‹ Leçons de pathologie chirurgicale générale (volume 2)Chapitre 183 sur 252 · DU FURONCLE · texte numérisé non relu

DU FURONCLE

nous, le furoncle pourrait se définir l'inflammation gangréneuse nécrobiotique des glandes tégumentaires.

La forme du furoncle, son existence à Ja fois au niveau de la peau et au niveau du tissu cellulaire sous-cutané, la transformation fréquente de l’acné et des sudamina en furoncles, l’implantation habituelle d’un poil à la partie la plus élevée de la tumeur, la nature du bourbillon, sont des faits qui viennent à l’appui de cette manière de voir.

Du reste, la théorie des autres auteurs que nous avons cités semble bien difficile à accepter. Celle de Dupuytren, par exemple, comprend deux faits: d’abord l’étranglement des paquets celluleux par la disposition anatomique des aréoles du derme ; or, rien ne justifie cette première observation ; en second lieu, un travail d’ulcération et d’élimination pu tout semblable à l’élimination d’un produit gangréneux. Ce dernier fait est vrai, mais ce travail gangréneux ne ressemble pas cependant à un processus gangréneux ordinaire. Quant à l’idée de Genclrin, il est certain que la masse du bourbillon offre une certaine analogie avec un produit de sécrétion, mais l’anatomie est loin de démontrer cette analogie des séreuses et des diverses parties où siège la lésion furonculeuse. Comme le furoncle, d’après l’idée que nous acceptons comme vraie, peut siéger au niveau de glandes de diverses natures, le raisonnement permet d’affirmer qu’il doit y avoir des furoncles de diverses espèces; c’est, en effet, ce que l’observation démontre.

Ainsi: 1° Le furoncle peut existerai! niveau des glandes sébacées de la face, du cou, du dos, ou des membres, c’est le furoncle ordinaire.

2° Au niveau des glandes de Meibomius, le furoncle prend un aspect spécial et constitue alors l’orgelet.

3° Dans l’aisselle, le furoncle existe au niveau des glandes sudoripares. Velpeau l’a décrit sous le nom d’abcès tubéreux de l’aisselle.

4° Au niveau du conduit auditif externe, le furoncle constitue

une forme d’otite. Enfin on a décrit le furoncle des muqueuses, soit des lèvres, soit de la vulve, soit de l’anus.

Furoncles et anthrax des muqueuses (Verneuil). — Ces divers furoncles présentent, sans aucun doute, des phénomènes variables ; mais dans tous, le bourbillon est toujours identique, et l’excavation que l’on voit, à un moment donné, semble bien indiquer que la glande elle -même s’est éliminée. Tous les signes semblent prouver qu’il n’y a pas seulement expulsion d’un produit de sécrétion, mais une véritable élimination, élimination d’un organe frappé de nécrobiose. La glande tégumentaire ellemême, nous le répétons, frappée de mortification, arrive à s'éliminer grâce au travail ulcératif du tissu cellulaire ambiant et de la portion de peau que le produit traverse.

Une objection cependant a été faite à cette théorie. Verneuil, Danielopoulo, Reverdin ont constaté, dans des tumeurs furonculeuses, des glandes sébacées parfaitement saines. Il semble dès lors au premier abord que cette observation contredise l’opinion que nous venons d’émettre ; mais il est évident que les glandes tégumentaires si nombreuses sur un même point de la peau peuvent 11e pas être toutes envahies, et que le fait d’en rencontrer quelques-unes intactes ne prouve par conséquent nullement que le processus pathologique ne se soit pas passé au niveau de quelques-unes de ces glandes.

Symptomatologie . — Habituellement le furoncle apparaît sans avoir été précédé de signes prodromiques et ce n’est que dans les cas où il s’agit d’éruptions furonculeuses généralisées que des symptômes généraux antérieurs à la manifestation locale peuvent être parfaitement constatés.

Les symptômes du furoncle peuvent se diviser en deux catégories :

| Symptômes locaux,

| Symptômes généraux.

Symptômes locaux. — Les symptômes locaux comprennent eux-mêmes la subdivision suivante : Symptômes initiaux ,

DU FURONCLE SYMPTOMATOLOGIQUE

symptômes inflammatoires et ulcératifs , symptômes de réparation.

Symptômes locaux initiaux. — Habituellement le furoncle débute par un prurit un peu douloureux. Ou voit survenir rapidement une petite élevure roug-e.

Cette élevure conique, tout d’abord papuleuse, s’accompagne bientôt d’une petite vésicule remplie de sérosité sanguinolente, plus ou moins noirâtre. C’est à ce niveau que vous constaterez presque toujours la présence d’un petit poil. L’élevure augmente de volume, la rougeur plus ou moins violacée se prononce davantage. Dès ce moment, le malade accuse à ce niveau une douleur vive, pongitive; ces divers symptômes constituent ce que nous avons cru devoir dénommer les symptômes initiaux.

Symptômes inflammatoires et ulcôratifs. — Toutd’ abord peu développé, le furoncle s’accroît et atteint rapidement un volume plus considérable, volume qui peut, du reste, varier depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’un marron ou d’un petit oeuf. Du quatrième au sixième jour, la tumeur blanchit et laisse voir le pus contenu à l’intérieur. Du sixième au huitième jour, le sommet s’ouvre en un ou plusieurs points ; un peu de pus s’écoule au dehors, puis l’ouverture s’aggrandit et donne alors issue à une masse grisâtre, pulpeuse que l’on appelle le bourbillon. Ce bourbillon est constitué à l’extérieur par un tissu fibroïde et feutré, au centre par un amas de matière amorphe, facile à désagréger mélangée à une quantité notable de cellules épithéliales.

Le bourbillon éliminé laisse une excavation lisse, sorte d’alvéole dont le fond est régulièrement arrondi. A partir de ce moment, les symptômes d’inflammation périphérique diminuent et arrivent à cesser. La cavité suppure, se couvre de bourgeons charnus; ce sont là les symptômes de réparation que nous vous avons signalés. Notez une dernière observation. La cicatrice qui se forme au niveau de l’ouverture par laquelle le bour-

billou a pu s’éliminer conserve longtemps une teinte violacée et une dépression légère. Cette dépression indique bien les adhérences qui se sont constituées dans les parties profondes de la peau avec les parties superficielles du tissu cellulaire.

Cette symptomalog'ie est celle de ce que l’on peut appeler le furoncle simple. Quelquefois le furoncle est dit phlegmoneux; d’autres fois, il peut être gangréneux.

Lorsque le furoncle est phlegmoneux, l’inflammation se propage au tissu cellulaire ambiant, la tumeur présente une forme ovoïde, elle devient fluctuante comme un véritable abcès. La suppuration dans ces conditions est toujours plus abondante. Cette forme se rencontre surtout au niveau des furoncles des glandes sudoripares.

Dans le cas de furoncle gangréneux, l’inflammation est beaucoup plus intense, la douleur beaucoup plus vive. La partie cutanée centrale, au lieu de s’ulcérer graduellement en un point limité, se mortifie en masse dans une étendue assez grande; le bourbillon contient alors de véritables lambeaux gangréneux. C’est le furoncle que vous constaterez souvent chez les sujets atteints de diabète.

Quelquefois la lésion ne parcourt pas les diverses périodes que nous venons de signaler. L’inflammation éliminatrice, par exemple, ne succède pas à l’inflammation plastique du début. Le furoncle reste presque indéfiniment à l’état de tumeur dure, violacée, sans ouverture, sans cratère, sans bourbillon, et la résolution ne se fait qu’avec une lenteur excessive.

La marche du furoncle est alors souvent irrégulière, et c’est quelquefois au moment où l’on y compte le moins que les périodes suppurative et ulcérative surviennent.

Parfois le furoncle n’est pas solitaire, et l'on constate alors ce que l’on peut appeler l’éruption furonculeuse, qui est, du reste, tantôt discrète, tantôt confluente.

L’éruption discrète se présente sous l’aspect de furoncles plus ou moins petits. Ils apparaissent par poussées successives, et

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