GÉNÉRATION SPONTANÉE
trent des conditions favorables de température , de lumière et d’humidité. Mais, pour créer ces matières org’aniques, il a fallu des conditions très-complexes et nullement fortuites. 11 a fallu l’intervention d’êtres vivants préexistants qui ont absorbé des matières mortes, les ont assimilées et vivifiées, et leur ont imprimé des propriétés telles, qu’abandonnées à elles -mêmes, elles reproduiront spontanément la forme des org’anismes dont elles ont subi l’influence. La création d’une cellule, même la plus simple , est un phénomène excessivement compliqué; pour l’expliq’uer, il faut absolument le rattacher à un autre phénomène analogTie tout aussi complexe , c’est-à-dire à l’existence d’une cellule semblable déjà créée. Affirmer que cette cellule a pu naître spontanément par la coïncidence fortuite de quelques conditions très-simples, c’est méconnaître le principe même de la causalité, et c’est comme si l’on disait qu’un excellent chronomètre peut résulter de la rencontre fortuite de quelques rouag'es.
Au surplus, que fait-on dans toutes les expériences dites de g-énération spontanée ? On prend des matières org'aniques , on les expose à une température trop basse pour les altérer; puis, quand on y voit naître des org'anismes, on dit qu’ils y sont nés seuls. Alais qu’est-ce qui prouve que les matières choisies pour l’expérience n’avaient pas suhi l’influence d’org’anismes sernhlables à ceux qui sont nés? Rien, absolument rien. C’est le contraire qui est probable , car ces org’anismes sont répandus
partout, et jamais il ne s’en forme de nouvelles espèces. Mais, dira-t-on, si les matières orp^aniqiies employées ont reçu l’influenee vivifiante d’un org*anisme préexistant , on a délruit cette influence par 1 élévation de la température. C’est là précisément tonte la question. A-t-on réellement détruit toute influence vitale? Pour moi, je n’en croirai rien tant que je verrai la vie survivre si aisément à sa soi-disante destruction , et renaître si vite de ses prétendues cendres.
Il existe un autre argamient en faveur de la génération spontanée, et je dois ég'alement le réfuter. La terre n’a pas toujours été dans l’état où nous la voyons aujourd’hui, et il est positif qu’à un certain moment sa température était si élevée, que toute vie était impossible à sa surface. Il a donc fallu, dit-on, que la vie ait apparu à un certain moment en succédant à la matière non vivante. Or, ce qui s’est certainement accompli autrefois, ne peut-on pas le réaliser encore aujourd’hui?
A cela je réponds : oui , à un certain moment la vie apparut sur la terre , mais cette apparition ne fut pas instantanée. Elle fut lente , progressive et pour ainsi dire insensible. Les premiers org*anismes formés ressemblèrent extrêmement à la matière morte d’où ils venaient , et grâce à cette ressemblance ils n’eurent aucune difficulté à se produire. Plus tard , ces organismes primitifs eng’endrèrent d’autres êtres plus parfaits; ceux-ci de même, et c’est ainsi que la vie s’est formée peu à peu en se
LEUCÉMIE, LEUCOCYTOSE.
perfectionnant chaque jour. Mais, pour arriver à l’époque actuelle, pour franchir la distance énorme qui sépare nos etres vivants de la matière morte, il a fallu des myriades de g'énérations transitoires, g*énérations dont les types sont aujourd’hui ou détruits, ou simplement inconnus. Vouloir supprimer toutes ces g'énérations intermédiaires , et penser qu’on va créer la vie de toute pièce, s’imag*iner qu’on va réaliser en quelques heures ce que la nature a mis des siècles à accomplir, c’est à mon sens méconnaître sing’ulièrement les difficultés de la création, c’est même en nier la grandeur, car sa grandeur est tout entière dans la profondeur de ses combinaisons et dans l’immensité de sa durée.
Leucémie^ leucocytose. — La leucémie est une maladie caractérisée par un accroissement considérable des g’iobules blancs du sang*, à tel point que ce liquide en achang*é de couleur, et semble être inélang*é avec du lait. Tandis qu’à l’état normal, le sang* renferme environ trois cents g*lobnles roug*es pour un seul leucocyte, dans la leucémie cette proportion est bien chang*ée , et il existe dans les vaisseaux presque autant de g*lobules blancs que de roug*es, ou même davantage. La cause de cette sing*ulière maladie est évidente : elle vient de ce que les leucocytes sont altérés et ont perdu plus ou moins complètement la faculté de produire des g’iobules roug*es. Ceux-ci se détruisant toujours et ne réparant plus leurs pertes, voient leur nombre diminuer de plus
en plus, tandis qu’au contraire les leucocytes prospèrent et deviennent chaque jour plus noinbreux. La leucémie difîère donc derancniie, dans laquelle il existe une atropliie g*énérale des g’iobules du sang*, aussi bien des roug*es que des blancs. Elle diffère ég*alement de la leucocytose. Dans cette affection les g*lobules blancs du sang* sont, il est vrai, plus nombreux que de coutume , comme dans la leucémie, mais ils ne sont nullement malades; ils continuent à se transformer en g’iobules roug’es, et n’amènent jamais une altération du sang* bien profonde.
La leucémie et la leucocytose ne diffèrent pas moins par leur pronostic que par leur nature. La première est une maladie très-g*rave et pour ainsi dire fatalement mortelle. Elle atteint les g’iobules sang’uins dans leur source même ; elle en diminue le nombre de plus en plus, et comme il est impossible de vivre sans ces globules, la mort ne tarde pas à arriver.
Au contraire la leucocytose n’a par elle-même aucune g’ravité : elle n’altère point les propriétés physiologiques du sang*, car, au fond, il importe peu que ce liquide renferme ou non quelques leucocytes de plus. Aussi se rencontre-t-elle dans des maladies lég’ères et même chez les individus jouissant d’une santé satisfaisante.
Enfin la leucémie et la leucocvtose diffèrent en-
core par les causes qui les produisent : la première est liée à une profonde altération de la rate , des ganglions lymphatiques ou des follicules clos du
LEUCÉMIE, LEUCOCYTOSE. 127
tube digestif. Ces organes, élaborant les matières leiicocygéniques, leur maladie entraîne tout naturellement celle des leucocytes eux-mêmes , elle leur enlève une portion de leur vitalité et leur retire la faculté de produire des g’iobules rongées. Dans la leucocytose, au contraire, il n’y a nulle lésion grave des organes chylo-poiéticpies, il existe simplement une accélération de la circulation lymphatique qui introduit dans le sang des leucocytes, parfaitement normaux du reste, mais plus nombreux que de coutume.
Les causes de la leucocytose sont donc toutes celles qui diminuent la masse du sang et accélèrent le cours de la lymphe, telles que la fièvre, les hémorrhag’ies, la diète, la dyspepsie. On le voit, ces causes sont exactement les mêmes que celles qui augmentent la fibrine du sang , et cela se conçoit aisément , puisque dans les deux cas c’est toujours la lymphe qui introduit dans le sang les matériaux fibrineux ou leucocy géniques. Du reste , c’est là un fait confirmé par l’expérience directe : toutes les fois qu’il y a fièvre ou anémie, toutes les fois que la fibrine du sang' devient plus abondante et moins plastique , toutes les fois qu’il y a couenne , il y a en même temps leucocytose. Dans tous ces cas, le sang, examiné au microscope, présente un accroissement notable de ses globules blancs ; souvent même cet accroissement des leucocytes est visible à l’œil nu et sans microscope. Grâce à leur légèreté spécifique et aussi à leur viscosité, les globules
blancs du sang* montent à la surface du caillot , ils s’y rassemblent, et ils y forment des amas d’un blanc laiteux, tout à fait semblables à de petits abcès. On y a été trompé bien souvent , et toutes les prétendues observations de pus trouvé dans le sang* ne sont que des cas de leucémie ou de leucocvtose.
'^23 décembre I(S(j4.
Niippiiraliou. — liircctious putride» et purulentes.
Messieurs ,
Le pus est une exsudation formée par un mélangée de sérosité, de fibrine et de leucocytes. Ces trois éléments sortent des vaisseaux à l’état liquide, la sérosité conserve cette fluidité, mais la fibrine et les matières leucocyg’éniques se solidifient au bout de quelques minutes, la première d’une manière amorphe, les secondes en s’orgéanisant.
Bien diflerent du sang’ qui est toujours à peu près le même, le pus présente de g’randes variétés dans sa composition. Tantôt il est très-riebe en sérosité; il est dit alors séreux. D’autres fois, dans le pus dit crémeux, ce sont les leucocytes qui prédominent. D’autres fois enfin, c’est l’élément fibrineux qui est le plus abondant; e’est par exemple ce qui arrive habituellement dans les fausses membranes purulen tes d es séreu ses en flam m ées . Nat u rel leme n t , ce t te composition diverse du pus est liée à celle même
T. MOILIN.
du sang*. Quand ce liquide est riche eu eau, il loLirnit un pus séreux; conlient-il beaucoup de matériaux leucocyg'éniques, il laisse transsuder un pus crémeux; enfin, s’il était riche en fibrine et si les conditions étaient favorables aux exsudations pseudo-membraneuses, il produirait du pus fibrineux. Dans tous les cas, le pus n’est qu’une simple exsudation et sa composition se borne à réfléchir, pour ainsi dire, la composition du sang’ lui-même.
Mais, dira-t-on, si le pus provient du sang*, comment se fait-il qu’il soit infiniment plus riche en g'iobules blancs, au point de former un liquide épais et crémeux bien différent de la sérosité du sang*, d’où il serait censé provenir? La réponse à cette objecticn est facile. D’abord je ferai remarquer qu’un phénomène semblable se passe pour d’autres liquides que le pus. Ainsi, l’urine contient plus d’urée , la bile plus de biliverdine qu’il n’y en a dans le sang*, et cependant l’urée et la biliverdine sont évidemment des produits d’exsudation existant tout formés dans les vaisseaux. Ce phénomène s’explique tout simplement par la concentration des urines et de la bile, qui se déliarrassent de leurs parties les plus aqueuses et retiennent toute l’urée, toute la biliverdine. 11 en est de même pour le pus; sans doute, la sérosité qui transsude dans un tissu n’est pas plus riche en matières leucocyg*éniques que ne l’est le sang* lui-même; mais cette sérosité se concentre; elle perd, par la résorption interstitielle, toute sa partie aqueuse, et de-
8UPPURATI0N.
vient ainsi assez riche en principes pyog’éniques pour former un pus parfaitement crémeux.
Pour qu’il y ait suppuration , il faut la réunion de plusieurs conditions. D’abord il faut que la circulation lymphatique soit accélérée et déverse dans le sang' une masse de matières leucocyg'éniques non encore org'anisées. Mais cette accélération du cours de la lymphe entraîne en meme temps une aug’mentation de la fibrine du sang* et de ses g'iobules blancs. Une première condition de la suppuration sera donc l’existence d’une leucocytose et d’une hyperinose (aug'mentation de fibrine). C’est ce que l’expérience confirme, et cbacun sait avec quelle facilité suppurent les sujets atteints de phleg'masie, à ce point qu’on a pu considérer le pus comme le caractère pathog'nomonique de l’inflammation. Cela nous explique encore pourquoi les plaies qui ne g'uérissent pas par première intention suppurent constamment. Le manque de réunion indique une byperinose qui, à son tour, coïncide, pour ainsi dire, toujours avec une leucocytose, et partant, avec une cause de suppuration.
Cependant, pour qu’il y ait production de pus, il ne suffit pas qu’il y ait fièvre, bémorrhag*ie, anémie, et que le cours de la lymphe soit -accéléré; 11 faut de plus que les org*anes chylo-poiétiques, la rate, les g'ang'lions lymphatiques, les follicules clos, soient sains et sécrètent encore des matières leucocyg'éniques. Si ces org*anes sont malades, si
leur séeréLion est tarie pai* une cause quelconque, il est clair que la suppuration manquera, faute des matériaux nécessaires à la formation du pus. C’est par exemple ce qui a lieu dans les pyrexies g*raves, surtout à la fin, et dans toutes les cachexies.
Enfin, une dernière condition indispensable de la suppuration, c’est qu’il existe une lésion locale des vaisseaux, une inflammation, qui fixe le siég’e de l’exsudation purulente et la fasse sortir dans un point plutôt que dans un autre. En effet, les matières leucocyo’éniques ne transsudent pas aisément à travers les capillaires. Elles demeurent volontiers dans le sang’ où elles s’org’anisent en gdobules blancs. Pour les faire exsuder dans les tissus, il faut qu’elles soient soumises à une notable pression, et qu’il y ait une certaine accélération de la circulation capillaire, en un mot, il faut qu’il y ait paralysie locale des vaisseaux, c’est-à-dire inflammation. Sans doute, lorsque le sang’ est trèsricbe en matières leucocyg’éniques, celles-ci peuvent transsuder à la surface des muqueuses saines où elles s’org’anisent en leucocvtcs. Mais ces leucocytes sont alors trop peu nombreux pour don:uM‘ lieu à une véritable suppuration. Pour que celle-ci existe réellement et ait une certaine abondance, il faut absolument qu’il y ait une irritation des vaisseaux, c’est-à-dire une inflammation.
Beaucoup de personnes voyant que le pus se montre toujours au niveau des tissus irrités, ont conclu qu(' c’était cette irritation meme qui produisait la