‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 108 sur 252 · GANGRÈNE PAR LE SEIGLE ERGOTÉ - PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE PAR LE SEIGLE ERGOTÉ - PHYSIOLOGIE

maladie ; ainsi sur 48 cas d’ergotisme observés à Lyon, en 1854, par Barrier, et relatés dans la Gazette Médicale de Lyon de la même année, il y eut :

34 cas chez des hommes de trente à cinquante ans, 6 enfants,

6 vieillards,

[ 2 femmes.

Lorsque l’ergotisme se rencontre chez l’enfant, le plus souvent c’est la forme convulsive que l’on voit survenir. Pour expliquer la rareté relative de l’affection chez l’enfant, quelques auteurs avaient essayé d’émettre l’opinion que l’enfant mangeait moins que l’homme ; cette observation est vraiment bien insignifiante; si, en effet, l’enfant mange moins, son poids est moins considérable et la quantité du poison ingéré par rapport au poids général est peut-être, au contraire, en proportion plus grande. La véritable raison est que chez l’enfant le système vasculaire est plus indemne que chez l’adulte, l’action de l’alcool, de la goutte, de la syphilis et des autres diathèses, n’ayant pas encore modifié la structure des vaisseaux et du cœur.

C’est peut-être aussi à cette cause qu’il convient de rattacher l’immunité relative de la femme; car, après tout, jusqu’à présent du moins, l’acoolisme est moins fréquent chez la femme que chez l’homme. Quoi qu’il en soit de l’explication, cette immunité relative de la femme est bien positive. En 1710, Noël l’avait déjà constaté dans l’Orléanais; et, dans les observations relatées par Barrier, il y a eu, avons-nous dit, 34 hommes et 2 femmes seulement.

Physiologie pathologique. — Peut-on se rendre compte du mécanisme de la lésion que nous venons de décrire?

11 y a quelques années, après avoir discuté et prouvé que ces divers accidents ôtaient bien dus au fait de l’empoisonnement par le seigle ergoté et non pas, comme d’autres l’avaient cru, à la présence dans le pain des graines d’ivraie ou du raifort sauvage,

QUINZIÈME LEÇON

Folliu ajoutait: « Quant au mode d'action intime de l’ergot il nous est tout à fait inconnu. » Aujourd’hui la physiologie de l’affection peut être parfaitement exposée.

Les accidents dus au seigle ergoté dépendent d’une contraction exagérée des petits vaisseaux; les expériences de Holmes consignées en 1870 dans les Archives de 'physiologie ne laissent pas de doute à cet égard. Les préparations de seigle ergoté agissent sur la contractilité des tuniques musculaires des petites artères. Ges expériences faites avec le concours du professeur Vulpian et les instruments enregistreurs de Marey ont permis de bien se rendre compte de l’enchaînement des symptômes.

1° L’agent toxique de l’ergot exerçant son action sur l’organisme tout entier excite soit directement, soit par l’intermédiaire du système nerveux, la contraction des fibres musculaires des vaisseaux artériels de divers calibres. Cette contraction se faisant ressentir en premier lieu sur les plus petites artérioles, il y a tout d’abord anémie locale des divers organes, anémie de l’axe cérébro-spinal. Ce dernier phénomène entraîne l’apparition des symptômes de l’ergotisme convulsif.

2° Si ce premier degré est dépassé, si la contraction des vaisseaux est plus intense, l’anémie se généralise et devient plus complète, le cours du sang se ralentit. L'ischémie augmente d’autant plus que des coagulations vasculaires locales sont encore favorisées par ce ralentissement de la circulation .

3° Les matériaux nutritifs faisant de plus en plus défaut, on voit alors survenir les phénomènes de la gangrène.

4° On constate souvent à la fois et des symptômes gangréneux et des symptômes convulsifs. L’ischémie peut, en effet, se réaliser au niveau de divers organes : si cette lésion se prononce du côté des centres nerveux, les accidents convulsifs ont lieu ; si elle se réalise du côté des extrémités, c’est

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