CONDITIO>’S DE LA FIEVRE
les inflammations seront très-intenses, très-étendues, etqu’elles occiiperontles viscères de lavieorg'anique. C’est ainsi que, chez les vieillards, dontl’excitabilité est si diminuée, la fièvre n’est jamais bien forte et qu’elle manque souvent, meme dans la pneumonie ; cela est si vrai, que la plupart dés morts, dites de vieillesse, sont tout simplement des pneumonies méconnues, par suite de l’absence de toute réaction fébrile.
Au contraire, chez les enfants dont l’excitabilité nerveuse est extrême, les inflammations lég’ères provoquent une réaction fébrile intense, alors même qu’elles siég’ent dans des org’anes appartenant à la vie de relation, .le citerai, par exemple, la courbature des jeunes g’ens, congestion légère des muscles, qui, néanmoins, s’accompag^ne d’une forte fièvre.
Une quatrième condition de la fièvre, c’est que les muscles du corps aient conservé toute leur irritabilité et obéissent bien à l’excitation des nerfs. Si le tissu du cœur a perdu sa contractilité, si les muscles respirateurs et volontaires manquent d’énerg*ie, il est clair qu’ils ne pourront point répondre à l’excitation des nerfs, et que la fièvre sera faible ou nulle, alors même que toutes les autres conditions, favorables à sa production, seraient assemblées.
Enfin, une dernière condition indispensable au développement de la fièvre, c’est que le sang’ contenu dans les vaisseaux soit en quantité suffisante
SEI'TIÈME LEÇON,
et possède ses propriétés pliysiologéfjues. Comment, par exemple, le pouls pourrait-il devenir fort et développé si les artères étaient vides et le cœur exsang’ue?
Vous entendrez dire souvent que la fièvre est tantôt consécutive à l’inflammation, et que d’autres fois elle est primitive et précède l’existence des phénomènes inflammatoires. C’est là une erreur, La fièvre est toujours secondaire; elle est toujours provoquée par un mouvement réflexe produit lui-mème par une inflammation . Quand la fièvre paraît primitive ou comme on dit essentielle, c’est tout simplement qu’elle est due à des inflammations profondes méconnues ou mal appréciées.
Sans doute, dans la rougœole, la fièvre n’est pas due à l’éruption cutanée, qu’elle précède de plusieurs jours, mais el’e provient de la conjonctivite, du coryza, delà bronchite, de l’entérite, qui sigmalent constamment les débuts de la maladie. De même dans la variole; la fièvre d’invasion n’y est pas produite par l’éruption, mais elle a pour cause la cong’estion du cerveau et de la moelle épinière, cong’estion qui se traduit au dehors par la céphalalgie et les douleurs lombaires. De même encore dans l’érysipèle, la fièvre n’y est pas la conséquence de l’éruption qu’elle précède constamment, mais elle est provoquée par l’embarras g’astrique et la céphalée frontale qui existaient dès le détnit de la maladie, avant l’apparition du mouvement fébrile. De même pour toutes les fièvres dites primitives et es-
(’U.NDITIOA'S L)E LA FIEVRE.
stMitielles ; en eliei’eliaiit bien, on Ironve Lonjoin'S à leni* urig’ine une inllanmialion ; cette inflammation, on la nég’li^'e t(nand on ne la méconnaît pas; on la ti’onve trop lég’èee, trop bénig-ne, poni* être la cause (le la fièvre. Plntot que de voir celle-ci produite par si peu de cbose, on aime mieux la voir produite par rien; c’est là une singadière logà(|ue. Pour moi, j’aime mieux croire que, cbez les sujets très-excitables, cbezles enlànts notamment, les inflammations les plus lég’ères peuvent provoquer un mouvement fébrile intense. Cela est certainement vrai pour les lésions traumatiques lég’ères, pour les blessures et les brûlures peu étendues. Pourquoi serait-ce faux f[uand il s’ag’it des inflammations non traumatiques ?
Comment et pourquoi la fièvre se termine-t-elle? Évidemment par les causes contraires de celles qui la développent ou l’entretiennent.
La fièvre cesse lorsque les inflammations se g’uérissent ou lorsque sans se g’uérir elles diminuent d’étendue et d’intensité.
La fièvre cesse lorsque le système nerveux perd de son excitabilité et devient moins sensible aux impressions sensitives provenant des tissus enflammés.
La fièvre cesse lorsque le cœur, les muscles respirateurs ont perdu une partie de leur irritabilité et restent plus indifférents aux excitations du système nerveux.
Enfin, la fièvre cesse (piand le sang* s’est ap-
78 SEMIÈMË LEÇON.
pauvri et qu’il est devenu moins apte à entretenir l’irritabilité du tissu musculaire.
L’inflammation est nécessaire pour exciter le système nerveux; l’excitabilité du système nerveux est nécessaire pour exciter le cœur et les muscles respiratoires; enfin, le sang’ est nécessaire pour entretenir l’irritabilité des muscles. C’est une véritable chaîne qui commence à l’inflammation et se termine au sang’, et qui se brise dès qu’on supprime un de ses chaînons.
Les fièvres se divisent en deux g’randes classes : les continues et les intermittentes.
Dans sa forme continue, la fièvre persiste sans interruption jusqu’à la convalescence ou l’ag’onie. Si les inflammations causes de la fièvre sont lég’ères ou aisément curables, le mouvement fébrile dure peu et se termine an bout de quelques heures ou de quelques jours. Mais, lorsque les inflammations sont profondes, très-étendues et qu’elles n’ont aucune tendance àg'uérir, il n’en est plus de même. La fièvre persiste alors sans interruption pendant trois et quatre semaines ; elle ne cesse que lorsque les forces du malade sont complètement anéanties, lorsque le système nerveux épuisé n’a plus qu’une excitabilité obtuse, lorsque les muscles amaig’ris n’ont plus qu’une contraction lang’uissante, lorsque enfin le sang’ appauvri suffit à peine à entretenir un reste de vie.
Cet épuisement ^g’énerai qui succède aux afiec.:
FIÈVRE INTERMITTENTE i
tions fébriles un peu prolong’ées prouve liien que la fièvre n’est pas une paralysie comme l’inflammalion, mais une véritable excitation. Comme tous les phénomènes d’excitation, elle s’use par sa propre durée, et c’est pour cela qu’elle ne saurait se prolong’er au delà de trois ou quatre semaines. Les phénomènes de paralysie sont bien différents; n’entraînant aucune dépense, rien ne limite leur durée et ils peuvent se prolong’er pendant des mois et des années.
Fièvre intermittente. — Elle est, comme vous le savez, constituée par des accès que séparent desinter- A^alles d’apyrexie complète. Non-seulement aussitôt l’accès fini la circulation n’est plus accélérée, mais elle éprouve un véritable ralentissement; le pouls, toujours plus faible qu’à l’état normal, est quelquefois plus rai’e; enfin, il y a constamment de la faiblesse et de la sensibilité au froid, sigaie d’une sédation de la circulation. Cette sédation était importante à noter, car elle est, comme on va le voir, une des causes de l’intermittence.
Les fièvres intermittentes sont produites par des inflanimations, des congestions ou des eng’orgements siég'eant dans des org’anes déterminés, toujours les mêmes. Ces org’anes sont la rate, le foie, le poumon et l’urètbre; ils ont pour caractère commun d’être très-vasculaires et très-rétractiles; leur tissu est en même temps spong’ieux et élastique; ils se laissent bien distendre par le sang’, mais ils
«EPTIÈ-ME LEÇON.
lu Lion l contre le san»' et s’en débairassent avec la plus gTande lacilité; ils ressemblent à des ampoules de caoutchouc qin se laissent aisément g’onller, mais se dég’onllent tout aussi facilement. Cette structure spongieuse et rétractile de la rate, du foie, des poumons et de l’urèthre, est précisément la cause de l’intermittence.
En effet , supposons , pour fixer les idées, qu’il existe une paralysie des veines de la rate. Quand la circulation a son activité normale, le sang-] pressant sur les veines paralysées, les dilate et produit un eng-org-ement de la rate. Cet eng-org-ement , à son tour, allume la fièvre, la circulation redouble d’activité, le sang- distend de plus en plus la rate, qui s’eng-org-e de plus en plus, et excite une fièvre déplus en plus violente. Mais bientôt, g-râce à l’affaiblissement de l’excitabilité nerveuse et de l’irritabilité musculaire, la fièvre se ralentit un peu : alors r eng-org-ement de la rate commence à diminuer avec la même rapidité qu’il s’était accru. Bientôt même, à la fin de l’accès, lorsque la circulation se ralentit au-dessous de l’état normal, l’eng-org-ement de la rate disparaît tout à fait , et avec lui toute cause de fièvre. Ce n’est pas cependant que la rate soit g-uérie; loin de là, ses veines sont toujours paralysées , mais la dilatation de ces veines est rendue impossible par la rétractilité de l’org-ane, aussi long-temps du moins que la circulation est ralentie et la pression sang-nine abaissée. La fièvre cessera donc pendant un certain temps.
FIÈVRE INTERjNIITTENTE.
puisque sa cause, reiig’org’ement de la rate, a ellemême disparu.
Cependant , par l’effet du repos et de ralinientation, le système nerveux, le cœur, les muscles respirateurs , reviennent de répuisement où les avait mis la fièvre : ils reprennent leur première vigmeur, et bientôt la circulation a atteint son activité normale. Aussitôt la rate restée paralysée se reg-onfle, son élasticité cède à l’effort de la pression sang-uine, son eng'org’ement se reproduit, ramenant comme conséquence inévitable un nouvel accès de fièvre.
Naturellement l’intervalle d’apyrexie, séparant deux accès de fièvre intermittente , est d’autant plus prolong’é que la sédation consécutive à l’accès est plus prononcée , et que les malades réparent moins rapidement leurs forces perdues. Cela nous explique pourquoi les fièvres quartes sont plus graves que les tierces, et celles-ci plus que les quotidiennes, quelques heures de repos suffisant dans la quotidienne pour réparer l’épuisement de la fièvre, tandis que la tierce exigœ un jour entier pour le même résultat, et la quarte deux jours.
Les fièvres périodiques sont des fièvres intermittentes se reproduisant à heure fixe. Cette périodicité de la fièvre est évidemment liée à celle de la veille et du sommeil. A leur début, les fièvres intermittentes retardent ou avancent, parce que les intervalles d’apyrexie ont plus ou moins de vingtquatre heures. Mais bientôt elles se règlent, leur périodicité se met en harmonie avec celle de la veille
T. MOILIX.
SEPTIÈME LECOX.
et clü sommeil , l’apyrexie s’al)i*ég‘e ou s’alloiig-e un peu, et l’accès se reproduit tous les jours, tous les deux jours, ou tous les trois jours , à une heure toujours la même.
Ce qu’on a dit de la rate s’applique de tous points aux autres org*anes vasculaires et rétractiles. L’expérience montre en effet qu’ils peuvent être le point de départ de l’intermittence. Ainsi, dans les affections paludéennes, les accès sont produits par l’eng’org’ement de la rate, du l'oie ou même du poumon. L’inflammation de ces trois org’anes, surtout des deux derniers, est ég’alement la cause de l’intermittence dans l’infection purulente. Dans la tuberculisation pulmonaire , c’est la lésion du poumon qui rend la fièvre périodic[ue. Enfin les accès intermittents si curieux observés à la suite du cathétérisme sont dus à la lésion traumatique de la portion spong’ieuse de l’urèthre.
Les org^anes autres que la rate, le foie, le poumon et l’urèthre ne donnent jamais naissance à des fièvres d’accès , ce cjui se comprend aisément, puisqu’ils manquent de l’élasticité, indispensable à la production de l’intermittence. Bien plus, lorsque la rate vient à perdre sa rétractilité, elle produit aussi les fièvres continues, comme le ferait tout autre organe. Si la perte de rétractilité est complète, la fièvre est franchement continue sans trace d’intermittence. Si, au contraire, félaslicité de la rate n’est qu’amoindrie sans être détruite, la fièvre est rémittente et présente seulement de temps en
FIEVRE LXTERMITTEXtE • temps une certaine diminution sans véritable apyrexie.
Cela nous explique comment une même cause morbide, des effluves paludéens ou. des matières septiques peuvent produire indifléremment des fièvres intermittentes, des fièvres rémittentes ou des fièvres continues. Quand la cause morbide ag’it faiblement et qu’elle se borne à paralyser les vais-^ seaux de la rate sans altérer l’élasticité de cet organe, la fièvre est franchement intermittente. Quand la cause morbide a altéré l’élasticité de la rate sans cependant l’anéantir complètement , la fièvre est rémittente, c’est-à-dire composée d'exacerbations et de rémissions sans apyrexie vraie. Enfin, quand la cause morbide a détruit complètement l’élasticité delà rate, celle-ci ne diffère plus en rien des autres organes et donne naissance à des fièvres parfaitement continues.
9 décembre 1 86 i.
EiLsadals $>éi*eiix. — Al'frctions» liillcuf^es.
Messieurs ,
On donne le nom d’exsndats anx matières sorties dn sang’ à travers les parois des capillaires. Toujours licpiides au moment de leur élimination des vaisseaux, ces matières se solidifient souvent, une fois arrivées dans la trame des tissus. L’abondance des exsudais séreux, toutes choses ég’ales d’ailleurs, est proportionnée à la pression du sang* dans les capillaires. Peu considérables à l’état normal , ils sont au contraire très-abondants dans l’inflammation , parce qu’alors le sang’ distend les capillaires et presse avec force contre leurs parois.
Les exsudais diffèrent les uns des autres par leur constitution morpbolog*ique. On peut en compter cinc[ espèces différentes, savoir : 1® exsudats séreux^ 2° exsudats /ibrineux^ 3" exsudats purulents, 4® exsudats caséeux, ou tuberculeux , 5® exsudats yOLiUeux.
EXSUBATS SEREUX .
Exsudais séreux. — Ils sont constitués par la sérosité du sang*, c’est-à-dire par de l’albumine plus ou moins étendue d’eau. A l’état physiologique, la sérosité du sang’ ne reste pas renfermée dans les vaisseaux , mais elle s’en échappe continuellement à travers les porosités des capillaires. Aussi les tissus sont-ils toujours humectés par une certaine quantité de sérosité. Cependant cette albumine, qui s’extravase si aisément, ne se montre jamais dans les sécrétions normales. L’urine, la bile n’en contiennent pas; quanta la salive, au lait, aux sucs gastrique et pancréatique , les matières albuminoïdes qu’ils renferment diffèrent notablement de celles du sang, et ne sont pas de l’albumine véritable.
La raison de ce fait est bien simple : l’albumine ne transsude pas dans les sécrétions , parce qu’elle est retenue dans le tissu des grandes par l’épithélium qui tapisse les canalicules sécréteurs. Cet épithélium glandulaire est un véritable épiderme qui se laisse bien traverser par l’eau du sang, mais refuse le passag’e à rall)umine. Cependant, dans certaines maladies , notamment dans l’affection des reins signalée par Bright, cet épithélium qui retenait l’alhumine est altéré : il se détache des canalicules urinifères et tombe dans l’urine où l’on constate sa présence. Le tissu du rein se trouve alors mis à nu; il présente une excoriation, une plaie vive à la surface de laquelle l’albumine suinte sans obstacle, ce qui produit l’allniminurie. Le sang, cependant, qui perd constamment son albumine.
HUITIÈME LECOX.
devient de moins en moins visqueux, de pins en plus fluide; sa sérosité, traversant sans peine les capillaires, s’accumule dans le tissu cellulaire, et l’anasarque vient compliquer l’albuminurie.
Ainsi donc, à l’état normal, tous les tissus sont le siég‘6 d’exsudations séreuses physiolog'iques indispensables à la nutrition des éléments histolog’iques. Lorsqu’il y a inflammation , eng’org*ement ou cong-estion, ces exsudations séreuses normales s’exag’èrent et donnent lieu à des phénomènes morbides.
Dans la trame des tissus elles produisent de l’empâtement et une tuméfaction œdémateuse.
A la surface de la peau , elles soulèvent l’épiderme et donnent naissance à des phlyctènes. Celles-ci ont reçu un nom différent d’après leur dimension. Les plus 'petites sont les sudamina; les plus volumineuses forment les huiles; enfin, les moyennes, g’rosses environ comme une tête d’épingde, ont reçu le nom de vésicules.
La sérosité qui remplit les phlyctènes n’a pas toujours la même composition. Elle est d’autant plus riche en eau que les phlyctènes sont plus petites. Ainsi, les sudamina renferment de l’eau pres- <pic jHire, tandis que les gTosses bulles contiennent line sérosité très-visquense et très-riche en albumine. \ oici la raison de ce phénomène : lorsque les exsudations sont très-aqueuses, elles s'inliltrent aisément à travers les couches de l’épiderme, et ])énètrent sans obstacle jusipi’à la cnticnle épider-
EXSUDATS SEREUX.
miqiie ffu’elles ne peuvent traverser et qu’elles soulèvent. Comme cette cuticule est extrêmement mince, elle se rompt toujr)urs avant que les sudamina aient pu gTossir beaucoup, et c’est pour cette raison que ceux-ci sont toujours si petits. Quand, au contraire , la sérosité du sang* est très-dense , très-visqueuse, très-albumineuse, elle ne peut plus s’infiltrer dans l’épaisseur de l’épiderme, mais elle le soulève en bloc. Or, comme la peau ainsi soulevée est très-résistante, elle se rompt difficilement, et la bulle peut prendre un volume considérable avant que de crever. Naturellement, les vésicules tiennent le milieu entre les sudamina et les bulles, aussi bien par l’épaisseur de l’épiderme soulevé , que par le deg*ré de concentration de leur sérosité.
A la surface des muqueuses, les exsudats séreux soulèvent ou traversent aisément l’épithélium et donnent naissance, lorsqu’ils sont abondants, à des écoulements aqueux appelés fïux. Quand ces flux coulent sur la peau , il arrive fréquemment qu’ils produisent une irritation assez vive sur leur passag’e. C’est ce qui a lieu par exemple à la joue dans l’ophthalmie, à la lèvre supérieure dans le coryza, et à l’anus dans la diarrhée. Cette action irritante de la sérosité est due à ses sels alcalins qui dissolvent les cellules épidermiques, et mettent le derme à nu. Elle n’est nullement la conséquence d’un vice des humeurs ou du sang*. Loin de là, elle est une condition indispensable à la vie. Si la sérosité du sang* n’était pas alcaline, on ne pourrait pas vivre
HUITIEME lÆCON.
un seul instant, et, lorsqu’on clierclie d’une manière artificielle à acidifier le sang*, la mort arrive bien long'temps avant qu’on ait réussi seulement à neutraliser ce liquide.
J’insiste sur ce point, parce que bien des médecins ont, sur le rôle de la sérosité dans les phénomènes vitaux, une idée tout à fait fausse. Voyant que cette sérosité est irritante , ils s’imag*inent qu’elle est très-nuisible à la vie , et qu’il faut à tout prix en débarrasser les malades. Ils purg*ent donc constamment, s’applaudissant de la quantité de sérosité qu’ils font évacuer, et sans voir qu’ils spolient leurs malades d’un élément indispensable à la vie.
Affections bilieuses. — La sérosité du sang* est colorée en jaune vert par deux matières colorantes, les mêmes que celles de la bile, la biliverdine et la bilifulvine. Ces deux matières se produisent dans le sang* même, et c’est de là qu’elles passent dans les diverses sécrétions, notamment dans l’urine et surtout dans la bile, leur voie privilég*iée d’élimination. Elles sont le résultat d’une transformation, d’une destruction de la matière colorante roug’C des g’iobules sang’uins. Le doute à cet ég*ard est impossible ; en effet, dans les ecchymoses, lorsque les globules sang’uins extravasés se détruisent et se résorbent, on voit les tissus d’abord roug’es et noirs se décolorer en prenant des teintes jaunes et vertes dues évidemment à la pro-
AFFECTIONS BILIET^SES.
diicüon d’une certaine quantité de bilifulvine et de biliverdine.
On sait que les gdobules du sang* ne durent pas indéfiniment, mais qu’ils se renouvellent et se détruisent sans cesse; or, cette destruction spontanée des gdobules sang'uins a précisément pour résultat de produire la bilifulvine et la biliverdine qui colorent le sérum, l’urine et la bile. Il suit de là que les matières bilieuses existant dans l’org^anisme sont exactement proportionnelles à la destruction des g’iobules sang’uins et servent de mesure à cette destruction .
Gela posé, on donne le nom d’affections bilieuses à toutes les maladies dans lesquelles il existe une production exag*érée de biliverdine et de bilifulvine, et dans lesquelles par conséquent les g’iobules sang’uins se détruisent en plus g*rande quantité et plus vite que de coutume. Il faut bien se g*arder de confondre les affections bilieuses avec les maladies ictériques. Dans l’ictère, les matières colorantes de la bile ne sont pas produites en plus g*rande abondance, mais, cessant d’être éliminées par suite d’un arrêt de la sécrétion biliaire , elles s’accumulent dans le sang*, colorent les urines et imprèg’nent tous les tissus. Dans les affections bilieuses, au contraire, la bile, bien loin d’être supprimée, déborde; il V a des selles bilieuses, des vomissements bilieux. L’org’anisme, il est vrai, est imprég’né de matières bilieuses comme dans l’ictère, mais il en évacue encore plus qu’il n’en conserve.
90 HUITIÈME LEUOX.
Mais c’esl siirLont par lonrs syin|)lomPS pI par Ipiir g’ravilü que les adeelioiis ietéricpK's difrèrenL des bilieuses. L’ictère n’esl point une maladie g’rave. La présence de la bilifulvine et de la biliverdine dans le sang*ne donne lieu qu’à des accidents lég*ei’s, tels que la jaunisse, le prnrig'o, l’anorexie, la dyspepsie, etc. Jamais on ne meurt d’un ictère, et l’ictère g’rave des auteurs n’est pas un véritable ictère.
Les affections bilieuses sont au contraire trôs-dang’ereuses; elles sont maligmes, ataxiques, adynamiques ; elles s’accompag’nent toujours d’une g’rande prostration des forces, et leur convalescence est des plus pénibles. Quelle est la cause de cette gTavité? Evidemment, ce n’est pas la présence de la biliverdine dans le sangg puisque cette présence ne produit que des acciden ts iég^ers dans les ictères les plus intenses. Par elle-même, la biliverdine n’a aucune importance, mais elle est le symptôme d’une lésion trèsg’rave, la destruction des gdobules sangaiins; sa production exag’érée indique qu’une cause morbide puissante a agâ sur le sang’ dont elle a détruit un g'rand nombre de gdobules. Cette destruction rapide du sang* est déjà g’rave, mais ce n’est pas tout. Les ag’ents morbides énergiques qui ont pénétré dans l’économie et y ont tué les globules sanguins, ces ag’ents n’ont pas respecté les autres éléments histologiques; ils ont aussi frappé les fibres musculaires, les cellules nerveuses, les tubes nerveux; ils ont diminué ou même supprimé complètement l’irritabilité des museles et l’excitabilité des nerfs. C’est là
AFFECTIONS BILIET'SES.
ce qui produit réellemenl la g’ravité des affections bilieuses, leur adynamie, leur malig'nité. Pourquoi meurt-on dans l’infection purulente, dans la lièvre jaune, dans l’idère g’rave? Ce n’est pas assurément à cause de la jaunisse; c’est parce que le système nerveux, le cœur, les muscles respirateurs, ont perdu leur excitabilité, frappés par un ag’ent morbide formidable, et qu’ils cessent d’entretenir la circulation et la respiration, ces deux fonctions indispensables à la vie. La maligmité n’est pas un vain mot; ce n’est pas une abstraction s’attaquant à une autre abstraction, le principe vital; c’est une lésion parfaitement localisée, parfaitement définie dans ses symptômes ; c’est une paralysie du système nerveux, c’est une paralysie du cœur et des muscles respirateurs, et c’est pour cela qu’elle est pernicieuse et qu’elle tue.
42 décembre 1864.
ï'EbB’Sne d« saug;. — Plilegmasîcs et pyrexies.
Messieurs,
La fibrine du sang" est une matière liquide de nalure albuminoïde et spontanément coag’ulable. Elle diffère donc de la g'élatine , qui se solidifie par le refroidissement ; elle diffère ég’alement de l’albumine, qui, elle, se coagade parla chaleur à 7o deg’rés environ. A vrai dire, la fibrine n’est qu’une albumine modifiée dont le point de coag’ulation est trèsabaissé et est tombé à la température ordinaire; ce qui le prouve , c’est que le froid empeebe la fibrine de se coag*uler. Mais, pour obtenir ce résultat, il ne suffit pas de prendre le sang* ordinaire et de le mettre dans un mélang’e réfrig’érant , car alors la fibrine se trouve solidifiée avant d’avoir été refroidie; non , pour réussir, il faut refroidir le sang’ dans l’animal vivant lui-mème; il faut, par exemple, placer cet animal dans un milieu réfrig’éimit , ou, plus simplement, lui couper la moelle épinière au