INFECTIONS PUTRIDES ET PURULENTES
D’aulres fois, le pus, au lieu do se dessécher, se lirpiéfie; les gdobules sc dissolvent dans le sérum, et il en résulte un liquide blanchâtre semblable à du lait. C’est le lait patbolog'ique des auteurs. Sous cette forme liquide, le pus peut être résorbé en totalité et sans laisser aucun résidu. Du reste, cette résorption ne donne lieu à aucun accident et n’est pas plus fâcheuse que celle du lait luimême.
D’autres fois, enfin, le pus se liquéfie en s’altérant et donne naissance à des produits putrides. La résorption de ces matières septiques est très-dang-ereuse ; elle produit les accidents des infections putrides et purulentes.
L’infection purulente est une pyrexie causée par la résorption de matières septiques analogaies aux effluves paludéens des pays chauds. Ces matières, en pénétrant dans le corps, commencent par détruire bon nombre de gdobules sangaiins et produisent ainsi une affection bilieuse. En meme temps elles paralysent les vaisseaux de la rate, du foie et des poumons, et donnent naissance à des accès de fièvre intermittente.
Cependant la destruction rapide des gdobules sang’uins, jointe à la fièvre et à l’abstinence, diminue dans une forte proportion la masse du sang* contenu dans les vaisseaux ; le pouls devient mou et dépressible, les plaies se sèchent et se décolorent; enfin la circidation s’accélère afin de combler le vide du système circulatoire. Le sang* sc trouve
alors contenir des masses de matières lencoeyg’éniqiies qui s’exsndent dans le foie, les poumons , la rate, les articulations, et produisent les abcès métastatiques. Ce qui caractérise l’infection purulente c’est précisément cette suppuration abondante. Elle annonce que le malade a été frappé subitement par la cause morbide dans toute la plénitude de la santé, alors que ses org*anes cliylo-poiétiques étaient riches en matières leucocyg‘éni(]ues et pouvaient fournir au sang* les éléments d’une suppuration abondante.
Da ns l’infection putride, c’est tout le contraire. Ici l’empoisonnement par les matières septiques frappe des sujets profondément débilités et déjà cachectiques ; aussi dans ce cas le pus est-il rare, séreux et doué d’une odeur fétide.
On a dit et on dit encore que l’infection purulente était une phlébite et une introduction du pus dans les veines. C’est une erreur. D’abord les gdobules de pus s’introduisent difficilement dans les voies circulatoires, et alors même qu’ils y réussissent, leur présence dans le sang* est tout à fait innocente, puisqu’en définitive ils sont identiques aux leueocytes du sang* et de la lymphe. Ce qui fait la g’ravité de l’infection purulente, ce ne sont pas les g*lohules solides de pus, mais bien les matières putrides qui en proviennent. Ces matières, pénétrant dans le sang*, détruisent ses g*lobules roug’es, paralysent les vaisseaux des différents org*anes , ce qui produit des inflammations multiples, et finissent
INFECTIONvS rUTRIDES ET PURULENTES. 139
enfin par paralyser le cœur et les muscles respirateurs, ce qui amène la mort.
L’infection purulente n’est donc pas une phlébite, ce n’est pas une phleg’inasie ; c’est une pyrexie analog'ue à la fîèvrejauneetaux fièvres paludéennes de mauvaise nature.
'2(') (lcceml)rtî iSfH.
tuberculeux et js^outteux.
Messieurs,
Exsudais tuberculeux. — Dans l’avant-flernièrc séance, je vous ai dit que les org’anes chylo-polétiqiies, les g’ang'lions lymphatiques, la rate, les follicules clos de rintestin , produisaient une matière caséeuse, destinée à être assimilée, par les leucocytes, et à former ensuite les gdobules de la lymphe ou du pus. Dans certains cas, cette assimilation n’a pas lieu; la matière caséeuse introduite dans le sang’ n’a alors aucune tendance à s’org’aniser en leucocyte, et quand elle vient à être exsudée elle se concrète d’une manière amorphe. De même (pie la fibrine sortie des vaisseaux tantôt s’org’anise en cellules épithéliales et lanlôl se concrète en masses amorphes, sans aucune trace d’org’anisation ; de meme les matières laséeuses des g’iandes chylopoiétiques, tanlôt foi*ment clos leucocytes, et (anlôl se solidifient sans présenter aucune tendance à s’org*aniser. De dernier cas se présente toutes les
EXSU DATS TUBERCULEUX .
fois que les matières caséeuses des g'angdions lymphatiques sont résorbées en quantité trop g'rande pour être assimilées en totalité par les leucocytes de la lymphe. Naturellement ces matières caséeuses non assimilées ne montrent aucune tendance à se
transformer en leucocytes, et quand elles sont ex- ; • sudées des vaisseaux elles ne donnent pas naissance à du pus, mais à un produit spécial, le tubercule.
[ Examiné au microscope , le tubercule est une matière amorphe contenant des g*ranulations et ' des noyaux, mais dans laquelle on ne découvre pas de véritables cellules. Cette matière, de même que la fibrine, subit une sorte de dégénérescence. Après avoir persisté un certain temps à l’état solide, elle l se liquéfie et présente le phénomène du ramollisse - ! ment.
, Quand l’exsudation tuberculeuse est peu aboni dante , elle ne donne lieu à aucun phénomène : morbide; mais, lorsqu’elle est assez considérable
^ pour obstruer les interstices des éléments histolo- [ g’iques et supprimer le cours de la circulation ini’ terstitielle, il n’en est plus de môme. Dans ce cas,
> la présence des prodidts tuberculeux détermine la r mort spontanée des éléments histolog*iques ambiants. Il en résulte des ulcérations , des pertes de I substances, d’où les bémorrhag*Ies et les excava- [ lions des atïèctions tuberculeuses.
Le tubercule peut exister dans tous les org*anes,
\ cependant on le rencontre tout particulièrement dans les g-angLons lymphati(pies : cela s’explique
bien nalurellemenl , si l’on réÜécbit que les g’aiig’iions sécrètent la matière tuberculeuse, et sont par conséquent véritablement privilég*iés pour s’infiltrer de ce produit. Les séreuses, la plèvre, le péritoine, les méning*es, sont aussi fréquemment le siég’e de tubercules : cela vient de ce que ces membranes sont pourvues d’un épithélium très-mince qui permet facilement l’exsudation des matières caséeuses. On a déjà vu, du reste, que ces mêmes membranes se laissaient traverser par la fibrine le sang’ avec une facilité non moins g’rande.
On a confondu souvent sous le nom de tubercules un certain nombre de produits patbolog’iques n’ayant aucun rapport avec le véritable tubercule. Tous ces produits sont en effet org'anisés ; examinés au microscope, ils présentent des cellules, tandis que le tubercule vrai est toujours amorphe. Je ne dirai qu’un mot de ces faux tubercules.
Le pus concret présente à l’œil nu un aspect caséeux semblable à celui du tubercule, mais le microscope y révèle l’existence de leucocytes défonnés et altérés sans doute , mais encore trèsreconnaissables. On le sait déjà, ce pus concret a son siég’e de prédilection dans les poumons; c’est lui notamment qui forme la lésion désig’iiée sous le nom de tubercule infiltré.
Le tubercule du cerveau n’est qu’un amas de myélocytes, c’est-à-dire de noyaux de cellules ner-
veuses.
EXSUDAIS GOUTTEUX. 143
Le tubercule du testicule est un mélang'e de cellules épithéliales et spermatiques ayant subi une dég'énérescence g’raisseuse.
Le tubercule infiltré des os est une suppuration diffuse du tissu osseux.
Le tubercule enkysté des os est un amas de mé-
dullocèles.
Enfin le tubercule anatomique est formé par des éléments variables, par des cellules épithéliales , du tissu conjonctif, ou même des corpuscules amyloïdes.
On le voit , tous ces produits sont org’anisés et n’ont rien de commun avec le tubercule vrai , qui est toujours amorphe.
Exsudais goutteux. — Les exsudats g’outteux constituent les tophus de la g’outte ; ils ressemblen t à du plâtre teint en rose, possèdent une texture cristalline, et sont formés par des urates de soude, de potasse, de chaux et même d’ammoniaque.
Ces urates existent à l’état normal dans le sang* ; ils se produisent toutes les fois que les matières azotées des aliments ont subi une combustion incomplète et qu’elles n’ont pu se transformer intég’ralement en urée. Cette condition se trouve remplie chez les sujets dont l’alimentation est larg’ement azotée; elle l’est encore chez ceux qui, usant d’une nourriture ordinaire, font peu d’exercice, et partant n’utilisent pas toutes les matières azotées qu’ils ing*èrent : aussi ces deux sortes d’individus ont-ils le
sang* cliarg’é d’urales eL sonL-iJs prédisposés aux afiecLioiis g’OLiUeiises.
Cependaid, pour qu’il y ail g*oulLe, il ne sufOl pas cpie le sang’ conlienne des urates. 11 faut encore que ces urates soient exsudés des vaisseaux et soient déposés dans la trame des tissus. Or, pour cela, il est nécessaire qu’il y ait une inflammation qui accélère la circulation capillaire et qui localise la diathèse g’outteuse , en produisant dans un point donné une exsudation abondante d’urates alcalins.
Mais ce n’est pas tout que les urates sortent du sang’ et pénètrent dans les tissus ; une fois là, il faut qu’ils soient séparés du sérum et qu’ils se cristallisent. On sait que les urates sont peu solubles et que le plus lég’er refroidissement lesprécinitede leur solution. Or, dans l’économie , c’est aussi le froid qui fait solidilîer les urates et détermine la formation des topbus. C’est même pour cela que la g’outte affecte si particulièrement les pieds et les mains. Ces extrémités se refroidissent avec la plus g’rande facilité et ont souvent une température de 8 ou 10 degrés plus basse que le reste du corps. 11 n’y a donc rien d’étonnant si un refroidissement si considérable précipite les urates du sérum où ils sont dissous.
Les topbus de la g’outte n’affectent pas indifféremment tous les tissus , mais ils ne se montrent g’uère que dans les tendons, les aponévroses et les synoviales. Cette prédilection est due à la fail)le vascularité de ces tissus et à la lenteur de leur ré-
EXSUD ATS GOUTTEUX.
sorption intcrsLitiello. Une fois déposés dans ces tissus fibreux, les uraies sont bien difficilement repris par l'absorption, et ils restent indéfiniment là où ils ont été exsudés.
Je termine ici l’histoire des exsudais. A mon avis ces exsudais ne sont qu’un phénomène secondaire de l’inflammation. Celle-ci est toujours constituée primitivement par une paralysie des vaisseaux, paralysie qui accélère la circulation capillaire et détermine dans tous les points lésés une exsudation plus abondante des principes liquides du sang'. Mais là se borne le rôle de l’inflammation. Toutepuissante sur la production et l’abondance des exsudations, elle n’a aucune influence sur leur nature, qui dépend uniquement de l’état du sang-. Suivant que ce liquide sera riche en eau, en fibrine, en matières caséeuses, en urates, on observera des exsudais séreux, fibrineux, purulents, tuberculeux ou g*outteux.
Sans doute l’inflammation peut modifier la composition du sang-; elle peut par exemple le charg’er de fibrine et de matières leucocyg'éniques ; mais c’est d’une manière indirecte, c’est en allumant la fièvre, en diminuant la masse du sang-, en accélérant le cours de la lymphe. Les exsudais sont la conséquence d’une lésion du sang*, c’est-à-dire d’un pliénomène g’énéral ; l’inflammation, elle, est le résultat d’une paralysie des vaisseaux, c’est-à-dire d’un phénomène nettement localisé dans le solide
T. mOILIN,
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vivant. Alors même qu’ils existent simultanément, et c’est la règ’le , ces deux sortes de pliénomènes doivent être soig*neusement disting’ués. 11 ne faut jamais oublier que, dans toute inllammation, la lésion primitive , la lésion capitale , la lésion indispensable, c’est celle du solide, c’est la paralysie des vaisseaux. Sans cette paralysie, jamais l’altération du sang* n’eût pu se manifester dans un point limité ni donner naissance aux phénomènes locaux de l’inflammation.
gUATOHZlÈME l.EGON
80 (léccmbi'o 1864.
lCl«‘nieiits liislologiqties : leur nntrilioii. leurs nlléralioiis.
Messieurs ,
l^cs éléments liislolog’iqnes qui composent le corps peuvent se diviser en deux g’randes classes. Les uns sont allong’és, fusirormes, tubuleux; ils s’anastomosent ensemble et forment, par leur soudure, une trame solide, partout continue avec elle-même. Ce sont les tissus fimdamenlaux du corps dont ils représentent pour ainsi dire la charpente.
Les éléments bistologâqnes de l’autre classe sont les cellules de sécrétion. Ronds ou polyédriques, ils s’accolent fréquemment les uns aux autres, mais ne se fusionnent jamais. Ils restent indépendants et semblent surajoutés à la trame des tissus fondamentaux comme des pei’lessur un tissu.
Cette difl'érf'nce des éléments bistolog’ic|ues tient à leur mode de développement. Une cellule est un amas de matière oi*g'ani(pie, dont la surface se
durcit et dont l’intérieur se creuse et se liquéfie en absorbant du liquide. D’abord, à l’état de g*ranulation moléculaire, elle grossit en distendant sa croûte solidifiée, de meme qu’une boule de caoutcbouc se dilate en amincissant sa pai’oi. Quand la cellule a sa surface partout également résistante, elle se dilate régrüièrement dans tous les sens et reste sphérique. Mais, lorsque certains points de sa croûte solide sont plus faibles, plus mous, plus dépressibles que les autres, ils cèdent, ils forment par leurs dilatations des excroissances, des prolongements comparables aux vésicules que les enfants font avec la g’omme mâchée. Quand ces points faibles sont au nombre de deux, la cellule est fusiforme. Sont-ils plus nombreux, elle est étoilée ou multipolaire.
Cette propriété qu’ont les éléments histologiques de présenter une forme sphérique ou fusiforme n’est pas propre à la vie ; on la retrouve à un certain degré chez les substances cristallines qui, tantôt cristallisent en cubes^ tantôt en prismes allongés. Sans doute les mêmes lois président à ces phénomènes, car la formation des cellules n’est, en définitive, que la cristallisation de la matière vivante.
Éléments histologiques, fusiformes ou fondamentaux. — On en compte cinq espèces :
1" Le tissu conjonctif, 2“ le tissu nerveux, 3° le tissu musculaire, V les cajiillaircs, 5" les canal icules sécréteurs des glandes.