PURGATIFS
et ils aiig’mentent ainsi la constipation qu’ils sopt destinés à combattre. Pour vaincre la constipation, les lavements simples qui délayent les matières stercorales et les rendent plus faciles à évacuer, sont bien préférables à l’iisag^e des purg-aiifs, même de ceux réputés les plus doux et les plus inolfensifs.
Effet 'purgatif. — Souvent on administre les purg’ations, avec l’intention de faire évacuer une certaine quantité de bile, de mucus ou de sérosité, et, se fondant sur d’anciennes idées humorales , on est persuadé que cette évacuation est très-utile à la g'uérison des inflammations. On renoncera bien vite à ces idées, si l’on réfléchit que les principes, ainsi évacués, font partie intég’rante de l’org’anisrne, où leur présence non-seulement n’exerce aucune action fâcheuse, mais est indispensable à l’accomplissement de certaines fonctions. Ainsi la bile est une humeur dig-estive qui neutralise les matières acides venues de l’estomac, arrête la dig*estion g'aslrique et permet à la dig*estion intestinale de commencer. Le mucus est indispensable à la prog*ression et au g’iissement des matières dans le tube dig’estif. Enfin, la sérosité des sucs dig’estifs est nécessaire pour délayer les aliments et permettre leur absorption. Aucun de ces trois principes ne présente donc de propriétés délétères, et il est suranné d’en provoquer l’élimination.
Action spoliatrice. — Tout en reconnaissant que la sérosité n’a rien de nuisible en elle-même.
beaucoup de médecins pensent qu’il est bon de l’évacuer. Ils croient débarrasser ainsi le san^ de ses principes séreux et favoriser la résorption des épanchements et des hydropisies. J’ai déjà dit, à propos des vésicatoires, combien cette théorie était illusoire. En dépouillant le sang* de sa sérosité, on le rend plus aqueux, on le rend plus apte à s’infiltrer dans les tissus et on favorise ainsi la formation des épanchements séreux, bien loin de la combattre.
Action révulsive. — Tout ce que j’ai dit à propos des rubéfiants s’applique exactement aux purg*atifs. La cong’estion de la muqueuse intestinale^ produite parles purg*atifs, n’exerce sur les inflammations qu’une action révulsive insig*nifiante, parce qu’elle se répartit sur tout le système circulatoire, et qu’elle ne. saurait se localiser.
De plus, en admettant que cette révulsion ait lieu, ce serait encore une mauvaise médication, d’abord parce qu’elle ne dure pas assez, et ensuite, parce qu’elle se borne à amender l’inflammation, sans la g*uérir en rien et sans faire disparaître la paralysie des vaisseaux. Enfin , si les purg*atifs exerçaient réellement une action révulsiA-e, ils devraient commencer par se révulser et se neutraliser les uns les autres, et l’on arriverait à cette conclusion ridicule que les purg’atifs ag*issent d’autant moins, qu’ils intéressent la muqueuse intestinale sur une plus g*rande étendue.
Action débilitante. — Cette action est très-réelle.
CATHÉRÉTIQUES.
et c’est à elle que les purg'atils doivent leur succès. En éliminant une certaine quantité de sérosité, en suppi’iinant pendant quelque temps les dig’estions, les purg’atifs, surtout les drastiques, diminuent la niasse du sang* et ralentissent la circulation. Il en résulte un afflux moindre du sang* dans les tissus enflammés et une rapide résorption des épanchements séreux et des liydropisies. Mais l’amélioration ainsi obtenue est momentanée , elle disparaît aussitôt que le sang* a réparé ses pertes et que la circulation a repris son activité normale. Les purg*atifs n’ont fait que pallier le mal sans le g’uérir, car pour obtenir ce dernier résultat il eût fallu modifier le solide et rendre le mouvement aux vaisseaux paralysés : or c’est ce qu’aucun purg’atif ne saurait faire.
Action excitante, — Enfin les purg*atifs peuvent ag-ir sur l’inflammation par action réflexe en donnant naissance à des impressions sensitives qui vont se réfléchir sur les vaisseaux malades ; seulement cette excitation est trop intense et trop différente des excitations pbysiolog*iques essentiellement indolentes. De plus , les purg*ations , ag*issant toujours sur la muqueuse intestinale, les actions réflexes qu’elles produisent sont toujours les mêmes et n’ont pas la variété qui serait indispensable pour traiter des maladies diversement localisées.
Cathérétiqubis. — Les catbérétiques sont des substances lég*èrement irritantes qu’on applique sur la
VINÜTIÈME LEÇON.
peau et les muqueuses enflammées, de manière à modifier l’inflammation existante à l’aide d’une nouvelle inflammation : tels sont les pommades irritantes employées dans le traitement des maladies de la peau; les collyres irritants, conseillés dans les conjonctives; les g'arg’arismes astring’ents et irritants, préconisés contre les ang*ines; les vomitifs et les purg’atifs, employés dans les g’astrites, les entérites, les dysenteries; enfin les injections irritantes , recommandées dans les blennorrliag’iés et les vag*inites, etc.
Pour comprendre la manière d’ag^ir des cathérétiques, il faut se souvenir que l’inflammation se présente sous deux formes différentes : 1° la forme cong’estive, constituée par une paralysie des artérioles et caractérisée par une accélération de la circulation capillaire entraînant après elle un accroissement de la roug’eur, de la chaleur et de la sensibilité des tissus enflammés, ainsi qu’une aug’mentation des exsudations suintant à leur surface; 2® la forme eng*org’ée, constituée par une paralysie des veinules et caractérisée par le ralentissement de la circulation capillaire, et par la diminution de la roug’eur, de la température et de la sensibilité des tissus malades.
Remarquez que les symptômes de l’engorg'ement sont précisément opposés à ceux de la cong’estion , et qu’ils tendent à faire disparaître ces derniers, ou du moins à les améliorer; de telle sorte (|ue reng’org’einent peut jusc[u’à un certain point
CATHÉ RÉTIQUES.
être considéré coiiiiiie le remède de la cong’estion. C’est là, du reste, un fait prouvé par l’expérience. Chez un animal dont la face est cong’estionnée par suite de la seetion de son sympathique, on produit un eng’org'ement de la face en coupant la cinquième paire du même côté. Aussitôt on voit diminuer l’intensité des phénomènes cong’estifs , et les parties malades présentent un état intermédiaire entre la cong*estion et l’eng’org'ement. La cong’estion est de même une sorte de remède contre l’eng^org-ement, et, si l’on répète l’expérience préeéden te en sens inverse, en commençant par la section de la cinquième paire, on produit de même , par la seetion du sympathique , une certaine amélioration de l’eng’org’ement. C’est donc là un fait parfaitement établi par le raisonnement comme par l’expérience et sur lequel on peut s’appuyer sans erainte d’erreur.
Cela posé, (juand dans une cong’estion on fait des applications topiques irritantes et qu’il en résulte une amélioration , il est elair que ees applications ont ag’i en paralysant les veinules restées saines, en amenant un certain deg’ré d’eng’org’ement , et en diminuant ainsi la violence des symptômes inflammatoires existants.
liéciproquement , quand dans une inflammation à forme eng’org’ée on emploie localement des préparations irritantes et qu’il en résulte du mieux , évidemment ce mieux provient de ce que le cathérétique a paralysé des artérioles restées saines , et
a produit ainsi une cong’estion qui a contrebalancé les symptômes de reng*org‘ernent.
Dans les deux cas, il y a donc eu une amélioration de l’inflammation , amélioration très-rapide , et pour ainsi dire instantanée, parce que rien n’était facile comme de paralyser des vaisseaux restés bien portants.
Cette amélioration des symptômes est-elle une gTiérison véritable? Évidemment non , elle est toute palliative ; les irritants n’ont pas diminué ni g*uéri les paralysies vasculaires existantes; loin delà, ils en ont produit de nouvelles. Les vaisseaux d’un tissu n’étaient paralysés qu’en partie ; après l’irritation topique, ils sont tous malades sans exception. En conscience, est-ce là une gnérison? Sans doute les phénomènes locaux de l’inflammation se trouvent notablement amendés, mais la gmérison en est rendue plus incertaine, plus lente, plus difficile. Les inflammations traitées parles cathérétiques tendent invinciblement à prendre la forme chronique, et quand elles g’uérissent à force de temps, les rechutes sont inévitables et prochaines. On n’en a que trop d’exemples dans toutes les maladies de peau, les conjonctivites, les uréthrites, les vaginites, qui prennent rapidement, sous l’influence des topiques irritants, la forme chronique et deviennent incurables.
On a prétendu que les cathérétiques agissaient en substituant une inflammation de bonne nature à une autre inflammation de mauvaise nature, et
CATHBRÉTIQUES. 269
011 a donné à cette médication le nom de substitutive on homœopathique .
11 est à remarquer que ceux qui parlent ainsi d’inflammation de bonne ou de mauvaise nature ne disent nulle part quelle est la nature de l’inflammation quand c’est précisément ce qu’il aurait lallu faire pour commencer. Pour moi, toutes les inflammations me paraissent être de la même nature, et cette nature est toujours essentiellement mauvaise ; c’est toujours une paralysie des vaisseaux, c’est-à-dire une perte plus ou moins complète de l’irritabilité et de l’excitabilité des veinules et des artérioles présidant à la circulation capillaire.
Cependant, pour en revenir à la médication substitutive, il est probable que ses partisans entendent par inflammations de bonne nature des paralysies vasculaires peu g’raves, malg’ré leur intensité apparente, et qui g'Liérissent vite et complètement avec la plus g’rande facilité. Au contraire, ils désig-nent par inflammations de mauvaise nature les paralysies vasculaires rebelles qui persistent long* temps ou ne se laissent gaiérir que d’une manière incomplète. Cela posé, il est faux que, dans la médication cathéré tique,, des inflammations bénigaies se substituent à des inflammations plus g’raves ; elles s’y ajoutent; il n’y a pas remplacement, il y a addition. Un tissu n’avait qu’une portion de ses vaisseaux paralysés, il était cong’estionné ou eng-org’é; les topiques irritants complètent cette paralysie, ils frappent les vaisseaux restés sains, et substituent ainsi
un eng’org*einen l cong’ostif à la cong’esLion simple ou à l’eng’org’ement simple qui existaient auparavant. Il peut en résulter un certain amendement des symptômes, mais non une véritable guérison. Loin de là, l’inflammation ainsi traitée devient d’autant plus rebelle et plus incurable que les topiques irritants sont plus énergiques et employés plus fréquemment.
VINGT ET UNIEME LEÇON 27 janvier 1865.
.4i)!sor|><ioii fies mcclieaiiicufs. — IVoiivelIe tliéra-
Eicutiqiie.
Messieurs,
Les médicaments appliqués sur la peau ou sur les muqueuses ont une action simple et facile à comprendre. Ils irritent plus ou moins violemment les tég*uments qu’ils intéressent, ils en paralysent les vaisseaux et produisent ainsi une inflammation d’intensité variable. Mais, quand ces mêmes médicaments sont absorbés et pénètrent dans le sang’, leur action est plus complexe et plus variée. Ainsi, l’ammoniaque et les cantharides appliquées sur la peau produisent toutes deux un même phénomène;, une vésication ; absorbées;, la première déterminera une lég’ère excitation fébrile, la seconde donnera naissance à une cystite. Autre exemple : A l’intérieur, le calomel et le sulfate de soude purg’ent l’intestin grêle; absorbés^ le premier produit une salivation mercurielle; le second ne donne lieu à aucun phénomène morbide. Cependant, en y reg’ar-
dant de près, il y a aussi des différences dans Tac- Lion topique des médicaments. Ainsi, la vésication de l’ammoniaque est produite en quelques minutes^ celle des cantharides exig-e plusieurs heures pour s’accomplir. Le calomel provoque des selles verdâtres dues à l’absorption du sublimé corrosif et à une destruction plus rapide des gdobules sang-uins de la veine porte; les selles du sulfate de soude sont jaunâtres ou d’un vert beaucoup plus pâle. Ainsi donc^ les médicaments trahissent la différence de leur nature même dans leur action locale, mais c’est surtout par l’absorption et la pénétration dans le sang’ que ces différences se trouvent mises dans tout leur jour.
La différence d’action des médicaments absorbés dépend des conditions suivantes :
1° Dose du médicament. — Elle est de la plus g*rande importance et cbang’e absolument l’effet du médicament. Ainsi l’alcool est excitant à faible dose, il est narcotique à dose plus forte; enfin il est toxique quand il est ing’éré en gTande quantité, et tue alors avec la rapidité de la foudre. Quand donc on parle de l’action d’une substance, il faut toujours faire mention de la dose que Ton a administrée.
2° Fractionnement. — A doses ég-ales, les médicaments produisent des effets très-différents suivant qu’ils sont donnés tout d’un coup en une ou deux fois, ou bien à petites doses fréquemment répétées. Ainsi 0,20 centigT. de calomel pris en une seule fois, purgont; prescrits en 40 paquets â une demi-
absorption des médicaments.
lieure d’intervalle, ils ne purg'ent plus, mais produisent une salivation mercurielle immédiate. Le tartre stibié et l’ipéca, pris en une ou deux fois, font vomir; administrés en lavag-e, ils ne font plus vomii’j mais ils sont absorbés et amènent un état nauséeux.
3“ Degré de concentration. — C’est encore là une condition très-importante. Une même quantité de médicament administrée de la même façon produira des effets très-différents, suivant qu’elle sera plus ou moins étendue d’eau. Ainsi 4 g’rammes d’acide sulfurique ing*érés purs sont un poison; étendus d’un litre d’eau, ils forment une limonade parfaitement innocente.
4" Facilité cï absoriition. — Les médicaments présentent entre eux de g-randes différences, eu ég’ard à la facilité de leur absorption; les uns sont absorbés immédiatement, ils traversent l’épithélium intestinal avec la plus g*rande facilité, et à peine sontils ing*érés qu’ils commencent à agdr ; les autres ont une absorption beaucoup plus lente, quelquesuns même, comme le curare et le venin de vipère, ne sont pas absorbés du tout. On a vu précédemment que cette différence dans la rapidité de leur absorption disting’uait les vomitifs des purg’atifs et les purg*atifs les uns des autres.
5" Volatilité et élimination par les poumons. — Les médicaments présentent encore dans leurs effets des différences capitales, suivant qu’ils sont plus ou moins volatils et qu’ils peuvent s’étiminer plus ou
T. MOILIN. 18
moins l'acilcmcnL en traversant les ])oumons. Les médicaments volatils pénètrent difficilement par absorption dans le sang’ artériel, car en traversant les ])OLimons ils sont éliminés en totalité, et leur action se trouve toujours localisée à la muqueuse dig’estive^ au foie et à la muqueuse respiratoire; c’est seulement quand ils sont absorbés en g’rande quantité qu’ils pénètrent dans le sang* artériel et vont ag’ir sur les autres org’anes. Les substances volatiles, même celles qui sont toxiques, peuvent donc être ing’érées à certaines doses sans produire d’effet nuisible ; tels sont l’alcool^ l’éther^ le chloroforme, la térébenthine,, l’acide sulfhydrique, l’acide cyanhydrique, etc. Mais,, si ces mêmes substances sont respirées, alors leur action est immédiate et énerg’ique, parce qu’elles pénètrent sans obstacle dans le sang* artériel et vont ag’ir sur les tissus. Ainsi, le chloroforme n’a pas du tout le môme effet, pris en potion ou respiré. Dans le premier cas, il est excitant; dans le second, anesthésique.
Autre conséquence. On sait quelle différence présentent les individus dans leur manière de supporter les boissons spiritueuses. Les uns s’enivrent immédiatement, les autres peuvent ing’érer des quantités prodig’ieuses d’alcool, sans en ressentir aucun effet. Or, cette différence ne tient nullement à la force variable du système nerveux qui, chez les uns, résisterait à l’action de l’alcool et y succomberait chez les autres. Elle provient simplement de
la rapidité de l’absorption intestinale et de l’amplitude de la respiration. Les personnes qui peuvent boire impunément sont celles qui absorbent lentement et ([ui ont une respiration ou trôs-larg’e ou très-fréquente. Chez eux, lespounionS;, éliminant à chaque instant plus d’alcool qu'il n’en est absorbé, ce principe ne pénètre pas dans le sang’ artériel, et partant, n’exerce aucune action sur le cerveau.
6" Affinité pour le sang. — Quand les substances ont réussi à pénétrer dans le sang* artériel, elles présentent encore de g’randes différences, suivant qu’elles demeurent dans le corps plus ou moins long’temps. Les unes sont éliminées aussitôt qu’elles sont absorbées et ne font pour ainsi dire que traverser réconomie. Tels sont le sucre, les sels neutres, les sels de fer, les substances diurétiques, les substances volatiles, etc. Les autres, au contraire, séjournent volontiers dans le corps^, et leur effet se fait sentir encore plusieurs journées après qu’on a cessé leur administration. Tels sont, par exemple, les alcaloïdes org’aniques, la morphine, la strychnine, etc.^ et les sels de plomh, de mercure, d’arg’ent, etc. Cette différence d’action thérapeutique est très-importante , et elle s’explique aisément si l’on admet que les médicaments forment, avec nos tissus, des comhinaisons plus ou moins stables.
7“ Action élective sur les éléments histologirp.ies. — EnOn, une dernière différence des médicaments, la plus importante de toutes, c’est leur action élec-
tive sur les éléments histolog'iques. Les cellules qui composent le corps ressentent d’une manière différente l’action des divers médicaments, soit quelles les absorbent avec plus de facilité, soit qu’elles se montrent plus sensibles à leur action toxique. Ainsi les substances, dites irritantes, ont une action élective sur les fibres musculaires ; les narcotiques, les anesthésiques agissent au contraire de préférence sur les tubes nerveux ou les cellules nerveuses; les sels de mercure ont une prédilection caractéristique pour les cellules de la salive; enfin, le sucre, les diurétiques ont la même prédilection pour les cellules qui sécrètent l’urine. Non-seulement les éléments histolog'iques d’espèce différente ont pour les médicaments des affinités diverses; mais des éléments histolog’iques^ de même espèce, présentent des actions électives non moins évidentes. Ainsi, il est certain que toutes les substances narcotiques n’agâssent pas de la même façon sur les cellules du cerveau. La belladone n’ag’it pas comme l’opium; le sulfate de quinine se comporte autrement que la caféine, etc. Or, cela provient évidemment de ce que les diverses cellules du cerveau ne sont pas réellement identiques entre elles et qu’elles présentent dans leur constitution, des variétés encore inconnues, variétés que trahit l’emploi des médicaments.
Naturellement ces actions électives des médicaments n’ont lieu qu’ autant que ces derniers sont administrés à doses assez faibles. A fortes doses, les
médicaments agissent sur tous les éléments histologiques à la fois, mais toujours d'une manière inég’ale et avec plus de force sur les cellules pour lesquelles ils ont le plus d’affinité.
Action intime des médicaments. — Telles sont les raisons c[ui font que les médicaments agissent d’une manière différente, et, si je vous faisais l’histoire de chaque médicament en particulier, vous verriez que ces raisons sont très-suffisantes et expliquent tous les phénomènes observés. Mais c’est là un sujet trop vaste, et que d’ailleurs je me propose de traiter avec détail dans un de mes prochains cours. Pour aujourd’hui , je me bornerai à vous dire quelle est l’action intime et essentielle des médicaments en g-énéral, sans faire l’histoire d’aucun d’eux en particulier.
Un premier point à établir, c’est qu’un médicament , pour agâr, doit intéresser le solide vivant et modifier les éléments histolog-iques. En effet, ceuxci seuls sont doués de vie, et toute lésion qui ne les atteint pas est comme non avenue. Ce n’est pas à dire que les liquides de l’org'anisme ne puissent être altérés par la présence des médicaments ; ces altérations sont au contraire très-fréquentes et elles sont de règ*le pour le sérum du sang*. Mais je prétends que ces altérations du sang’ sont comme non avenues, et qu’elles n’ont aucun effet tant qu’elles n’ont pas retenti d’une manière ou d’une autre sur les éléments histolog’iques. Cela est prouvé sura-
VINGT ET UNIÈME LErON.
bonclamment par l’analyse des symptômes attribués aux lésions du sang', tous ces symptômes, sans exception, étant localisés dans des éléments histolog’iques.
Le problème de l’action intime des médicaments se résout donc dans cette simple question : Quelle est Faction intime des médicaments sur les éléments histolog’iques? La réponse qui peut paraître difficile est au contraire des plus aisées, comme on va en jug'er.
Une substance quelconque ne peut ag’ir sur un élément histolog'ique quelconque que de deux manières différentes: ou bien elle favorise les fonctions de l’élément histolog'ique, et sert à l’entretien de la vie; ou bien elle contrarie les fonctions de l’élément bistolog'ique, et nuit à l’entretien de la vie. Cette proposition est tellement simple qu’on ne saurait la contester.
Gela posé, tous les médicaments sans exception ont pour effet de nuire aux propriétés vitales des éléments liistolog’iques. Tous, sans exception, diminuent la vitalité des cellules , tous suppriment ou ralentissent leurs fonctions, tous hâtent leur vieillesse et accélèrent leur destruction. L’action primitive d’un médicament, alors môme qu’il est excitant, et qu’il semble favoriser les phénomènes vitaux, cette action est toujours une lésion, une destruction , une paralysie d’un élément histolog'ique. Ainsi, si les sinapismes et les vésicatoires sont e.xcitants et produisent fies actions réfïe.xes qui modi-
fient le système neeveux, ce ii’cst nullement parce cpie les cantharides et l’essence de moutarde accroissent la vitalité des nerfs sensitifs de la peau et leur font produire des impressions sensitives plus intenses, mais c’est parce qu’elles paralysent les vaisseaux et amènent une cong’estion du derme. C’est cette cong^estion, ou, pour mieux dire, c’est l’excès de sang’ appelé dans les vaisseaux paralysés qui excite, ce n’est pas le médicament. De même pour les purg-atifs, s’ils exag’èrent les sécrétions du tube dig’estif, ce n’est pas qu’ils accroissent la vitalité des cellules de sécrétion et les fassent se produire en plus g’rande abondance; mais c’est parce qu’ils paralysent les vaisseaux de la muqueuse intestinale, et y déterminent ainsi une inflammation qui attire le sang*. C’est ce sang’ qui excite les g’iandules de l’intestin, et fournit de la sérosité en plus g’rande abondance : ce n’est pas le purg’atif. Et de même pour les médicaments absorbés; si par exemple les diurétiques excitent la sécrétion urinaire, ce n’est nullement parce qu’ils favorisent le développement et les phénomènes d’assimilation des cellules de l’urine; mais c’est parce qu’ils paralysent les vaisseaux des reins et y produisent une cong’estion. C’est cet afflux du sang* qui active la nutrition des cellules de l’urine, et non le diurétique. En résumé , l’action directe et immédiate des médicaments sur les éléments bistolog’iques est toujours une diminution ou une suppression de fonctions, une paralysie^ en pre-
nanL ce mot clans un sens trôs-g’énéral. Celle lésion , une fois produite , peut donner naissance à son tour à des phénomènes d’excitation; mais ces phénomènes ont toujours une orig’ine physiolog’ique et sont produits par l’afflux du sang* et non par le médicament.
Mais, dira-t-on , comment se fait-il que, dans le g*rand nombre des médicaments, il n’y en ait pas un seul qui ag*isse d’une manière différente et qui favorise les fonctions des éléments histolog*iques, au lieu de les contrarier? En supposant c[u’aucan des médicaments actuels ne remplisse cette condition, est-il donc impossible de découvrir de nouveaux remèdes dont l’action soit plus favorable? Parmi les milliers de substances ejui existent déjà, ou que la chimie doit créer , n’y en a-t-il pas quelquesunes dont l’absorption soit utile aux propriétés vitales des éléments histologâques ?
Si, Messieurs ; ces substances favorables aux fonctions des cellules existent, elles sont meme trèsabondantes dans la nature, et tous les jours on en découvre de nouvelles. Seulement, ce ne sont pas des médicaments ^ ce sont des aliments. Or, il est impossible de confondre l’aliment avec le médicament. L’essayeriez-vous, le bon sens public serait là pour vous condamner sans appel. L’aliment est une substance qui entretient ou développe les propriétés vitales des tissus; il est utile à la vie et il peut être pris indéfiniment sans nuire à la santé. Le médicament, lui, nuit aux propriétés vitales des éléments
histolog’iques ; son usag’o trouble les fonctions, altère
la santé, et si on le continue indéfiniment, il finit
par rendre malade.
Mais comment disting-uer l’aliment du médicament? Par l’expérience seule. Veut-on savoir par exemple si l’huile de foie de morue est un médicament ou un aliment, il faut la faire entrer dans l’alimentation ordinaire. Si elle ne produit aucun effet visible, et si on s’en trouve aussi bien que de l’iiuile d’olive, c’est un aliment. Si , au contraire, elle rend malade , cause de l’anorexie , des pesanteurs d’estomac, des purg’ations, si, en un mot elle trouble la santé, c’est un médicament. Il est même certaines substances qu’on a considérées long’temps comme médicamenteuses, et qui cependant étaient alimentaires. Tel est par exemple le sucre de canne , reg*ardé autrefois comme un remède, et entré aujourd’hui sur une si larg’e échelle dans l’alimentation publique.
Mais, pour décider si une substance est alimentaire ou médicamenteuse, il ne faut pas la considérer d’une manière abstraite , mais tenir g*rand compte de la dose à laquelle on l’administre. Ainsi le chlorure de sodium , à la dose de quelques centig’rammes, est un aliment indispensable à la vie; à la dose de 100 grammes, c’est un purg’atif violent: c’est un médicament. Il en est de même pour les autres principes entrant dans la constitution du corps, pour les sels alcalins, les sels de fer, et pour l’oxyg-ène lui-même, ce fluide essentiellement vital.
A faible close, ces siihsiances entretiennent la vie; elles sont des aliments; à close pins forte, elles nuisent à la vie et sont des médicaments.
En résumé , cpiancl une substance , prise à une dose déterminée^ peut être continuée indéfiniment^ sans nuire à la santé, elle est alimentaire, ou du moins inerte à la close cpe l’on considère. Si une substance, prise à une dose déterminée^ ne peut être continuée indéfiniment , sans nuire à la santé, elle est médicament à la close c{ue l’on considère.
Il est certaines substances dont l’action sur la santé n’est pas encore bien connue; je veux parler des excitants tombés clans le domaine public, tels c|ue les boissons spiritueuses , le thé , le café , le chocolat, le tabac. Les uns croient cjue leur usag’e , même modéré, finit à la longue par nuire à la santé, et partant en font, d’après notre définition, de véritables médicaments. Les autres prétendent c{ue l’usage habituel de ces substances n’exerce aucune influence fâcheuse sur l’économie, et cjue, loin de nuire à la santé, il lui est favorable. C’est là une c|uestion de simple observation cjui se borne à savoir si un individu prenant des licjueurs spiritueuses, du café et du tabac, vit plus longtemps et se porte mieux cpie s’il n’en prenait pas.
Mais, si le doute existe encore pour les substances c{ue je viens de citer, il n’est plus permis pour les véritables médicaments formant le domaine propre de la tliérapeutic[ue; tous, sans exception, nuisent à la santé, et finiraient par rendre
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malade si l’on continuait indéfiniment leur nsag’e aux doses où on les administre comme médicaments ; tous exercent une action nuisible sur les éléments histolog’iques, et c’est précisément à cause de cette nocuité bien constatée qu’ils sont considérés par tous comme des médicaments. C’est ce qui paraîtra encore plus évident quand je vous aurai exposé rapidement l’action thérapeutique des principaux médicaments, ceux qu’on reg’arde comme les plus efficaces et qu’on a décorés du nom Aliéro'iques.
Commençons par le tartre stibié donné à dose rasorienne dans la pneumonie. Il produit assurément une certaine sédation de la fièvre et une amélioration des phénomènes locaux; mais comment obtient-il ce résultat? est-ce en gaiérissant la paralysie vasculaire du poumon et en renrlant aux vaisseaux malades leur contractilité primitive? Eaûdemment non; mais c’est en paralysant le cœur, c’est en paralysant les muscles respiratoires , c’est en amenant un ralentissement de la circulation qui amende la pneumonie d’une manière toute palliative et par une véritable délitescence.
Comment ag*it le mercure dans la syphilis, dans les syphilides cutanées par exemple? Croyez-vous f[ue le mercure aille dans les tissus malades, et que là il g'uérisse les vaisseaux paralysés et fasse disparaître leur inflammation ? Evidemment non; le mercure ag’it d’abord d’une manière g’énérale en produisant un commencement de cachexie, en affaiblissant le cœur et les muscles, en ralentissant
la circulation et le mouvement nutritif, et il amène ainsi l’extinction des syphilides par une véritable délitescence. D’un autre coté, le mercure ag'it localement sur la peau enflammée en altérant les tissus malades, en accélérant leur destruction, et en favorisant la formation d’une cicatrice , c’est-à-dire d’une perte de substance.
Gomment ag'it l’iodure de potassium dans la céphalée syphilitique? Croyez-vous que l’iodure aille trouver les vaisseaux du cerveau atteints de cong*estion , et qu’il restitue à ces vaisseaux leur contractilité primitive? Évidemment non; l’iodure de potassium produit des cong’estions et ne les g’uérit pas; bien loin de g’uérir la paralysie existante, il rexag*ère, il détermine l’atrophie et la destruction des cellules cérébrales souffrantes, et amène ainsi la g’Liérison par un procédé tout chirurg-ical en quelque sorte et pour ainsi dire par amputation.
Gomment agât la dig’itale dans les affections du cœur? Groyez-vous que la dig'italine g'uérisse les lésions org-aniques du cœur , cause des palpitations? Evidemment non; mais elle paralyse les fibres musculaires du cœur, et produit ainsi l’affaiblissement et le ralentissement des battements de cet org*ane.
Gomment agât le fer dans la chlorose ? Croyezvous que ce médicament ag*isse sur les g'iolndes sang’uins et leur fournisse les matériaux ferriig'ineux qui leur manquent? Evidemment non; car les chlorotiques ont dans leur sang' autant de fer
que les pléthoriques, et trailleurs iis trouvent dans les aliments tous les principes ferrug’ineux dont ils ont besoin; non, le fer agât en paralysant légvreinent les vaisseaux de la muqueuse dig'estive, et en y produisant ainsi une excitation comparable à celle provoquée par les liqueurs spiritueuses et les condiments aromatiques.
Gomment ag’it l’opium dans la bronchite aig'uë ? Guérit-il la paralysie vasculaire de la muqueuse bronchique et en fait-il disparaître la cong-estion ? Évidemment non; mais il paralyse les nerfs qui transmettent les impressions sensitives parties des bronches, il s’oppose au passag*e de ces impressions, et amène ainsi la sédation de la toux, la disparition des douleurs et le sommeil.
Gomment ag-it le sulfate de quinine dans la fièvre intermittente? Guérit-il Feng’org’ement de la rate? fait-il disparaître la paralysie de ses veinules? Évidemment non; mais il paralyse le système nerveux, diminue son excitabilité, et met l’org’anisme dans un état d’apyrexie semblable à celui qui sépare les accès de fièvre intermittente ; seulement l’apyrexie produite par le sulfate de quinine est plus durable, parce que ce médicament débilite profondément le système nerveux et qu’il n’est pas facile de faire disparaître les effets de son absorption. La preuve que la quinine ag*it ainsi^ c’est qu’on peut très-bien la remplacer par une substance dont personne ne contestera les propriétés délétères , par l’arsenic , qui lui aussi cuérit très-bien les fièvres intermittentes.
28ü VINGT ET ENIÈME LEÇON.
EL de meme pour tous les autres médicaments; tous attaquent et détruisent les propriétés vitales des éléments histolog’iques, et c’est ce qui vous explique poLirfjuoi tous les médicaments énerg-iques sont des poisons qu’on ne saurait administrer à doses un peu plus fortes sans produire des accidents. Actuellement un traitement médicamenteux, bien institué est toujours une intoxication trop lég’ère pour empoisonner, mais assez énerg*ique pour modifier rorg*anisme et le remettre en santé.
Nouvelle thérapeutique. — 11 est certain que la thérapeutique, par les poisons à petites doses, réussit dans la pratique; moins que personne je ne puis le nier, puisque moi-meme j’ai employé cette méthode, et cela avec succès. Mais est-ce là le dernier mot de la thérapeutique? Je ne le crois pas, et, s’il est vrai que l’on gTiérit les malades en leur donnant des poisons, il est certain aussi qu’on peut les gaiérir à l’aide d’une autre méthode entièrement opposée. Au lieu d’instituer des médications qui, d’une manière ou d’une autre, diminuent les propriétés vitales des éléments histologiques, on peut renverser, pour ainsi dire, le problème, et traiter les maladies en rendant aux éléments histologiques les propriétés vitales qu’ils ont perdues. Ainsi, dans l’inflammation, au lieu d’agir soit en enlevant du sang-, soit en affaiblissant le cœur, soit en complétant les paralysies vasculaires, soit enfln en détruisant les tissus en-