DIX-HUITIÈME LEÇON
Résumé sur V Infanticide.
L’importance du sujet que nous venons de traiter mérite que nous lui consacrions encore quelques lignes; une analyse rapide des objets qui doivent fixer l’attention du médecin dans une question de ce genre ne sera pas sans intérêt. Pénétrons-nous bien de cette vérité, que , dans la plupart des cas, le sort des accusés est entre nos mains; et quelle que soit l’horreur que nous inspire le crime d’infanticide, n’oublions pas que nous ne devons jamais conclure qu’il a été commis, qu’autant que nous en sommes convaincus. Sans doute que certains coupables échapperont au glaive de la justice, parce qu’il nous aura été impossible d’établir l’existence matérielle du crime; mais aussi serons-nous assurés de n’avoir jamais contribué à la condamnation d’un innocent.
i" Quand on est appelé pour faire un rapport sur le cadavre d’un nouveau-né, inconnu et abandonné dans un champ , une rue, une place publique, etc., on doit l’examiner avec autant d’attention que dans le cas où la mère serait connue ; en effet, il serait possible que le zèle des magistrats ne tardât pas à être couronné I, 3o
d’un plein succès, en découvrant qu’une femme est récemment accouchée , et que tout porte à croire que l’enfant délaissé lui appartient.
2° Après avoir noté tout ce qui est relatif aux objets qui entourent le cadavre, à sa situation, au lieu où il a été trouvé et aux autres circonstances qui seront indiquées avec soin à l’article Ouverture des cadavres ( F, mort), on examine attentivement la longueur, le poids de rénfant, la peau , le cordon ombilical , les cheveux , les ongles , les paupières et tout ce qui peut contribuer à déterminer son âge au moment de la naissance ( V. pag. 67 ) ; on tient compte des lésions extérieures, de l’état plus ou moins avancé de putréfaction , etc. ; si on néglige ces détails et que l’on procède de suite à l’ouverture du cadavre, on s’expose à ne plus pouvoir constater plus tard les caractères que la surface du corps présente , pour parvenir à résoudre plusieurs questions importantes.
3° On cherche à découvrir la cause de la mort. Le nouveau-né a pu périr avant de. sortir de Tutérus , ce que l’on reconnaît quelquefois à la simple inspection du foetus, tandis qu’on ne peut y parvenir dans certaines circonstances qu’en examinant avec la plus grande attention les signes fournis par la femme qui vient d’accoucher, l’état des divers organes du cadavre et de l’arrière-faix. On aurait tort de, croire qu’il suffit d’établir qu’il n’y a au sommet de la tête du fœtus ni tuméfaction ni ecchymose , ou que les poumons se précipitent au fond de l’eau, pour être certain que la mort a eu lieu dans l’utérus, puisque d’une part on a vu des altérations de ce genre sur la tête d’enfans morts dans la
matrice, tandis qu’elles manquent souvent chez d’autres qui ont vécu après la naissance, et que d’une autre part on sait que les poumons peuvent se précipiter au fond de l’eau, quand l’enfant est mort en naissant et même quand il a respiré après la naissance. Le nouveau-né a pu périr pendant V accouchenient, ce qui dépend de la difficulté et de la longueur du travail, de la compression du cordon ombilical, ou de son entortillement autour du col , de l’hémorrhagie qui suit le décollement du placenta, de la faiblesse du foetus, des manoeuvres que l’accoucheur a tentées pour délivrer la femme et qui ont exigé l’emploi du forceps , des crochets , des percecrânes, etc. ou de tentatives criminelles comme l’acupuricture, la torsion delà colonne vertébrale , la suffocation, etc. Des notions précises sur la nature , le mode et la durée de l’accouchement , pourront seules guider l’homme de l’art dans la solution d’un problème aussi épineux. Rappelons toutefois que l’enfant peut avoir respiré au passage, et par conséquent que la surnatatioh des poumons ou de leurs fragmens ne suffit point pour prouver qu’il n’est pas mort avant de naître. Le nouveauné à pu périr après la naissance : a parce qu’il était monstrueux, faible, atteint d’une maladie grave ; h parce qu’on à omis de lui donner les secours nécessaires, et qu’il a succombé à l’asphyxie, à l’inanition, à l’hémorrhagie ombilicale, ou à l’action d’un froid trop vif ou d’une chaleur trop intense. Il importe alors de rechercher si l’omission des soins a été volontaire , ou si la mère se trouvait dans l’impossibilité de les prodiguer , comme cela pourrait, arriver, si elle avait
ignoré sa grossesse et quelle eût été surprise par les douleurs de l’enfantement dans un lieu isolé; si elle était accouchée sans le savoir par une des causes indiquées à la page 253 ; c parce qu’on a exercé des actes de violence que l’on peut rapporter aux blessures , à V asphyxie et à V empoisonnement par le gaz; il est indispensable, dans ce cas, de constater les marques de sévices, et de ne point les confondre avec celles qui sont le résultat du travail de l’accouchement ou de toute autre cause naturelle et spontanée. Nous n’adopterons pas avec certains auteurs, qu’il faille pour établir l’infanticide après la naissance, prouver que l’enfant est né bien conformé^ a terme et exempt de maladies ( Capuron ) ; car il existe une foule de vices de conformation qui n’entraînent pas nécessairement la mort; d’une autre part, des enfans nés entre le septième et le neuvième mois de la grossesse, peuvent vivre et se développer parfaitement ; il eh est de même de plusieurs de ceux qui lors de la naissance sont atteints de quelque maladie : la femme qui vient d’accoucher et qui depuis long-temps a conçu le projet de détruire le nouveaü-né, est aussi coupable en portant sa main homicide sur un enfant de sept à huit mois , ou sur un autre qui est à terme et mal conformé ou atteint d’une maladie qu’elle est censée ne pas connaître, que sur un fœtus de neuf mois, bien conformé et jouissant en apparence de la meilleure santé. Nous admettrons volontiers qu’une mère peut être excusée Ravoir laissé périr son enfant , faute de soins ^ lorsque celui-ci n’était âgé que de cinq à six mois, ou même lorsqu’étant plus près du neuvième
mois, il était excessivement difforme ou très-faible,' ou atteint de quelques-uns des symptômes qui annoncent une mort prochaine.
Les observations faites sur les poumons, le cœur, le diaphragme , le thorax, etc. , dans le dessein de savoir si l’enfant a respiré pendant ou après la naissance, fournissent souvent des résultats propres à induire le médecin en erreur, si elles n’ont pas été recueillies avec la plus grande attention et appréciées à leur juste valeur. Quand même il serait rigoureusement prouvé que la respiration a eu lieu, il ne faudrait conclure que l’enfant a été tué, qu’autant qu’il serait établi qu’il a été victime de quelque omission ou de quelque manœuvré criminelle. ( V. pag. 436. )
4° On s’attache à déterminer depuis quand l’enfant est né. S’il a vécu, on examine d’abord quelle a pu être la durée de la vie extra-utérine , en ayant égard à l’état de la peau, du cordon ombilical, etc.; on cherche ensuite à reconnaître, d’après la rigidité ou la flaccidité des membres, la putréfaction plus ou moins avancée du corps, etc., depuis quand il est mort. Il est inutile de rappeler combien il importe pour juger l’époque de la mort, d’après l’état de décomposition putride, de connaître la température, et de savoir si l’enfant a été délaissé dans un coffre où l’air n’était point renouvelé , dans du sable, dans de l’eau limpide ou bourbeuse , dans du fumier ou dans une fosse d’aisance, la putréfaction ne marchant pas avec la même rapidité dans ces différens milieux et à toutes les températures. — Si l’enfant est mort-né, on parvient à déterminer à peu près l’époque de la naissance , par des moyens analo-
gués. Ces recherches sont utiles lorsqu’il s’agit de décider si le nouveau-né appartient à une femme que l’on sait être accouchée depuis peu de jours et que l’on soupçonne d’avoir commis le crime d’infanticide ; la nécessité d’explorer attentivement celte femme dans les premiers jours qui suivent l’accouchement, est trop manifeste pour que nous appellions de nouveau l’attention de l’homme de l’art sur ce point. ( V. pag. aS'o. )
KAPPORTS SUR l’iNFAKIICID E.
Premier rapport. Nous soussigné, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, habitant la ville de Paris , sur la réquisition du procureur du roi , qui nous a été signifiée par M. X., huissier , nous sommes transporté aujourd'hui 12 avril, à midi, avec M. F., élève en médecine, à la Morgue, pour visiter le cadavre d’un enfant du sexe masculin j que l’on nous a dit avoir été retiré tout nu d’une fosse d’aisance, et pour constater la cause de sa mort.
Le cadavre était froid et sali par l’eau de la fosse dont il offrait l’odeur; il n’était plus recouvert de cet enduit sébacé que l’on remarque chez les fœtus à terme nouveau-nés ; nous l’avons lavé et nettoyé avec soin. Sa longueur était de dix-huit pouces, il pesait six livres et demie; le thorax était bombé; le cordon ombilical était flétri, desséché, et prêt à tomber; son insertion répondait à peu près à la partie moyenne du corps ; les testicules étaient dans le scrotum ; les membres abdominaux étaient plus courts que les thoraciques; les uns et les autres étaient flexibles ; la peau de la partie interne des cuisses I des bras et des parties latérales du thorax et de
l’abdomen, offrait une teinte violacée, et l’épiderme correspondant à ces parties s’enlevait par une forte pression des pinces ; partout ailleurs la peau paraissait de couleur naturelle et adhérait à l’épiderme ; on ne voyait aucune trace d’ecchymose ni d’autres blessures à la surface du corps ; on s’assurait en palpant les membres , que les os qui en font partie n’étaient ni luxés ni fracturés; des incisions assez profondes pour mettre ces os à nu , prouvaient qu’il n’y avait point de sang épanché dans le tissu cellulaire interrausculaire; l’extrémité postérieure et inférieure du fémur offrait un noyaux osseux.
L’ouverture du cadavre, faite suivant les règles, de l’art (voyez Ouverture des cadavres)^ a démontré : x° pour le crâne ^ qu’il n’y avait au sommet de la tête, ni bourrelet ni infiltration sanguine ;.que les os du crâne se touchaient presque par leurs bords, excepté dans les endroits correspondans aux fontanelles; que la matière grise du cerveau, était parfaitement distincte; que les vaisseaux de cet organe n’étaient point engorgés ; que les ventricules ne contenaient point de sang, et qu« l’on n’y voyait qu’une petite quantité de sérosité jaunâtre et limpide ; que le cervelet paraissait dans l’état naturel, enfin qu’il n’y avait aucune trace d’épanchement sanguin dans la cavité du crâne; pour le canal vertébral , que la moelle épinière n’était le siège d’aucune altération sensible ; 3“ pour la bouche et le col , que les dents étaient encore contenues dans les alvéoles, et que leurs couronnes étaient ossifiées ; qu’il y avait dans la bouche quelques atomes de matière excrémentielle demi-fluide ; que la langue , le voile du palais, les amygdales et le pharynx semblaient plus rouges que
dans l’état naturel ; que le larynx et les vertèbres cervicales n’étaient le siège d’aucune altération , et qu’il n’y avait aucune ecchymose profonde dans ces parties ;
pour le thorax , que les poumons , d’un, rouge pâle , recouvraient en grande partie le péricarde , qu’ils étaient crépitans et qu’ils nageaient sur l’eau, lors même qu’ils étaient mis sur ce liquide avec le cœur; qu’ils n’offraient aucune trace de putréfaction, mais qu’ils étaient gorgés de sang verdâtre fluide, que tous leurs fragmens surnageaient encore après avoir été long-temps comprimés sous l’eau ; on pouvait en retirer par cette expression une quantité notable de sang; ils pesaient deux onces et un grain, c’est-à-dire cinquantu-deux fois moins que le corps entier environ ; qu’il y avait dans la trachée-artère et dans les bronches une petite quantité de matière semblable à celle de la fosse , et beaucoup d’écume ; que la membrane muqueuse qui tapisse ces parties était rouge par plaques ; que le ventricule droit du cœur Contenait beaucoup de sang fluide d’un brun verdâtre ; qu’il y en avait à peine dans le ventricule gauche et dans les oreillettes ; que le canal artériel et le canal veineux étaient vides , et leurs parois rapprochées ; que le trou de Botal était encore perméable; que le diaphragme était manifestement refoulé Vers l’abdomen ; pour le bas ‘ventre^ qu’il y avait dans l’estomac un peu de matière demi-fluide, d’une odeur fétide, qui paraissait être la même que celle de l’eau de fosse ; que les intestins et la vessie étaient vides ; qu’il n’y avait aucune trace de phlogose dans le canal digestif; que les autres viscères abdominaux paraissaient dans l’état naturel , excepté qu’ils présentaient çà et là une couleur
verdâtre pour les organes génitaux j que tout l’appareil générateur était sain.
L’examen le plus scrupuleux des viscères contenus dans les diverses cavités ;n’a point permis de découvrir le moindre signe de blessure, faite avec un instrument piquant , tranchant ou contondant, ni avec un arme à feu.
Nous pouvons conclure de ce qui précède: i" que l’enfant dont nous avons examiné le corps ^ est né à terme et vivant ; 2° que sa naissance date d’environ sept à huit jours, du moins l’état du cordon ombilical semble faire croire qu’il a vécu trois ou quatre jours, et l’on peut juger par les cbangemens survenus à la peau qu’il est mort depuis trois ou quatre jours environ. (Voyez Putréfaction dans la fosse ^d’aisance , article Mort) ; 3“ qu’il était parfaitement constitué , et par conséquent viable; 4“ tout annonce qu’il a été plongé dans l’eau de la fosse, lorsqu’il était encore vivant (voyez Asphyxie) ; 5“ que la mort paraît devoir être' attribuée au défaut de respiration et à l’action délétère de l’hydrosulfate d’ammoniaque contenu dans l’eau ; 6“ que tout porte à croire que l’accouchement de la mère a été facile^, En foi de quoi , etc.
Deuxième rapport. Nous soussigné, etc., requis par ; etc. , pour constater la cause de la mort d’un enfant du sexe féminin, nous sommes transporté dans la chambre occupée par mademoiselle N., dans la rue...., maison n" .... , où nous avons trouvé ladite demoiselle alitée ; elle nous a dit être âg.ée de vingt ans et avoir été surprise par les douleurs de l’enfantement la veille à six heures du soir ; qu’après avoir souffert pendant
deux heures, elle était accouchée ; qu’elle s’était^fforcée en vain d’appeler à son secours; quelle était déjà mère d’un autre enfant et quelle n’ignorait pas qu’il fallait couper et lier le cordon ombilical , quelle avait pratiqué la première de ces opérations avec des ciseaux , mais que , n’ayant point de lien à sa disposition , elle n’avait pu faire la ligature ; que d’ailleurs il lui aurait été impossible de s’occuper de son enfant , parce quelle s’était délivrée elle-même peu de minutes après l’accouchement , et qu’un instant après elle avait perdu connaissance ; enfin qu’elle n’avait recouvré ses sens qu’au bout de deux heures, lorsque l’enfant était déjà mort. Les draps du lit étaient ensanglantés.
Le cadavre de l’enfant était froid et enveloppé dans un linge ; on voyait sur l’abdomen et sur les fesses plusieurs plaques de sang desséché , d’un brun noirâtre ; il était recouvert d’un enduit sébacé fort épais , et n’exhalait aucune odeur putride. Après l’avoir bien nettoyé avec de l’eau, nous nous sommes assuré qu’il était long de i5 pouces 6 lignes, et qu’il pesait 5 livres la onces 3 gros; ]a tête était garnie de cheveux noirs, longs d’environ un pouce ; on voyait à son sommet une petite tumeur comme œdémateuse; le thorax était bombé; le cordon ombilical de grosseur ordinaire , nullement flétri ni affaissé , avait été coupéA un pouce environ de l’abdomen , avec un instrument tranchant; en effet , la section était lisse et unie; il n’offrait aucune trace (îe sang liquide ni coagulé ; on voyait qu’il n’avait pas été lié ; son insertion répondait à une ligne au-dessus de la moitié du corps. Les membres abdominaux étaient raides et sensiblement plus courts que les thoraciques
qui étaient flexibles; ils n’étaient ni luxés ni fracturés , comme on s en est assuré en pratiquant des incisions 'profondes ; l’extrémité inférieure du fémur offrait un noyau osseux à sa partie postérieure ; les ongles parfaitement formés , recouvraient l’extrémité des doigts. La surface du corps était remarquable par sa pâleur semblable à celle de la cire ; il en était de même des lèvres; lepiderme ne se détachait point ; il n’y avait aucune trace d’ecchymose ni d’autre blessure.
L’ouverture du cadavre , faite suivant les règles de l’art , a prouvé que la plupart des viscères étaient décolorés, que les ventricules et les oreillettes du cœur, les vaisseaux artériels et veineux contenaient fort peu de sang, et qu’en général tout le système sanguin était affaissé ; on ne découvrait aucune indice de blessure ni de congestion dans le cerveau, dans le cervelet, dans la moelle épinière, ni dans aucun des organes thoraciques et abdominaux , qui du reste étaient parfaitement conformés; on apercevait déjà la matière grise du cerveau ; les os du crâne se touchaient par leurs bords, excepté dans leur portion correspondante aux fontanelles ; les poumons , d’une couleur pâle , recouvraient en partie le péricarde ; ils étaient crépitans et nageaient sur l’eau lorsqu’on les avaif séparés du cœur , même après avoir été comprimés sous ce liquide; ils pesaient i once 3 gros, c’est-à-dire yo fois moins que le corps environ ; le canal artériel , le canal veineux et le trou de Botal étaient perméables ; le diaphragme était légèrement refoulé vers l’abdomen ; l’estomac était vide ; le gros intestin contenait beaucoup de méconium d’un brun verdâtre;
la vessie était vide ; l’arrière - faix semblait être dans 1 état naturel.
Nous croyons devoir conclure de ce qui précède : 1° que l’enfant qui fait le sujet de ce rapport est né à terme ; 2® qu’il était viable ; 3“ qu’il a vécu pendant un certain temps j 4' ^ succombé à une hémorrhagie
ombilicale, résultat de l’omission de la ligature du cordon ombilical^ 5“ que la demoiselle N, qui avoue ne pas être primipare, ne doit être excusée d’avoir omis de pratiquer cette opération, qu’autant qu’il sera prouvé quelle a perdu connaissance peu de temps après l’ac- , couchement , ou quelle a été dans l’impossibilité de se procurer les liens nécessaires. En foi de quoi , etc.
Troisième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la chambre , nous avons trouvé la demoiselle X, âgée de 17 ans , alitée , qui nous a dit être accouchée deux jours auparavant d’un enfant à terme, mort; que les douleurs de l’enfantement avaient été vives et avaient duré pendant cinq heures ; quelle accouchait pour la première fois et qu’elle n’avait été secourue que par sa femme de ehambre, qui attestait également que l'enfant n’avait donné aucun signe de vie, malgré tout ce quelle avait pu faire pour le ranimer. Interrogée sur les moyens qu’elle avait mis en usage pour exciter la respiration chez le nouveau-né , elle nous a répondu avoir fait des frictions sur la partie antérieure du thorax , sur l’épine du dos , sur la paume des mains et sur la plante des pieds , avoir parcouru l’intérieur de la bouche avee.ses doigts pour enlever les mucosités , et avoir insufflé de ï air de bouche à bouche.
Nous avons d’abord procédé à l’examen de la femme et nous avons reconnu...... (On parle ici de l’état des
mamelles , de la peau et des muscles de l’abdomen , de l’utérus , de son col , des parties génitales , des tranchées utérines , de la bonne ou de la mauvaise conformation du bassin, de l’écoulement qui se fait par la vulve, etc.; nous nous bornerons â ce simple énoncé, parce que déjà nous avons donné à la page 270 quelques modèles de rapport sur l’accouchement.)
D’où il résulte que la demoiselle X est accouchée depuis deux ou trois jours environ.
On nous a présenté le cadavre d’un enfant du sexe masculin, enveloppé de linges propres, nullement ensanglantés, et prêt à être inhumé; après l’avoir retiré de cette enveloppe nous avons reconnu qu’il était froid, et long de 16 pouces 10 lignes, qu’il pesait 6 livres I gros , que la tête était garnie de cheveux assez longs et ne présentait aucune trace de tumeur à son sommet; que le thorax était aplati; le cordon ombilical frais, sans la moindre apparence de sang liquide ni coagulé, était de grosseur ordinaire; il avait été coupé avec un instrument tranchant à trois pouces environ de l’abdomen ; en effet, la section étmt lisse et unie, et son insertion répondait à peu près à la moitié du corps; près de son extrémité libre; on voyait un fil double disposé en forme de lien ; les membres étaient flexibles , et les ongles parfaitement J^ormés ; la surface du corps, recouverte d’un enduit sébacé fort épais, était pâle, excepté dans la région abdominale qui offrait une couleur verte; le cadavre n’exhalait une odeur légèrement fétide que dans cette région ; ( la température de l’atmosphère était de-
puis trois jours à environ 8° therm. centig. ) ; 1 epiderme ne se détacîiait point; il n y avait aucune trace d’ecchy-i mose ni d’autre blessure , comme on s’en est assuré en examinant attentivement l’extérieur du corps et en pratiquant des incisions profondes; l’extrémité inférieure du fémur offrait un noyau osseux à sa partie postérieure.
L’ouverture du cadavre, faite suivant les règles de l’art , a prouvé que les os du crâne se touchaient par leurs bords, excepté dans les fontanelles; que la matière grise du cerveau et du cervelet était formée; que l’estomac et lesintestins grêles étaient vides ; que le gros intestin contenait beaucoup de méconium verdâtre; que la vessie renfermait une quantité notable d’urine ; que le diaphragme était refoulé vers la poitrine ; que les poumons, d’un rouge-brun, quoique bien conformés, étaient assez peu développés pour ne recouvrir le péricarde qu’en partie, qu’ils contenaient fort peu de sang, et ne pesaient qu’une once i5 grains, qu’ils étaient crépitans dans quelques-unes de leurs parties seulement et qu’ils se précipitaient au fond de l’eau , lorsqu’on les plaçait entiers sur ce liquide; toutefois en les coupant en plusieurs tranches, on voyait quelques petits fragmeris du poumon droit, dont la teinte était moins foncée, nager sur l’eau, même après avoir été comprimés sous ce liquide; le canal artérièl, le canal veineux et le trou de Botal étaient perméables ; le cœur contenait fort peu de sang; il était impossible de découvrir sur aucun point la moindre trace de blessure ni de congestion; l’arrière-faix était dans l’état naturel.
Il résulte de ce qui précède: i° que l’enfant qui fait
le sujet de cerapportest né à terme; 2® qu’il était viable; 3° que tout porte à croire qu’il n’a point respiré : en effet, la surnatation de quelques petits fragmens du poumon droit, qui ne contiennent qu'une petite quantité de sang, coïncidant avec l’aplatissement du thorax et le refoulement du diaphragme en haut, paraît dépendre plutôt de l’insufflation artificielle que de la respiration; d’autant mieux que le poids des poumons et le rapport entre le poids ducorps et celui des poumons sont à peu près tels qu’on les trouve souvent chez les enfans qui n’ont point respiré ; 4° que rien n’annonce qu’il soit mort pendant l’accouchement, ni qu’il ait été tué après la naissance; 5“ qu’il est probablement mort dans l’utérus peu de temps avant raccouchement.Enfoi de quoi, etc.
Quatrième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la chambre, on nous a représenté le cadavre d’un enfant du sexe masculin , que l’on avait trouvé mort sur la voie publique; il était renfermé dans un espèce de sâc en toile grise, nullement taché; la tête était enveloppée d’un béguin de toile commune, à l’extérieur duquel on voyait quelques traces de sang; la surface du corps était recouverte d’une chemise de percalle ensanglantée sur plusieurs points, et notamment dans la partie correspondante à l’ombilic : aucun de ces objets ne portait ni chiffre ni lettre.
Nous avons procédé à la visite, et nous avons reconnu que l’enfant était encore chaud , fort bien conformé, long dé 17 pouces 2 lignes, et du poids de 7 livres i once 2 gros; la peau, d’un blanc légèrement jaunâtre, n’exhale aucune odeur fétide; elle est enduite de la matière sébacée que l’on remarque chez les
fœtus âgés de plus de sept mois; elle offre çà et là quelques stries de sang; le thorax est bombé; le cordon ombilical, inséré à la partie moyenne du corps, est long d’environ 2 pouces, il n’est point flétri et ne présente aucune trace de ligature; on voit qu’il a été coupé d’une manière nette par un instrument tranchant; le scrotum renferme deux testiciiles; les membres sont flexibles, les inférieurs sont plus courts que les supérieurs; ils ne sont le siège d’aucune lésion, comme on s’en assure en pratiquant des incisions profondes : l’extrémité inférieure et postérieure du fémur offre un noyau osseux; les ongles sont bien - formés et recouvrent l’extrémité des doigts ; la tête garnie de cheveux noirs,longs d’ün pouce environ, est plus colorée que les autres parties du corps: on voit sur le front, sur le côté gauche du sourcil, de la paupière supérieure et de la pommette gauche, des contusions et des ecchymoses d’un rouge -brun, de forme irrégulière, longues de deux lignes sur une ligne et demie de large; l’oreille gauche est rouge, contuse et ensanglantée; les yeux sont dans l’état naturel , excepté que la conjonctive gauche est rouge; la lèvre supérieure est recouverte d’une matière sanguinolente qui coule par les narines; la cavité buccale ne contient qu’une quantité notable de sang; le crâne est mou, allongé d’avant en arrière, et fortement déprimé dans les régions temporales, dont les pièces osseuses sont très-mobiles : on ne découvre aucune trace de blessure sur les autres parties du corps.
L’ouverture du cadavre, faite suivant les règles de l’art, démontre que les vertèbres, les ligamens qui les
unissent et les muscles qui les recouvrent sont dans l’état naturel; qu’il y a du sang épanché entre le canal vertébral et la dure-mère j dans toute l’étendue du rachis; que la moelle épinière n’est le siège d’aucune altération ; qu’il y a un épanchement considérable de sang liquide et coagulé entre la peau et le péricrâne , surtout vers les pariétaux, qui sont fracturés en plusieurs endroits; on remarque surtout deux fractures anguleuses sur chaque pariétal qui s’étendent l’une dé la bosse pariétale jusqu’à l’os frontal, et l’autre du même point à la suture sagitale; il y a en outre, à l’extrémité d’une des fractures du pariétal gauche, une esquille d’environ un tiers de ligne ; le périoste est déchiré et décollé dans toutes les parties fracturées ; la partie antérieure gauche du coronal est également le siège d’une fracture anguleuse avec esquille et décollement du périoste; la dure-mère est ecchymoséé dans toute son étendue, et notamment aux parties correspondantes aux fractures; une quantité considérable de sang, en grande partie coagulé, est épànchée entre l’arachnoïde et la dure-mèré , entre cette même membrane et la pie-mère, dans les anfractuosités de la face supérieure et postérieure des hémisphères cérébraux, dans les ventricules latéraux, à la base du crâne, et surtout dans les cavités moyennes et postérieures ; la consistance du cerveau, dont la matière grise est parfaitement formée, paraît naturelle ; les viscères abdominaux ne sont le siège d’aucune altération ; l’estomac et les intestins grêles ne contiennent que des mucosités, le gros intestin renferme beaucoup de méconium d’un brun verdâtre ; la vessie est remplie 1. ^ J 3 1
d’urine; les poumons recouvrent en grande partie le péricarde; ils sont roses et crépitans; ils nagent sur l’eau, lors même qu’ils sont mis sur ce liquide avec le cœur; ils n’offrent aucune trace de putréfaction, et leurs fragmens surnagent encore après avoir été long temps comprimés sous l’eau; on en retire par celte expression une quantité notable de sang rouge et de mucosités écumeuses; ils pèsent 3 onces i gros 3 grains; c’est-à-dire trente-six fois moins que le corps entier; le cœur est dans l’état naturel; le canal artériel, le canal veineux et le trou interoriculaire (de Botal) sont çnçpre perméables; le diaphragme est refoulé vers l’ab-t dpmen.
Çes faits nous perniettent de conclure, i“ que l’enfant dont il s’agit est né à terme; a” qu’il était viable ; 3° qu’il a vécp, et que probablement il est venu au monde en. présentant la tête, les membres et le siège n’offrant aucune trace d’infiltration ni de congestion ; 4“ qu’il est mort peu de temps après la naissance; 5“ que la uiort n’a eu lieu que depuis quelques heures; 6° que les ecchymoses , les fractures et les épanchemens sanguins ont été faits du vivant de l’individu; 7“ que la mort est le résultat de ces lésions , qui ne paraissent pas devoir et^e attribuées à une chute de l’enfant au moment de la naissance, mais qui tiennent plutôt à des violences exercées latéralement sur des points de la tête diamétralement opposés : dumoins c’est ce qxxi semble résulter de la situation, de Ja forme, de la direction et du rapport des fractures observées au crâne. En foi de quoi, etc.