Unis au cœur et mis dans l’eau , il fallait , pour les maintenir plongés , ajouter un poids de deux cent deux grains ; si dans cet état on cherchait à les mettre en équilibre dans une balance, on devait ajouter un poids de quinze grains , tandis que ce poids étfiit de vingt-cinq grains et demi lorsqu’on agissait sur les mêmes organes séparés du cœur ; en sorte que dans le premier cas ils étaient de cent quatre - vingt- sept grains respectivement plus légers que l’eau (187 -j- i5 == 202) , et dans le second de 176 | (176 i -f- 25 f =?= 202).
État des autres 'viscères. Le thymus était de grandeur naturelle. Le cœur , entouré d’une petite quantité de sérum, pesait une once vingt-trois grains, et contenait cinq gros un grain et demi de sang grumeleux ; il déplaçait dans le vase hydrostatique deux pouces cubes d’eau. Le trou interoriculaire était fermé en grande partie par une membrane transparente , excepté dans l’endroit correspondant à l’hiatus , situé vers le côté droit; cette portion ouverte était demi-circulaire, et admettait à peine le tuyau dune plume de corbeau. Le
tronc de l’artère pulmonaire, presque égalàl’aorte ascendante J avait un diamètre plus de trois fois plus grand que celui du canal artériel, dont la longueur était d’une ligne et la grosseur comme celle d’un tuyau d’une plume de corbeau; le rameau droit de l’artère pulmonaire formait avec le tronc un angle droit, et le gauche un angle obtus ; il avait un diamètre égal à celui du canal artériel.
Le foie était d’une grandeur naturelle, d’une couleur brune foncée ; il contenait une quantité notable de sang rouge foncé; il pesait huit onces un gros vingt - cinq grains et demi ; il était de cent neuf grains respectivement plus lourd que l’eau. Les vaisseaux ombilicaux et le canal veineux étaient rétrécis ; ce dernier ne pouvait donner entrée à la tête d’un stylet.
L’estomac renferm'ait du mucus jaunâtre. Le canal intestinal , en partie rétréci , en partie distendu par des gaz , ne contenait plus de méconium. La vessie , grosse comme une prune, renfermait de l’urine jaunâtre.
Il résulte de ces faits que l’enfant dont il s’agit a vécu plusieurs jours après l’accouchement, et qu’il a parfaitement respiré. (Dissertatio inauguralis medico foremis , exkihens ohservationes 2 5 altéras docimasiam pulmonum hydrostaticam illustrantes; par Eisenstein. Tienne, 1824.)
Les tableaux suivans sont propres à faire connaître les résultats obtenus par MM. Eisenstein et Zébisch , sous les yeux du Bernt; nous n’avons extrait de leurs dissertations inaugurales que ce qui se rapporte aux nouveaux moyens proposés par le professeur de Vienne, pour déterminer si un fœtus a vécu après l’accouchement , savoir à l’augmentation de poids et de volume des poumons des enfans qui ont respiré.