DIVISION DE LA THEOLOGIE
Toute théologie se divise :
1° En théologie révélée;
2° En théologie rationnelle.
La théologie révélée repose sur la manifestation de l'Etre suprême aux hommes 3 elle n'est donc pas d'origine rationnelle. La théologie rationnelle (et non pas la théologie naturelle) est l'opposé de cette théologie révélée.
La théologie rationnelle est la connaissance de Dieu par la raison.
Une triple théologie découle des besoins de la raison.
Le premier besoin de cette faculté est celui de la raison pure, en conséquence duquel je suis obligé de supposer un Etre primitif si je veux faire usage de ma raison pure. C'est là la théologie transcendentale y qui est la connaissance de Dieu par la raison pure. — Le deuxième besoin de cette faculté est celui de la raison empirique, en con-
séquence duquel je suis obligé de supposer un être primitif si je veux faire un usage expérimental de ma raison. De là la théologie naturelle. La théologie rationnelle est donc ou transcendentale j Qw naturelle. La première repose sur des concepts purs de la raison; la seconde sur des concepts empiriques de cette même raison. Mais l'une et l'autre dérivent de principes spéculatifs de la raison. — Le froùeème besoin de cette faculté est le besoin pratique et moral, en conséquence duquel je suis obligé d'admettre un Etre suprême par des raisons morales et pratiques. Telle est l'origine de Idithéologie morale, outbéologie propre^ ment dite, qui, se fonde sur la morale^ dont les principes supposent un être primitif^, principes sans lesquels l'usage pratique de la raison serait impossible.
La théologie morale est de toutes la plus importante^ car notre bonne conduite est l'affaire principale 3 tout se rapporte à là morale. — Mais si nous faisons abstraction de la tbéologie morale > et que nous ne considérions la tbéologie que par des principes de spéculation , la théologie transcendentale est alors celle qui obtient le premier rang; car la connaissance de l'être primitif par purs concepts rationnels est le principe de toutes les autres théologies. La supposition de ces concepts purs est nécessaire , puisque l'idée
de l'Etre suprême en dérive 3 car autrement il serait impossible de parler d'un être entièrement distinct et différent du monde. Nous ne pouvons paS;, en effet;, en parler d'après des concepts pris du monde; mais uniquement d'après des concepts rationnels purs. Car, cet être ne faisant pas partie du monde, en étant au contraire la cause, on ne peut lui attribuer des déterminations prises de l'expérience ^ de la connaissance des choses possibles; on ne peut donc en avoir que des concepts transcendentaux purs et d'une valeur universelle. Je ne puis connaître, au moyen de déterminations et de connaissances expérimentales ; que les choses du monde ^ mais non pas l'être qui est au-dessus du monde. — Je ne puis me représenter Dieu par les sens comme je me représente les choses du monde. Ce n'est pas un objet des sens extérieurs; une telle représentation de Dieu est anthropomorphique; représentation du reste fort naturelle, et dans laquelle les hommes tombent facilement, puisqu'ils n'ont besoin pour cela que d'agrandir l'homme; alors ils ont Dieu. Quelques philosophes ont cru que l'on n'a pu se faire un concept pur de Dieu avant que la révélation ait été connue. Il est vrai, sans doute, que certains concepts, par exemple celui de la sainteté de DieU; ont atteint leur parfaite pureté par l'Evan-
gile; mais pour ce qui est des autres concepts^ il n'est pas difficile de les avoir. Car^ comme il suffit d'étendre les qualités de l'homme ^ et d'en prendre le maximum ^ on se forme alors un concept complet de Dieu. Par exemple, l'homme a des connaissances^ il sait beaucoup^ mais Dieu sait tout^ il a la suprême connaissance. L'homme vit un certain tempsj fort court^ il est vrai, mais Dieu est éternel. L'homme a une certaine puissance;, mais Dieu est tout-puissant. L'homme est dans quelques lieuX;, Dieu est partout. La chose est, comme on voit, très-facile. Mais il y a une connaissance épurée de Dieu par concepts purs de la raison, qui sont exposés dans la théologie transcendentale. Cette théologie traite donc d'un être primitif, d'un être nécessaire, Etre suprême, être de tous les êtres 3 toutes choses qui sont des concepts intellectuels purs. Il n'est pas ici question de savoir si cet être est doué d'entendement et d'une libre volonté : déjà ces concepts sont tirés de l'expérience de Famé, et appartiennent à la théologie naturelle. La théologie transcendentale ne nous apprend nullement à connaître Dieu, mais seulement un être primitif, sans, du reste, nous rien dire sur les déterminations particulières de cet être qui se rapportent à ce monde. Celui donc qui n'admet pas d'autre théologie que celle-là est un déiste : car la théologie
transcendentale n'est que la connaissance d'un être primitif, mais pas une connaissance de la Divinité. Le concept de Dieu indique déjà un être doué d'entendement et d'une volonté libre. Mais la théologie transcendentale est le fondement des deux autres , savoir : de la théologie naturelle et de la théologie morale. Son utilité est donc négative : car elle donne des concepts purs de la connaissance de Dieu^ au moyen desquels les notions fausses et impures qu'on peut s'en faire sont purifiées.
La théologie naturelle donne de Dieu un concept pur, qui est tiré de principes empiriques^ et fournit une preuve de son existence , en partant des mêmes principes. Quels sont;, maintenant^, ces principes? Dieu n'étant pas un objet des sens extérieurs ^ nous ne pouvons lui appliquer d'autres principes de l'expérience que des concepts du sens intime. Nous les tirons de l'expérience de notre ame^ expérience qui s'accorde avec les concepts transcendentaux de l'être primitif ;, les détermine et les ennoblit. Je trouve en moi la faculté de connaître, j'attribuerai donc à l'être primitif l'intelHgence absolue. La théologie naturelle considérera donc l'être primitif comme suprême intelligence. On peut faire la même opération pour toutes les facultés de l'amcj elle réussit tant que cette espèce de théologie s'ac-
corde avec dès concepts transcendentaux; mais en empruntant de l'humanité les prédicats ^ on court le danger de tomber dans Tantliropomorphisme. Il faut^ pour l'éviter;, bien se persuader que les attributs dont il s'agit ne sont pas les mêmes dans Dieu et dans l'homme^ mais seulement analogues.
La théologie naturelle est de deux sortes, savoir : la cosmo-théologie , et la physico-théologie ou théologie physique. La cosmo-théologie emprunte ses concepts des principes empiriques universels de l'existence de la nature en général. — J'existe , je suis 3 par conséquent un monde existe aussi. La théologie physique emprunte ses concepts empiriques de qualités déterminées, par exemple, de l'ordre du monde. Celle de ces théologies qui a le plus d'attraits est la théologie physique, et ensuite la théologie morale. On traitera plus tard de la théologie morale en particulier. — Nous allons nous occuper à présent de la première partie de la théologie rationnelle, c'est-à-dire de la théologie transcendentale.