‹ Leçons de médecine physiologiqueChapitre 36 sur 42 · DIÈTE · texte numérisé non relu

DIÈTE

rise la production des exsudations inHammatoires, des épanchements séreux, du pus, des fausses membranes. Gomme la saig*née, enfin, elle débilite profondément l’org’anisme, prolong*e la convaleseence, facilite les rechutes et les réeidives, et même, dans quelques cas, est la cause unique de la mort.

Pourquoi donc la diète a-t-elle eu une vog’ue actuellement bien déchue? G’est d’abord à cause des accidents très-réels que produit dans la fièvre une alimentation intempestive. On a eru que ees aeeidenls étaient dus à l’absorption des aliments, à leur pénétration dans le sang% tandis que e’est précisément le contraire, l’effet nuisible observé étant dû à la non-dig’estion des matières alimentaires et à leur présence dans le tube dig*estif.

Une autre raison du succès de la diète, c’est la théorie qu’on se faisait de l’inflammation. On eroyait que cette maladie était produite par un excès, par un débordement de sang% et qu’on allait la gaiérir en diminuant la masse de ee liquide. Or, c’était une g’rande erreur. En agissant ainsi, on peut bien amender temporairement les accidents eong-estifs par le mécanisme de la délitescence, mais on ne g’Liérit pas réellement l’inflammation. Pour cela, il faut modifier le solide vivant, il faut g*uérir les paralysies des vaisseaux, et le meilleur moyen e’est de fournir à ees vaisseaux les matériaux nutritifs dont ils ont besoin, autrement dit, c’est de renoncer à la diète toutes les fois que cela sera possible.

Révulsifs cutanés. — Ce sont des substances irritantes qu’on applique sur la peau dans le dessein d’y faire naître une inflammation plus ou moins intense. Ils se divisent en trois classes , suivant l’intensité de l’inflammation qu’ils développent : les rubéfiants^ qui déterminent une simple congres tion passag’ère ; les vésicants^ qui produisent une cong’estion plus intense avec exsudation séreuse, soulèvement de l’épiderme et excoriation de la peau; et enfin les caustiques, qui détruisent une portion de la peau et donnent naissance à une eschare. Du reste , cette différence d’action des révulsifs correspond à une simple différence d’intensité, et la preuve, c’est qu’un même ag^ent peut être en même temps rubéfiant, vésicant et caustique, suivant qu’il ag*it plus ou moins énergiquement. Les cantharides , le calorique sont dans ce cas.

Rubéfiants. — Les plus usités sont les sinapismes et pédiluves irritants. Ils sont fréquemment employés dans le traitement des inflammations, où on leur attribue une action révulsive. On suppose que la cong’estion qu’ils déterminent attire le sang’ des tissus enflammés et g-uérit l’inflammation. Remarquons-le, ce déplacement du sang’ fùt-il vraL l’inflammation s’en trouverait seulement amoindrie et non g’uérie, puisqu’on n’aurait rien fait à la paralysie des vaisseaux, cause unique des phénomènes inflammatoires. En second lieu, cel amoindrisse-

ment serait lui-même très-passag'er, puisque l’action des rubéfiants est toujours de peu de durée et ne dépasse pas quelques heures. Mais ce déplacement du sang’ produit par la révulsion est-il bien réel et a-t-il toute l’importance qu’on lui attribue ? Je ne le crois pas. En effet, le sang* attiré dans les parties rubéfiées modifierait déjà médiocrement l’inflammation s’il était emprunté tout entier aux vaisseaux malades. Mais, loin de là^ il est réparti ég'alement sur toute l’étendue du système circulatoire, de telle sorte que les org’anes enflammés ne cèdent qu’un ving’tième, un centième, un cinq-centième du sang’ attiré dans la peau rubéfiée. Les révulsifs même les plus puissants ne sauraient produire une action locale bien énerg’ique. Ainsi les mntouses de Junod, qui attirent rapidement dans les membres de g*randes quantités de sang’ produisent des défaillances et des syncopes sans g’uérir l’inflammation, et c’est ce qui explique le discrédit où on les voit.

Autre objection contre la théorie de la révulsion. Si les rubéfiants étaient réellement révulsifs, ils devraient se révulser les uns les autres. Les nouveaux sinapismes devraient g’uérir et faire disparaître les sinapismes déjà appliqués ; car ceux-ci sont sans contredit des inflammations très-lég’ères et beaucoup plus faciles à révulser que les inflammations des maladies. Or, l’expérience de tous les jours montre qu’il n’en est rien. Les sinapismes ne g'uérissent pas les sinapismes, et l’on n’a pas ce spectacle au moins sing’ulier d’une médication qui coin-

batlrail elle -même son propre effet, et fpii serait d’autant moins efficace qu’elle serait appliquée d’une manière plus larg*e.

Cependant, il faut l’accorder, les rubéfiants ag’issent réellement sur les inflammations, mais c’est autrement qu’on le suppose. Ils n’attirent pas le sang* des vaisseaux enflammés^ mais ils donnent naissance à des impressions sensitives qui pénètrent dans les centres nerveux, se réfléchissent sur les vaisseaux malades,, et gmérissent leurs paralysies. Je ne v^eux pas critiquer le principe de cette médication,, principe excellent, et que j’adopte entièrement; mais je ferai remarquer que les rubéfiants sont loin de remplir le but qu’on se propose aussi bien qu’on pourrait le désirer.

Une première critique à faire aux rubéfiants,, c’est que les impressions sensitives auxquelles ils donnent naissance sont douloureuses, et partant non pliysiolog*iques. A mon avis, elles seraient en même temps plus efficaces et plus pratiques si elles étaient indolentes et si elles ressemblaient exactement aux impressions sensitives pliysiolog*iques qui produisent les contractions normales des vaisseaux. Le g’rand principe de la thérapeutique tel qu’ Hippocrate l’a formulé,, c’est de rendre au corps ce qui lui manque. Or, on ne peut pas dire que la santé soit troublée par un défaut d’impressions douloureuses, la douleur étant par elle-même quelque chose d’essentiellement contraire à la santé.

Une seconde objection à faire aux rubéfiants.

c’esl que leur effet n’est pas suffisamment prolong'é; après cleuxoutrois heures leur oeuvre cesse, les impressions sensitives qu’ils déterminaient disparaissent, et l’effet curatif obtenu pendant quelques instants n’aplus lieu. Or, dans une médication convenablement instituée, les impressions sensitives destinées à g’uérir les paralysies des vaisseaux devraient se prolong’er aussi long'temps que la paralysie persiste.

Enfin, une dernière objection plus capitale encore, c’est que, dans la pratique, les rubéfiants sont appliqués d’après la théorie de la révulsion et non d’après celle de l’excitation. On les place sur certains points toujours les mêmes, aux malléoles, aux mollets, aux cuisses, etc., partout où la peau est fine, et sans avoir aucun ég’ard au siég’e de la maladie à combattre. Il faudrait,’ au contraire, pour chaque maladie, varier le siég'e de la rubéfaction et la pratiquer dans les points où les impressions sensitives peuvent le mieux se réfléchir par action réflexe sur les vaisseaux malades. Or, c’est à quoi ne pensent g’Lière la plupart des médecins lorsqu’ils appliquent des sinapismes.

Vésicatoires. — Les vésicants les plus employés sont les cantharides, l’ammoniaque, l’eau bouillante et l’huile de croton, cette dernière tenant le milieu entre les vésicants et les rubéfiants.

Ce qu’on vient de dire des ridiéfiants s’applif|ue de tout point aux vésicants. Ceux-ci n’excrcent au-

Cime révulsion sensible sur les inflammations. La quantité de sang* qu’ils déplacent est très-minime et se trouve d’ailleurs répartie sur la totalité du système circulatoire. Enfin, les vésicatoires n’exercent aucune action révulsive les uns sur les autres, bien qu’ils soient plus facilement curables que les inflammations contre lesquelles on les emploie.

Cependant les vésicatoires ag*issent dans les inflammations, mais c’est à la manière des rubéfiants; c’est en produisant des impressions sensitives qui pénètrent dans les centres nerveux, se réfléchissent sur les vaisseaux paralysés, et en amènent la g*uérison. Ces impressions sensitives sont beaucoup plus persistan tes et prolong*ées que celles des sinapismes , et sous ce rapport elles sont préférables. Mais elles sont aussi beaucoup plus douloureuses, beaucoup plus difficiles à supporter, et c’est là une g*rande cause d’insuccès. Les impressions sensitives que l’on provoque artificiellement dans les maladies doivent ressembler autant que possible à celles qui s’observent à l’état normal. Or, ces dernières sont complètement indolentes; bien plus, elles sont si faibles qu’on n’a même pas la conscience de leur existence. Enfin , de même ({iie les sinapismes , le plus souvent les vésicatoires sont posés dans une intention de révulsion, et sans qu’on tienne un compte suffisant du siég’e du mal, ni des actions réflexes auxquelles il faudrait donner naissance.

Les vésicatoires présentent une larg*e bulle de sé-

rosité. Le vulg’aire , et, il faut bien l’avouer, quelques médecins aussi s’imagnnent que cette sérosité provient des épanchements séreux , et qu’elle est très-utile à la gaiérison de ces épanchements. C’est là une erreur fâcheuse ; la sérosité des vésicatoires est tirée du sang’ contenu dans les capillaires les plus superficiels du derme, et elle se produit exactement la même, qu’il y ait ou non un épanchement.

D’autres médecins accordent que la sérosité des vésicatoires vient des vaisseaux , mais ils pensent que cette spoliation du sérum du sang* s’oppose à la formation de nouveaux épanchements, et hâte la résorption des anciens. C’est précisément le contraire qui est vrai. Les inflammations se compliquent d’autant plus aisément d’épanchements séreux, que le sérum de sang’ est plus pauvre en albumine , et plus riche en eau. Or, les vésicatoires, en enlevant au sang* une partie de son sérum , ne peuvent que favoriser la production des épanchements.

Je ne dirai rien ici des vésicatoires entretenus. Ceux-ci ag*issent exactement comme les exutoires dont il va être bientôt question.

Caustiques. Les caustiques sont des irritants très-énerg’iques, qui détruisent la peau dans une profondeur plus ou moins g'rande, et produisent ainsi des plaies avec perte de substance, et qui suppurent long'temps et abondamment. Tels sont les cautères , les fontanelles , les nioxas, auxquels il faut

ajouter les sèlons et les vésicatoires entretenus, dont l’action thérapeutique est la même.

Tous ces exutoires ont pour caractère commun de sécréter du pus, et c’est à cette sécrétion purulente qu’on attribue leur vertu thérapeutique. Ils forment, dit-on, de véritables orifices d’écoulement par lesquels s’élimine tout le pus contenu dans le sang* , et ils seraient de tous les dépuratifs les plus énerg*iques et les plus certains. C’est là une appréciation erronée. Les exutoires , bien loin de combattre la tendance à la suppuration , la favorisent. Par les douleurs qu’ils provoquent , par les pertes de liquide qu’ils déterminent , ils accélèrent la circulation lymphatique et cbarg*ent le sang* de matériaux pyog*éniques. Si les exutoires sécrètent si constamment du pus, ce n’est pas parce qu’ils éliminent les matières pyog*éniques déjà existantes dans le sang*, mais c’est parce qu’ils en provoquent un nouvel afflux dans les vaisseaux. Aussi, plus on multiplie les exutoires, plus on les irrite, plus ils sécrètent de pus, et moins ils ont de tendance à se tarir. S’ils étaient dépuratifs, comme on le suppose , on devrait observer le contraire , et ils devraient se sécher aussitôt qu’ils auraient éliminé tout le pus contenu dans l’économie; or c’est ce qui n’a jamais lieu. Enfin, si les exutoires étaient réellement dépuratifs , ils devraient exercer cette action dépurative les uns sur les autres et se tarir mutuellement, de telle sorte ([u’ils se montreraient d’autant moins efficaces qu’ils seraient plus nom-

breiix. Un nouvel exutoire nuirait à l’aetion de ceux qui existent déjà, bien loin d’aug’menter leur effet. Or, c’est là une conclusion que n’admettront guère ceux-là mêmes qui préconisent le plus l’emploi des exutoires.

Ce n’est pas à dire que les exutoires n’aient une certaine utilité dans le traitement des inflammations. Mais ils se comportent autrement qu’on ne le suppose; ils agissent à la manière des rubéfiants et des vésicants, c’est-à-dire par action réflexe en donnant naissance à des impressions sensitives qui se réfléchissent sur les vaisseaux paralysés. Seulement, de même que, pour les vésicatoires, ces impressions sensitives des exutoires sont trop intenses et trop douloureuses , outre que le plus souvent elles sont mal dirigées , provenant toujours des mêmes points de la peau, sans qu’on tienne aucun compte du siège varié des maladies. C’est ainsi qu’on conseille des vésicatoires et des cautères au bras contre toutes sortes d’affections intéressant les organes les plus divers.

23 janvier ISôS.

KcTiilsifs internes. — Toinitifs. — Purgatifs. —

Catlicr étiques.

. Messieurs ,

Révulsifs internes. — Ce sont des substances irritantes qu’on applique sur la muqueuse dig*estive afin d’y produire une inflammation plus ou moins intense. On les divise en deux g’randes classes : les vomitifs et les purgatifs^ suivant qu’ils ag-issent plus particulièrement sur la muqueuse de l’estomac ou sur celle du tube dig’estif.

Pourquoi une substance est-elle vomitive ou purg’ative ? Gela dépend de sa rapidité à produire une action irritante. En effet, le cours des matières ing*érées se ralentit à mesure qu’on se rapproche de l’anus. Très -rapide et comme convulsif dans la bouche et l’œsopliag'e, il est déjà plus lent dans l’estomac, plus lent encore dans l’intestin gTele; enfin c’est dans le g’ros intestin qu’il se trouve le plus ralenti. Gela posé, une substance irritera une section d’autant plus élevée du tube dig’cstif, que son

action sera plus rapide. Si, par exemple, elle ag*!! instantanément comme les acides, Téther, les corps très-chauds, elle irritera la bouche, la g*org*e et l’œsophag’e, malg’ré la rapidité de la dég’lutition. Si la substance ing’érée est un peu plus lentement irritante, comme l’émétique, l’ipéca, le sulfate de cuivre, elle arrivera sans accident dans l’estomac, et c’est ce viscère qu’elle irritera; elle sera donc vomitive. Si elle est encore plus lente dans son action, comme les sels neutres, l’huile de ricin, le calomel, etc., elle traversera l’estomac sans trahir son passag'e par aucun phénomène, elle arrivera dans l’intestin g*rêle, et c’est là seulement que son séjour sera assez prolong'é pour lui permettre d’être irritante. Enfin, si les substances ing*érées ont une action plus tardive encore, comme l’aloès, la mag’nésie, etc., elles traverseront tout le tube dig’estif sans rien produire, et c’est seulement dans le côlon qu’elles pourront manifester leurs propriétés irritantes, g’râce à la durée du séjour qu’elles y feront.

Bien entendu, l’ordre qu’on vient de dire ne s’observe qu’autant que les substances ing’érées ne sont pas en quantité trop gTande et que la muqueuse dig*estive n’a pas une susceptibilité exag*érée. C’est ainsi que les purg'atifs pris à fortes doses se transforment en vomitifs, et que, d’autre part, chez les individus atteints de g’astrite, tout peut faire vomir, tout, jusqu’aux aliments et à l’eau pure.

Vomitifs. On donne ce nom à toutes les substances dont l’ing-estion est habituellement suivie de vomissements, telles que le tartre stibié, Tipéca, le sulfate de cuivre. Le vomissement est un mouvement réflexe particulier; c’est une contraction simultanée des muscles inspirateurs et expirateurs. A l’état normal, jamais ces deuxgToupes de muscles ne se contractent ensemble, mais toujours ils entrent en action l’un après l’autre, de manière à produire les mouvements alternatifs de la respiration. Or, le vomissement trouble cette alternance; il fait contracter en même temps le diaphrag'me (muscle inspirateur) et les muscles abdominaux (muscles expirateurs), et c’est cette double contraction qui comprime violemment l’estomac et en fait sortir le contenu.

Le mouvement réflexe du vomissement est produit par des impressions sensitives qui partent soit de ristbme du g*osier, soit de la muqueuse g’astrique. Il n’y a aucun doute à cet ég*ard, puisqu’il suffit de titiller la luette pour produire la nausée, et que, d’un autre côté, toute inflammation un peu violente de l’estomac s’accompagne, à coup sûr, de vomissements. Cependant, pour qu’il y ait vomissement, il ne suffit pas que des impressions sensitives spéciales viennent solliciter la contraction simultanée des muscles inspirateurs et expirateurs. Il faut, de plus, deux nouvelles conditions.

D’abord, il faut c[ue le système nerveux soit rendu

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