‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 158 sur 252 · EMPLOI DE L’ÉLECTRICITÉ · texte numérisé non relu

EMPLOI DE L’ÉLECTRICITÉ

1° L’électricité paraît avoir une action curative sur les ulcères.

2° Dans les expériences qui sont relatées clans la thèse du docteur Arnold, l’appareil même de Spencer Wells a été le plus souvent laissé de côté; son application est douloureuse pour le malade. Arnold conseille la pile de Clamond et Gaiffe au sesquioxyde de fer et au chlorhydrate d’ammoniaque, quoique les résultats obtenus aient été habituellement un peu moins rapides que ceux indiqués par Spencer Wells. Gomme cet auteur, Arnold a constaté que les ulcères ou parties d’ulcères situés sur le passage du courant, se cicatrisent seuls, tandis que les autres parties restent stationnaires ou empirent.

3° Toutes choses égales d’ailleurs, la cicatrisation d’un ulcère sous l’influence d’un courant électrique paraît proportionnelle à la durée du passage de ce courant ; cependant la tension peut jusqu’à un certain point suppléer à la durée.

4° Le manuel opératoire est assez simple. Tantôt, comme Spencer Wells le conseille, on recouvre l’ulcère d’une plaque de cuivre en maintenant la plaque de zinc sur les parties saines que l’on dénude quelquefois par l’application préalable d’un vésicatoire; tantôt l’appareil de Clamond est placé, lepôle négatif sur la partie supérieure de l’ulcère, le pôle positif sur la peau, à 1 centimètre au-dessus ; l’appareil est laissé en place vingtquatre heures.

5° Le courant centrifuge détermine une production plus rapide et plus abondante des bourgeons charnus ; il augmente en même temps la suppuration.

6° Le courant centripète produit, au contraire, des phénomènes inverses ; les bourgeons charnus sont moins abondants ; la suppuration diminue.

7° Au pôle positif, il se forme habituellement une acidité qui diminue la cicatrisation lorsque ce pôle est appliqué longtemps, quelquefois on voit survenir des escarres; les douleurs sont alors vives.

8° Au pôle négatif, le malade perçoit des picotements.

9° Les effets de l’électricité sur les ulcères paraissent tenir à une action directe sur la circulation et la nutrition. L’électricité augmente la contractilité des vaisseaux et favorise ainsi la circulation dans les ulcères atoniques. L’action électrolytique paraît n’être qu’une cause accessoire.

10° Pour certaines ulcérations développées sous l’influence de troubles nerveux, il est nécessaire d’employer des courants à forte tension : la durée du courant ne peut alors suppléer à la tension.

11° Pour donner une idée de l’action de l’électricité, le tableau suivant, emprunté à la thèse du docteur Arnold, peut bien servir à apprécier cette influence.

On y indique la diminution des surfaces ulcérées après qu’elles ont été soumises pendant un certain temps à l’action de l’électricité.

SURFACE AVANT L’ÉLECTRISATION TEMPS DE L’ÉLECTRISATION SURFACE APRÈS L’ÉLECTRISATION

43 centimètres.

5 heures.

25 centimètres.

L’effet obtenu est, comme vous le voyez, souvent très marqué, puisque, dans quelques cas, après les séances, la surface ulcérée a pu diminuer d’un quart et même de la moitié.

E. Cicatrisation sous-crustacée. — Pour obtenir la guérison de l’ulcère, on a cherché quelquefois à obtenir la cicatrisation sous-crustacée. Ainsi pour arriver à ce résultat, il y a peu d’années, le professeur Bouisson (de Montpellier), a pratiqué la ventilation des ulcères. Le procédé dont nous aurons à nous occuper plus complètement à propos de la cicatrisation des plaies consiste à favoriser la formation d’une croûte sur la surface ulcérée en desséchant par la

CICATRISATION SOUS-CRUSTACÉE

ventilation les liquides sécrétés. Bouisson a relaté dans son mémoire un certain nombre d’observations dans lesquelles la guérison a été obtenue assez rapidement.

Dans les ulcères étendus, fournissant une suppuration abondante, il est toujours difficile d’obtenir une croûte suffisamment solide pour recouvrir toute la solution de continuité; mais, dans les ulcères de peu d’étendue , lorsque la suppuration n’est pas très considérable, ce traitement peut rendre de grands services. Le dessèchement se fait rapidement, les bourgeons charnus maintenus à l’abri du contact de l’air se recouvrent facilement d’une pellicule cicatricielle.

Signalons enfin, comme moyens pouvant se ranger dans cette catégorie, l’emploi de la poudre de sous-nitrate de bismuth, de charbon, de tannin et de quinquina, le talc iodé et l’iodoforme ; en d’autres termes, l’emploi, tantôt des poudres inertes, tantôt des poudres astringentes, tantôt des poudres médicamenteuses.

Les poudres inertes agissent plus complètement dans le sens de la ventilation : elles dessèchent simplement la plaie et procurent ainsi la cicatrisation sous-crustacée. Les poudres astringentes peuvent être considérées comme susceptibles en même temps d’exciter la vitalité de l’ulcère; enfin les poudres médicamenteuses, en réalisant parfois une indication plus spéciale, en diminuant la douleur, par exemple, rendent de grands services.

En 1873, Spender Kent a conseillé dans la Lancet un procédé bien facile à mettre en usage et qui consiste à appliquer sur l’ulcère une pommade composée de trois parties de craie et de deux parties d’axonge. Cette pommade forme sur la surface ulcérée une croûte solide sous laquelle les granulations peuvent se développer facilement. Le repos complet n’est même pas nécessaire. Il suffit de maintenir sur les bords de la solution de continuité une compression légère.

Après l’examen des moyens spéciaux, il nous reste, ender-

nier lieu, à vous indiquer ce que l’on peut appeler la médication exceptionnelle.

Cette médication comprend deux ordres de moyens: les greffes d’une part, et, d’une autre part, le procédé des excisions des bords de l’ulcère.

Les greffes appliquées au traitement de l’ulcère peuvent se diviser en trois procédés:

La greffe épidermique;

’ La greffe dermique ;

' La greffe muqueuse.

La greffe épidermique, que l’on doit aux recherches de Reverdin et que nous aurons bientôt l’occasion d’étudier, n’est point constituée par la transplantation de lambeaux d’épiderme seulement. Les lambeaux comprennent presque toujours la partie la plus superficielle du derme, celle qui a été décrite sous le nom de couche de Malpighi. Comme Reverdin l’a démontré, la formation nouvelle que l’on obtient de l’épiderme ne provient pas des cellules épidermiques mêmes du lambeau greffé, mais de la transformation épithéliale des surfaces embryonnaires contiguës : l’épiderme greffé détermine seulement par son contact cette transformation.

La greffe dermique, pratiquée déjà en 1860 par Schneider, peut être faite avec des parties cutanées prises sur l’individu lui-même ou sur un autre sujet. Notre collègue Ollier a essayé de remettre ce procédé en honneur; mais les douleurs que l’on est obligé d’imposer au malade, le danger qui peut dépendre de la plaie nouvelle que l’on crée constituent des inconvénients qui empêcheront probablement longtemps la méthode d’être acceptée.

Les lambeaux de muqueuse pris sur un animal et transportés sur l’ulcère peuvent, dans bien des conditions, arriver à supprimer les inconvénients de la greffe dermique et permettront de bénéficier du procédé des greffes. Le docteur Houze, dans la Gazette hebdomadaire du 11 octocre 1872, a fourni sur ce

Page 1