‹ Leçons de médecine légaleChapitre 7 sur 35 · VIEILLESSE · texte numérisé non relu

VIEILLESSE

La vieillesse commence à soixante ans, et finit entre la quatre-vingt-quatrième et la quatfe-vingt-cinquième année; depuis cette dernière époque jusqu’à la mort, on la désigne plus particulièrement sons le nom de

La difficulté de préciser les âges pendant la vieillesse, n’est pas moindre que dans la période précédente. La blancheur des cheveux, de la barbe et des poils, les rides du visage , la couleur cendrée de la peau, l’obscurcissement delà vue, la dureté de l’ou'ie, l’affaiblissement des facultés intellectuelles , l’état d’imbécillité dans lequel on finit par tomber, la diminution des forces, la courbure de l’épine, le changement de forme de la mâchoire inférieure qui s’allonge, s’aplatit et

s’avance, Tusure, la chute des dents, la raideur des articulations , l’agrandissement de la cavité des os longs , et l’amincissement de leurs parois, le refroidissement des extrémités , l’inertie de l’appareil générateur , la constipation , les excrétions alvines involontaires, la lenteur et l’intermittence du pouls, tels sont les principaux caractères propres à faire juger Tâge d’un vieillard ; or, ces caractères sont loin de se manifester aux mêmes époques chez tous les individus.

En terminant ce travail, nous croyons devoir faire connaître une série d’observations intéressantes, faites par M. Sue, dans le dessein de déterminer la grandeur commune de l’homme dans ses différens âges, et les proportions du tronc et des extrémités. La longueur totale des sujets a été prise depuis le vertex jusqu’à la plante des pieds; on a ’ensiiite mesuré en particulier le tronc, depuis le vertex jusqu’à la symphyse du pubis. La longueur des extrémités supérieures a été prise depuis le bord de l’acromion jusqu’à l’extrémité des doigts; et cellê des membres abdominaux, depuis la syrapliyse du pubis jusqu’aux plantes des pieds.

Enfant à^\m an,' dont la grandeur était d’un pied • dix pouces et demi. Longueur du tronc, treize pouces six lignes; des extrémités supérieures , neuf pouces; ,des extrémités inférieures, neuf pouces. Enfant de trois ans , dont la grandeur était de deux pieds neuf pouces et quelques Ugnes. Longueur du tronc, dix-neuf pouces environ; extrémités supérieures, quatorze pouces ; membres abdominaux, quatorze pouces et quelques lignes. Enfant de dix ans, dont la grandeur était de trois pieds huit pouces six lignes. Longueur du tronc, deux

pieds ; extrémités^ supérieures , un pied sept pouces ; membres abdominaux, un pied huit pouces six lignes. Sujets de quatorze ans, de quatre pieds sept pouces. Longueur du tronc, deux pieds quatre pouces; extrémités supérieures, deux pieds six lignes; membres abdominaux, deux pieds trois pouces. Sujets de vingt à vingt-cinq ans , de cinq pieds quatre pouces. Longueur du tronc , deux pieds huit pouces ; extrémités supérieures, deux pieds six pouces ; extrémités inférieures, deux pieds huit pouces.

Vers l’âge de vingt à vingt-cinq ans, le bord supérieur de la symphyse des os pubis fait précisément le point du milieu entré le sommet de la tête et la plante des pieds; avant cet âge, ce centre varie continuellement. Les sujets de trente et quarante ans, ceux de cinquante et soixante ; ne présentent aucun changement dans la grandeur des proportions, si ce n’est dans certains os particubers , eh sorte que le rapport se conserve tel qu’il était à vingt ou à vingt^cinq àns, à moins que l’épine du dos ne sè courbe comme on le voit dans la vieillesse. [Sue y sur les Proportions du squelette de l’homme , dans les Mémoires présentés à l’Académie royale des sciences, tome, U, 17 55.) Ces observations ont été variées et faites sur des sujets bien conformés, dont la taille n était ni trop grande ni trop petite, relativement à l’âge où on les examinait; il serait à désirer quelles fussent continuées sur un assez grand nombre d’individus pour fournir des proportions moyennes-^ dont on ne manquerait pas de tirer beaucoup de parti dans la détermination des âges.

Des questions d’identité.

Les jurisconsultes sont quelquefois appelés à décider si une personne est réellement la même que celle qui a été perdue ou que l’on cherche. Nous ne'croyons pas devoir mentionner les diverses circônstanôës où une semblable question peut être agitée ; l’examen des faits propres à réclairêr, et qui sont du ressort de la médecine, doit seul nous occuper ici. Voici quel est l’état de la législation actuelle sur ce point.

8 La filiation des enfans légitimes se prouve par les actes de naissance inscrits sur le registre de l’état civil. » (Code civil, art. 5 19. )

» A défaut de Ce titre, la possession constante de l’étal de l’enfanî légitime suffit. » {îbicl.^ Sao.)

s ta possession d’état s’établit par une réunion suffisante de faits, qui indiquent le rapport dé filiation et de parenté entre un individu et la famille à laquelle il prétend appartenir. tes principaux de ces faits sont : que l’individu a' toujours porté le nom du père auquel il prétend appartenir; que le père l’a traité comme son enfant, et a pourvu en cette qualité à son éducation , à son entretien et à son établissement ; qu’il a été reconnu constamment pour tel dans la société; qu’il a été reconnu pour tel dansla famille.» [Ibid., art 321.)

» A, défaut de titre et de possession constante, ou si l’enfant a été inscrit , soit sous de faux noms , soit comme né de père et mère inconnus , la preuve de filiation peut se faire par témoins.

0 Néanmoins cette preuve ne peut être admise que lorsqu’il y a commêncemenl de preuve par écrit, ou lorsque les présomptions ou indices résultanS des faits dès lors con-

stans, sont assez graves pour déterminer l’admission.» {Ibid., art. 525.)

Or l’appréciation des indices dont il . est fait mention •dans l’arlicle SaS , exige quelquefois Tavis des gèns de l’art. Rien ne nous paraît plus propre à prouver cette assertion que la consultation de Louis, relative à Baronet, dont nous allons donner un extrait :

Remi Baronet, né le i8-mai 1717, quitta son pays natal à l’âge de vingt-cinq ans, et ne fut de retour que vingt- deux ans après. La veuve Lamort, sa sœur, qui avait recueilli sa portion d’hoirie, ne voulut point le reconnaître, quoique plusieurs personnes affirmassent positivement que c’était lui. Elle imagina , de concert avec le curé de la paroisse, de le faire passer pour le fils de François qui était abusent depuis plusieurs

années, hésite d’abord; maisd)ientôt après il

cède aux insinuations de l’intrigue, et l’on publie partout, qu’il est le père de Baronet ; cûui-ci est flétri, et condamné aux galères perpétuelles par le bailliage de Reims* comme, faussaire et spoliateur de successions sous un nom supposé, ÿ/zrorae^avart déjà subi deux années de la peine, lorsqu’on demande que le procès soit révisé au parlement de Paris, parce qu’dn a beu de soupçonner la fourberie de la veuve Lamort et de ses conseils. C’est alors que Louis est requis de donner sop avis sur les chefs suivans :

1“ En 1777, Baronet 2MÿSx soixante ans, tandis que Babilot, qui était né en 1731, n’en avait que quarantesix. Est-il possible de prendre un homme de soixante ans pour uu homme de quarante-six ans H Ici, Louis

déclara que le condamné paraissait avoir réellement soixante ans.

,Babilotîi\& avait à la cuisse une tache de vinaigre de la largeur d un écu de 6 francs, tandis que Baronet ne l’avait pas. On demanda si ces taches {emies^ désirances') pouvaient établir une distinction. De pareilles marques sont indélébiles , répondit Louis, et l’on né peut les faire disparaître qu’à l’aide de caustiques qui laissent après eux des cicatrices, ou en peignant la couleur de là peau : or rien ne prouve que de pareils moyens aient été mis en usage chez Baronet. '

V B abilot ne boitait pas; il était bel homme, bien fait, quoique ses épaules fussent hautes. B aronet èxsÂl voûté, d’une taille au-dessous- de cinq pieds; il avait une jambe plus courte que l’autre, et les malléoles trèsgrosses. On voulut savoir s’il était possible de se tromper aux traits de ressemblance répandus sur le corps de ces individus. L’élévation des épaules de Babildt^ répondit Louis, ne saurait être confondue avec lèffvices ’ de conformation dont Baronet-e&l atteint ; chez celuici, en effet , la colonne de l’épine est Contournée , ce qui tient peut-être à Ihabitude qu’il à contractée de marcher incliné de côté pour corriger en partie lés inconvéniens de la claudication. Quant aux traits du visage, ils ont pu être altérés par l’âge au point de faire naître chez les personnes qui sont restées plusieurs années sans voir ces individus, des idées extrêmement confuses. Ôn assure, il est vrai, que Baronet avait eu une épaule luxée et un bras fracturé par une chute, et pourtant l’individu soumis à l’examen ne présente aucune trace de semblables lésions ; mais il est possible,

4itLjOuis, que Baronet ait cru avoir le bras fracturé parce qu’on le lui aura dit.

4° L’un et l’autre avaient des cicatrices à la joue et à la gorge J mais Baronet en avait une au sourcil , suite d’un coup de pierre attesté par celui qui l’avait lancée. Suivant tous les récits, répondit Louis, doit

avoir à la partie droite du visage , près du cou, une cicatrice provenant d’humeurs froides guéries ; cette eif çatriee succédant à l’ouverture spontanée des glandes du COU , dont l’engorgement scrofuleux s’est terminé par suppuration, doit être ronde et se trouver à la région correspondante à ces glandes. L’indiv idu soumis à l’examen présente, au contraire, une cicatrice longue, s’étendant le long de la lèvre externe du bord delà mâcboire inférieure depuis l’angle, jusqu’auprès du menton J sa largeur et la manière dont la consolidation s’est opérée annoncent quelle a été faite par un corps contondant, tel qu’un coup de pied de cheval^ et l’on sait que Baronet avait reçu un pareil coup. En outre, Bahilot devait avoir .une cicatrice â la joue, que l’on ne voyait point sur le condamné.

Cette consultation donna lieu à un arrêt du 26 août } par lequel Baronet fut déchargé de toute accusation,, et reconnu pour tel qu’il se disait. (Causes célè- Iwes , vol. XKVI, cause 256. )

Voici les objets qui doivent fixer l’attention des gens de l’art , dans la solution de semblables questions : i" l’âge de l’individu, quoiqu’il ne puisse souvept être apprécié que d’une manière approximative ; *2“ la stature; la tête, et notamment son volume et la configuration de ses os ; les cheveux sont-ils rares et déjà

blanchis par l’âge ; le front est- il saillant ou comprimé, les soumis écartés ou se touchant par leurs extrémités internes ; les yeux grands , petits , saillans ou enfoncés; lenez43ourt, épaté, déprimé, large dans sa partie inférieure qui peut être relevée en haut, ou long, aquilin, étroit dans sa partie inférieure, qui se termine en pointe; les lèvres grosses ou petites , avec ou sans traces de cicatrice; les dents peu nombreuses, mal rangées, petites ou offrant des caractères opposés; la bouche large ou étroite; le menton uni ou à fossette , rond ou pointu ; la barbe rare ou touffue; le visage large ou allongé; 4“ le cou gros et court , ou étroit et d’une longueur remarquable ; 5° le thorax est-il bien conformé, ou bien la colonne épinière est-elle déjetée; les épaules sont celles hautes ; aperçoit- on enfin des traces de gibbosité antérieure , postérieure ou latérale; le sternum est-il aplati, enfoncé, ou fait-il saillie en avant; l’appendice sous-sternal (cartilage xyphoïde) présente-t-il une forme qui s’éloigne de celle que l’on observe le plus communément; la distance qui sépare les deux bases de l’omoplate est-elle grande ou petite; 6“ le bassin est-il large ou étroit ; 7° les membres et les mains sontils gros ou petits, rudes ou souples; lès doigts sont-ils courts ou longs en les comparant à la main , et entre eux; les genoux sont-ils en dedans ; les malléoles sontelles plus saillantes qu’à l’Ordinaire ; les jambes et les pieds présentent-ils la même longueur d’un côté que de l’autre, offrent-ils quel que difformité; 8“ les organes génitaux ou quelques autres parties du corps sont-ils le siège de quelque vice de conformation ; 9° existe-t-il des taches de naissance à la peau : ces taches sont indé-

lébiles, tandis que les verrues où autres tumeurs analogues peuvent être détruites par les caustiques; 10“ les cicatrices succédant à dés brûlures, à des plaies, à l’ouverture spontanée de certaines tumeurs : ces marques ne s’effacent jamais et peuvent quelquefois, par-leur siège , par leur forme, par leur direction , par lem* étendue , etc., fournir des indices , précieux ; 1 1” les traces de fractures et de luxations.

L’ensemble de ces caractères peut servir quelquefois à résoudre la question qui nous occupe , tandis qu’il serait impossible d’y parvenir à î’aide-d’une foule de signes mentionnés par certains auteurs, tels que là beauté ou la laideur, la maigreur ou l’embonpoint de l’individu, le changement de couleur des yeux et des cheveux , etc. ; on sait en effet que l’âge ; les passions , les maladies, le climat que l’on habite, et le genre dé nourriture que l’on prend modifient singulièrement ces caractères. Que penser aussi des inductions tirées de la physionomie , du témoignage des hommes, de la reconnaissance des parens, des nourrices, des amis ^ et même des titres , que l’on peut avoir falsifiés 1 ! J

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