‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 147 sur 252 · COMPLICATIONS LOCALES · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS LOCALES

La marche de l’ulcère que nous venons de décrire est la marche de l’ulcère simple dégagé de toute complication. Ces complications surviennent fréquemment et l’ulcère présente alors des caractères spéciaux.

1° La peau se détache quelquefois des parties profondes, elle se décolle , pour nous servir de l’expression ordinaire, dans une étendue variable. Cette peau décollée, privée de ses éléments de nutrition, devient alors plus mince, d’une teinte plus violacée. Boyer avait donné à l’ulcère dans ces conditions le nom d’ulcère cutané.

Habituellement ces ulcères sont absolument indolents au niveau de la surface extérieure. Au niveau des bords et à la limite des parties saines, la sensibilité est, au contraire, très vive ; le moindre contact réveille en ces points une sensibilité extraordinaire.

2° L’ulcère que nous avons indiqué comme peu douloureux peut acquérir parfois une sensibilité générale extraordinaire. L’ulcère est dit alors irritable. Cette complication survient surtout dans les conditions suivantes :

IA la suite d’écarts de régime, surtout à la suite d’excès alcooliques ;

A la suite de marches un peu forcées ;

Lorsque le malade est resté exposé plus ou moins longtemps au froid et à l’humidité;

L’ulcère devient souvent très douloureux chez quelques femmes nerveuses au moment de la ménopause.

3° L’ulcère se complique quelquefois d’atonie. On dirait dans ces conditions que le défaut de plasticité est encore plus complet. 11 n’y a même plus de pus de produit ; le liquide sécrété n’est que de la sérosité plus ou moins fétide, les parties environnantes sont pâles, sans circulation active, d’une indolence complète. L’ulcère est dit alors atonique, il se rencontre surtout chez les individus affaissés, amaigris, accablés par des priva tions. Pour quelques auteurs, l’atonie constitue toujours, au

Berne. — Path. dur.

contraire, une période de l’évolution normale de l’ulcère ; pour Auzilhon, par exemple, cette période indiquerait une prochaine guérison.

4° L’ulcère peut s’accompagner d’un œdème considérable; il devient alors un ulcère œdémateux. Cette complication se comprend d’autant mieux que nous avons noté l’œdème comme un des éléments du début de l’ulcération.

5° L’ulcère peut se compliquer de fongosités (ulcère fongueux)', cette complication est fréquente. Il y a dans ces cas une apparence d’exubérance des bourgeons charnus; mais cette exubérance consiste surtout dans une augmentation de sérosité, soit dans les éléments, soit entre les divers éléments des bourgeons charnus. Ces bourgeons charnus, plus développés au point de vue de leur constitution élémentaire, restent flasques, blafards, décolorés. Au lieu d’être l’instrument de la cicatrisation, ils tendent plutôt, dans ces conditions, à retarder le travail de réparation. Ils saignent quelquefois au moindre contact, souvent même spontanément ; il s’en écoule un liquide séreux. Cette complication survient surtout dans deux conditions : chez les sujets robustes, d’une forte santé, lorsque l’ulcère a été soumis à de mauvais traitements, à des applications émollientes, par exemple, continuées pendant un temps trop prolongé ; chez les individus, au contraire, très lymphatiques, on peut observer le même phénomène.

6° L’ulcère peut se compliquer d’inflammation; cette complication est certainement la plus importante, la plus commune. Elle survient, soit au pourtour de l’ulcère, soit au niveau de la surface ulcérée elle-même; l’ulcère est dit alors inflammatoire; Billroth l’appelle ulcère êrêthyque .

Sur le pourtour de l’ulcération, la peau est rouge, tendue, douloureuse; on y voit apparaître quelquefois des phlyctènes plus ou moins étendues qui, en se déchirant, deviennent bientôt ^occasion de nouvelles pertes de substance. L’inflammation peut même se propager aux parties profondes, et souvent

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