‹ Leçons de métaphysique, publiéesChapitre 20 sur 36 · XXXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PRÉFACE

Un critique qui a peut-être plus de talent que d'impartialité, et même que de véritable connaissance des travaux dont il parle, m'ayant reproché et ce que j'ai fait, et ce que je n'ai pas fait, j'éprouve le besoin de m'expliquer en peu de mots sur mes actions et mes omissions.

En ce qui regarde mes traductions (et ceux qui me jugent avec tant de hauteur ne parlent pas d'autre chose), je confesse que les premières ont été faites avec un peu trop de rapidité pour qu'elles soient irréprochables, et quii tort ou à raison, je n'ai pas eu l'ambition d'en faire une œuvre littéraire : je ne me suis appliqué qu'à une chose , à rendre la pensée de l'auteur telle que je la concevais, telle qu'il l'avait formulée lui-même.

On se plaint particulièrement de la difficulté d'entendre mes traductions de Kant: on ne veut donc pas se rappeler que les grands ouvrages de cet auteur passaient déjà pour impénétrables à beaucoup d'esprits très-distingués de son temps et de son pays. On parle d'obscurité et de clarté, comme si c'étaient là des qualités absolues! Il y a peu de mots .dont on ait plus abusé en critique. La 3Iècanique céleste de Laplace n'est-elle pas aussi claire sans doute que la matière le comporte? Et cependant, peut -elle être lue sans une attention très-soutenue de la part de ceux-là mômes qui sont capables de l'entendre? Qu'on prenne un ouvrage scientifique quelconque, ce sera toujours la même chose. Et l'on voudrait lire de la métaphysique sans elTorl, comme on lit un roman

DU TRADUCTEUR. XXXVll

OU (le l'histoire ! J'aurais pu sans doute exposer plus clairement les doctrines de Kant; mais auraisje alors été traducteur? Or, j'ai voulu traduire, et traduire seulement, mais traduire entièrement , et laisser à l'auteur son obscurité. C'est son affaire, ce n'est pas la mienne. J'ai fait pour mes leçons l'entière exposition de la doctrine de ce philosophe. Là je ne m'inquiète ni des mots, ni de la phrase, mais des idées seulement; et je me regarde alors comme tenu à la pkis grande clarté que puisse comporter l'exposition, abrégée ou développée suivant le besoin, des idées de l'auteur. Mais tant que je me borne à traduire, je ne me crois point tenu à la même loi. C'est un principe que j'ai adopté jusqu'ici, parce qu'il n'est que la conséquence d'un autre plus élevé, et qui me semble devoir présider à toute traduction proprement dite d'un ouvrage scientifique. Qu'est-ce, en effet, que traduire un ouvrage de ce genre, si ce n'est faire passer d'une langue dans une autre les idées d'un auteur, avec leur enchaînement logique, avec leur clarté ou leur obscurité, leur vérité ou leur fausseté, sans addition ^ comme sans retranchement? Tous ceux qui ont quelque expérience de la facilité avec laquelle

1 Le peu de mots que j'ai ajoutés au texte de l'auteur consistent la plupart dans des mots synonymes, ou dans des parties de plirases équivalentes à celles du texte, mais plus propres ù faire entendre sa pensée. J'ai d'ailleurs eu la précaution de mettre ces additions purement explicatives entre parenthèses.

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s'altère la pensée d'un auteur quand on veut y changer quelque chose, fût-ce pour la rendre plus claire et plus précise, au moyen de retranchements ou d'additions, seront sans doute de mon avis.

Quant au reproche qui m'a été fait d'avoir donné la traduction de l'abrégé de quelques-uns des principaux ouvrages de Kant, plutôt que la traduction de ces ouvrages mêmes, je réponds, 1° que ces abrégés ont été faits par des hommes habiles et consciencieux, n'en déplaise à ceux qui les dédaignent, et que, ne pouvant donner les ouvrages entiers, j'ai cru rendre service encore en n'en publiant que l'analyse; 2° qu'en ce qui regarde particulièrement la Critique de la Raison pratique, je ne pouvais absolument pas en donner la traduction, parce que je ne le devais pas; et je ne le devais pas, par la raison que je savais qu'elle existait entre les mains d'une personne que je croyais aussi disposée à la publier un jour que capable de la bien faire. Au surplus, ceux qui connaissent l'allemand et les ouvrages de Kant en particulier, savent bien que la Critique de la Raison pratique est incomparablement plus facile à entendre et à traduire que celle de la Raison pure : ayant fait le plus , j'aurais donc pu faire le moins.

Je puis ajouter encore, l^'que c'est d'après mes conseilsque la traduction de l'ouvrage sur la Religion dans les Limites de la Raison a été entreprise; 2" qu'un professeur de l'université a aussi traulmlV Anthropologie à ma recommandation; 5" qu'un ecclésiastique de mes amis a bien voulu se charger de traduire la Mètaphjsi-

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