DE LA LÉSION
tique, il faut raisonner d’après ce qu’on sait, et non d’après ce qu’on ig’nore.
Suivant leur cause, les lésions se divisent en 'primitives et secondaires. Les lésions primitives sont celles qui résultent de l’action directe et immédiate des ag*ents morbides venus de l’extérieur : telle est par exemple la paralysie d’un vaisseau provoquée par une action chimique, physique ou mécanique. Les lésions secondaires sont celles qui succèdent aux lésions primitives et sont dues à la réaction de l’org'anisme malade contre lui-même. Ainsi, dans l’inflammation, les phénomènes morbides causés par la fièvre, par la présence des exsudais, par la résorption des humeurs septiques, sont des lésions secondaires, parce qu’elles sont produites non par un ag’ent extérieur, mais par l’inflammation, c’est-à-dire par une autre lésion.
Toutes les lésions sont-elles de nature inflammatoire comme le voulait Broussais? Autrement dit, pour préciser mieux, toutes les maladies sont elles produites par des paralysies de vaisseaux? Poser ainsi la question, c’est la résoudre ; car il est évident qu’il faut répondre non. Non-seulement tous les éléments histolog’iques étrang’ers aux vaisseaux, ceux des muscles, du système nerveux, des g'iandes, des os, des membranes, etc., peuvent être lésés primitivement ou secondairement et devenir la cause de maladies , mais les vaisseaux eux-mêmes présentent des lésions de nature noninflammatoire. Au lieu d’être paralysés, ils peuvent
iiOG DIX-HUITIKME LEÇON,
être surexcités et donner lieu aux phénomènes morbides résultant ou d’une hyperémie ou d’une anémie exag^érées ; ils peuvent être hypertrophiés et former des tumeurs érectiles ou fongueuses; ils peuvent être amincis, affaiblis et se rompre sous l’influence des moindres causes' en produisant des hémorrhagies spontanées, comme dans le 'purimra et les autres maladies hémorrhagiques. Loin d’être les seules qu’on observe, les lésions de nature inflammatoires sont au contraire plus rares que les autres. Si cependant elles semblent si fréquentes, et si, pour le clinicien, elles constituent à elles seules une bonne partie des maladies , c’est qu’elles s’accompagnent toujours d’accidents assez prononcés et sont rarement méconnues. Les paralysies des vaisseaux modifient profondément les circulations locales; elles changent les rapports existant entre le sang et les tissus, et troublent les fonctions des organes ainsi que leur nutrition; au contraire, les lésions des éléments histologâques étrangers aux vaisseaux ne donnent lieu fréquemment qu’à des symptômes légers et, parfois même, n’ont absolument aucune conséquence fâcheuse. Qu’importe, par exemple, qu’un muscle ait quelques-unes de ses fibres contractiles paralysées; il n’en peut résulter qu’un affaiblissement très-léger, tout à fait insensible pour le malade. Si, au contraire, les fibres musculaires paralysées appartiennent non au muscle lui-même, mais à ses vaisseaux , il se produira une inflammation du muscle