GANGRENE PAR LE SEIGLE ERGOTE — TRAITEMENT
la mortification qui se produit. Ainsi le pied peut être déjà mort et sphacelé, quand les centres nerveux commenceront à s’altérer.
Longtemps on avait cru que les symptômes de la gangrène par le seigle ergoté étaient sous la dépendance d’une artérite due à l’influence de l’agent toxique. Cette opinion ne s’appuie sur aucun fait positif d’anatomie pathologique. La plupart des auteurs n’avaient affirmé cette lésion que par la ressemblance de cette forme de gangrène avec la gangrène dite sénile, dans laquelle l’artérite a été très fréquemment observée. Les expériences sur les animaux, les recherches d’anatomie pathologique chez l’homme n’autorisent nullement à accepter cette opinion. On ne trouve pas, en effet, de traces de prolifération anormale au niveau des tuniques artérielles; on constate seulement des caillots dont nous avons expliqué le mécanisme de la formation, et rien n’autorise à supposer qu’un travail inflammatoire artériel a précédé la constitution de ce caillot.
Traitement. — Pour le traitement de la gangrène par le seigle ergoté, en plus des indications générales que vous connaissez déjà, nous vous indiquerons les quelques moyens suivants :
1° Précautions prophylactiques : au début, supprimez la cause ; proscrivez de suite l’emploi du pain dans lequel le seigle ergoté entre dans une certaine mesure. Rappelez-vous les expériences de Read; il suffirait que la farine renferme un huitième de seigle ergoté pour que les accidents puissent survenir.
2° Dans la période des fourmillements et de l’engourdissement des membres, cherchez à rétablir la circulation par des frictions excitantes et aromatiques.
3° A cette période, il serait logique d’employer le café à haute dose. Le café a, en effet, la propriété de favoriser la dilatation active du système vasculaire, et il se trouverait ainsi être directement l’antagoniste du seigle ergoté; l’emploi de ce moyen
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agirait, en outre, comme tonique pour soutenir les forces générales.
4° Pour calmer les douleurs, on se trouvera bien de l’emploi de la ouate phéniquée imbibée de substances narcotiques.
5° Enfin, pour la période de gangrène confirmée, il est habituellement indiqué d’attendre la limitation du mal et l’élimination des parties mortifiées. Le traitement est, en définitive, à peu près celui que nous vous avons exposé à propos de la gangrène dite sénile.
Il nous reste à étudier, en dernier lieu, la gangrène symétrique des extrémités et les gangrènes survenant à la suite des maladies; nous vous entretiendrons tout d’abord de la gangrène dite symétrique des extrémités.
D. Gangrène symétrique des extrémités. — La gangrène symétrique des extrémités est une variété de gangrène sèche qui a été décrite d’une façon complète pour la première fois en 1862 par Maurice Raynaud dans sa thèse inaugurale. Dans les ouvrages de Follin et de Billroth, cette forme clinique esta peine indiquée.
D’après Maurice Raynaud, la gangrène symétrique des extrémités est caractérisée par ce double fait qu’iln’y a pas d’altération anatomique appréciable du système vasculaire et que la lésion gangréneuse affecte toujours des parties similaires, les deux extrémités supérieures, les deux extrémités inférieures, quelquefois les quatre parties à la fois, les deux oreilles, le nez. Cette symétrie, sans être prise dans son acception la plus géométrique, est cependant habituellement frappante, soit par rapport à la situation des parties atteintes, soit par rapport à l’étendue, à la profondeur des lésions ; souvent même de petits détails de configuration s’expriment symétriquement d’un côté et de l’autre.
Le fait le plus important est sans contredit l'absence dans ces conditions de toute modification vasculaire organique. Le défaut de circulation provient d’un trouble dans l’innervation