PHÉNOMÈNES D’ORDRE PHYSIOLOGIQUE — DEUXIÈME PÉRIODE
ces plaques épidermiques que l’on voit se former au niveau des surfaces ulcérées et qui peuvent atteindre quelquefois plusieurs millimètres d'épaisseur. Les sensations de faible contact ne peuvent moins faire dans ces conditions que d’être plus ou moins obtuses.
En deuxième lieu, la débilité et l’atonie des tissus expliquent aussi la perte de sensibilité. En effet, le ralentissement de la circulation dans les capillaires et l’appauvrissement du sang produisent habituellement une diminution de la sensibilité dans les extrémités périphériques des nerfs sensitifs auxquels ces vaisseaux fournissent des éléments de nutrition. Or, dans un membre affecté d’ulcère, la circulation se fait mal ; des dilatations vasculaires, des stases sanguines ont ralenti plus ou moins le courant de cette circulation.
L’ulcère est donc habituellement peu douloureux; les cautérisations soit au nitrate d’argent, soit même au fer rouge, sont supportées le plus souvent sans que le malade en soit nullement incommodé. Cependant, dans quelques circonstances spéciales que nous apprécierons dans un instant, vous verrez survenir parfois des douleurs d’une persistance des plus pénibles pour le malade, des plus désespérantes pour le chirurgien.
L’absorption est le plus souvent peu marquée au niveau de la surface ulcérée.
La marche de l’ulcère est habituellement stationnaire ou progressive. Le plus souvent c’est dans le sens de la largeur que la progression a lieu ; quelquefois cependant l’ulcère progresse aussi du côté des parties profondes, mais la progression se fait presque toujours lentement, et c’est dans des cas exceptionnels et spéciaux que la perte de substance augmente dans des proportions très rapides.
c) Guérison de Vulcère. — Lorsque l’ulcère guérit voici les phénomènesque l’on voit survenir:
l°Les bords de l’ulcère tendent à s’affaisser;
2° Les bourgeons charnus prennent un meilleur aspect ;
Leur coloration est un peu rosée,
Leur forme plus conique,
Leur régularité plus accentuée;
3° Le liquide sécrété se modifie, il tend à devenir la lymphe plastique de la plaie normale; il perd les caractères d’un liquide de désagrégation .
Puis, une fois que ces modifications se sont réalisées, la cicatrisation s’opère comme dans les conditions d’une plaie. Vous noterez cependant une observation faite par la plupart des pathologistes, c’est que le travail cicatriciel marche habituellement avec beaucoup plus de lenteur qu’au niveau d’une plaie ordinaire. Les symptômes de récidive surviennent aussi plus souvent, en retardant d’autant la cicatrisation complète. Souvenez-vous aussi que la cicatrisation marche toujours d’autant plus lentement que l’on est plus rapproché de la terminaison. Au début, le travail de réparation comble 1 ou 2 centimètres de la perte de substance en quelques jours. Plus tard, pour arriver au même résultat, il faudra, au contraire, un temps beaucoup plus long.
En résumé, l’ulcère naît d’un processus inflammatoire pour aboutir à une terminaison de désagrégation moléculaire. En analysant les phénomènes d’évolution que nous venons de vous exposer, on peut donc, d’une façon générale, subdiviser la marche de l’ulcère simple en deux périodes assez bien tranchées : la première est une période inflammatoire, c’est celle qui se rapproche surtout du début. Il y a alors une augmentation de la chaleur accompagnée de sensibilité douloureuse ; la seconde est. au contraire, une période que l’on peut appeler atonique, c’est celle qui s’éloigne du début de l’ulcération, alors que les phénomènes de désagrégation, de gangrène moléculaire, sont bien marqués. A ce moment, les symptômes de la première période s’affaiblissent, la vitalité des parties diminue. Ces deux périodes indiqueront tout naturellement des moyens d’action thérapeutique différents.