‹ Lecons de métaphysique de KantChapitre 12 sur 37 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

logique, le plus^and reproche que nous aurions à faire alors à la théologie rationnelle positive de Kant, serait d'avoir présenté Dieu comme Vomnifudo realvtatis. Cette manière de l'envisager, empruntée à Wolff, à Fénélon, à Descartes, à S. Anselme, etc., conduit tout droit au panthéisme * ; et l'on ne peut se dissimuler que Spinosa ne soit le plus conséquent de tous les logiciens qui sont partis de cette fausse idée métaphysique de Dieu. On voit ou l'on croit voir maintenant le panthéisme partout : la raison en est toute simple, c'est qu'il estuneconséquence inévitable d'un des plus forts arguments métaphysiques en faveur de l'existence de Dieu, et que cet argument n'a cessé depuis longtemps d'être donné dans toutes les écoles, ecclésiastiques ou autres. Cet argument est celui qui cumule en Dieu toute là réalité, qui en fait Yêtre proprement dit, l'être absolu, l'être par excellence, l'être unique ; argument qui vient de la Bible ÇJe suis Celui qui suis... Celui qui est...)y aussi bien que de Platon. Et l'on est surpris après cela de voirie panthéisme imminent, de le voir sortir des doctrines de ceux-là mêmes qui le rejMussent avec le plus de isincérité ! Il faut être bien peu logicien, pour

1 Ce qui ne veut pas dire du tout que ces grands hommes voulussent le panthéisme; il ne serait déjà pas plus équitable de les en accuser, qu'il ne l'est aujourd'hui de faire le même reproche aux héritiers de leurs doctrines. Les ennemis de TUoiversité , et de la philosophie en particulier, devraient au moins être plus prudents, s'ils ne veulent absolument pas être justes. •

DU TEADUCTEUR. XXYII

s'étonDer de ce phénomène. J'en connais d'autres raisons encore y mais elles demanderaient de longs développements pour qu'elles pussent être avouées, au moins secrètement, de ceux-là mêmes qui sont le plus intéressés à les nier. Je n'en parlerai donc pas ici. , En vain dirait - on , avec Kant, que c l'idéal de l'être primitif doit être conçu simple, puisqu'il ne . peut pas être composé de tous les êtres dérivés, attendu qu'il ne les suppose pas, mais qu'il en est au contraire supposé: > il n'en reste pas moins vrai, dans rfaypothése, que tout ce qu'il y a de réel dans les êtres finis est une partie de la réalité infinie, circonscrite par la négation ou la privation de tout le reste.

Le vice de cette monstrueuse idée de Dieu est facile à saisir , dès qu'on vient à réfléchir que la réaliîé en général n'est qu'une abstraction; que cette abstraction n'a pas plus d'objet ontologiquemenî correspondant qu'aucune autre; que si, d'ailleurs, la réalité existait, comme elle devrait être essentiellement une, il ne ser rait pas possible qu'il y eût multiplicité. Etant une, elle serait simple, et les circonscriptions qu'on veut établie dans son essence pour en tirer les réalités partielles des différents êtres, ne sont que des opérations mécaniques, prises de la division des choses sensibles, et qui deviennent absurdes dès qu'elles sont appliquées à une réalité en soi, non phénoménale. Quelle puérile , quelle misérable, quelle honteuse métaphysique, en effet, que celle qui fait concevoir Dieu comme une espèce d'étoffe universelle de la réalité, où chaque lambeau devient un être ! Et pourtant, ce

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