XXIV PRÉFACE
Qu'il y ait des idées qui passent si rapidement ou si légèrement dans la conscience qu^elIes n'y laissent point ou presque point de trace, je l'accorde; mais alors encore ce n'est pas la conscience qui manque , c'est fat mémoire.
Qui ne voit, d'ailleurs, que dans les exemples cités il y a un sophisme per $ubreptwnem, puisque Ton n'y tient pas compte d'un raisonnement secret qui s'opère dans l'esprit de chacun de nous quand nous reconnaissons de loin un objet. Si je vois dans le lointain un animal que je reconnais être de telle espèce, ce n'est pas parce que j'en perçois toutes les parties distinctement, mais uniquement parce que la conflguration de sa masse se dessine suffisamment à mes regards pour que mon imagination reproductive puisse s'emparer de cette donnée sensible, et achever dans ma représentation le reste de l'image, lui donner les détails que les sens ne donnent pas. C'est précisément ' par suite de cette intervention de l'imagination à l'aide du souvenir et de l'induction, que l'erreur est possible dans tous les cas analogues. Si la perception du tout n'était qu'une affaire de sens, on ne pourrait se tromper, on ne pourrait prendre un sujet pour un autre, un sujet d'une espèce pour un sujet d'une autre espèce. Or, c'est ce qui arrive souvent. Donc les perceptions ne fournissent pas toute la matière de ridée; donc, si l'idée est complète, et détaillée même, ce n'est que par le secours de l'imagination. Nous devons donc avoir conscience de l'image entière, bien