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DIX-HUITIÈME LEÇON

Infanticide par eommission.

Les causes violentes et criminelles qui peuvent déterminer la mort du nouveau-né sont fort nombreuses; les plus remarquables sont les plaies de tête , l’acupuncture , la détrorication , les vastes blessures , les fractures des membres ou leur section complète , la luxation des vertèbres cervicales , la torréfaction , l’aSpbyxie résultat de l’enfouissen^nt dans un coffre, de l’oblitéra-, tion des cavités nasales et buccales , ainsi que des voies aériennes, et de la submersion , l’empoisonnement par des gaz délétères, etc. Les manœuvres auxquelles on a plus particulièrement recours pour arracher la vie à un enfant naissant sont, Técrasement de la tête entre les cuisses avant que l’accouchement ne soit terminé , l’introduction d’une aiguille très - déliée à travers les fontanelles ou les sutures ; la torsion du col après la sortie de la tête , la détroncation , l’étranglement avec les mains ou avec un cordon , etc. L’examen détaillé de chacune de ces causes doit être renvoyé aux blessures , à Y asphyxie et à V empoisonnement par les gaz ; nous ne devons faire mention ici que des objéts qui se rapportent plus particulièrement à l'infanticide.

Blessures. On cherchera à déterminer si elles ont été faites avant ou après la mort du nouveau-né ; s’il y a

des ecchymoses, on jugera, d’après leur couleur, si elles ont été produites peu de temps ou long - temps avant la mort, et on évitera de confondre avec ces lésions, les lividités cadavériques, et les vergetures (i). (Y oyez Blessures et Mott.) Les ecchymoses et les plaies de tête , avec ou sans fracture des os du crâne, pouvant être le résultat de manœuvres criminelles , de l’application du forceps ou d’autres instrumens employés pour terminer l’accouchement, de la longueur du travail , de la chute rapide sur le sol, etc. , on ne se hâtera point de prononcer sur la cause qui les a produites, et on n’oubliera point que la présence des tumeurs à la tête indique en général que l’enfant était sorti vivant de l’utérus , et qu’il est souvent possible de distinguer si ces tumeurs sont le résultat de la longueur du travail ou d’une violence extérieure. [Voyez pag. 425.) Une vaste plaie contuse, compliquée de fracture des os et d’épanchement de sang dans le ci’âne , sera presque toujours l’indice d’une manœuvre criminelle.

Lorsqu’on cherchera à reconnaître si la mort est le résultat de V acupuncture, on examinera attentivement, i“ si l’aiguille n’a pas été enfoncée dans le cerveau par les narines , les oreilles , les tempes , les fontanelles, les sutures, ou dans la moelle épinière par l’espace qui sé-

(i) Il n’est pas indifférent de se rappeler en pareil cas que des ecchymoses peuvent exister en assez grand nombre chez des enfans atteints de congestion pulmonaire sans inflammation ( voyez ce qui a été dit à cet égard à la page 378 de ce volume ).

pare les vertèbres cervicales, ou dans le cœur par la région thoracique gauche, au-dessous du sein, ou dans les viscères abdominaux par le rectum et le bassin ; % si la partie piquée présente ou non des ecchymoses, on ne saurait prendre trop de précautions ; on rasera les poils , on sondera attentivement les ouvertures, et si on n’apercevait à l’extérieur aucune trace de piqûre, on ouvrirait le cadavre pouf s’assurer qu’un ou plusieurs organes ont été blessés ; et , en supposant que l’on découvrît une lésion de ce genre, on en suivrait les traces du dedans au dehors jusqu’à ce que l’on fût parvenu au point extérieur par lequel l’instrument a été introduit.

La section complète d’un ou de plusieurs membres , la détroncation , la luxation des vertèbres cervicales ou d’autres os , les fractures^ etc., sont autant de moyens que l’on a employés pour arracher la vie à des nouveau-nés. La section complète d’un membre, opérée sur un enfant vivant , prouve évidemment qu’il y a eu infanticide : il s’agira donc de constater si la blessure a été faite avant ou après la mort. La détroncation et la luxation des xertéhres cervicales peuvent aussi bien être l’effet de tiraillemens violens exercés par l’accoucheur , que de manœuvres criminelles ; il faudra donc avant de porter un jugement chercher à connaître quelle a été la nature de l’accouchement. Buttner rapporte qu’une femme furieuse, voulant tordre le cou à son enfant, sépara, en se livrant à cet acte de violence, la tête du troiic. Les luxations des autres os , lors même que l’on serait convaincu quelles ont eu lieu du vivant

de l’enfant, ne prouvent point qu’il y ait eu violence extérieure , puisqu’elles peuvent survenir chez les fœtus encore renfermés dans le sein de leur mère : n’a-t-on pas vu des ènfans naissans qui avaient les deux cuisses, les deux genoux, les deux pieds et les trois doigts de la main gauche luxés ? M. Chaussier rapporte qu’il y avait une luxation complète âe l’avant-bras gauche chez un enfânt vivant qui venait de naître: l’accouchement avait été facile J mais là mère avait ressenti , vers le commencement du neuvième mois de la grossesse des mouvemens très-brusques et très-violens. Toutefois, comme ces luxations, dites spontanées, sont assez rares, on devra être porté à présumer que le nouveau-né a été l’objet de quelque violence , si on découvre une altération de ce genre , et que l’on soit convaincu quelle n’est pas l’effet des efforts exercés sur les membres pendant le travail. Gomme les luxations, les fractures sont quelquefois spontanées , M, Chaussier en a pu compter cent treize sur le squelette d’une petite fille qui avait vécu vingt-quatre heures; laecouchement avait été facile ; plusieurs de ces fractures étaient récentes , les autres commençaient à se consolider , et les autres étaient complètement réunies. Des faits analogues avaient déjà été consignés dans les Annales de la Médecine : on sait d’une autre part que les fractures des os longs peuvent être la suite des tiraillemens exercés par l’accoucheur ; enfin , nous avons déjà dit que les contractions utérines seules pouvaient déterminer la fracture des pariétaux, etc. , lorsque le travail était long, {Voyez pag. 42 ï*) Ce serait donc à tort que l’on conclurait qu’il y a eu infanticide, d’après l’existence seule

de ces sortes de le'sions ; il faudrait avant s’assurer que la fracture n’est le résultat d’aucune des causes dont il vient d’être fait mention.

Nous pouvons en dire autant de certaines contusions graves que l’on remarque chez le nouveau-né, de la déchirure du tissu de ses organes, et principalement du foie, de certains épanchemens de sang, d’ecchymoses, de hernies, etc., qui peuvent être le résultat d’un coup porté avec violence sur les parois de l’abdomen de la femme enceinte sans qu’il y ait aucune lésion appréciable de ces parois ni de l’utérus.

On n’ignore pas que l’emploi des^doigts, des lacs, des crochets mousses, etc., a été quelquefois suivi de contusions aux poignets, aux malléoles, aux aines, aux aisselles, etc.; il serait par conséquent absurde de regarder de pareilles traces comme étant constamment le résultat de manœuvres criminelles; mais ce qu’il importe surtout de savoir, c’est qu’une femme qui accouche seule , ■çe.Vit iïinocemment meurtrir le nouveau- ^ né avec ses mains, et il faut alors, de la part du médecin, une grande sagacité pour rapporter à leur véritable cause les blessures qu’il a constatées : souvent même il est obligé d’avoir recours à une foule de considérations qu’il serait impossible de détailler ici , tant elles sont variées. Le fait suivant , célèbre dans les fastes de l’art, est relatif à un cas de ce genre.

« Marguerite Granger, accusée d’infanticide , avait déclaré quelle était tombée, neuf jours avant ses couches, n’étant pas tout-à-fait à terme, et qu’elle était accouchée seule dans son Ht , une heure après s’y être mise, et quatre heures après la première douleur. Elle

prétendit qu’elle n’avait pas entendu crier son enfant au moment de la naissance, qu’elle ignorait comment elle avait rompu le cordon ombilical , quels efforts elle avait pu faire sur l’enfant, en l’arrachant elle-même de son sein. C’était sa première couche. On la vit les mains teintes de sang après l’accouchement, et la délivrance eut lieu quatre heures plus tard. Elle déclara quelle n’avait pas été bien sûre de sa grossesse, et que son chirurgien avait partagé son opinion. Nulle trace de sang n’avait été reconnue par le juge de paix dans aucun endroit, ni sur aucuns des meubles du cabinet où cette fille couchait, et d’où elle n’était pas sortie. Le rapport des médecins portait, « que le corps de » l’enfant était sain et sans corruption; qu’il leur pa- » raissait être venu à terme, que le cordon n’avait été » ni lié ni coupé, mais déchiré à un pouce et demi du » ventre; qu’il existait une ecchymose répandue tant » sur la tête qu’au cou et à la poitrine, principalement » du côté gauche; qu’ils avaient observé vingt-quatre » a vingt-cinq blessures ou meurtrissures , longues la » plupart de quelques lignes, les plus longues n’excé- » dant pas dix-huit lignes, dont quelques-unes affec- » taient une. forme circulaire; les autres étaient droites » n’ayant pas toutes plus d’une ligne de largeur, situées » sur les différentes parties de la face, excepté six, ré- »pandues au col et à la partie supérieui’e de la poi-, » trine : ce qui leur avait fait présumer que la tête de » cet enfant avait pu être 'lancée contre quelque corps » étranger et dur^ dont les impressions étaient inégales; » qu’ayant examiné la bouche, ils avaient vu la mâ- » choire inférieure divisée en deux, et fracturée à sa

» symphyse, laquelle séparation avait pu provenir des » efforts faits pour empêcher t enfant de crier, ou pour » ïétouffer; qu’ils avaient aperçu au-dessus de l’oreille » gauche une dépression ou enfoncement qui n’exis- » tait point au côté droit, et n’était pas ordinaire ; qu’ils » s’étaient déterminés à ouvrir la tête, et avaient re- » connu le pariétal gauche enfoncé dans sa partie in- «férieure; qu’à l’ouverture du crâne, il s’était écoulé » beaucoup de sang liquide, ce qui n’aurait pas eu lieu » si l’enfant fût mort avant que de naître, et s’il n’avait » pas été contüs, parce qu’on avait trouvé beaucoup » de sang extravasé à la base du crâne; que pour s’as- » surer davantage si l’enfant était vivant en venant au «monde, ils avaient ouvert la poitrine, à l’inspection » de laquelle ils s’étaient convaincus que le potimon » avait été dilaté et gonflé par l’air extéfieiir : 'ce qui » prouvait qu’il était né vivant en sortant de la matrice. » En conséquence, les médecins prononcèrent qu’il y avait eu infanticide, et la femme fut condamnée à mort par le tribunal criminel du département de l’Yonne.

» MM. Bourdois, Baudelocque, six médecins et trois chirurgiens de Troyes, ainsi que M. Fodéré, furent consultés en même temps : leurs rapports* offrant les mêmés conclusions, nnus nous bornerons à faire connaître celui de M. Fodéré, qui chercha d’abord à établir que les vingt-quatre ou vingt-cinq lésions peu étendues auxquelles les experts donnaient indifféremment et mal à propos le nom de blessures ou de meurtrissures , n’avaient rien de commun avec un choc, et quelles annonçaient plutôt la manière dont la fille s’était délivrée Içs armes dont elle avait fait usage pour cela;

que la division de la symphyse de la mâchoire inférieure attestait seulement les efforts que l’accusée avait du faire, au milieu des plus violentes douleurs, pour se délivrer par tous les moyens possibles d’un premier enfant ; que l’enfoncement du pariétal et la dépression observée au-dessus de l’oreille étaient un effet assez ordinaire de l’accouchement ; que le sang fluide épanché à la base du crâne se rencontrait chez toüs les enfans dont la tête était restée Ion g- temps au passage, et qui avaient péri dans cette pénible fonction j que, d’ailleurs, les ventricules cérébraux des nouveau-nés contenaient ordinairement beaucoup de sérosité rougeâtre, et le cerveau beaucoup de sang; qù’ainsî il était absurde d’en inférer que l’enfant était né vivant ; que le défaut des épreuves respiratoires empêchait d’établir cette dernière conséquence, laquelle était, d’ailleurs, écartée par l’état du cordon ombilical, rompu très-près du ventre, qui aurait sans doute donné lieu à une hémorrhagie dont on aurait observé les traces si l’enfant était né vivant; mais que précisément parce qu’il n’avait pas donné une seule goutte de sang, c’était une preuve que l’enfant était mort en naissant , s’il ne l’était pas déjà avant que de naître. La femme fut acquittée. » ( Capuron, Médecine légale, p. 35o.)

La lecture du mémoire consultatif de M. Fodéré fait naître de nombreuses réflexions. On voit d’abord combien le premier rapport des médecins est incomplet, mal rédigé et loin d’autoriser les conclusions qui le terminent: aussi devait-on parvenir facilément à en faire sentir toute la nullité. Les moyens employés par le professeur de Strasbourg pour rendre la liberté à l’acctisée

sont en général basés sur des faits dont on ne saurait contester l’importance et la vérité; il en est cependant quelques-uns dont la valeur peut être discutée, et il nous paraît d’autant plus essentiel de le faire, que la réputation dont jouit l’auteur qui les a mis en avant pourrait porter les médecins qui seraient appelés, dans des cas analogues , à prendre pour modèle le mémoire qu’il a rédigé. Après avoir établi que les vingt-quatre ou vingt-cinq blessures n’avaient rien de commun avec un cboc, M, Fodéré ajoute annoncent plutôt la

manière dont la fille s était délivrée^ et les armes dont elle avait fait usage pour cela; ces armes étaient sans doute les mains et les ongles ; et dès lors n’était-il pas nécessaire d’examiner si les coups d’ongle avaient été donnés dans un dessein criminel? Nous avons été chargés, il y a deux ans , de déterminer la nature de dix ou douze blessures semblables que présentait le bras gauche d’un fœtus de huit mois ;■ nous reconnûmes qu’elles avaient été faites par des ongles, et le magistrat ne tardapas à se convaincre que les coups avaient'été portés par la mère, après la naissance de l’enfant. M. Fodéré ajoute que si V enfant était né vivant^ il aurait perdu beaucoup de sang par le cordon ombilical,^ qui avait été rompu trèsprès du uentre , et que précisément parce qiiil n^ avait pas donné une seule goutte de sang, V enfant était mort en naissant ou peu avant de naître. Mais il est dit expressément dans le rapport des premiers médecins que le cordon ombilical rC avait été ni lié , ni coupé, mais déchiré à un pouce et demi du ventre : or la déchirure du cordon peut nôtre pas suivie d’un écoulement sanguin considérable, si l’extrémité déchirée présente des

traces d’eccliymose et de coagulation. Et comment M. Fodéré a-t-il pu assurer que le cordon n’avait pas donné une seule goutte de sang? est-ce parce que le juge de paix n’en avait reconnu aucune trace sur les meubles du cabinet? Cette preuve est loin d’êlre concluante, parce qu’on aurait pü laver les taches formées par le sang qui se serait écoulé. Mais admettons qu’il en fût ainsi , serait-il permis d’affirmer qu’un enfant serait mort-né, parce que la portion rompue du cordon ombilical n’aurait point fourni une seule goutte de sang, lorsqu’on sait que dans beaucoup de cas où le cordon n’est coupé qu’après que la respiration a été parfaitement établie, il n’y a aucun écoulement ùe sang par l’extrémité coupée du cordon ?

La torréfaction est encore un des moyens que la scélératesse pourrait mettre en usage pour détruire le nouveau-né; les ravages oceasionés par le feu pepvent être tels que le corps soit entièrement consumé; s’il n’en est pas ainsi, on cherchera à découvrir s’il y a des phlictènes, altération qui dénote manifestement que l’enfant était vivant lorsqu’il a été brûlé; il peut se faire aussi qu’une assez grande partie des poumons ait échappé à l’action du feu pour que l’on puisse constater qu’ils sont plus légers que l’eau, et présumer par là qu’il y avait eu respiration. Du reste, il est évident que dans des cas semblables tous les efforts de l’homme de l’art ne peuvent servir qu’à établir si le nouveau-né a été brûlé avant ou après la mort; c’est au magistrat à chercher ailleurs que dans les sciences médicales s’il y a eu meurtre, et quel a en été l’auteur.

Asphyxie. H est des cas àé asphyxie suivie de mort, où

il est impossible de méconnaître que le nouveau-né a été victime d’une tentative criminelle, c’est lorsqu’il a été trouvé enfoui dans un coffre, noyé dans une liqueur quelconque, ou lorsque la bouche et les narines ont été bouchées par du foin , de la paille, de la boue, etc.

( Voy. Asphyxie par submersion.) La cause de la mort est plus difficile à découvrir si l’enfant sur lequel on n’a aucune espèce de renseignement a été suffoqué sous des couvertures ou des matelas, par la compression de la trachée-artère avec les doigts , avec un lac , ou par l’application de l’épiglotte sur la glotte. Il faut alors examiner attentivement si l’enfant' a vécu , si le frein de la langue n’est pas déchiré, si la langue n’a pas été repoussée, renversée sur l’épiglotte , s’il n’y a point des signes manifestes de congestion cérébrale, si les tégu-mens du col n’offrent point d’excoriation , de taches brunes , etc. ( F oy. Asphyxie ) (i). La forme et la situation de ces taches devront surtout être notées avec le plus grand soin; sont-elles circulaires, obliques, ou ressemblent-elles à des empreintes digitales? sont-elles situées à la partie inférieure, moyenne, ou supérieure du corps ? sont-elles larges ou étroites (2) ?

(1) On n’oubliera pas que nous avons admis, en parlant de la congestion pulmonaire sans Inflammation ^ que l’enfant peut périr asphyxié par le seul fait de cette congestion (^voyez pag. 3^8 de cevol. ).

(2) Nous nous servons du mot tache et non de celui à'ecchymose parce qU’en effet l’étranglement déterminé par la main , par un lacet ou par une corde, s’il produit une lésion locale appréciable , cette lésion consiste bien

Mais faudrà*t-il conclure de la setile présence de ces taches que Fenfant a été assassiné , et ne peuvent-elles pas être le résultat de la compression exercée sur le col du nouveau-né par l’orifice de l’utérus ou du vagin, ou par le cordon ombilical? Nous n’hésitons pas à affirmer que si la strieture de l’orifice utérin et l’entortillement du cordon ombilical déterminent des taches semblables au col, ce phénomène ne peut plus rare.

MM. Evrat, Désorrneaux, Moreau, Paul Dubois, Velpeau et Billard ne Font jamais remarqué, quoiqu’ils aient fréquemment reçu des enfans dont le cordon ombilical était entortillé autour du col. Voici comment s’exprime à ce sujet le D' Klein. « Je n’ai jamais observé des ecchymoses ni des sugillations produites -par le col utérin et par le cordon ombilical, quoique j’aie reçu un assez grand nombre d'enfans dont le cou était fortement étranglé par un ou deux tours du cordon ombilical, et qui succombèrent par l’effet de cette strangulation^ ou du moins vinrent au monde avec la face livide et tous les signes d’une mort imminente. Il s’est également présenté dans ma pratique un bon nombre de structures de l’orifice utérin, qui pendant la version paralysèrent presque mon bras, et rendirent ensuite très-pénible l’application du forceps , parce que le cou de l’enfant était étranglé par cet orifice; d’autres fois j’ai

plus souvent en une tache brune de la peau sans qu’il y ait du sang épanché dans le tissu cellulaii’e sous-cutané, qu’en une ecchymose ou épanchement de sang dans ce même tissu [Asphyxie par suspension).

vu ces structures autour du cou avoir lieu, la tête s’étant dès le commencement du travail présentée la première , et jamais je n’ai remarqué sur le foetus, soit une impression quelconque, soit une simple sugillation.il serait bien important, sous le rapport médico-légal, de recueillir toutes les observations qui tendraient à prouver la réalité des prétendues traces que laissent sur le fœtus ces étranglemens , ces strictures, qui appartiennent au travail de l’enfantement. Quant à moi je me trouve porté à en douter, par la raison que j’ai pratiqué un grand nombre de versions très-pénibles pendant lesquelles l’enfant avait évidemment manifesté son état de vie par des mouvemens, et cependant il m’est arrivé très-souvent de ne trouver sur aucune partie de l’enfant mort ou en vie des traces de sugillation, pas mêine aux endroits ou les lacs avaient été appliqués. . Combien d’accouchemens n’ai-je pas terminés par le forceps, sans avoir reconnu la moindre ecchymose sur la tête de l’enfant ! Enfin j’ai observé quinze suicides par suspension où la corde n’avait produit aucune ecchymose, même superficielle, et l’on voudrait prétendre que le col de l’utérus et même le vagin suffisent pour produire un semblable fésultat! » (Journal d’Hufeland, novembre i8i5.)

Admettons toutefois, pour ne pas être taxés d’imprévoyance, que dans certains cas la structure de l’orifice utérin et l’entortillement du cordon développent sur le col des taches brunes semblables à celles qui peuvent être produites par la main, un lacet, une corde, etc. Est -il possible de parvenir à déterminer la cause qui les a fait naître?

D’après Ploucquet, l’étranglement par l’orifice de l’utérus ou du vagin et parle cordon ombilical, accompagné de l’excoriation de l’épiderme et l’ecchymose qui en résulte, est uniforme sur tous les points , tandis que si l’on a fait usage d’un lacet, d’un cordon , l’épiderme est excorié , et l’ecchymose est inégale dans sa forme et sa profondeur. Plusieurs auteurs , mais surtout Rose et MM. Marc et Capuron, se sont élevés contre l’assertion de Ploucquet; il n’est pas prouvé, disentils, que dans l’étranglement qui a eu lieu pendant le travail, la peau ne puisse jamais être excoriée et l’ecchymose inégale; en effet, il suffit pour produire ce dernier effet que la main de l’enfant soit placée à côté du col lorsque celui-ci est serré par l’orifice de l’utérus : d’une autre part , il est possible d’admettre que , dans le cas de violence extérieure, lorsqu’on apporte toute l’attention convenable, la compression par un lacet très uni soit aussi uniforme et aussi égale que celle qu’exercent le col de l’utérus ou le cordon ombilical. Les caractères indiqués par Ploucquet sont évidemment insuffisans pour résoudre la question, et nous avouerons sans peine que sa solution nous paraît impossible dans l’état actuel de la science. Asphyxie par suspension , tome II®. )

Quoi qu’il en soit , nous observerons en terminant tout ce qui se rapporte à l’asphyxie considérée comme cause violente de la mort du nouveau-né, i° que la présence d’une tache circulaire autour du cou avec épanchement de sang dans le tissu Cellulaire sous-cutané correspondant à la tache, annonce qu’il y a eu strangulation pendant la vie; 2° que s’il est impossible de nier

que ces effets puissent être le résultat de la stricture de l’orifice deTutérus ou de l’entortillement du cordon ombilical autour du cou , du moins est-il certain qu’aucun fait bien avéré ne démontre qu’il en soit ainsi, et que dès lors il est tout naturel de les attribuer à une violence exercée par une main criminelle; 3° que la coïncidence des signes d’étranglement dont nous parlons et de ceux qui annoncent que la respiration s’est effectuée après la naissance d'ime manière complète^ doit nous porter d’autant plus à conclure que l’enfant a été victime d’une tentative criminelle, qu’il n’a pas pu se suicider et qu’il est impossible d’admettre que dans un cas de stricture de l’orifice de l’uterus ou d’entortillement du cordon ombilical autour du col, capable de produire un pareil épanchement de sang, l’enfant soit né vivant ou du moins qu’il ait respiré complètement (i); 4° la présence de taches brunes à la peau du col , sans épan-

(i) On objectera peut-être que dans un cas de vagissement utérin et d’entortillement du cordon ombilical autour du col , l’enfant qui serait mort pendant le travail présenterait au col les marques de sévice produites par le cordon , et cependant ses poumons surnageraient. Mais nous ferons observer que lors même que l’on admettrait la réalité des vagissemens utérins (voyez pag. SGy), la respiration ne pourrait avoir lieu que très-incomplètement à raison de la constriction opérée par le cordon, constriction que les auteurs de l’objection supposent nécessairement très-^ forte , puisqu’ils la regardent comme pouvant donner lieu à un épanchement de sæig dans le tissu cellulaire du Gol.

chement de sang dans le tissu cellulaire sous-cutané correspondant, ne suffit pas pour établir que la strangulation a eu lieu pendant la vie. ( Voy. Asphyxie par suspension.) 5° que l’absence de ces taches, de l’ecchymose soùs-cutanée, ou de ces deux signes à la fois, ne prouve pas, à la rigueur, que l’étranglement n’ait pas eu lieu avant la. mort.

Si, comme il est arrivé quelquefois, le nouveau-né avait été exposé à l’action du gaz acide sulfureux ( soufre qui brûle ), il faudrait examiner attentivement la couleur et l’odeur de la bouche et des voies aériennes, s’il y a ou non des traces d’inflammation , etc. Il a été remarqué par Hallé que le cœur des animaux empoisonnés par ce gaz est petit, contracté, dur et d’un rouge vif ; toutefois ce caractère n’est pas assez tranché pour que l’on puisse en tirer grand parti en médecine légale.

La mort déterminée par le gaz des fosses d’aisance serait reconnue aux signes qui seront indiqués à la page 38o du tome III.

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