GANGRÈNE SYMÉTRIQUE DES EXTRÉMITÉS 39'J
vaso-motrice. Ce trouble amène le spasme des vaisseaux et ce spasme conduit à l’arrêt de la circulation.
En 1857, Zambaco avait déjà publié une thèse sur la gangrène spontanée, suite de perturbation nerveuse, mais c’était un travail sans observations personnelles, où l’auteur a cherché seulement à mettre en relief les cas spéciaux dans lesquels les lésions vasculaires font défaut. C’est bien à Maurice Raynaud que revient incontestablement le mérite d’avoir le premier démontré ces faits.
Etudions cette forme spéciale de la gangrène au point de vue des symptômes, de la marche, de la terminaison, du diagnostic, de la gravité et du traitement.
1° Toute gangrène symétrique débute par une période plus ou moins prolongée d’asphyxie locale.
2° L’asphyxie locale revêt elle-même deux formes principales :
/Tantôt la partie se décolore complètement et rapidement. Il y a alors pâleur subite, syncope totale.
Tantôt l’abord du sang artériel semble seul faire défaut; < les extrémités prennent dans ce cas une teinte livide qui dénote la stase plus ou moins complète du sang veineux dans les vaisseaux capillaires. C’est alors l’asphyxie locale proprement dite.
Ces deux formes se présentent souvent alternativement.
3° Dans le cas le plus simple, la syncope totale constitue le phénomène vulgaire connu sous le nom du doigt mort , c’est un accès indolent pouvant varier de quelques minutes à quelques heures. La cause de ce phénomène peut être soit une impression de froid, soit une cause morale quelconque. On sait que l’émotion morale peut ou bien colorer les joues, ou bien les rendre plus pâles; cette action peut s’exercer de même sur les vaisseaux capillaires des extrémités.
4° Au moment de cette première période, vous constaterez en même temps l’impossibilité de faire exécuter des mouvements
QUINZIÈME LEÇON
volontaires aux parties atteintes. Les parties devenues insensibles ne transmettent plus au cerveau d’impression sensitive, et le cerveau, de son côté, ne détermine plus aucune incitation locomotrice.
5° L’accès est habituellement suivi d’une période de réaction, réaction à forme congestive, réaction avec douleur très violente. Les malades accusent des phénomènes semblables à ceux de l’onglée. Les parties présentent alors tantôt une teinte cyanique très prononcée, tantôt une coloration violette, ardoisée, quelquefois noirâtre, comme si une tache d’encre avait été faite.
Des taches moins livides apparaissent ensuite, à un moment donné ; ces taches tranchent tout d’abord sur les' parties cyanosées; puis une coloration plus vermeille s’accentue peu à peu et remplace la teinte bronzée.
6° Notons encore que des symptômes généraux, assez vagues, du reste, correspondent à ces phénomènes locaux. Les malades accusent un peu d’essoufflement, de la faiblesse musculaire, quelques symptômes de chlorose ou d’hystérie.
Les divers accidents que nous venons de décrire constituent ce que l’on peut appeler une période de phénomènes précurseurs. Souvent ils guérissent, d’autres fois ils s’accentuent davantage, et l’on voit alors survenir la période de confirmation de la gangrène symétrique.
Cette période de confirmation comprend la symptomatologie suivante :
1° Les extrémités des parties, le plus souvent les bouts des doigts, prennent une teinte violacée, livide. Les malades perçoivent dans ces points un sentiment de froid glacial; ils croient tout d’abord avoir affaire à une espèce d’engelure.
2° Les douleurs augmentent, les taches livides se caractérisent, les phlyctènes commencent à apparaître, le plus souvent au petit doigt. Ces phlyctènes, remplies d’un liquide séro-purulent, se crèvent bientôt, laissant le derme à nu. A ce moment.