‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 127 sur 252 · LES ABCÈS DITS MÉTASTATIQUES SONT DES INFARCTUS · texte numérisé non relu

LES ABCÈS DITS MÉTASTATIQUES SONT DES INFARCTUS

tiellement chirurgical, dont nous aurons, du reste, à nous occuper bientôt, plus particulièrement l’infection purulente.

Quand on réduit l’infection purulente à sa plus simple expression, on a, d’une part, un foyer purulent ou putride, une plaie le plus souvent, et des lésions primitives du côté des veines, habituellement des thromboses; d’une autre part, des lésions consécutives, que l’on disait autrefois inflammatoires et gangréneuses, lésions plus ou moins multiples, disséminées dans divers organes. Aujourd’hui ces altérations peuvent être divisées en deux catégories :

D’une part,

De vastes abcès,

Des pleurésies purulentes,

Des arthrites suppurées.

D’une autre part,

l Des foyers circonscrits, nettement limités, abcès dits ( métastatiques.

Les localisations sous formes de grands abcès, de collections purulentes pleurétiques ou d’arthrites suppurées, sont probablement le résultat de l’altération du sang par le passage dans la circulation des substances pyrogènes liquides ou gazeuses puisées au niveau de la plaie.

Les localisations à foyer circonscrit, l’abcès métastatique en particulier, se lient, au contraire, essentiellement au processus embolique. L’origine embolique de l’abcès métastatique est aujourd’hui tellement incontestable, surtout après les travaux de Virchow, qu’il est permis habituellement de conclure de l’existence de ces abcès à une coagulation, à une thrombose veineuse. Cette thrombose veineuse devient l’occasion de l’embolie qui produit, en dernière analyse, l’abcès infarctueux. Lorsque l’abcès métastatique se réalise au niveau des poumons, l’explication est assez facile à saisir. L’embolus, parti d’une thrombose veineuse périphérique, arrive dans le cœur droit et vient échouer dans le parenchyme pulmonaire en y péné-

DIX-SEPTIÈME LEÇON

trant par les divisions de l’artère pulmonaire. A ce niveau, l’abcès métastatique se réalise. La relation est toute naturelle.

Lorsque l’abcès métastatique existe au niveau d’un autre organe, la rate, le foie, les reins ou le cerveau, et que quelquefois il n’en existe pas en même temps dans le poumon, le mécanisme de l’évolution est certainement plus difficile à saisir ; mais en vous rappelant les faits que nous vous avons signalés à propos de l’émigration des embolus, l’explication est encore aisée.

1° Il peut se faire que de très petits embolus traversent les capillaires pulmonaires sans empêchement, arrivent dans le cœur gauche, et, par suite, pénètrent par la grande circulation dans les divers organes. Ges embolus peuvent être, par exemple, de très petits débris fibrineux, de très petits flocons de pus. Par ce mécanisme, une thrombose veineuse n’entraînera aucun abcès dans le poumon, mais en déterminera dans d’autres organes.

2° Quelquefois, avons-nous dit, il se forme, au niveau des abcès métastatiques des poumons, des thromboses secondaires qui deviendront aussi l’occasion d’embolus secondaires, lesquels peuvent alors passer facilement dans la grande circulation et déterminer ces infarctus des divers organes.

L’expérimentation confirme, du reste, ces données. Les injections de globules purulents ou de particules fibrineuses donnent lieu à des phénomènes généraux peu intenses, et conduisent à la formation, soit des infarctus, soit des abcès métastatiques bien limités. Les injections, au contraire, d’un liquide putride occasionnent des troubles généraux très graves, des frissons répétés, un ensemble de phénomènes typhiques et adynamiques. On voit se produire plus ou moins rapidement des suppurations diffuses qui surviennent dans divers organes. Il y. a production, en un mot, de ce que nous avons étudié, il y a quelque temps, sous le nom d’abcès phlogogènes.

Au point de vue clinique, ces deux processus se combinent souvent ensemble, s’enchevêtrant pour ainsi dire, tantôt l’un,

Page 1