PREFACE
D^ailleurs, d'une manière générale, les personnes peu familières avec les lectures philosophiques ne doivent pas se croire obligées^ de lire d'abord toutes les leçons à la suite dans Tordre même où elles sWrent ici. Non que cet ordre ne soit, à notre avis, le meilleur. C'étaille seul quiconvîntpour lafinque nous nous proposions. La morale est une sci* nce exacte à sa manière et doit êlrd présentée comme telle à des maîtres, qui ne demandent pas qu'on les amu«e, mais qu'on leur offre un enseignenjent sérieux, solidement déduit. Ils ne m'auraient su aucun gré de leur apporter un cours de morale enfantin, sous prétexte qu'ils devront s'en inspirer pour parler à des enfants. Plus que jamais ^e tiens que des esprits destinés à en former d'autres ne sauraient être soumis à une disciplme trop virile, ni recevoir une culture trop élevée. On peut s'en fier à eux du soin de se mettre ensuite a la portée de leur auiituire. L'expérience leur apprendra vite à renverser la méthode, et de petits livre» spéciaux, dont plusieurs fort bons ont déj.^ paru, les y aideront. Mais précisément, parce que j'ai tenu à leur présenter la murale dans toute sa pureté, et non une morale à l'usage des enfants, les dix ou douze premières leçons de ce volume, bien qu'elles soient d'une extrême clarté, pourront paraître un peu abstraites à ceux qui ne sont pas h^ibitués aux analyses de ce genre. Elles demandent h être étu liées, tandis que les autres sont d'une lecture en quelque sorte courante. Mais entre celles-ci et celles-là le l«en a beau être fort étroit, rien n'empêche de renverser Tordre en lisant, afin de se familiariser avec l'ouvrage. Chacun peut, feuilletant la table des mat ères, se porter directement aux questions qui Tintéressent et sur lesquelles tout le mon le a un avis : suicide, homicide^ duel, mensonge y vol, calomnie y justice et charité^ devoirs de famUle^devoirs civiques, etc., etc. ; à condition d'en venir toujours aux principes, et dfe faire enûn une étude sérieuse de tout l'ensemble, pour bien saisir la liaison de la th 'orie à la pratique.
Quant aux c'asses de philosophie des lycées et collèges, qui ont fait accueil à mes Leçons de Psychologie, b\en qu'elles ne leur fussent p^s destinées, ces Leçons de Morale leur conviennent à titre égal. Sans parler du développement (]ue j'ai donné à la partie historique ''exposé et critique des principales doctrines), je crois avoir mis dans ce volume toute la substance de notre enseigneaient classique en tait de morale. J'o^e même dire que je me suis efforcé d'y concentrer tout le meilleur des grands moralistes de tous les temps, bien que je n'aie pas toujours pu, faute d'espace, leur faire autant d^emprunts textuels que je Taurais voulu.
H£NRi MARION.
10 septembre 1882«
PRÉPAGE