SON OBJET
Dans la psychologie rationnelle, l'ame humaine n'est pas connue par l'expérience ;, comme dans la psychologie empirique^ mais par concepts a priori. Nous avons à rechercher ici ce que nous pouvons connaître de Vame humaine par la raison. Le plus grand désir de l'homme n'est pas de savoir les actions de l'ame telles qu'il les connaît par l'expérience, mais son état futur. Les propositions particulières de la psychologie rationnelle sont moins importantes ici que Vétude générale de Vame quant à son origine j à son état futur et à sa durée. Il s'agit donc de savoir ici ce que la raison peut nous apprendre sur tous ces points.
Le concept de l'ame en elle-même est un concept expérimental. Mais, dans la psychologie rationnelle, nous n'empruntons à l'expérience que le simple concept de l'ame, c'est-à-dire rien autre chose que le fait de l'existence de l'ame. Tout le reste doit être connu par la raison pure. Cette
connaissance, où nous lâchons le fil de l'expérience, est la connaissance rnétaphysique de l'ame. L'ame est donc considérée d'un triple point de vue :
1° Absolument , en elle-même et pour ellemême, quant à son sujet, par concepts rationnels complètement purs. Cette première partie comprend donc l'étude absolue de l'ame. C'est la partie transcendentale de la psychologie rationnelle 3
2° Par comparaison avec d'autres cJioses en général j soit avec des corps, soit avec d'autres natures pensantes en dehors d'elle, c'est-à-dire en tant qu'elle se distingue des êtres corporels, et qu'elle s'accorde avec les êtres pensants. Dans le premier cas , nous cherchons si l'ame est matérielle ou immatérielle 3 dans le second, quel est son rapport avec les âmes des animaux , ou avec d'autres esprits supérieurs 3
30 Pj^j. rapport à V union de l'ame avec d'autres choses j et même (par la raison que la notion d'ame implique l'union à un corps) à l'union de l'ame avec le corps ou au commercio entre ces deux choses. On traite ici :
a) De la. possibilité de ce commerce 3
b) Du commencement de l'union de l'ame avec le corps , ou de notre naissance 3
c) De la fin de cette union , ou de l'état de l'ame
à la mort. A propos du commencement de l'union de l'ame et du corps^ on recherche quel était l'état de l'ame avant cette union , ou s'il y a un état de cette espèce. Et enfin ^ la question de la mort conduit à examiner quel est l'état de l'ame ajwès la mort^si elle doit durer encore. Il y a donc là un véritable enchaînement.
Mais plusieurs autres questions se rattachent aux trois précédentes. C'est ainsi qu'à propos de la première , ou de la section qui a pour objet le point de vue absolu de l'ame^ point de vue qui ne peut être traité que d'après les concepts transcendentaux de l'ontologie ^ nous examinons^ par exemple , si l'ame est une substance ou un accident3 si elle est simple ou composée; si elle est unique ou s'il y en a plusieurs dans l'homme (l'unité n'est pas la même chose que la simplicité); si elle est une suhstantia spontanea ^ ou si elle est nécessitée par quelque chose d'extérieur. La question de la liberté transcendentale est donc ici traitée; c'est-à-dire que l'on y examine si l'ame est un être indépendant et qui ne soit nécessité par rien. Tout cela est traité et prouvé dans la première section. A l'occasion de la comparahon de l'ame avec d'autres choses, on prouve son immatérialité; c'est-à-dire que l'ame n'est pas seulement une substance simple; mais encore une substance simple distincte de toutes substances
simples corporelles. De plus , dans la comparaison de l'ame avec les êtres pensants j le degré de sa perfection est établi 3 on fait voir combien elle est au-dessus de l'ame des animaux , et combien elle est au-dessous des esprits supérieurs. Mais cette partie ne peut être traitée qu'hypotbétiquement;, c'est-à-dire en faisant voir ce que la raison permet de concevoir et de connaître à cet égard. — Dans la troisième section, qui traite de Vunion de l'ame, et même de son commencement, on se demande quel est l'état de l'ame «ra>«/î son unions si nous en pouvons savoir quelque chose par les concepts de la raison. Mais nous verrons que nos concepts transcendentaux ne dépassent pas l'expérience, et qu'ils ne dirigent que la connaissance a posterioriNou?, pouvons, à la vérité, pénétrer jusqu'aux limites de l'expérience, tant a parte ante qu'a parte post, mais pas au-delà de ces limites. En cela, néanmoins, nous philosophons utilement, puisque nous mettons un frein à cette fausse dialectique qui ne fait que saper la véritable connaissance.
Nous ne dirons donc rien ici dogmatiquement de l'état de l'ame avant la naissance et après la mort, quoiquon puisse parler beaucoup plus de ce qu'on ignore que de ce dont on sait quelque chose. Nous reconnaîtrons donc ici les bornes de la raison humaine, afin qu'une fausse dialectique
ne puisse pas miner nos vrais principes par rapport à l'ordre pratique, sous l'apparence de la connaissance rationnelle.