‹ Leçons de moraleChapitre 21 sur 25 · I. La morale à l'école primaire · texte numérisé non relu

I. La morale à l'école primaire

1* Le but : c'est plutôt l'éducation morale qu'un enseignement proprement dit. — L'éducation morale dans la famille et à l'école (différences et ressemblances) ;

2" Les moyens : le « préjugé du bien » , l'émotion morale, l'enthousiasme. — Gomment exciter le sentiment du bien : occasions prises dans la vie réelle; — dans l'histoire; — secours de l'art et de la poésie. — La cimnaisaance du bien : culture générale; la culture littéraire — Les maximes morales (écueil à éviter). — Exercice du jugement moral (écueils). — La prahgue du bien; exercice de l'activité.

Ordre à suivre ; principe général ; dangers à éviter. — Choix à fiiire entre les questions. — Pourquoi et en quel sens l'enseignement moral doit être très élevé dans l'école primaire. — Remarque.

n. L'enseignement de la morale dans les écoles normales primaires. — Le but. — L'auditoire. — La méthode. — Remarque : les procédés devront un peu varier avec le sexe.

Nétienmlté d'une leçon eomplémenta Ire. — Notre cours

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de morale est achevé; il a été, croyons-nous, ce qu'il devait être ici', c'est-à-dire essentiellement théorique et didactique*. On no pouvait le concevoir autrement, quand il s'agissait de faire de la morale l'objet d'un enseigne- ' ment proprement dit, s'adressant à des esprits mûrs, lesquels devront, à leur tour, donner cet enseignement à de futurs instituteurs. Dans ces conditions, il ne pouvait être question de simples entretiens plus ou moins édifiants, dans lesquels nous nous serions tenus à dessein tout près des faits, faisant appel surtout au sentiment et au bon sens pratique. Que fallait- il, tout au contraire? Substituer des idées nettes et des principes aux aspirations vagues. Il était donc nécessaire de procéder méthodiquement, et, tout en évitant l'abus de l'abstraction*, de parler résolument le langage technique, de ne pas reculer devant les formules précises, de suivre une marche logique et autant que possible scientifique.— C'est ce que nous avons essayé de faire.

Mais ces leçons peuvent-elles être transportées telles quelles à tous les degrés de l'instruction primaire? Évidemment non. II nous faut donc maintenant essayer de dire ce que doit être selon nous, l'enseignement de la morale dans les écoles primaires et dans les écoles normales primaires.

L La movale à l'éeole primaire. — Transportons-nous tout d'abord aussi loin que possible des conditions dans lesquelles nous nous trouvions ici : Que doit devenir cet enseignement dans l'école primaire, adressé à des en. fants de sept à treize ans ? Il est clair qu'il doit changer du tout au tout. L'instituteur devrait, je le crois, savoir le plus possible de ce que nous avons dit ici; mais je dirais volontiers qu'il devra s*en servir le moins possble. Ou plutôt, il devra s'en servir à chaque instant, mais sans le faire paraître; il devra s'en inspirer toujours, et no l'afficher jamais. On pourrait poser en règle, que tout

1. A r£cole normalo supérieure d'institutrices de Fontenay-auz-

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mattre sachant son métier évitera avec un soin particulier de donner aux enfants un enseignement qui ressemble en quoi que ce soit, par la forme, à celui que nous avons donné ici. En effet, le but est absolument différent; comment la méthode^ serait-elle là même?

i^ Le bat t c'est plvtôt l*édaeatloo morale qu'un enseignement proprement dit. — Quel but se propose-ton en enseignant la morale à l'école primaire? Tout le monde conviendra qu'on cherche beaucoup moins à répandre des connaissances et des notions qu'à créer des habitudes pratiques, c'est-à-dire des manières d'agile et de sentir. On n'apprend pas la morale à l'enfant pout qu'il la sache, mais pour qu'il la pratique. Il ne s'agit donc pas de la lui enseigner, au sens ordinaire de ce mot, mais de la lui inculquer, ce qui est tout autre chose. En inscrivant la morale dans le programme des écoles primaires, on n'a pas entendu y introduire un nouvel enseignement analogue aux autres, des leçons nouvelles pareilles aux autres leçons : c'est l'éducation du cœur et du caractère qu'il s'agit d'assurer et de diriger le mieux

Ge qu'il faut, c'est faire de ces enfants des hommes qui se conduisent selon les règles du devoir, c'est-à-dire qui soient disposés à faire en toutes circonstances ce qu'ils doivent, et qui sachent le discerner. Il faut créer en eux des dispositions actives, leur donner le goût de l'activité raisonnable et bienfaisante, afin qu'ils fassent dans tous les cas ce que demande la raison, qu'ils le fassent de tout leur cœur, avec spontanéité*, avec entrain, sans qu'il leur en coûte, mais qu'ils sachent le faire aussi, au besoin, quoi qu'il leur en coûte. La preuve que tel est bien le but, c'est que nul n'oserait dire que Tinstituteur n'a pas accompli sa tâche s'il obtient de tels résultats) qui pourrait soutenir, au contraire, qu'il l'ait bien remplie, eût-il fait apprendre à ses élèves le cours de làorale le plus savant, si les enfants ne sortent pas meilleurs de ses mains, et mieux en voie de devenir les hoffltnos dont la patrie a besoin ?

L'édveatlon norale dans la famille et * l'éeole % Bessemblaaees et dlfférenees. — Il y a pourtant une distinction à faire entre l'éducation morale, telle qu'elle doit se donner dans l'école, et l'éducation morale telle qu'elle se donne dans la famille. Les analogies sont nombreuses^ mais les différences sont profondes. Insistons un peu sur les unes et les autres.

L'instituteur, en un sens, continue l'œuvre commencée dans la famille, et l'on peut dire qu'ayant tout il colla* bore avec les parents; en tous cas, il doit se soucier toujours de les avoir pour auxiliaires. Mais combien de fois n'a-t-il pas à refaire et à corriger l'éducation reçue dans la famille I

Dans beaucoup de familles, en effet, la première éducation est nulle, c'est-à-dire mauvaise, car, lorsqu'on ne dirige pas bien l'enfant dès le berceau, il n'arrive point àl'âge de sept ans absolument neuf et moralement intact. Une sorte de perversion a déjà commencé pour lui, faute de soins, et le maître qui le reçoit à l'école doit, non seulement faire ce qui n'a pas été fait, mais le plus souvent défaire ce qui s'est fait tout seul. U a tout d'abord à détruire de mauvaises habitudes, à rectifier des maximes pitoyables, entendues par l'enfant depuis le berceau et d'autant mieux retenues qu'elles étaient plus mauvaises. Et trop souvent, les enseignements excellents du maître sont encore détruits au fur et à mesure dans la famille; pendant que l'instituteur s'efforce d'élever le cœur de l'enfant^ les parents continuent à le corrompre avec une inconscience parfaite, par leurs mauvais exemples et par la morale relâchée qui a cours au foyer domestique. L'influence morale de l'école est nécessairement bien bornée quand elle est ainsi combattue par l'influence contraire du milieu.

Mais mettons toutes choses au mieux : imaginons le milieu le plus honnête, une famille populaire très simple, mais très saine. L'éducation que donne alors la famille^ si bonne qu'elle soit, ne doit pas être simplement con-* tinuée par Tinstituteur. Celui-ci doit faire plus et micuXi

doit faire autre chose. Quel est, en effet, Tidéal* des gens du peuple, je pourrais dire de Timmense majorité des parents, même dans les conditions exceptionnellement bonnes que nous avons supposées ? Us cherchent uniquement à donner à leurs enfants des habitudes, satisfaits lorsque Tenfant fait ce qu'ils souhaitent et ne fait pas ce qu'on lui défend. Éducation esseatiellement routinière, et par cela même d'ordre inférieur, même quand la routine est de bon aloi et accompagnée d'excellents sentiments.

L'instituteur doit faire d'abord une besogne analogue : fortifier les bonnes habitudes, et continuer la lutte contre les mauvaises ; mais il doit déjà faire davantage, donner à l'enfant des habitudes nouvelles et plus délicates, et, s'il 7 a lieu, des goûts plus relevés. Dans les premières années, dans les premiers mois surtout, sa tâche se borne là, et nous lui demanderons instamment d'éviter tout d'abord les formules abstraites. A sept ans, l'enfant n'a pas encore toutes les habitudes bonnes qu'il doit avoir, et celles mêmes qu'il a ne sont pas aussi fortes qu'elles doivent le devenir. Il faut continuer à le former au bien, en lui imprimant, pour ainsi dire à son insu, des façons correctes d'agir et de sentir. Les préceptes généraux seraient vains à cet âge ; ils sont rebutants et secs, parce qu'ils sont abstraits, et ils demeurent inefficaces. Rappelons-nous la remarque' de Herbert Spencer*, ce n'est pas seulement avec les enfants, c'est avec tous les esprits distraits et de peu de culture que les admonestations manquent leur but. (Introduction à la science sociale, ch. xv). Nous lisons de même dans Montaigne* : a Les hommes ne se rendent pas courageux et belliqueux sur le champ par une bonne harangue, non plus qu'on ne devient incontinent musicien pour ouïr une bonne chanson... Ce sont apprentissages qui ont à être laits avant la main par longue et constante institution. Nous devons ce soin aux nôtres, et cette assiduité de correction et d'instruction. » (Essais^ Livre m, Chap. viii).

Mais cette assiduité de correction n'épuise pas, tant s'en

faut, le devoir de Tinstituteur. Si excellente que soit une habitude, quelque chose yaut mieux encore et est moralement d'un autre prix : c'est la réflexion, qui seule fait l'activité éclairée et libre. Ou, si on le préfère, nous dirons : il est une habitude qui vaut mieux que toutes les autres et qui les couronne toutes, c'est Thabitude de songer à ce qu'on fait et à ce qu'on doitfaire, de méditer, d'éclairer sa voie, de se conduire par principes, de faire sciemment et volontairement ce que Ton croit être le mieux. Yoilà pourquoi la tâche de l'instituteur ne se borne pas à reprendre et à poursuivre l'œuvre des parents. Il doit éveiller, exciter sans cesse la réflexion de l'enfant et cultiver sa raison, ce qu'on fait généralement si peu dans la famille. U doit lui donner des façons générales de penser, des règles générales pour juger sainement, un sentiment plus large de sa responsabilité. Si Ton veut que l'enfant s'habitue à ne rien faire sans se demander ce qui est bien ou mal dans chaque cas donné, il faut évidemment le munir de préceptes généraux sur le bien et sur le mal, et lui donner vraiment un enseignement moraZ. En quel* que mesure, en effet, la morale s'enseigne, même à l'enfant ; et dès l'école primaire cet enseignement doit être théorique, pour être général et élevé. Il faut que l'enfant emporte avec lui de véritables connaissances morales, c'est-à-dire des idées nettes et des principes fermes, qui le mettent à même de se diriger dans la vie.

Le grand art, en l'éducation, c'est de ne pas trop édurquer : « Un des préceptes de l'éducation, dit Vinet*, est de ne pas trop éduquer, comme un des préceptes de la politique (autre éducation) est de ne pas trop gouverner ». Ne pas trop éduquer, c'est, ne pas plier sans cesse Fenfant à des pratiques routinières, si bonnes qu'elles soient, c'est ne pas vouloir imposer à sa volonté la vertu toute faite, ni à sa conscience des jugements tout faits. Un moment vient donc (et de bonne heure] où il faut faire appel à sa raison, afin de développer son jugement et d'aviver sa conscience. Le sentiment du devoir demande ^êtrç çultiyé en lui et éclairé, car la première

éducation, q^ui a pu parfois le rendre très vif. Ta presque toujours laissé très vague, quand elle ne Ta pas faussé. C'est beaucoup d'être disposé à faire son devoir, encore faut-il le connaître. L'enfant de l'école primaire, ne l'oublions pas, appartient presque toujours à un milieu où les sophismes* abondent, où la morale courante est confuse et grossière; n'est-il pas nécessaire qu'il emporte de l'école des maximes précises autant qu'élevées, auxquelles il puisse recourir à l'occasion? Il y trouvera pour ainsi dire asile plus tard ; elles le rendront capable de se défendre contre la corruption ou la fausse sagesse de son milieu ; elles le protégeront contre le retour offensif des mauvaises habitudes, a Qu'il y ait dans ton esprit, nous dit Marc-Àurèle*, de ces maximes courtes, fondamentales, qui sur le champ rendent la sérénité à ton âme. » Les principes très nets dont on s'est une fois bien pénétré se présentent d'eux-mêmes à notre esprit, parfois de la façon la plus importune : ils peuvent de la sorte nous épargner presque malgré nous bien des écarts.

2<» Les moyens. — Si tel est le but de l'enseignement moral dans l'école primaire, les moyens à employer découlent naturellement de la fin qu'on se propose.

lie Préjugé du bien. — Avant tout on devra donnera l'enfant ce qu'un profond moraliste appelle « le préjugé du bien ». — « La morale dans les commencements est aussi bonne à supposer qu'à enùcigner, dit Vinet*,il importe autant de donner à l'enfant le préjugé du bien que de lui en présenter la règle ; il y a un bon goût en morale comme en tout le reste, et, sans préjudice de la théorie, qui aura son tout, je voudrais que l'instinct prît les devants. La vérité n'est pas seulement une idée qu'il faut connaître, c'est un air qu'il faut respirer ; c'est un régime qu'il faut suivre ; c'est Un regard qu'il faut occuper de la vue du ton et du beau. » [L'Éducation, la Famft,ille et la Société^ page 213.)

Gela s'explique par une vérité psychologique* qui nous est familière et que nous trouvons vivement exprimée dans ce passage de M. Taine* : <c La raison s'indigne à

tort de ce que le préjugé conduit les choses humaines, puisque, pour les conduire, elle doit elle-même devenir préjugé. « Rien de plus yrai. Ge sont bien, comme l'a dit Yauvenargues*, les idées qui mènent le monde, mais à une condition, c^est que ces idées soient pour ainsi dire descendues dans les profondeurs de notre organisation mentale, qu'elles soient en nous à Tétat d'habitudes invétérées, de véritables instincts. Il est excellent de délibérer, de douter, d'bésiter au besoin ; c'est là, nous l'avons vu, une des premières conditions de la sagesse; mais pendant qu'on hésite et qu'on délibère, on est mal affermi pour l'action. Les idées vraiment efficaces, celles qui prennent un rôle dominant dans notre vie, sont celles sur lesquelles nous n'hésitons pas, qui sont de longue date enracinées en nous, Si donc on veut que l'enfant fasse son devoir plus tard avec décision et fermeté, il faut avant tout lui donner des habitudes d'esprit, larges mais arrêtées, des sentiments moraux, dignes de résister à toute critique, mais qui devancent l'esprit critique et qui puissent le défier à l'occasion.

La nature ici nous vient en aide.

Dans quelque milieu qu'il soit né, si médiocre qu'ait été sa première éducation, l'enfant a toujours, à l'âge ou il arrive à l'école, un secret instinct du bien et du mal, le sentiment plus ou moins vague de quelque chose qui convient et qui doit se faire. Le maître donc, avant tout, mettra en jeu ce sentiment, l'éveillera s'il est endormi, le rendra actif s'il est paresseux. Avec certains enfants la tâche est facile, avec d'autres elle est très difGcile; et, pour le dire en passant, c'est une des raisons qui font que l'enseignement moral ne peut être comparé à aucun autre. Sous peine de rester en grande partie stérile, il ne saurait être le même pour tous les enfants, fussent-ils de même âge et d'égale intelligence.- Il doit s'adapter aux dispositions individuelles, se modifier selon qu'on a affaire à une nature docile ou rebelle, fine ou grossière, tendre ou rude.

It'émotloii morale I l'enthousIaMOM. — Le sens moral

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edt en partie un jugement de la raison, en partie un instinct du cœur. Mais le cœur chez Tenfant devance la raison, et c'est bien plutôt par le cœur que par la raison qu'on a prise sur lui. C'est donc au cœur qu'il faut s'adresser tout d'abord : la sensibilité de l'enfant est très vive déjà quand son intelligence s'éveille encore à peine. Autant on perdrait son temps à lui enseigner alors des préceptes généraux, autant on fera œuvre utile si l'on s'applique à toucher son cœur, à lui donner l'amour et pour ainsi dire le tressaillement du bien, l'enthousiasme du mieux.

Tout est gagné, si l'on y réussit ; car, comme le dit si bien M™« Necker de Saussure* : « Du fover des sentiments tendres et généreux, il rayonne sur l'intelligence je ne sais quelle vie, quelle douce chaleur, dont elle est intimement pénétrée. » Dans d'admirables pages, cet écrivain, dont la profondeur de vue psychologique* égale et explique le rare instinct pédagogique*, insiste de la façon la plus heureuse sur les rapports du sentiment et de la raison. Nul n'a mieux vu la nécessité de colorer, de réchauffer par l'imagination et l'émotion tout ce qu'on présente à l'enfant, si l'on veut exercer sur lui une action durable : « Les sentiments, dit-elle, ne sont pas seulement nécessaires à l'esprit pour compléter ses connaissances, ils décident de son caractère môme, de sa nature et du genre de son action... Le sentiment produit sur les idées le môme effet que la musique produit sur des paroles chantées ; il leur donne un caractère, un sens qu'elles n'auraient pas présenté autrement. » {Ueducation progressive^ T. I, page 277 )

Couiment exciter le meniiinenÉ da bleu. — Mais

comment produire cet effet profond sur l'enfant? Reportons-nous toujours à la psychologie*: l'émotion est essentiellement communicative, et le meilleur moyen de la donner aux autres est de l'éprouver soi-même. Que l'enfant la sente en nous, dans nos paroles, et il en sera pénétré à son tour ; si au contraire nous cachons sous de grands mots des sentiments que nous n'éprouvons pas,

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nous ne devons rien espérer d'un tel enseignement; l'enfant pourra entendre les mots et les confiera sa mémoire, soyons t^ûrs qu'il n'en tirera aucun protit moral. La sincérité de la pensée et de l'accent, même lorsque l'expression est médiocre, voilà ce qui touche l'enfant ; et son cœur une fois ému, sa raison sera facile à éclairer.

Hecasioais prises dans la vie réelle, — On trouvera tout d'abord dans les incidents de la vie réelle des occasions d'émouvoir la sensibilité morale de Tenfant ; il ne sera jamais distrait, si on lui parle des personnes, des choses, des circonstances qu'il connaît : son intérêt se porte naturellement sur ce qui Tentoure. Tous les menus incidents de sa journée d'écolier, les événements du village aussi bien que les récits qu'il trouve dans son livre de lecture, pourront servir de matière à des causeries morales, d'autant mieux écoutées si elles ont quelque chose d'imprévu et viennent faire diversion au train monotone des exercices scolaires.

Dans l'hisfoire. — L'histoire est riche en enseignements moraux, non en enseignements tout faits, comme on semble partois le dire, car bien des pages en sont fort immorales : elle enregistre les mauvaises actions comme les bonnes, et peut-être en plus grand nombre; elle est pleine d'iniquités de toutes sortes ; mais elle donne Toccasion d'apprécier la conduite des personnages dont elle raconte les faits et gestes. Quel moyen poar exciter l'amour ou la haine, l'admiration, l'enthousiasme, les colères généreuses de l'enfant!

Réelts moraux. — Après l'histoire proprement dite, l'instituteur pourra recourir aux anecdotes, aux récits imaginaires, en ayant soin de les varier, de les improviser au besoin, pour corriger tel ou tel défaut, pour faire naître tel ou tel bon sentiment Dans ce cas, il fera bien d'éviter cet optimisme* banal dans lequel on donne assez communément, et qui ne répond pas à la réalité. C'est une erreur de croire que tous les personnages d'un récit moral doivent être moralement irréprochables ; le mal peut se montrer utilement. N'a-t-on pas gagaé quelque

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chose, si, par le récit d'une laide action, on a fait éprouver un sentiment d*horreur et d*indignatîon à tout son petit auditoire? Les histoires qu*on écrit pour les enfants sont généralement trop fades ; tout y est compassé, mesuré, et s'éloigne trop de la vérité ; il faudrait y mettre quelque chose de plus réel et de plus franc^ j'oserais dire de plus viril. L'enseignement moral a tout à gagner à sortir du niais et du convenu. Par exemple, dans l'histoire proprement dite, je n'aurais garde de glisser légèrement sur les faits qui sont de nature à exciter des haines éner^ giques et une saine indignation chez les enfants. Présentés comme il faut à leur esprit, les grandes trahisons, les actes de fourberie et de lâcheté peuvent contribuer à leur progrès moral presque autant que les traits de dévouement et de loyauté chevaleresque»

Seeonrs de Tart et de la poésie. — L'art, au sens le plus élevé de ce mot, la poésie, seront peut-être encore les meilleurs auxiliaires pour un maître intelligent, qui, sentant vraiment les chefs-d*œuvre, saurait les faire goûter. Il y a entre le beau et le bien la plus étroite parenté ; ce sont deux choses voisines et analogues, deux faces de la perfection. Donner à Tenfant de vives émotions esthétiques*, ce serait faire quelque chose, et beaucoup, pour l'améliorer, quand même ces émotions n'auraient pas directement un caractère moral.

Mais si Ton craint de perdre de vue le but à atteindre, il y a dans toutes les littératures de purs chefs-d'œuvre, dans lesquels une morale exquise ou sublime revêt une forme immortelle. Quel effet ne produirait pas la lecture de ces belles pages faite à haute voix, avec l'accent qui convient ? Mais ces lectures devraient se faire à de certains intervalles ; il est bon que les enfants les désiren et les attendent. Surtout, si l'on veut qu'ils en garden une impression vive, qu'on ne leur impose pas la déplorable obligation d'apprendre par cœur et de réciter jusqu'à satiété même ce qui leur a plu.

Le maître le moins savant dispose par les traductions des plus belles œuvres de l'antiquité grecque et latine.

On pourrait faire à Tusagedes écoles primaires un choix des plus beaux récits antiques, comme on Ta fait pour les classes inférieures et moyennes de l'enseignement secondaire : ce qui est un peu vieilli dans nos lycées retrouverait toute sa saveur pour l'imagination toute neuve des enfants de l'école primaire.

Les plus grands de nos écrivains nationaux n'ont pas dédaigné d'écrire des pages où la plus belle langue est mise au service de la plus pure morale. Dans les Pauw^es gens, dans Après la bataUlCj de Victor Hugo*, le dévouement, la grandeur d'âme sont peints de telle manière, que le maître n*aura qu'à lire ces pièces pour donnera ses élèves une vivante et incomparable leçon de morale. A peine aura-t-il fait la lecture de tels morceaux, que les meilleurs élèves demanderont spontanément à les apprendre, ou voudront les copier pour les relire à loisir. Le Sergent, le Clairon, de Déroulède*, exciteront le sentiment patriotique ; le Bon gite fera comprendre le devoir d'hospitalité. Plusieurs contes d'Alphonse Daudet* donneront les émotions les plus poignantes et les plus saines : La Dernière classe, FEnfarU espion, le Mauvais zouave. Chaque année, à l'époque où l'Académie française décerne ses prix Monthyon, d'admirables traits de vertu sont racontés par nos meilleurs écrivains contemporains : on a recueilli en volumes les principaux d'entre ces récits ; il y a là pour les instituteurs une source intarissable d'anecdotes, d'autant plus émouvantes qu'elles sont vraies.

EtB. contu^immance du bien. — Mais ce n^est pas assez, nous l'avons vu, de donner à l'enfant des émotions morales plus fortes et plus belles que celles qu'il a pu recevoir dans sa famille; il faut aussi lui donner la connaissance du bien.

Gnltore i^c^nérale. — La culture générale, indépen* damment de toute direction particulière, est déjà un moyen d'atteindre ce but. Souvent, en effet, il entre bien de la sottise et de Tignoranco dans les vices des hommes, surtout à la campagne. « Si la pauvreté est la mère

des crimes, dit La Bruyère*, le défaut d'esprit en est le père. » Tout ce qu'on fait pour ouvrir l'intelligence, on le fait au profit de la morale, pourvu qu'on ait affaire à une nature saine et que la première éducation ait été ce qu'elle devait être.

Culture lluéraire. — Toutefois, la culture littéraire parait avoir un prix particulier au point de vue qui nous occupe. Les études scientifiques développent assurément l'esprit de suite et l'esprit d'ordre, elles contribuent beaucoup à la rectitude et à l'exactitude du jugement ; mais en mathématiques on raisonne dans l'abstrait, et que fait-on en physique, en histoire naturelle? On enregistre les faits, on ne les juge pas; il n'y a rien dans ces études qui ramène au droit, à la bonté, à la charité. L'histoire naturelle, en particulier, nous montre partout la lutte pour Texistence, lutte à outrance et sans merci, le triomphe brutal de la force. Combien la culture littéraire rend les esprits plus délicats et développe plus vraiment en nous l'humanité !

Les maximes morales. — Mais, littéraire ou scientifique, c'est trop peu de l'enseignement général; il faut un enseignement moral proprement dit, puisque nous vouloixs graver dans l'esprit de l'enfant des maximes sur lesquelles il puisse régler sa conduite. Dès le commencement, le maître fera bien de mêler quelques maximes très simples à ses causeries morales, mais sans en faire d'abord l'objet d'un commentaire dogmatique*. Â mesure que ses élèves seront plus avancés, il posera plus fermement, mais toujours avec discrétion, quelques formules plus arrêtées, des préceptes proprement dits, ceux-ci, par exemple : qu'une action est toujours mauvaise quand on ne la fait qu'avec l'espoir qu'elle ne sera pas sue, — quand on ne pourrait pas vouloir qu'elle fût imitée de tous, etc.; par exemple encore cette maxime de la vraie prudence : « Faites ce que vous voudriez avoir fait plutôt que ce que vous voudriez faire. »

Ecaeii A éviter. — Mais qu'il ait toujours soin de confier ces préceptes à l'intelligence, non à la seule mé-

moire. Ce qui importe, ce n*est pas de les faire apprendre par cœur, c'est do les expliquer si bien, de les rendre si frappants, d'en montrer si nettement la portée, que l'enfant ne puisse jamais les oublier. S'il les apprend par cœur, d'une manière languissante et ennuyée, 8*il les récite comme une leçon ordinaire, sur le ton que nous savons, tout l'enseignement moral est perdu. Su comme un nouveau catéchisme, il ne sera pas plus efficace que tout autre. Pour qui les définitions et les formules apprises avec tant de peine et répétées du bout des lèvres ont-elles jamais été un appui dans les tentations, une sauvegardefdans les crises morales ?

Evitons à tout prix que notre enseignement moral ne devienne un aride formulaire, sans grâce, sans vie et par conséquent sans force.

Eserclee du Jagement moral. — Pour donner à l'enfant la connaissance du bien, c'est à son jugement qu'il faut faire appel. De même qu'on trouve mille occasions d'émouvoir sa sensibilité morale, on en trouve tout autant d'exercer son jugement. Faites-le se prononcer en toute liberté, puis invitez-le à donner les raisons pour lesquelles telle action lui semble bonne, et telle autre mauvaise ; bien guidé par vous, il trouvera tout seul les plus hauts principes de la morale.

Ecaells. — Mais il faut se défier d'un danger. On ferait à l'enfant plus de mal que de bien, si on l'habituait tout jeune à discuter sans fin, à faire de la dialectique^ sur les devoirs des autres, au lieu d'accomplir les siens. Evitons de faire de l'enfant un petit raisonneur, qui deviendrait, en grandissant, un sophiste*. Assurons-nous qu'il comprend ce qu'on lui enseigne, qu'il a des instincts justes et des vues claires, voilà l'important : toute subtilité pédantosque est inutile et ne pourrait qu'être dangereuse.

On sera forcé aussi d'user d'une grande circonspection dans le choix des occasions qu'on lui offrira d'exercer son jugement. On dit parfois qu il faut habituer l'écolier à juger ses compagnons. Prenons garde qu'il ne soit

tenté d'établir entre eux et lui une comparaison toute à son avantage, et qu'il n'en vienne à s*en faire accroire sur ses propres perfections, comme le pharisien de TEvangile. On Tinvitera plutôt à se juger lui-même ; mais ici encore se présente un danger : il faut beaucoup de mesure, pour ne pas Texalterou l'humilier plus que de raison. Le dommage serait irréparable, si l'on venait à lui faire perdre ces sentiments de pudeur et d'honneur, sans lesquels il n'est pas d'éducaton possible. Songeons-y bien, il prendrait très vite son parti d'être un mauvais sujet, et d'en convenir, et que ferait-on, le jour où il avouerait ses fautes sans en rougir ?

Quant aux faits de la vie réelle, aux événements du village, il ne serait pas toujours facile ni convenable de les lui faire juger directement, ses parents, ses voisins, des personnes auxquelles il doit le respect s'y trouvant le plus souvent mêlés. Il vaut mieux le transporter d'emblée dans une autre sphère, et lui donner des pensées très élevées, afin qu'il ne voie pas, en quelque sorte, les fautes et les laideurs au milieu desquelles il vit, mais que, le jour où il les verra, il les juge implicitement et de haut, sans les discuter. Inspirez-lui par exemple un si grand respect des lois, que, lorsqu'il sera tenté à son tour de devenir braconnier ou de frauder le fisc, comme cela arrive si souvent à la campagne, la majesté de la loi se dresse devant lui, pour ainsi dire, et le retienne.

I<a |»f «f #9M« do blenf exercice de l'aetlvlté.— Mais,

quand on s'est adressé au cœur et à Tintelligence de l'enfant, tout n'est pas fait encore ; il faut s'adresser à son activité même, et exercer directement les dispositions vertueuses qu'on a fait naître en lui. C'est en forgeant qu'on devient forgeron, dit le proverbe; c'est en faisant le bien qu'on apprend à le faire. Essayons de très bonne heure d'obtenir de l'enfant des actes de dévouement, de légers sacrifices, soit à l'égard de ses parents, soit à l'égard de ses camarades : il verra que la joie intérieure qu'il en éprouve dépasse de beaucoup le plaisir qu'il i^urait ei; à suivre son inclination égoïste, que le plaisir

de donner, par exemple, égale pour le moins celui de recevoir. Qu'on s'ingénie donc à le tirer de l'état passif et à lui faire prendre goût à l'activité morale. Un des grands plaisirs des écoliers est de dénicher les oiseaux : on peut les amener à les protéger, au contraire, et à trouver à cela autant ou plus de plaisir qu'à les détruire. C'est ce qui se voit, assure*t-on, dans la Haute- Vienne, où un préfet a eu l'heureuse idée d'établir une Association des enfants pour la protection des nids d'oiseaux.

Ordre A suivre. — Principe |fénér«l. — Dan^rs & éviter. €ho|x A faire entre les questions. — - Que dire

maintenant de Tordre à suivre dans l'enseignement moral, de la gradation à observer?

En règle générale, on partira de ce que Tenfant conjiaît et comprend le mieux, pour s'élever peu à peu et par degrés à ce qui n'eût pas été d'abord à sa portée. On l'entretiendra avant tout des devoirs qu'il doit déjà remplir : ses obligations dans la famille et dans l'école seront donc les premières dont on lui parlera. Toutefois il faut éviter de s'attarder trop longtemps dans les redites à cet égard, et de lui répéter à satiété ce qu^il entend depuis le berceau. L'école doit lui offrir un intérêt nouveau ; même sur les points où il tient le même langage que les parents, le maître est tenu de donner des raisons plus précises et des explications plus convaincantes. A plus forte raison ne doit-il pas laisser dortnir les sentiments plus généraux et plus élevés, qui ne demandent qu'à s'éveiller chez les enfants. De très bonne heure, on peut leur parier de la patrie, mettre en activité dans ces jeunes âmes des sentiments déjà virils : pour quelles raisons s'interdiraîton de toucher ces cordes chez notre écolier?

Il le faut d'autant plus, qu'avec lui il y a un choix à faire entre les questions, et que sur aucun point on ne peut tout lui dire. Ira-t-on, par exemple, à propos de la famille, s'appesantir sur le mariage et sur les devoirs conjugaux? à propos de la patrie, lui parler longuement des devoirs dé l'Etat, ou des dangers du cosmopolitisme*? Il ne suffirait donc pas de renverser l'ordre que nous avons suivi

dans nos leçons, et de remonter du particulier au général; il faut, je le répète, faire un choix, non seulement entre les points à aborder, mais même sur chaque point, entre les questions à toucher et les questions à écarter.

Ainsi toute la méthode di&bre; chaque maître aura en quelque sorte à l'approprier à son usage personnel, selon les besoins des entants auxquels il s'adresse. Ne convient-il pas que chacun soit libre d'aller tout droit à ce qu'il juge bon à dire, à la seule condition que son auditoire puisse le comprendre?

Pourquoi et en quel sens l'enselsnement moral doit être très éleiré dans l*école primaire. —^ L'enscigne-

ment moral dans nos écoles, pour être élémentaire, ne sera donc pas forcé de rester enfantin, ni surtout d'être plat ; il faut au contraire le faire très élevé, aussi élevé, j'oserais le dire, qu'au lycée et dans les facultés. Gomment cela, et en quel sens? L'élévation d'un enaeignement ne se mesure pas à son degré d'abstraction^ ou à la rigueur géométrique de ses formules. Sans aller parler à l'enfant de l'autonomie* de la volonté, ou de Vimpératif* catégorique, sans le faire pénétrer dans les subtilités de la morale de Kant* ou de celle de Bentham*, ce qui serait une pure aberration*, on peut et on doit, par les moyens qui ont prise sur lui, essayer d'exciter en lui les plus hautes aspirations morales. Il n'est nullement besoin d attendre qu'il soit grand, pour lui inspirer le goût du parfait dévouement et de la plus rare charité.

Qu'on ne se croie pas même astreint à lui présenter en premier lieu les devoirs les plus stricts; cela est plus méthodique dans l'enseignement, mais moins efficace peut-être dans l'éducation. On obtient, en effet, beaucoup plus facilement la charité que la justice, la générosité que la simple sagesse. « Avec l'enfant ditM"« Necker de Saussure* (Tome II, page 37), souvent on obtient mieux le plus que le moins, quand le plus est un exercice d'activité et que le moins est une privation pure et simple ». Bourdaloue* avait dit d'une manière plus gêné* raie que, tous tant que nous sommes, « nous avons

beaucoup moins de peine à faire plus que nous ne devons, qu'à faire ce que nous devons » ; et La Bruyère* « qu'il coûte moins à certains hommes de s'enrichir de mille vertus que de se corriger d'un seul défaut. »

Remarque. — Dans tous ces conseils, nous sommes obligés de supposer un enseignement général, s'adressant à la fois à tous les élèves, et fait par tous les maîtres à peu près de la même manière. Ce sont là des conditions artificielles, qui, je tiens à le redire, ne répondent qu'imparfaitement aux besoins de l'éducation morale. Rien n'est plus personnel et plus délicat que cette éducation. Tout n'y est que nuances et cas particuliers. Si le maître veut remplir entièrement sa tâche, il devra avant tout être bien luimême, sinon dire tout ce qu'il pense, au moins ne dire que ce quHl pense, être sincère et vrai, donner son cœur autant que son esprit. Puis il devra s*appliquer à connaître individuellement tous les élèves, étudier leur caractère, se rendre compte surtout de Téducation qu'ils ont reçue antérieurement et qu^ils reçoivent encore dans leurs familles.

Ainsi conçu, l'enseignement moral est vraiment un art, et le plus difficile de tous. Les préceptes généraux et les procédés y peuvent servir, mais non suffire; l'œuvre est essentiellement concrète et complexe : elle ne vaudra jamais que ce que vaudront l'esprit, le tact, le cœur et l'inspiration personnelle des maîtres.

IL Ij'Enseli^neineiit de la morale dans les écoles normales primaires. -" lie Bat. — Il nous reste peu de place pour parler de l'enseignement de la morale dans les écoles normales : nous ne pouvons donner que quelques indications, mais peut-être suffiront-elles. Dans ces écoles, on ne vise pas au même but que dans l'école primaire; il ne s'agit plus uniquement d'apprendre aux élèves à se conduire; les leçons qu'ils reçoivent les affermissent sans doute dans la pratique du bien, mais on les leur donne surtout pour qu'ils sachent la morale et soient à môme de l'enseigner à leur tour. Or pour ensoigner quoi que c« soit^ il faut avoir des eoanaiasani»!

TRENTE-QUATRIEME LEÇêN. 405

infiniment plus étendues et plus précises que celles que l'on prétend transmettre. Ici donc, les analyses exactes, les préceptes bien coordonnés, les formules rigoureusement déduites sont de rigueur. Il s'agit d'un enseignement proprement dit, fort analogue à celui que nous avons donné à Fontenay. Le programme d'ailleurs en est fait, et c'est celui-là même que nous avons suivi.

I^'amdltolr*. — L'auditoire auquel on s^adresse m'est très peu connu, je Pavoue; mais il est composé de jeunes gens et de jeunes filles d'un esprit relativement cultivé. Gomme la morale, cependant, commence à peine à figu«* rer dans les programmes de l'enseignement primaire, beaucoup d'élèves entrent encore actuellement dans les écoles normales, sans avoir reçu les notions qu'on devra donner désormais dans la plus humble école de village. De là des lacunes à combler, et la nécessité évidente de ne pas enseigner la morale, à l'école normale, uniquement selon la lettre du programme. Si l'on veut former des maîtres qui soient à la hauteur de la tâche que nous venons de décrire, il faut avant tout leur donner à eux-mêmes ces impressions et ces émotions morales^ ce feu sacré, qu'ils devront communiquer à leurs élèves.

La Méthode. — Dans la période transitoire* que nous traversons, peut-être faudrait-il, pendant toute la première année, suivre en grande partie la méthode de l'école primaire : défaire d'abord, puis refaire, ce qui n'a pas été bien fait. On ne dînerait qu'ensuite l'enseignement proprement dit, analogue à celui qui a fait l'objet de nos leçons. D'ailleurs, cet enseignement achevé, on aura toujours soin de le faire suivre d'entretiens et d'exercices nombreux, destinés à apprendre aux élèves-maîtres comment ils devront se servir de ce qu'ils savent et présenter la morale aux enfants.

Remarque. — U n'est pas inutile de dire que les procédés devront un peu varier avec le sexe. Les jeunes filles, douées généralement d'une vive sensibilité, se laii^sent plus facilement guider par le cœur que par la raison ; il faudra réagir contre cette tendance, les armer^

406 TRENTE-<)UATRIÈME LEÇON.

elles surtout, de maximes théoriques, de principes fixes, de formules enfin, capables de les avertir et de les retenir dans leurs découragements ou dans leurs enthousiasmes. On fera plutôt Tinversepour les jeunes gens. U y a moins lieu d'insister avec eux sur les maximes et les préceptes proprement dits, que leur raison plus froide risque moins d'oublier; on tâchera surtout d'émouvoir leur sensibilité, et de développer chez eux la délicatesse du sentiment.

€oiieiasloB. -— C'est avec regret, mais sans trop de scrupules, que je me vois forcé de m'en tenir à ces rapides réflexions. Le professeur d'école normale ne peut manquer de bien faire ce qu'on attend de lui, si, d'une part, il aime sa tâche et s'est vraiment pénétré de l'enseignement qu'il doit donner, si, de l'autre, il ne perd jamais de vue la besogne que devront faire, et les qualités que devront avoir les maîtres qu'il forme.

FDI.

XT

Aberration (du latin ah, qui marque l'écart, et errare, errer), erreur qui s'écarte grossièrement du sens commun.

Absolu, s'oppose i relatif. Latin absolututt délié : qui est sans réserves ni restrictions d'aucune sorte, qui n'est lié, borné, retenu par rien.

Abstraction, action d^abstraire, (du latin dUfstraherej tirer à part), opération qui consiste à penser séparément ce qui n'est pas séparé dans la réalité.

Adaffo, sentence, dire populaire (du latin adagium, conseil).

A JAX, nom de deux héros d'Homère dans l'Iliade. Ajax, fils de Télamon et roi de Salamine, était après Achille le plus vaillant des princes grecs. — Ajax, fils d'Ollée et roi des Locriens, était célèbre par son impiété.

Aliqnoto (partie), du latin aliquot, un certain nombre. Terme de mathématiques, se dit des parties contenues un certain nombre de fois dans un tout. La partie aliquote de quelqu'un dans un gain ou une dépense totale, c'est en d'autres termes sa quote-part,

Anarohle, du grec anarchia, (an privatif et arcfiè, commandement) c'est, au propre, l'absence de gouvernement, et au figuré^ tout état de désordre et de confusion.

Anarchîque, qui tient de l'anarchie ou qui la favorise.

Anomalie, état de ce qui est anomal^ c'est-à-dire irrégulier, du greo anâmalia, irrégularité.

Antaffoaisme, résistance que s'opposent deux forces, deux puissances contraires; par suite, opposition d'idées, de doctrines, état de lutte, (du grec, anh', contre, et agôrij agônisma, combat).

ANTISTHËNES, philosophe grec, fondateur de l'école cynique : né à Athènes vers 424 av. J.-G.^ disciple de Socrate. Il ne reste rien de ses écrits.

Apathl^ne, qui est insensible à tout, Indolent à agir et à sentir (grec Apatheia^ de a privatif, et pathos, affection, émotion).

», sentence renfermant un grand seni en peu de mots (gret aphorinmoBt de aph pour apo marquant séparation, et horidtô, borner : ce qui sépare du reste, ce qui détermine).

ARGII^VftKS (tles). Iles de la mer Egée, entre Lesbos et TAsie. Les Athéniens y battirent les Spartiates, 406 av. J.-C.

ARISTIPE, Aihénien célèbre par ses vertus civiles et militaires, on des vainqueurs de Marathon. Banni par la jalousie de Thémistocle, 483 av. J.-C, il fut rappelé pour repousser une nouvelle invasion des Perses. Après avoir délivré son pays, il fut charjré d'administrer le trésor commun de toute la Grèce. Quand il mourut dans un âge avancé, il était si pauvre que l'État dut se charger de ses funérailles et doter ses filles. On l'avait surnommé U Juste,

ABIfiiTlPPE, philosophe grec, né à Cyréne, vers 435 av. J.-G. ; étudia à Athènes sous Socrate, mais altéra la morale de son maître, en fondant la doctrine du plaisir, qui caractérise Técole cyrénaîque. Il mit cette doctrine en pratique : esprit fin et brillant, il vécut longtemps à la cour de Denys le Tyran, dans la mollesse et les délices.

ABll^TOTE» le plus grand savant et philosophe de l'antiquité (384>322 av. J.-G.),é!ait fils d'un médecin, fut le précepteur et l'ami d'Alexandre le Grand. Il enseigtiaà Athènes, où il avait été disciple de Platon, et fonda à son tour une grande école de philosophie. De tous les I oints de l'Asie^ Alexandre lui envoyait les animaux et les plantes rares recueillis dans les pays conquis, ce qui lui permit d'être aussi grand naturaliste que grand penseur; il a écrit une Métaphysique^ une Physique^ une Logique^ une Psychologie, etc. , etc. U a embrassé tout le savoir de son temps, et plus on Tétudie, plus on est dans l'admiration devant la sûreté de ses vues et la profondeur de ses pensées.

ABBIKN, historien grec, né vers 105 de notre ère à Nicomédie; fut gouverneur de la Cappadoce sous l'empereur Adrien. Philosophe et soldat à la Tois, il a laissé de bons écrits, notamment le célèbre Manuel dans lequel il a condensé l'enseignement de son maître Epictéte.

Aacéttoiw, pratiques des ascètes, c'est-à-dire de ceux qui se consacrent pnr piété aux mortifications (grec ascètèSt celui qui s'exerce).

ATTIQVB, contrée de la Grèce dont Athènes était la capitale. Comme les Athéniens étaient renommés entre tous les Grecs pour leur esprit et leur bon goût, atiique est resté en latin, puis en français, un adjectif synonyme de fin, délicat.

Autonomie, indépendance, état d'un être qui se fait à lui-même sa loi (du grec aulosy soi-même, et nomos^ loi).

Atttoritalr«, qui fait une grande place à Tautoritô, qui est partisan d'une fréquente et énergique intervention, du pouvoir.

BA6TIAT (Frédéric), économiste et excellent écrivain français, né eu 1801 à Bayonne, mort en 18à0; combattit ik la fois le bystème prohibitif et le socialisme, qu'il regardait comme fondés sur le même

ET DES EXPRESSIONS PHILOSOPItlQUES. 409

principe; fut chez nous Tapôtre du libre échange et de l'économie politique. Ses Harmonies économiques sont malheureusement restées inachevées. Mais ses Sophismes économiques (1846) sont autant de petits chefs-d'œuvre. Dans Cobden et la Ligue il nous fait assister aux longues luttes par lesquelles le parti libéral en Angleterre conquit la liberté du commerce des grains. Bastiat fut député en 1848 et 1849.

BEAUSUHRCBAIS (P.-Â. Caron de), né à Paris en 1732, mort en 1799; fils d'un horloger et d'abord horloger lui-même, puis musicien, puis financier, gagna une immense fortune en approvisionnant les Américains d'armes et de munitions dans la guerre de l'Indépendance des États-Unis. Il se fît en même temps une grande réputation d'écrivain par des Mémoires judiciaires pleins de verve et de malice, et par des pièces de thé&tre d'une originalité et d'une hardiesse rares, qui eurent un prodigieux succès. Le Barbier de Séville^ comédie en 4 actes, 1775, et le Mariage de Figaro, comédie en 5 actes, 1784, sont ses «ihefs-d'œuvre.

BKAiTH.%111 (Jérémie), célèbre jurisconsulte anglais, né à Londres en 1748, mort en 1832 à 84 ans; avait étudié pour être avocat, mais, révolté des vices des lois et des abus qui régnaient dans les tribunaux, il aima mieux consacrer sa vie à les réformer. Son principe fondamental est qu'en législation et en morale, on ne doit admettre d'»utre règle que Tutilité; cette doctrine lui venait du livre De l'Esprit d'Helvétius. Ses écrits sont très nombreux. Les Traités de législation civile et pénale (1802), et la Théorie des peines et des récompenses (1812) parurent en français, car Bcntham visita plusieurs fois la France et séjourna à Paris, où il était en grande estime.

BIAS, philosophe grec, l'un des sept sages, né à Prlène vers 570 a\ant J -C. Sa ville ayant été prise par Cyrus, tous les habitants emportaient dans leur fuite ce qu'ils avaient de plus précieux. Bias seul n'emportait rien. Comme on lui en demandait la raison : « C'est, dit-il, que je porte tout mon bien avec moi. •

BOILEAU (Nicolas, 1636-1711], poète français , esprit droit, d'un goût sûr, donna dans son Art poétique, sous une forme précise et élégante, les règles de cet art, méconnues par tant d'écrivains médiocres alors en renom. Ses Épîtres sont moins originales que son poème comique, le Lutrin; mais après VArt poétique^ qui vaut par l'autorité et la raison^ les Satires surtout montrent la vigueur de son esprit critique.

BOSSUET, grand évêque, orateur, historien et philosophe, né à Dijon en 1627, mort en 1704; montra en tout un admirable mélange d'inspiration et de raison, d'enthousiasme et de méthode. On connaît surtout ses Oraisons Funèbres, mais elles n'égalent pas la beauté de ses Sermons, Chargé par Louis XIV de l'éducation du Dauphin, 11 écrivit pour son élève le Traité de la connaissance de Dieu et de 8oi-m'me,\& Logique, le Traité du libre arbitre, et surtout le Discours SUP VHisloiré CfninerseiU. Il fUt évêquô de Condom, puis de

Meaux, rédigea la déclaration du clergé de France de 1682>etprit part à de célèbres controverses. La France n*a pas d'écrivain plus parfait.

Boadd'bisflM, doctrine philosophique et religieuse de Tlnde, ainsi nommée de son fondateur, le Bouddba (c'est-à-dire le Sage); cette doctrine compte encore aujourd'hui 150 millions d*adeptes dans les Indes, la Chine, le Japon, etc.

BOUBDAIiOUE, célèbre prédicateur, né à Bourges 1632, mort en 1704. Son éloquence vaut par la logique, la virilité, la force du raisonnement. Il fut remarquable surtout par la rude franchise avec laquelle il fit entendre à Louis XIV et à une cour enivrée de plaisir, les avertissements de la loi chrétienne.

BOURDE (Paul), écrivain contemporain , auteur d'un très bon traité de morale pratique intitulé Le Patriote,

BrahmanMine, doctrine des brahmanes, prêtres formant la première des quatre castes chez les Indous et enseignant la religion des Védas ou livres sacrés (du sanscrit Brahma, nom de la Divinité suprême).

ÇAKYA-nOCNI, sage de Hnde, né en 607 avant J.-C, mort en 542, fondateur, ou du moins rénovateur et apôtre principal du Bouddhisme. (Voy. ce mot.)

Casuîie, celui qui s'applique à la casuistique c'est-à-dire à la discussion des cas de conscience; par extension, qui se complaît dans les difficultés et les subtilités de la morale ; (du latin casus, cas de conscience).

CBIEON, un des sept sages de la Grèce, vivait vers 600 avant J.-C. à Lacédémone.

CflBYSIPPE, philosophe grec, un des premiers et des principaux chefs de l'école stoïcienne, né en 280 avant J.-C, mort vers 210. Célèbre par la force et la subtilité de sa logique, il avait beaucoup écrit, mais il ne reste rien de lui.

CICÉBOIV9 le plus grand orateur latin (107-44 av. J.-C), d'abord simple avocat, passa tour à tour par toutes les plus hautes charges de la République romaine, sauva Rome d'une dangereuse conjuration, fut grand citoyen autant qu'admirable écrivain, mérita le surnom de père de la patrie. Mêlé aux lattes politiques les plus ardentes, la fin de sa vie fut orageuse ; il connut l'exil ; la trahison d'Octave le livra aux soldats d'Antoine, qui le mirent à mort. Quoiqu'il fût d'un caractère mobile, un peu indécis et trop enclin à la vanité, ce fut un honnête homme et une noble nature. Il a donné non seulement de nombreux modèles d'éloquence, mais des traités précieux sur l'art de parler et d'écrire. Quand il n'était pas au pouvoir, il s'en consolait par la philosophie ; il n'y montra point d'originalité, mais il mît en beau langage latin tout le meilleur de la philosophie grecque dans ses écrits De V Amitié, De la Vieillesse^ etc., etc.

CI^ÉANTBE, philosophe grec, né vers 300 av. J.-G., disciplede Zé-

n.on et son successeur immédiat dans la direction de l'école stoïcienne. Il vivait avec la plus grande sobriété et travaillait, dit-on, la nuit à tirer de i*eau, pour avoir le loisir de philosopher pendant le jour. Parvenu à une extrême vieillesse, il se laissa mourir de faim. Il nous reste de lui un Hymne à Jupiter, morceau admirable, qui a été tra« duit en vers français par Luuis Racine.

CLÉOBULE, un des sept sages de la Grèce, fils d'un roi de Rhodes. Il régna lui-même sur cette tle et mourut à 70 ans, vers Tan 560 av. J.-C. Ses maximes étaient : « De la mesure en tout. — Fais du bien à les amis pour te les attacher davantage et à tes ennemis pour en faire des amis, etc. •

Oommlnatoire, qui a le ton de la menace; (du latin comminari, menacer).

ConamuDÛme, système socialiste qui veut faire prévaloir la communauté des biens, c*esi- à-dire l'abolition de la propriété individuelle. Tout l'avoir social serait remis aux mains de l'État, qui ferait travailller les citoyens et leur distribuerait les produits du travail.

COJUTE (Auguste) , philosophe français, fondateur de l'école post- HvisUf né à Montpellier en 1798, mortà Paris en 18S7. Fut élève, puis répétiteur de mathématiques à l'Ëcole polytechnique, embrassa les doctrines de Saint-Simon, mais se sépara encore jeune de son maître pour fonder une école indépendante, à la fois philosophique et politique (voir ci-dessous, École positiviste). Son grand ouvrage est le Cours de philosophie positive (1839 et années suivantes). H a écrit aussi un Catéchisme positiviste (1850), une Politique positiviste (1851-54) et en dernier lieu la Beligion de V Humanité; car après avoir voulu substituer les seules sciences positwes à toutes les métaphysiques et à toutes les religions, il prétendit à la fin fonder un culte nouveau. Ses disciples, très nombreux surtout parmi les savants et les médecins, ne l'ont pas en général suivi dans cette dernière partie de son enseignement.

Concret, le contraire d'abstrait, c'est-à-dire ce qui est réel , et, comme tel, formé de plusieurs qualités réunies (latin concretus^ réuni en un seul tout).

COKFUCIL'S, célèbre philosophe chinois, né vers 551 av. J.-C, fils d'un grand personnage, fut lui-même administrateur et premier ministre. Tombé en disgrâce, il parcourut les provinces pour prêcher la morale, et mourut en 479, objet d'une sorte de culte de la part de ses disciples. Ses écrits moraux, La grande science^ Le juste milieu. Dialogue sur la piété filiaU, ont été traduits en français. Il fait consister la sagesse dans la modération.

Contrat aocUl, c'est le titre d'un célèbre ouvrage de J.-J. Rousseau : Le contrat social est une convention supposée entre les membres de la société, plus particulièrement entre les gouvernants et les gouvernés. Certains auteurs en parlent comme d'une convention tacite, en quoi ils ont raison; mais d'autres semblent croire à une convention expresse, base première de toute société, en quoi ils ont tort.

€OBlVEILI<E (Pierre). Le père de ]a tragédie et de la comédie classique en France, né à Rouen en 1606, mort en 1684 ; fat d'abord avocat, débuta au théftire par des comédies, révéla son génie tragique par Aîédée; donna le Cid en 1636, puis Horace, Cinnay /*olyeucte, le Menteur f etc. Il est parfois compliqué, obscur, emphatique et sans goût ; mais il est incomparable par la grandeur des sentiments et la beauté de la langue.

Corrélative! (idées), idées relatives Tune à l'autre, et dont l'une suppose l'autre ; exemple : les idées de père et de flls.

CUtamopollttome, doctrine de certains moralistes (par exemple le Stoïciens], qui se disent cosmopolites, c*est-à-dire citoyens du mond^ entier (grec cosmos, monde, et polîtes^ citoyen). Ils croient à tort que Tamour de la patrie est un sentiment inférieur et suranné. Il n'est pas admissible que l'amour de l'humanité doive et puisse être établi sur les ruines du patriotisme.

Cfoutumier (droit), ensemble de règles ou lois non écrites, résultant de la coutume^ c'est-à-dire des usages reçus dans un pays donné.

Critérium, marque qui fait discerner, juger. Le critérium de la vérité, ce à quoi on reconnaît qu'une chose est vraie ou fausse (grec critêrion, de crinâ, juger).

CRITOIV, disciple et ami de Socrate, offrit à ce philosophe les moyens de sortir de prison, mais ne put le décider à s'évader et resta auprès de lui jusqu'à ces derniers moments. H mourut vers 380 av. J.-G. Platon a donné son nom au dialogue dans lequel il met en scène le noble rrfns de Socrate.

CTKIQUES» secte de philosophes grecs fondée par Antisthènes, ainsi nooimée de cyon, ct/itos, chien. Soutenant qu'on ne devait rougir que de ce qui est criminel, ils méprisaient non seulement la parure, les richesses, les arts, mais jusqu'à la pudeur et aux plus simples bienséances. Les principaux cyniques furent, après Antisthènes, Cratés, Diogène et Ménippe. Cette secte alla se fondre dans celle des stoïciens.

CTBÉNAIQIJB (ÉCOLE), secte de philosophes grecs fondée par Aristippe de Gyréne; ils enseignaient que l'homme ne doit vivre que pour le plaisir, en quoi ils préparèrent l'Épicurisme.

DANTE, célèbre poète italien (1265-1321), étudia toutes les sciences et la philosophie, combattit pour sa patrie, fut chargé de hautes missions politiques, eut une vie errante, aventureuse et presque toujours malheureuse. Son grand poème de la Divine Comédie, le premier qui ait été écrit en langue italienne, est à l;i fois popuUire, religieux et patriotique. Il est divisé en trois parties : VEnfer, le Purgatoire et le Paradis; c'est une production sans pareille pour la variété, la sublimité et la grâce des tableaux, la force des pensées et l'éclat des images.

DAUDET (Alphonse), romancier français contemporain, observateur pénétrant et écrivain des plus délicats, a écrit notamment : f^

Nabab j peinture de mœurs parisiennes, Numa Roumestanf peinture de caractères méridionaux, Le petit Chose^ Lettre de mon Moulin ^ Contes du Lundi, Fromont jeune et Risîer aine, etc.

Démocratie, du grec dêmoSy peuple et oratost pouvoir : état politiq-e d^^ns lequel le pouvoir est aux mains du peuple.

liÉBOULÈDB, officier et poète français contemporain, auteur de quelques pièces dethfftlre, mais surtout des Chants du soldat, petits poèmes remarquables par le mouvement , l'entrain militaire et la force du sentiment patriotique.

Désagrégé, disjoint, désuni, qui cesse de former un tout compact, un groupe bien uni.

DB8CABTES, né en Touraine, 1596* mort en Suède, 1650, le plus grand philosophe français, et un des plus puissants génies qui aient été, dans toutes les branches du savoir humain. Le premier il écrivit des ouvrages philosophi(]ues en français : Le Discours de la Méthode Ae& Principes, les Méditations ,\e Discours sur les Passions, sont les principaux.il fut en correspondance avec plusieurs princes, et mourut à la cour de la reine Christine. D*admi râbles découvertes lui sont dues en mathématiques et en physique, notamment dans la théorie de la lumière. Il vécut surtout en Hollande, craignant de ne pas avoir en France la liberté de pensée dont il avait besoin. Mazarin défendit qu'on prononçât son oraison funèbre ; mais la Convention décerna à ses cendres les honneurs du Panthéon.

Despotique, qui est d'un despote. Despote, prince qui gouverne avec une autorité arbitraire et absolue, ér, au figuré, personne qui s'arroge une autorité tyrannique (grec despotes, maître).

Dialeotieten, celui qui excelle dans la dialectique, c'est-à-dire dans Tart de raisonner, de discuter (grec diaUctikè, de diaUgâ, discourir).

Dideotiqoe, qui est propre à renseignement (du grec didascâ, enseigner).

DIDEBOT (Denis) , philosophe français, né à Langres en 1713, mort en 1784, était fils d'un coutelier. D'abord destiné à l'état ecclésiastique, il se donna tout entier aux sciences et aux lettres. Il publia en 1745 un Essai sur le mérite et la vertu, en 1746 des Pensées philosophiques, en 1749 la Lettre sv/r les aveugles,àPusage de ceux qui voient, pour laquelle il fut enfermé à Vincennes. Devenu libre, il conçut V Encyclopédie, pour laquelle il s'associa d*Alembert et qu'il mena à terme à travers mille obstacles (1759-72, 28 vol. in-fol.). En même temps il donnait ses célèbres Salons et des pièces de théâtre. L'impérairice de Russie, Catherine II, lui acheta 50000 francs sa bibliothèque,et l'attira à Saint-Pétersbourg en 1773. Écrivain brillant, Diderot a laissé beaucoup de belles pages, mais non un livre vraiment achevé. Cest un des plus hardis entre les philosophes du dix-hu*tième siècle.

DUenne, du grec Dilemma, argument à deux fins {dis, deux, et Lêmma, argument) ) c'est le raisonnement qui commence ainsi : de

deux choses Tune. On laisse à l'adversaire le choix entre deux alternatives, qui le conduisent à une seule et même conclusion.

DIOOÈWE (le cynique), 413-324 av. J.-C, disciple d'Antisthènes, outra les austérités de sa secte; il logeait, dit-on, dans untonneau^ n'ayant pour meuble qu'une besace, un bâton et une écuelle. Il jeta même son écuelle, après avoir vu un enfant boire dans le creux de sa main. Il se promenait en plein jour une lanterne à la main, disant : « Je cherche un homme. » — On prête ce mot à Alexandre, qui avait voulu le voir : « Si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène. «

BofTinaUque (du grec dogma^ croyance), s'oppose à sceptique et à critique; une philosophie dogmatique est celle qui pose des affirmations comme certaines.

DOUDAIV, excellent écrivain contemporain, qui n'a été connu qu'après sa mort. Il a passé presque toute sa vie en qualité de précepteur, puis d'ami dans la famille de Broglie, qui a publié récemment sa Correspondance : elle est très remarquable.

Échangiste (libre-), partisan du libre-échange, c'est-à-dire de la théorie qui soutient que les communications commerciales entre les peuples doivent être affranchies des prohibitions et des impôts élevés (par opposition au système prohibitif ou protectionniste).

Economie politique, science qui traite de la production, de la distribution et de la consommation des richesses. (Grec oihonomia^ de ot/cos, maison, et nomo^f administration — et poliîike, de polis^ cité, par opposition à l'Économie domestique, science de la richesse privée).

ÉcoBoniste, celui qui s'occupe d'économie politique.

ELIOT (Georges)^ pseudonyme d'une femme auteur qui est morte en 1880 et qui est un des plus grands écrivains de l'Angleterre. Ses plus beaux romans sont Adam BedCj Félix Holt, Le moulin de la Fhss. Georges Eliot a autant de profondeur comme moraliste que de charme comme conteur. Elle avait épousé le philosophe Lewes.

Empirisme, du grec f'mptVaa, expérience, doctrine selon laquelle toutes nos. connaissances viennent de l'expérience, y compris les principes mêmes de la raison. Connaissance empirique s'oppose k connaissance raisonnée.

EPAPHRODITE, affranchi et secrétaire de l'empereur Néron, dont Epictèie fut l'esclave. Il fut condamné à mort par Domitien.

Éphémère, qui ne dure qu'un jour (du grec ep , sur, et Hêmera^ jour).

ÉPICTÉTE, philosophe stoïcien du 1*' siècle après J.-G., était d'abord esclave, devint le familier de l'empereur Adrien, mais ne cessa dans aucune condition de mépriser la fortune et de vivre en sage. On a de lui un Manuel de sagesse et des Entretiens, recueillis par un de ses disciples : le stoïcisme n'a rien produit de plus simple et de plus beau.

ÉPiCURE, célèbre philosophe grec (341-270 av. J.-C.), fils d'un

ET b£S ËXPtlESSIONâ PHILOSOPHIQUES. 4l&

inaitre di*école et d'une magicienne. Témoin' dans sa jeunesse des misères que cause la superstition, il entreprit d'en délivrer les hommes par la philosophie; son système comprend : une Logique seU" sualiste, une Physique, qui est la théorie des atomes perfectionnée, et une Morale, qui est celle du plaisir, mais du plaisir choisi, du plaisir hien entendu. Épicure était bon et sobre, sa yie et sa mort furent celles d'un sage.

£picurînne, doctrine épicurienne j ou d*Epicure (voir ce mot).

Srgoter, chicaner par des raisonnements captieux. — Vient probablement du latin ergo, donc, parce que ce mot revenait sans cesse dans les disputes scolastiques.

i:sMBoe(du latin esse, être), ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, nature propre et fondamentale. L^essence du triangle est d'avoir trois angles.

Cathétlqa«, qui a rapport à la beauté; V Esthétique est la science du beau, le sentiment esthétique est le goût du beau, etc. (du grec AislhèsiSf sentiment, sans doute parce que le beau est par excellence affaire de sentiment).

EUCLIDE, célèbre géomètre grec, un des fondateurs de la géométrie, enseignait les mathématiques à Alexandrie vers 320 av. J.-C. Il eut pour élève le roi Ptolémée lui-même, qui rebuté des difficultés de la géométrie lui demanda s'il n'y avait pas une voie plus facile pour l'apprendre. « Non, lui répondit Euclide, il n'y a pas de route royale en mathématiques. »

Évolotion, doctrine qui consiste à croire que les choses n'ont pas été faites du premier coup telles qu'on les voit, mais qu'elles ont pour loi de changer, de se former et transformer avec le temps, de se développer par une série de modifications (latin evolvere, dérouler).

Svubérant, qui surabonde; se dit au figuré d'un écrivain qui ne sait pas s'arrêter et dit plus qu'il ne convient. (Latin exuberans, de ex qui indique qu'on franchit les limites, et de uber, fertile, abondant). ,

FatallBue, doctrine qui consiste à croire que tout ce qui arrive est fatal, y compris nos actions volontaires; du latin fatum y destin, nécessité.

FÉIWELOIV9 né en Périgord 1651, mort en 1716, fit de brillantes études. A peine sorti du séminaire Saint-Sulpice , il fut chargé de diriger l'établissement des Nouvelles Catholiques; c'est alors qu'il écrivit son Traité de V Éducation des Filles, chef-d'œuvre de délicatesse et de raison. Envoyé en mission chez les protestants du Poitou , il fut nommé au retour précepteur du duc de Bourgogne, et bientôt fait arche\êque de Cambrai. Condamné à Rome après un grand débat théologique avec Bossuel, il acheva sa vie dans une retraite pleine de simplicité et de dignité. Son Télémaque lui attira la ççlèrede Louis XTV. Ses autres écrits sont des Dialogues sur VElo-

416 VOCABULAlkE t)ËS NOMS PROCHES.

quenee, une Lettre à VAcadémief un Traité de Vexxstence de Dieu, des Fables, des Dialogues des morts , etc.

PEU CSCSiOlV (Adam), philo<:ophe écossais, 1724-1B16, fut professeur de philosophie i Edimbourg, voyagea en Amérique et en Italie, publia en 1769 ses Institutions de philosophie morale, et en 1792 ses Principes des sciences morales et politiques,

FLECniEB (Ksprit), évêque et orateur, né en 1632 dans le corntat d*Aviguon, d*une famille d'artisans, mort en 1710; fut évéque de Lavaur et de Nîmes, et membre de TAcadémie française, a laissé quelques écrits historiques, mais surtout des Sermons et des Oraisons funèbres. La plus connue est celle de Turenne.

FOKTEIVEIilLB, excellent écrivain français, né à Rouen 1657, mort en 1767, était neveu de Corneille : d'abord avocat, puis méchant poète, il se révéla comme prosateur par ses Dialogues des mortSf ses Entretiens sur la pluralité des Mondes, son Histoire des Oracles. Membre de VAcadémie française, il devint bientôt secrétaire perpétuel de VAcadémie des Sciences, dont il écrivit Thistoire : Ses Eloges des Académiciens sont des chefs- d*œuvre. Il fait le lien entre le dix-septiéme et le dix-huitième siècle. Son style, un peu maniéré, est plein d'esprit, de délicatesse et de grâce.

FOUBIER (Charles), publiciste français, né à Besançon en 1772, mort à Paris en 1837, fondateur de l'école dite sociétaire ou ph/ilanstérienne, était fils d'un marchand de draps et fut commis dans diverses maisons de commerce jusqu'à lâge de 60 ans. Ses ouvrages sont: TIxéorie des quatre mouvements, Traité de V association domestiquée agricole (1822), etc.

FBA\KLI!V (Benjamin), savant philosophe et homme d'État américain, né en 17o6 à Boston, mort en 1790 à Page de 84 ans, fils d'un fabricant de savon et d'abord ouvrier imprimeur, devint luimême chef d'une grande imprimerie à Philadelphie, fonda une bii^liotbèque, publia des journaux et des almanachs, fut député et bienfaiteur de son pays, inventa en physique le paratonnerre (1752) et un nouveau système de cheminée; fut envoyé en Angleterre pour défendre le» droits des colonies américaines, prit une part active dans le mouvement d'émancipation, fut ami et collaborateur de Wasliington, ambassadeur à Paris (1778), signataire du traité de paix qui assurait l'iudépendance de sa patrie (1783). A sa mort les États- Unis prirent le deuil pemlant un mois et l'Assemblée nationale de France pendant 3 jours. Franklin ne fut pas seulement un excellent citoyen et un habile physicien, mais aussi un moraliste et un grand homme de bien

Genèse, formation (grec Génèsis, devenir).

GEBRIAII^S (les), peuple de l'Eurooe ancienne, correspondant à peu près aux Allemands d'aujourd'hui. Ils étaient barbares quand ils entrèrent en lutte avec l'empire romain, qui n'eut pas sans peine raison de leur résistance. L'hi:)torien Tacite a fait une belle peinture de leurs mœurs à cette é| oque.

Et rytùS EXPRESSIONS PHILOSOPHIQUES. 417

Gkrminatîon, latin germinalionemf de germinarê, germer; acte par lequel rembryoQ végétai s*accrott, se débarrasse des enveloppes de la graine qui le protégeait^ et finit par se suffire à lui-même en se nourrissant par sa racine.

01èb«, terme de féodalité : fonds de terre , avec ses serfs et ses droits (du latin gleba, motte de terre).

CSOE'raK, 1749-1832, le plus grand poète de l'Allemagne. Son premier succès fut le drame de Qoeti de Berlichingen; le roman de Werther suivit de près ; puis Tinrent la tragédie d'£'^mon/, le roman de Wilhelm Meisler, Iphigènie^ U Tasse, Faust. Savant en même temps que poète, il a donné aussi une Théorie des couleurs ^ des Essais d'Histoire naturelle^ des Essais sur la métamorphose des plantes. Napoléon voulut le voir et le décora de la Légion d'iionneur. Sa vieillesse, belle et sereine, s'acheva dans une gloire incontestée et toujours grandissante.

GRÉGOIBE DE TOURS (St.), historien et évêque, né en Auvergne, 539, mort en 593, caractère énergique, joua un rdle actif dans rhistoire de son temps, mais est surtout connu par son Histoire des Francs^ en 10 livres, qui comprend 174 ans, de 417 à 591. (Test un des ouvrages les plus précieux pour les premiers temps de notre histoire.

GROTB (Georges), célèbre historien et homme d'État anglais, 1794- 187], auteur d*une Histoire de la Grèce, ouvrage de très longue haleine. Il a au<>si écrit sur Phistoire de la phi osophie, notamment sur Platon, de très savantes recherches.

CIL'IZOT, célèbre historien et homme d'État français, né à Ntmes en 1787, mort en 1874 ; profe<(sa avec éclat à laSorbonne, contribua à la Révolution de 1830, fut plusieurs fois ministre sous Louis-Philippe : On lui doit la loi de 1833 sur Tinstruction primaire, et le rétablissement de TAcadémie des sciences morales. Ses principaux ouvrages sont : Histoire de la civilisation en Europe ^ Histoire de la civilisation en France^ Histoire de la Révolution d'Angleterre, Histoire de France racontée à mes enfants. Mémoires pour servir à V Histoire de mon temps. Homme d'autorité, sévère, hautain, Guizot représenta depuis 1830 la politique de résistance, et contribua à a mener la révolution de 1848. Son éloquence et son style avaient la même dignité froide et un peu raide qu3 son caractère.

CSUTON (Mme), Jeanne Bouvier de La Mothe. Célèbre mystique née à Montargis en 1648, mort en 1717, montra de bonne heure le goût de la vie religieuse, mais ne put s'y consacrer parce que sa familld s'y opposa. Restée veuve à 28 ans avec plusieurs enfants, elle crut avoir mission de convertir les hérétiques et voyagea en Suisse, en Piémont, en Dauphiné, répandant une doctrine qui réduisa>t la religion à l'amour pur de Dieu et conduisait au quiélisme. S'étant fixée à Paris, elle gagna à ses doctrines Fénelon et Mme de Maintenon. Mais dénoncée par Bossuet, elle fut enfermée dans un couvent, puis à la Bastille et à Vincennes, sa doctrine fut censurée, et elle acheva sa vie dans l'exil à Dizier, près de Biois. Elle a laissé de nombreux écrits spirituels.

418 Vocabulaire dès noms propre'^

IIELWËTIUS, philosophe français (1715-1771). Riche financier, il s'entoura de tous les philosophes et beaux-esprits de son temps. Son livre De VEsprit^ qui fut condamné par la Sorbonne, le Parlement et le Pape, et brûlé par la main du bourreau, proclame le matérialisme, identifie la vertu à rintérèt, l'homme à Tanimal : il dut rétracter cette doctrine et alla jouir de sa célébrité auprès des cours d'Allemagne et d'Angleterre. Malgré ces hardiesses de plume, son honnêteté, comme' homme, est incontestée.

BEIiWIDICS PRISCVS» Romain célèbre par son stoïcisme, fut exilé sous Néron et mis à mort sous Yespasien, 75 de notre ère.

BEBBEBT-8PEKCER, philosophe anglais contemporain dont les ouvrages très nombreux sont presque tous traduits en français : les Premiers Principes, Principes de Biologie, Principes de Psychologie, Principes de Sociologie, Principes de Morale, Introduction à la science sociale. Essais sur VEducation, etc., etc. Sa doctrine est celle de dévolution (voyez ce mot) ; sa méthode consiste à réunir une multitude de faits pour en dégager ensuite les lois générales : c'est un esprit libre, hardi et original, qui choque souvent les idées reçues, mais qui instruit toujours et fait penser.

Héréditaire, transmis par hérédité c'est-à-dire légué par .les parents avec la vie, comme un héritage (latin /leredi^os, héritage, succession). L'hérédité physique transmet le tempérament, les traits, etc. ; Vhéredite mentale et morale, les dispositions de l'esprit, du cœur et du caractère.

Hétéronomîe, s'oppose à autonomie, comme dépendance à indépendance (grec héléros, autre, et nomos , loi , loi étrangère) ; nom donné par Kant aux lois que nous subissons (exemple : la violence des besoins et des passions) par opposition à la loi morale, que notre raison s'impose librement.

HOBBES (Thomas) , philosophe anglais (1588-1679), voyagea en France et en Italie, écrivit en anglais et en latin. Ses ouvrages principaux sont un Traité de la nature humaine, à tendances matérialistes, un Traité du Citoyen et le Léviathan. Ces deux derniers écrits contiennent une philosophie politique claire et bien enchaînée, mais dont le principe est faux et l'esprit général manque d'élévation morale. Hobbes enseigne qu'à l'origine l'homme est ennemi de l'homme, que la société est née d'une convention, que le corps social, ce géant ou « léviathan », ne peut être tenu en paix que par le despotisme le plus absolu.

HOIiBA€H (D*), philosophe français, d'origine allemande (1723- 1789), était riche et bienfaisant, érudit dans les sciences naturelles. Il fit scandale par son Système de la nature, bientôt suivi de plusieurs autres écrits, tous médiocres et prétentieux, remarquables seulement par l'audace des attaques contre tous les principes reçus en philosophie, en morale et en po]itli|ue, aussi bien qu'en religion.

!, le premier poète grec et peut-être le plus grand de

tous les poètes, auteur de VIlictde et de V Odyssée^ deux poèmes épiques dont le premier raconte le siège de Troie et le second les aventures d*Ulysse. On ne sait rien de positif sur la yie d'Homère ; la légende le représente aveugle, errant, récitant lui-même ses poèmes à mesure quMl les composait.

BDmogèB«, qui est de même nature (du grec /iomos, pareil, et génos^ gt^nre). Mélange homogène^ mélange formé de parties toutes semblables ou également réparties.

HL'OO (Victor), le plus grand poète français de notre temps, un des plus grands de tous les pays et de tous les temps, né à Besançon en 1802. Il n'avait pas vingt ans quand il donna les Odes et Ballades, aussitôt suivies des Orientales, Ses autres grands recueils de poésie lyiique sont les Feuilles d'automne, les Rayons et les Ombres, les Chants du crépuscule, les Voix intérieures, les Contemplations, la Légende des siècles, les Châtiments, VArt d'être grand-père^ etc. Ses drames en vers fJemani, Ruy-Blas, etc., contiennent des beautés poétiques de premier ordre. Son meilleur roman est Notre- Dame de Paris, Le goût de Y. Hugo n*est pas toujours irréprochable ; mais, par la grandeur de l'inspiration, Téclat des images, le souffle poétique et la richesse delà langue, il est sans rivaL Aucun poète n*a mieuT chanté la nature ; aucun non plus n'a parlé des enfants avec plus de grâce et d'émotion.

BCnE (David), philosophe et historien, né en 1711 à Edimbourg, mort en 1776, dans la même ville, passa sa jeunesse en France, où il habita Reims, puis La Flèche ; composa dans cette dernière ville son Traité de la Nature humaine (1737). Il le fit suivre d'Essais m,oraux, politiqu^ê et littéraires ; visita Vienne et Turin, revint à Paris comme secrétaire d'un ambassadeur et s'y lia avec J.-J. Rousseau. Ses derniers écrits furent de nouveaux Essais, des Recherches sur le principe de la morale et surtout ï Histoire d Angleterre, qui parut de 1704 à 1761. Sa philosophie est un scepticisme idéaliste très hardi pttrès profond, qui prépara celui de Kant.

HUTCHEMIM (Francis), moraliste, né en Irlande en 1694, mort en 1747, fut professeur à Glasgow, et un des fondateurs de la philosophie dite écossaise» Il fait consister la vertu dans la bienveillance et le désintéressement, et établit Texistence dun sens moral et d'un sens du beau qui jugent de la bonté et de la beauté comme le goût juge des saveurs. Ses principaux ouvrages sont : Becherches sur les idées de beauté et de vertu, 1725; Essai sur les Passions; Système de Philosophie morale.

Idéal, qui n'a d'ezîstenee que dans l'idée , dans l'esprit ; et par extension, qui réunit toutes les perfections que Tesprit peut concevoir. — Vidéal, dans Tart, est le modèle intérieur que Tartiste se fait plus beau que la réalité.

Idé«ltani% a plusieurs sens : dans l'art c'est le souci de l'idéal et il s'oppose au réalisme ; en métAphysique, c'est le système qui regarde

LEÇONS DE «ORALE. Si

420 VOGABULAmE DES NOMS PROPRES

les idées et par suite la pensée, comme plus réelles que les choses, et même comme seules réelles.

Identifier, rendre ou déclarer identique. Identique, qui est le même qu'un autre, qui ne fait qu'un avec un autre (du latin idem^ le même).

Imm«abl«, qui ne change pas (du latin in négatif et mutare, changer, d*où vient aussi immutabilité , caractère de ce qui ne change pas).

Impératif (mandat), mandat par lequel des électeurs, en nommant un député, l'astreignent à voter de telle ou telle façon (du latin imperare, commander).

Impératif eatégorîque, commandement absolu ; c'est le nom du devoir dans le système de Kant, par opposition aux conseils de l'intérêt et de la prudence (du latin imperare, commander et du grec catégoretn, parler, qui parle sur le ton du commandement).

Impéritie, manque d'habileté. Latin imperitia (de in négatif, et peritxM, habile).

inamovibilité, état de celui qui ne peut être ôté d'un poste, qui ne peut ôtre destitué arbitrairement (du latin m, négatif et œnoverty éloigner, destituer).

Inconditionnel, qui n'est soumis ni subordonné à aucune condition.

Individualiste, qui accorde une grande part aux droits de l'individu, et par extension, qui tend à faire prévaloir les droits de l'individu sur ceux de la société.

Indivîf, qui ne se divise pas, qui n'est point partagé (du latin tn, négatif et divisus, divisé).

Induction, ralaonnemoat iadnctif, opération par laquelle l'esprit s'élève du particulier au général, des faits aux lois (latin inducere^ induire, conduire à...)*

Infinîtude, qualité ou attribut de ce qui est infini.

Inliérent, joint inséparablement (latin in-haerere, être attaché à).

Inné, inhérent par nature et dès Torigine (latin in-natta, né dans). Innéitéf caractère de ce qui est inné et non acquis ; doctrine qui reconnaît des principes innés et nécessaires dans l'esprit humain

zntégrrante (partie), qui contribue à former un tout. Latin init" grare, rendre entier, de integer^ entier. Partie intégrante, partie sans laquelle une chose ne serait pas entière.

JAC^OBI, philosophe allemand, né à Dusseldorf en 1743, mort à Munich en 1819, fut un des adversaires de Kant, et proposa une doctrine qui fondait toute connaissance philosophique sur le sentiment. Principaux ouvrages : Lettres sur la doctrine de Spinosa et le célèbre roman de Woldemar^ dans lequel il combat la morale de l'intérêt personnel.

JAIVSÊNISîIE» doctrine de Jansénius, évêque d'Ypres, né en 1586, mort delà peste en 1638, enseigna à Bajonne et à Louvain, fut

ET DES EXPRESSIONS PHILOSOPHIQUES. k2l

le grand adversaire des jésuites. Son principal écrit est Auguslinus^ dans lequel il expose • les vraies opinions » de St-Augustin sur la grâce, et laisse peu de place à la liberté de Thomme. Condamnées à Rome, les doctrines de Jansénius furent défendues par les solitaires de Port-Royal (Arnauld, Nicolle, Pascal). L'austérité morale est un des caractères du jansénisme.

JOVFFROT (Théodore) , philosophe français, né au hameau des Pontets (Jura) en 1796, mort en 1842 ; fut professeur de philosophie au Collège Bourbon, à l'École normale supérieure et à la Sorbonne, membre de l'Académie des sciences morales et du Ccnseil Royal de rUnlTersité , député pour Tarroadissement de Pontarlier. Psychologue très fin et moraliste très pur, il observe avec pénétration et décrit dans un style lucide les phénomènes intérieurs. On lui doit, outre des traductions des philosophes écossais Dugald-Stewart et Thomas Reid, un Cours de Droit naturel, un Cours d'Esthétique, et deux volumes de Mélanges philosophiques.

JVPITEB, le dieu suprême, le père et le maître des dieux et des hommes pour les Grecs et les Romains.

Jurifoontulte, celui qui fait profession de donner des avis sur des questions de droit. Làlia , jurisconsultus (de jttô, juris, droit, et consulere, consulter).

KAKT (Emmanuel) (1724-1804), le plus grand philosophe allemand avec Leibnitz et un des maîtres de la pensée humaine; passa toute sa vie à Kœnigâberg, sa ville natale. Il entreprit de mesurer la portée de la raison humaine, ses bornes et son étendue $ pour cela, il la soumit à une critique rigoureuse, d'où le nom de « philosophie critique » donné à sa doctrine. Cette doctrine est renfermée surtout dans trois grands ouvrages : la Critique de la raison pure, c'est-à-dire des principes de la science; la Critiqua de la raison pratique, c'est-àdire des principes de la morale ; et la Critique du jugement, c'est-àdire des principes du goût. Dans le premier de ces ouvrages, Kant admet bien que la raison peut connaître les phénomènes^ mais il la déclare impuissante à sortir d'elle-même pour atteindre le fond môme des choses, la nature de l'ftme et l'existence de Dieu. Au contraire, la notion d'obligation morale lui paraît avoir une certitude et une portée à part, et sur cette notion seule, dans son second ouvrage, il réédifie toute une métaphysique, tout un système de croyances non seulement morales, mais môme religieuses. A ce titre , il peut passer pour le plus grand des moralistes et par ce côté sa philosophie est abordable à tous. — Comme presque tous les grands philosophes, Kant était aussi un mathématicien et un savant.

KUBUBABSy sauvages de l'Inde (Asie centrale).

LA BOËTIE (Etienne de), écrivain français du seizième siècle, né en 1530àSarlat (Dordogne), mort en 1563, fut conseiller au parlement de Bordeaux , dès l'âge de 22 ans, et le plus cher ami de Mon*

taigne qui a fait son éloge dans son chapitre de V Amitié (Estait 1, 27). Son ouvrage le plus remarquable est son Discours sur la servitude volontaire, où il 8*élèye avec hardiesse contre les abus du pouvoir absolu.

L.% BIIIJT6bR, écrivain moraliste (1645-1696), d*abord trésorier à Caen, puisi précepteur du petit-Kls du grand Condé. Il publia la traduction des Caractères de Théophraste, philosophe grec, en y joignant les Caratères ou les Mœurs de ce siècle, qui eurent un immense succès et lui ouvrirent les portes de TAcadémie. Son style est vif élégant, sobre; ses observations sont fines et souvent profondes. U est moraliste en ce qu'il peint l*>s mœurs telles qu'elles sont, non en ce quMl donne des règles de morale.

LAfllETTRIEt médecin et philosoph'^, né à Siint-Malo, en 1709 mort à Ber'in pu 1751. Sdu Histoire naturelle de Vâme, ouvrage ma- 'térialisle, fut bientôt suivi de Vllomme machine, etc. Tous ses écrits ont le même caractère et furent assez mal accueillis en France * il se réfugia d*ahord à Leyde, puis en Prus«ie, anpr's de Frédéric II.

MaA place, grand géomètre, né dans le Calvados en 1 749, mort es 1827 ; était fils d*un pauvre cultivateur. Il devint professeur de mathématiques à TËcole militaire, à TÉwOle normale, etc. et membre de l'Académie des sciences; il se plaça par sa Mécanique céleste au premier raug parmi les savants. Dans son Exposition du système du mondCj il propose une théorie demeurée classique sur la formation de notre système planétaire. Il fut ministre , sénateur, pair de France et créé marquis pir Louis XVIll.

LA ROC-yEFOCCAIXb (1613-1680), un de nos meilleurs écrivains; joua un rôle médiocre dans la Fronde; mais, si Thomme fut égoïste et ambitieux sans grandeur, le moraliste, dans ses Maximes est un peintre exact, précis et impitoyable des petitesses humaines. n rapporte toutes nos actions et tous nos sentiments à un seul mobile rintérét personnel : ce n'est pas voir tout l'homme, ni le meilleur de la nature humaine^ mais ce qu'il a bien vu il le dit avec infiniment d'esprit, de force et d'éclat.

légiférer, faire des lois. Latin legifer, qui donne des lois, de leXj legiSj loi , et ferre, porter.

LBIBMI'IZ, le plus grand philosophe allemand avec Kant, né en 16'46, mort en 17 16; auteur de nombreux écrits en français, ea latin et en allemand. Ses grands ouvrages sont les Nouveaux Essais sur l'Entendement humain, et la Théndicée, ou Essai sur la bonté de Dieuj mais plusieurs de ses petits écrits contiennent en quelques pages toute une philosophie profonde, Leibnitz a excellé dans les mathématiques, oîi il dispute a Newton l'invention du calcul infinitésimal, dans le Droit, dans l'Histoire, dans presque toutes les branches des connaissances humaines. C'est un des esprits les plus vastes et les plus puissants qui furent jamais.

LITTRÉ, grand savant et philosophe français contemporain, mort en 1881 dans un âge avancé : avait d'abord fait des études médi-

cales, mais porla bientôt la curiosité insatiable de son esprit dans presque toutes les branches de la science. Il fut en philosophie le principal disciple d'Aug. ConUe dont il a écrit la Tie, et deyint après lui, le chef de TÉcole positiviste. Ses études sur les Origine» de la Langue française et son incomparable Dictionnaire de notre langue sont ses meilleurs titres de gloire ; mais il fut aussi écrivain politique des plus lumineux et des plus sages. Fondateur de La philosophie positive^ il y donna jusqu'à sa mort des études remarquables sur les événements contemporains. Il était sénateur et membre de plusieurs académies.

Xiîturgie, ordre et cérémonies du service divin. (Grec leilourgia^ service public, de lêilos^ public, et ergon, œuvre.

liOCKE, philosophe anglais (1632-1704), était d'abord médecin , voyagea en France^ séjourna à Montpellier, qui était alors une résidence d'hiver pour les malades, eut un rôle dans la révolution de 1688* reçut de Guillaume III, qu'il avait connu en Hollande, des fonctions élevées dans l'État, mais ne put les exercer avec suite à cause de sa faible santé. Ses principaux écrits sont : en philosophie pure, VEsaai sur V Entendement humain; en politique, le Traité sur le Gouvernement civilf véritable code du libéralisme anglais; en pédagogie les Pensées sur V Éducation. Il donne à l'éducation un but un peu trop utilitaire ; mais il est remarquable par le bon sens pratique. On lui doit en grande partie la prédominance des exercices physiques et des usages hygiéniques dans l'éducation anglaise.

Xiog^îcîen, celui qui possède bien la logique, c'est-à-dire la science et l'art du raisonnement. (Du grec logos^ raison).

I^CCRÉCE, le plus grand poète latin avec Virgile, né en 95 av.- J.-C. Son poème de la Nature est inspiré par la doctrine fataliste d'Épicure ; mais l'enthousiasme du poète pour la grandeur des forces naturelles, son horreur des superstitions, son amour des hommes, à qui il veut rendre le repos en les délivrant de la craiate^ font de cette œuvre une des plus belles de la littérature latine.

niACHIA¥EIi, né à Florence en 1469, mort en 15$7, secrétaire de la république Florentine, remplît plusieurs missions en France, en AUemagoe, à Rome, fut accusé de conspiration, soumis à la torture et exilé. Rentré en grâce auprès des Médicis, il fut nommé histopiographe de Florence. Ses principaux écrits sout VHistoire de Florence^ et surtout Le Prince, où il enseigne aux tyrans les moyens de réussir an mépris de la justice et de l'humanité, et où il expose la politique quia reçu depuis le nom de machiavélique.

IHAliEBBAIVCUE (1638-1715), prêtre de l'oratoire, profond philosophe et grand écrivain, disciple de Descartes, mais indépendant et original. Son grand ouvrage est la Recherche de la vérité où se trouve décrite en traits saisissants la puissance des imaginations fortes. Il donna encore des Conversations métaphysiques et chré» tiennes, un Traité de la Nature et de la GrâcCy un Traité de Mo-

raie, etc. Sa doctrine est un idéalisme analogue à celui de Berkeley.

nAKOC, législateur indien, auteur supposé d*un célèbre code de lois, l'un des plus anciens que Ton connaisse. Ce code est écrit en langue sanscrite et en vers et semble remonter au douzième ou treizième siècle avant J.- G.

HARO AVRÈIiB , empereur et philosophe romain (121-180 ap. 7.-C), succéda à l'empereur Antonin, son père adoptif (161), combattit vaillamment les barbares révoltés, mais est surtout célèiire par sa modération, sa clémence, sa grandeur d'âme. Il a laissé 12 livres de Penséa en grec, sous ce titre : à moi-même, où il résume d'une façon toute personnelle la belle morale stoïcienne.

HA RI IIA (Constant), écrivain français contemporain des plus délicats : auteur de la Philoêophie de Lucrèce et des Moralutes latin»^ professeur à la Sorbonne.

Matérialisme, doctrine selon laquelle tout ce qui existe est matériel, et les f I cultes morales elles-mêmes ne sont que le produit de la vie physique.

nENCICS (Meng-Tseu), philosophe chinois, né vers 400 av. J.-C. mort à 84 ans, disciple d'un petit-fils de Confucius, et continuateur de ce grand moraliste. Son grand ouvrage porte son propre nom : U Meng-Tseu,

MenUle (vie), vie de l'esprit. — Maladies mentales, maladies de l'intelligence. Du latin mens, mentUj esprit.

Métaphysique, ce qui est au delà et au-dessus des choses physiques, ce qui vient après les questions naturelles (du grec meto, après, et physicUf choses naturellob). La nUtaphysique- est la partie ia plus élevée de la ph'losophie, celle qui traite de l'essence des choses, de leur première origine et de leur fin dernière.

MiliUnt, synonyme de luttant, combattant, agressif (du latin miliiare, être s<<ldat).

noiilrilRB, le plus grand poète comique et un des plus excellents écrivains français, né en 1622, mort en 1673, fils d'un tapissier du roi, fit de bonnes études, puis son droit, mais préféra le théâtre. Il voyagea avec une troupe de comédiens dans tout le midi de la France, et joua toujours lui-même dans ses propres pièces. Presque toutes sont des chefs-d'œuvre de bon sens profond et de verve comique; les principales sont le Misanthrope, VAva/re, le Tartufe, les Femmee savantes,

nONTAlCl^'B (Michel), phil/>sophe et moraliste, un des premiers et des plus grands prosateurs français, né en Périgord (1533), mort en 1592. Il apprit le latin dès le berceau, étudia à Bordeaux etdeflot conseiller au parlement de cette ville, parut un moiDest à là Cour, voyagea, notamment à Rome, fut à ston retour maire de Bor^eam . Toute sa renommée est due à ses Essais, ouvrage uniq«e, ou jiiutAt causerie, sans plan, sans but connu, mais d'une variété, d'une gr&oé et souvent d'une profondeur admirable. La partie dés Sssaiê ék U traite de f éducation est une des plus parfaites.

mOIVTESQIIIEI} (Ch. de Secondât, baron de), pnbliciste et philosophe français, un de nos plus grands écrivains, né en 1689 à La Brade près de Bordeaux, mortàParis en 1755. Conseiller et président au parlement de Bordeaux, auteur des Lettres Persanes « le plus profond des livres frivoles » , des Considérations sur tes causes de la grandeur et de la décadence des Romains y et surtout de V Esprit des Lois, Il avait voyagé en Au>riche, en Italie en Hollande et eu Angleterre.

nUl^ET (Alfred de), poète français contemporain (1810-1857), publia des poésies diverses dont les plus belles sont les NuitSt YEspoir en Dieu., les Stances a la Malibran^ des comédies et proverbes, des contes et des nouvelles en vers et en prose. Il obéit à une fantaisie brillante et originale; la plupart de ses productions ne ressemblent à rien de connu. II écrit une langue pure, sobre, harmonieuse, presque toujours parfaite.

Mystique, qui a rapport au mysticisme, qui professe le mysticisme (doctrine qui admet des communications secrètes entre rhomme et Dieu), du grec mystèSy initié.

Vébuleute, matière sidérale à Tétat de vapeur (du latin n^ulosus, nuageux, nebula, nuage).

NUC KEa DE feîAIIlS^iCRB (Mme), (1765-1841) célèbre écrivain pédagogue, auteur d'un excellent ouvrage : Éducation progressive (l83t>-38), était fille du grand naturaliste de Saussure, (né A Genève en 1740, mort en 1799^. Sa vie par Dou'ian est en tête de ses œuvres.

Nirvftna (le), mot sanscrit qui signifie anéantissement ^ doctrine de riude, selon laquelle le néant est meilleur que l'être, et la sagesse serait de chercher la mort.

Omnifctent, qui sait tout. Du latin omnis, tout et sctre, savoir. L*omniscience est un attribut de Dieu en théologie et en métaphysique.

Optimisme, doctrine professée notamment par Leibnitz, selon laquelle ce monde est aussi bon qu'il pouvait Têtre, et la sagesse est de s'en accommoder; — d'où tendance à prendre tout en bonne part (latin optimus, le meilleur).

Organique, qui a rapport à l'organisation, ou qui forme un arrangement comparable & celui des organes. Du grec organon, instrument, organe.

Osteosible, qui peut être montré, et par extension, qui est très apparent. Osteatiblement, d'une façon très apparente.

PASCtli (Biaise), philosophé français, savant de génie, écri-^ vain incomparable, né à Clermont en 16*23 mort en 1662: Irouva seul lotit tnfa'it la géométrie; excella dans toutes les branches des mathématiques; intretitft la Brouette, \t Hoquet, IfUs Omniàuni fit au Puydd'DÔme et à la Touf St*Jaequei de célèbres txpériences «ur la ptianttiur dt TAir. iMiLettruprùvincial^êt dam lesquiUea II déuonct

avec une ironie éloquente la morale et la politique des Jésuites, sont le modèle des pamphlets, podèle inimitable par la force de la logique et la vigueur du style. Les Pensées n'étaient que des matériaux amassés pour un grand ouvrage destiné à désabuser les hommes de la raison et de la science pour les jeter dans la foi. Pascal mourut à trente-neuf ans dans une piété profonde exaltée par de longues souffrances.

Védagogîe, art de Téducation, mot A mot, direction des enfants; pédagogue : du grec paidagogos, celui qui conduit les enfants {pais, paidoSy enfant, et agein^ conduire).

PÉBEZ (Bernard) publiscite français contemporain, auteur de la Psychologie du petit enfant et de V Éducation dès le berceau ^onyntges intéressants a la fois par la nouveauté de Tobservation psychologique et par la portée pédagogique.

Fcrfcetible, susceptible de s'améliorer, de devenir plus parfait (latin perfeetuSf parfait).

PÉRI ANDRE, tyran deGorinthede621 à &84 avant J.-C, a laissé quelques maximes qui le font compter comme un des sept sages de de la Grèce.

PÉRIBR (Casimir), homme d'Ëtatfrançaisné A Grenoble en 1777, mort en 1832; d*abord oificier du génie, puis banquier, fut député de Paris sous la Restauration et contribua à la chute de la royauté des Bourbons; prit part à la révolution de juillet, devînt président de la Chambre des Députés, ministre et président du Conseil. Homme d*autorité et d'énergie, il fit régner Tordre à Tintérieur et la paix au dehors, à force de bon sens , de décision et de dévouement au pays. L'expédition de Belgique et Toccupation d'Ancône montrèrent que son amour de la paix n'était pas de la faiblesse. Il mourut du choléra à la suite d*uoe visite aux hôpitaux de Paris.

VetsimUme, doctrine qui consiste à déclarer le monde mauvais, et la vie misérable; tendance à tourner tout en mal (latin pessimus, très mauvais).

VhaUnttère, habitation de la phalange ou du groupe sociétaire dans le système de Fourier. Du grec Phalanx, phalange.

Philanthropie, amour des hommes {du ^rec philos, ami, et anthropas y homme).

Pilori, poteau où Ton attachait le criminel pour l'exposer à la vue du peuple (du bas latin pilorium, poteau).

PATTACVfi, un des sept sages de la Grèce, né à Mitylène vers 650 avant J.-C. mort en 579, gouverna ses concitoyens avec sagesse après les avoir délivrés de la tyrannie, mais abdiqua à la fin et ne voulut accepter qu'une partie des terres qu'on lui offrait en récompense de ses services.

PJLATOIV, très grand philosophe grec (427-347 av. J.-C.), élève de Socrate et maître d'Aristote, a composé dans une langue magnifique des Dialogues nombreux (le Phédon, le Phèdre, le Bançuety la République, etc., dont le principal ^jersonnage est presque tou-

jours Socrate, et dont la pensée dominante est inspirée par les doctrines socraHques; mais poète autant que philosophe, il donne à l'enseignement tout familier de son maître une ampleur^ une force et une profondeur toutes nouvelles ! Les doctrines idéalistes et les asplrations vers Tidéal, en toutes choses, n*ont pas de plus grand interprèie. Les erreurs de Platon en politique tiennent elles-mêmes à son ardent désir de faire régner à tout prix ce qu il regardait comme le Bien.

Vl^bîtoife, résolution soumise à l'approbation du peuple (du latin pleb8, plebis, peuple, et scilum, décret).

Polyandrie, étit dans lequel une femme est mariée à la fois à plusieurs hommes (du grec polys, plusieurs, et anêr^ androt, homme).

Folyo™>*) ^tat dans lequel un homme est marié à la fois à plusieurs feoimes (du grec polySy plusieurs, et gamos, mariage).

Poaitîvitle (école). Ëcole de philosophie contemporaine fondée par Aug. Comte, qui réduit la philosophie à l'ensemble du savoir positif et supprime la métaphysique.

FosiuUt (latin postulatum, chose demandée), vérité qu*on demande à poser comme certaine sans la démontrer.

Préformé (latin pr«, avant, et formé), déjà formé, formé auparavant ou d*avance.

Présomptive (volonté présomptive de Dieu), volonté présumée, expression de Leibnitz. Nous ignorons la volonté de Dieu, mais nous devons présumer , c'est-à-dire croire, prendre pour établi (latin prss' sumerct prendre d'avance) qu'il veut précisément ce que la raison nous commande, et qu'en faisantde notre mieux, en conscience, nous lui serons agréables, advienne que pourra.

PrioDordial, qui est à Tori^ine, qui sert d*origine à autre chose (latin primas f premier, et ordium, commencement).

prosélytisme, zèle pour faire des prosélytes, c'est-à-dire pour attirer les autres à sa croyance {grec prosêlytos , nouveau venu)

ProteetioDDÎtte, partisan de la protection commerciale, c'est-àdire contraire au libre échange, sous prétexte que les industries nationales ont besoin d*être protégées contre la concurrence étrangère.

Pteudo-hittorique, qui se donne faussement comme historique. Pseudo, du grec pseudos, mensonge, se met ainsi devant un grand nombre de mots pour signifier que la qualité qu'ils expriment est fausse et ne convient pas à la chose ou à la personne.

Piyobologie, science des faits de conscience et des facultés (sensibilité, intelligence, volonté) dont l'ensemble constitue l'àme. Du grec psych^, ftme et logos, doctrine.

PTTHA60RE, philosophe grec, né à Saroos, vers 600 avant J.-G. mort en 509- Vécut dans la Grande-Grèce (It<lie méridionale) fonda V École Italique, excella dans toutes les sciences, notamment en mathématiques, où il fit de grandes découvertes. Sa philosophie est obscure, mais profonde, sa morale très pure. 11 enseignait la Mé-

tempsyeose ou transmigration des &mes après la mort; on a soos son nom des préceptes moiauz connus sous le titre de Vers dorés.

BACINE (Jean)f un des plus grands poètes français, né à la Ferté- Milon en 1639 mort en 1699. Orphelin à quatre ans, recueilli par sa grand'mère et sa tante , il fit d'excellentes études ; on le destinait aux ordres, il préféra la poésie. Ses principales tragédies sont : BrilannicuSf Phèdre, Andromaque, Esther et Athalie. lia aussi écrit une excellente comédie: Les Plaideurs. Plus délicat et plus constamment parfait que Corneille, il atteint moins souvent au sublime. Comblé de faveurs par Louis XIV, il tomba en disgr&ce pour avoir écrit un courageux mémoire sur la misère du peuple.

Rationnel (latin ratio, raison), qui appartient à la raison et en a les caractères : langage rationnel, langage général et abstrait, comme la parole (s'oppose klanga^ émotionnel)\ imagination rationnelle, celle qui est réglée, contrôlée par la raison.

SégreMÎon, action de remonter, de retourner en arrière, par exemple Tacte par lequel Fesprit remonte des effets à leurs causes. Du latin regredi, marcher en arriére.

RÉGLXU9, général romain, consul en 267 et 256 avant J.-C. battit souvent les Carthaginois, mais tomba enfin entre leurs mains Ils lui donnèrent la liberté sur parole, afin qu'il accompagnât la députation chargée par eux de demander à Rome l'échange des prisonniers; mais au lieu d'appuyer cette mesure, il ne prit la parole dans le sénat que pour la combattre, après quoi, malgré les prières de sa famille et du Sénat même, il alla reprendre ses fers à Carthage, où on le fit périr dans d'atroces supplices.

HENAN, un des plus célèbres savants et écrivains français contemporains, né à Tréguier, en Bretagne, auteur de remarquables travaux sur VOrigine des languies, en particulier des langues sémitiques, et sur les Origines du Christianisme, Professeur au collège de France, membre de l'Académie française, etc.

BEKOUWIEB, philosophe français contemporain, ancien élève de TÉcole polytechnique. Après de fortes études scientifiques, il s'adonna exclusivement à la philosophie et est devenu le principal représentant français de la doctrine deKant. Essais de critique générale, tel est le titre de son grand ouvrage ; il a aussi donné : La Science de la morale et fondé une revue influente : La Critique philosophique.

Représentatif (régime), forme de gouvernement où la nation nomme des représentants chargés de faire les lois et de voter Timpôt. — Fonctions représentatives, fonctions exercées par des représentants du peuple dans un tel régime.

Rhétorique, Tart de bien dire, de parler de manière à persuader. Du grec rJUtor, rhéteur, homme habile à manier la parole.

Rinforsando, terme de musique : mot italien qui veut dire en renforçant^

ET DES EXPHËSâiONS PUILOSOPHIQUES. 429

BIWAROL (Antoine, comte de), écrivain français né à Bagnols, 1754, mort en 1801, célèbre par son esprit caustique, prit parti contre la Révolution, émigra et alla mourir à Berlin. Ses écrits ne valent pas sa réputation : Universalité de la langue française; Petit Almanach de nos grands hommes ; Mémoires, etc.

ROLIilN (Charles), célèbre professeur, né à Paris (166M741)i était fils d'un coutelier, fit ses études comme boursier, enseigna dans plusieurs collèges de Paris, fut professeur au collège de France, et enfin élu en 1694 recteur de l'université de Paris. Forcé au repos comme suspect de jansénisme, il consacra la fin de sa vie à écrire pour la jeunesse. Estimé et chéri de tous, on l'appela le bon Rollin; il fut membre de l'Académie française. Son Traité des Études (1726, 4 vol.) est un chef-d'œuvre de raison et de goût.

ROUSSEAU (Jean -Jacques), grand écrivain et philosophe français, né à Genève en 1712, mort en 1778, fils d'un horloger, tour à tour laquais, écuyer, professeur de musique, etc., etc.; il fit tout seul son éducation, mena une vie aventureuse et tourmentée. Orgueilleux et sombre, mais enthousiaste, homme de profonde réflexion, passionné pour la nature, pour le bien et pour la liberté, il exerça une grande influence sur son siècle. Son principal ouvrage, Le Contrat social, eut une action directe sur la Révolution française. L'Emile est un traité d'éducation où abondent les idées fausses ou contestables , mais que tout le monde doit avoir lu. D'humeur sauvage et blessé des vices de son temps, Rousseau rêvait de refaire- la société et de ramener les hommes vers l'état de nature. C'est la pensée dominante de tous ses écrits.

ROTER-COIiliARD (Pierre-Paul), philosophe et homme d'État français né en 1763 près de Vitry-le-Français, mort en 1845, fut professeur, avocat, député, doyen de la faculté de Paris, conseiller d'État, jouit d'une grande popularité sous la Restauration, devint président de la Chambre et montra une grande fermeté. C'est un des fondateurs du régime constitutionnel en France. Comme philosophe, il fut spiritualiste et répandit en France la doctrine écossaise. Cousin et Joufi'roy furent ses disciples.

Rudimentaire, qui n'existe qu'à l'état d'ébauche imparfaite. Latin rudimentumj apprentissage, de rudis, non dégrossi.

SJlCT (Lemaîslre de), né à Paris en 1612, mort en 1684, directeur du monastère de Port-Royal, fut persécuté comme janséniste, et resta 3 ans à la Bastille où il commença sa traduction de la Bible, qui avec son Histoire de l* Ancien et du Nouveau Testament ^ est son principal titre de gloire.

Sanotioni, peines et récompenses destinées à faire respecter une loi qu'on peut violer si on veut, mais qu'on est tenu d'accomplir. Latin sanntus, de sandre, prescrire par loi.

SAIVTALS, sauvages de l'Inde (Asie centrale).

430 VOCABOLAmB DBS NOMS PROPRES.

SoaptlolsaM, doctrioe qui consista à dottter, da grec akeptomait eiaminer, parce que le aoeptlqn* examine sans se prononcer, n'admettait pas que l'homme puisse safoir sûrement la vérité.

SéMMioa, séparation d'un Éiat confédéré d*ayec la fédération dont il fait partie (latin seeesaUmem^ séparation) La guerre de la sécession aux États-Unis, est la Utte des États du Sud contre ceux du Nord dont ils Toulaient se séparer.

SECRÉTAN, philosophe suisse contemporain, auteur de plusieurs ouvrages 1res fortement pensés : le plus connu a pour titre La Liberté.

SÉ.\É||Ufi» philosophe latin du premier siècle après J.-C., répandit par son style brilUnt la doctrine stoïcienne. Chargé de l'éducation de Néron, il s'attira, par son honnêteté et , son indépendance, la haine de cet empereur qui lui envoya Tordre de se donner la mort, il se fit ouvrir les veines et mourut avec fermeté. Ses écrits sont nombreux : De la Clémence^ Des Bi'mfails, De la tranquillité d*âme,De la Brièveté de la vie. De la Vie /leureuse, etc.

SHAFTfiSBUBT, philosophe angUis (1671-1713), fut Télève de Locke; a éciit : Recherchée tur la vertu y Lettre sur Centhousiatme, etc.

flMOIV (Jules), philosophe, orateur et homme d'État français, sénateur, membre de l' Académie française, fut ministre de l'instruction publique et pré>ident du coni>eil. A écrit un grand nombre d'ouvrages : notamment l'École, le Devoir^ la Religion nafurr(ie,etc,etc.

tt.llITH (Adam), écrivain écossais (1723-1790), élève de Hutcheson, fut prufusseur à Edimbourg et à Glasgow, célèbre comme philosophe par sa Théorie dee eenlimentê moraux , et comme écouomiste par des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. Il fut lié avec Turgot. C'est un des fondateurs de l'économie politique.

Soolallsto, partisan d'un système de réformes profondes dans l'état social.

SOCRATE, grand sage et philosophe de la Grèce (470-400 av. J.G.]. Il n'enseignait pas et n'a pas laissé d'écrits, mais il allait causant dans les mes, les boutiques et les gymnases, et répandait so>is forme de conversations familières la philosophie la plus pure et la plus noble. Un des premiers, il parla de l'immortalité de l'Âme, du devoir, de la Providence. Ses disciples nous ont conservé quelques-uns de ses entretiens. Accusé de croire à un Dieu unique, contrairement à la religion athénienne, et d'enseigner ainsi l'impiété, il fui condamné à boire la ciguë. Il pouvait fuir, mais ne le voulut pas; sa défense devant ses juges fut admirable de simplicité et d'éloquence sereine; sa Dfiort fut telle qu'il n'en est pas de plus belle dans l'histoire.

Bophisme, raisonnement Taux qu'on fait sciemment pour tromper les autres (du grec sophista^ faux sage, celui qui affecte de savoir).

Sophiste, qui fait des sophismes, qui trompe les autres sciemment par des raisonnements spécieux.

Spontané^ qui agit ayec mponimnéUê, c'est-à-dire de toi-même : latin spontôy de son propre mouvement.

STOICIEIVS (les), grande école de philosophes grecs^ trois siècles av. J.-C, connue surtout par une doctrine morale très forte et très uoble. C'est en somme la morale du devoir : Fats ce que dota, advienne que pourra; et quoique pluBi^urs détails en fussent f&cheax ou contestables, elle fait un heureux contraste avec la morale du plaisir enseignée dans le même temps par Épicure. — Spictète, Sénèque et l'empereur romain Marc-Aurèle nous ont conservé les plus belles maximes du stoïcisme : toutes respirent la piété, la fierté, le mépris de la mort. Elles pèchent par l'excès d'orgueil et le dédain de la vie mais l'antiquité n'atteignit nulle part un plus haut sentiment de la dignité humaine.

Stoiolsm«, doctrine des BtoiolMui (Y. ce mot); mot à mot : philosophie du Portique : grec êtoa, portique, parce que le chef de L'école, Zenon, enseignait, à Athènes, sous un portique.

STCART-niLIi, philosophe et économiste anglais, né en 1806, mort en France en 1873, dans le département de Yaucluse. Il fut quelque temps député de Londres, mais c'est surtout comme écrivain et comme penseur qu'il servit la cause de la raison et de la liberté. Son Syêtème de Logique, ses Principes de VÊconomie politique^ ses traités de la Liberté et du Gouvernement représentatif y sont des chefsd'œuvre, dont le succès fut aussi grand en France qu'en Angleterre,

SUI^IiT-PBUDHOUniB, poète français contemporain membre de l'Académie française. Sauf le poème de La Justice, ses productions sont en général de courte haleine , mais elles sont en revanche d'une extrême délicatesse de sentiment, d'une rare pureté de langue, et souTont d'une réelle profondeur de pensée. La Justice est uii poème purement philosophique et moral où il y a des beautés de premier ordre.

SVJUNER IBAINB (Sir Henry) , historien et érudit anglais contemporain; vécut aux Indes plusieurs années, a écrit surtout : V Ancien droit, livre remarquable, où il cherche dans les documents qui nous sont restés de l'Inde antique les origines du droit.

Syllogiaiii«, du grec «yn, avec, et logos, raison : ensemble, enchaînement de raisons ; la forme parfaite du raisonnement.

Synoptique, qui permet d'embrasser d'un coup d'oeil toutes les parties d'un ensemble. Du grec synopsis, vue d'ensemble.

Synthèse, action de placer ensemble, de réunir les éléments d'un tout; opération contraire de l'analyse, laquelle divise un tout en ses éléments : grec syn, ensemble, et thêsis, action de placer.

Synfhétiqn*, qui procède par synthèse, par réunion et groupement.

TA€1TE, grand historien latin (54-130 de J.-C). — A écrit des Annales^ des Histoires^ une Vie d'Agricola, Mœurs des Germains, Grave, précis, énergique, profond, il est universellement regardé comme le plus grand des historiens.

TAMB, philosophe et historien français contemporain^ membre de l'Académie française; a écrit : Les Philosophes français du xiz* siècle j Voyage atix Pyrénées, Voyage en Italie, Philosophie de V Art ^V Art en Italie^ VArt aux Pays-Bas, VArt en Grèce, Histoire de la Littérature anglaise^ V Intelligence, Origines de la France nouvelle, etc. Penseur original et Tigoureux, M. Taine est un des j>lus grands trafailleurs et de meilleurs écrivains de notre temps.

Tempor*!, qui passe avec le temps , par opposition à étemel, — qui est dans le temps, c'est-à-dire séculier, par opposition à spirituel.

Tester, déclarer par acte ce qu'on reut qui soit exécuté après sa mort. Latin, testari, tester, de testis, témoin, parce qu'à l'origine an déclarait sa volonté devant témoins.

TÂÉniSTOCIiE, iUustre Athénien (533-470 av. J.-C), un des vainqueurs de Marathon, sauva sa patrie dans la 3* inrasion des Perses, par la victoire navale de Salamine. Banni, il reçut un accueil magnifique chez le roi des Perses, mais s'empoisonna, dit-on, plutôt que de porter les armes contre la Grèce. Sa réputation est celle d'un homme de génie trop peu scrupuleux sur les moyens de réussir.

Théologie, doctrine des choses divines, science de Dieu. Du grec théos, Dieu, et logos, doctrine.

THÉOPHBASTE, philosophe grec (371 av. J. -C. mort à plus de 85 ans), disciple et successeur d'Aristote, célèbre par le charme de sa parole, d'où son nom (mot-à-mot divin parleur). Il avait écrit comme son maître sur toutes les sciences, mais ses Caractères, traduits par La Bruyère, font surtout vivre son nom.

Théorlelen, celui qui fait des théories, qui aime la théorie, sans s'occuper des applications pratiques : grec théoria, contemplation, spéculation.

Traneltolre, passager, qui n'est que pour un temps : latin transire, passer.

VtilîUrînne, système utilitaire, doctrine qui ne reconnaît pour principe du bien que l'utilité, et plui particulièrement l'utilité générale, (voir J. Bentham.)

VAIJWENARCiCCS, moraliste français, né à Aix (Provence) en 1715, mort en 1747. Il entra dans la carrière militaire à dix-sept ans, perdit la santé dans une campagne en Allemagne ; acheva sa vie dans la solitude en se coosolant par la culture des lettres. Penseur délicat, écrivain pur, il a moins de force que Pascal, mais plus d'élévation morale que La Rochefoucauld. 11 est surtout connu par ses Maximes,

TESPJJBIEN, empereur romain né en 7 apr. J.-G. proclamé empereur en 69, ne régna que dix ans, mais son règne fut glorieux. Infatigable au travail, c'est lui qui disait « qu'un empereur romain devait mourir debout. » L'histoire lui reproche sa parcimonie et certaines ""•^autés*

¥1NËT, critic(ue et moraliste suisse, né près de Lausanne en 1797, mort en 1847, était fils d'un instituteur de village, fut ministre calviniste et professeur à Bâle et à Lausanne. Il lutta toujours pour la tolérance religieuse. Ses meilleurs écrits sont ses Études 9wr la Littérature française^ et surtout ses Essais de Philosophie morale (1837).

VIRGILE, le plus grand poète latin (69-19 av. J.-G.), fils d'un cultivateur, a écrit des poésies pastorales, les Bucoliques , un poème sur l'agriculture, lesGéorgtques, c'est-à-dire « travaux des champs », et un grand poème national sur les origines de Rome, VÊnéide, La langue latine n'a rien de plus parfait que les vers de Virgile.

VOIiNET, savant français (1757-1820), étudia lamédecioe, voyagea en Orient et en Amérique , fut député sous la Révolution, professeur, membre de l'Institut, sénateur. Esprit hardi et indépendant, il a écrit les Ruines, La loi naturelle.^ etc.

ITOLTAIBE, un des plus grands écrivains français, poète, philo* sophe, historien (1694-1778) ; fit ses études chez les Jésuites; fut mis à la Bastille à vingt et un ans pour une satire qui n'était pas de lui* Son nom était François-Marie Arouet; Voltaire est un nom d'emprunt. Son esprit mordant lui ayant attiré la colère d'un grand seigneur, il passa de nouveau six mois à la Bastille et s'exila en Angleterre^ Passionné pour la philosophie et la science de ce pays, il en rapporta, avec une grande étendue de connaissances. Tardent amour de la liberté et de la tolérance. Sa longue vie fut assez agitée. Il séjourna en Prusse auprès de Frédéric II, fut attiré et fêté par les plus grands princes du temps, mais vécut surtout dans sa terre de Ferney près de Genève. Le Siècle de Louis XIV, Charles XII, VEssai sur les mosv/rs sont ses meilleurs écrits historiques; ses Lettres sont inimitables; Mérope et Zaïre sont deux bonnes tragédies, mais la Henriade est un médiocre poème épique. Les œuvres complètes de Voltaire forment 70 volumes in-8*. La lecture en est Infiniment variée et d'un intérêt inépuisable.

WMMjIjILCE (BIJSSEIi), naturaliste anglais contemporain, le plus célèbre après Darwin. En même temps que ce savant et indépendamment de lui, il trouva la loi de la sélection naturelle; il est en somme partisan du transformisme, mais ne croit pas que cette doctrine suffise à rendre compte de la nature de Thomme.

XÉNOPHOIV, général, philosophe et historien grec (445, 355 av. J.-G.) dirigea la célèbre retraite des Dix-Mille, dont il a écrit This^ toire; ses ouvrages sont de quatre sortes, historiques, politiques, militaires et philosophiques. Parmi ces derniers il faut citer les Entretiens mémorables et V Apologie de Socrate,

EÈNON, philosophe grec, fondateur du stoïcisme (360-263 av. J.-Ci)

d*abord commerçant, puis disciple du cynique Cratès, puis chef d*éoole à son tour. Il ne reste de ses écrits que quelques titres.

ZOBOASTRE, auteur on réformateur de la religion des anciens Perses. Ses écrits forment le Zend-Avesta, (la parole vivante). Il viTtit enyiron six siècles av. J.-C..

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